Citations et extraits

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Christian BOBIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand je suis né, on m’a proposé le menu du monde, et il n’y avait rien de comestible.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Le cœur est un instrument d’optique bien plus puissant que les télescopes de la Nasa. C’est le plus puissant organe de connaissance, et c’est une connaissance qui se fait sans aucune préméditation, comme si ce n’était plus nous qui faisions attention à l’autre, comme s’il n’y avait plus qu’une attention pure et une bienveillance fondée sur la connaissance de notre mortalité commune.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Marcher dans la nature, c’est comme se trouver dans une immense bibliothèque où chaque livre ne contiendrait que des phrases essentielles. On est alors dans la formule de saint Jean, qui dit que, si on écrivait une à une toutes les choses que Jésus a faites, le monde ne pourrait pas contenir les livres qu’on écrirait.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Les scientifiques me font rire : ils vont déréaliser le fauteuil sur lequel je suis assis, jusqu’à le réduire à un assemblage d’atomes, mais si on se risque à leur parler de l’invisible, ils vous perçoivent comme un barbare. Ils veulent bien qu’il y ait un mystère par en dessous, mais pas par au-dessus.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Un don spirituel ou artistique paraît d’abord injuste, mais il est immédiatement payé par une perte. C’est comme si, à la naissance, Dieu donnait à certains une main en or, mais dans le même temps où il les dote d’une main en or, il leur enlève un pied. Ça se paye comptant.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Si la lumière est si peu recherchée, c’est parce que chacun de nous sait que le moindre don est hors de prix. C’est pour cela qu’on ne se bouscule pas sur l’échelle qui monte jusqu’aux étoiles. Si c’était facile, on verrait se multiplier les candidats.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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C’est presque un malheur que d’avoir certains dons, et les saints qui aujourd’hui ne brillent plus que dans les images d’Épinal, je pense que la lumière d’hermine qui les enveloppe des épaules aux pieds a un revers de souffrance très noir.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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J’ai toujours considéré qu’un écrivain avait plutôt des devoirs que des droits, et un de ces devoirs est d’aider à vivre. Si j’ai mis de la lumière dans mes livres, c’est aussi pour ne pas assombrir l’autre, par courtoisie envers celui qui me lit.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Je ne connais pas d’apôtres du néant sinon par imposture. Ce qu’on veut nous faire croire aujourd’hui, ce que clame cette littérature de la nuit, c’est que la vérité est toujours plus du côté du mal que du bien. Une croyance comme celle-là signale la disparition d’une personne. C’est une disparition bien plus profonde que la mort. Celui qui pense que la vérité est du côté du mal s’assoit très profondément dans le fauteuil de l’air du temps, et il n’est pas près d’en sortir. C’est pire qu’un lieu commun.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Dans la société occidentale, tous les chemins nous sont donnés pour nous perdre. Le seul qui nous soit enlevé est le vrai chemin.

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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La véritable écriture, c’est quand on est attendri par quelqu’un : le ciel qui est en nous cherche les petits morceaux de ciel qui sont en exil sur cette terre. Cet exil est terrible, c’est pourquoi le ciel qui est en nous ne se trompe jamais dans ses choix.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Je n’ai pas besoin de paysages grandioses pour louer la grandeur de Dieu, parce que je crois qu’elle est dans les choses humbles.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Il n’y a rien de plus beau que quelqu’un qui a laissé tomber le devoir mondain d’être brillant ou de plaire.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Il y a des endroits dans le monde dont la simple vue nous décolle l’âme tellement c’est triste : ce sont les endroits où l’argent a tué l’âme.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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J’en veux aujourd’hui à une grande part de la littérature comme on peut en vouloir à de mauvais maîtres ou à quelqu’un qui abuserait de la naïveté d’enfants. Adolescent, j’ai cherché la lumière. J’étais perdu dans la forêt des livres. Mais je suis tombé sur une littérature qui m’a égaré davantage : quand on est jeune, celle-ci vient renforcer l’éloge de la passion et l’erreur commence. Dans l’amour, bien souvent, on est dans le temple noir de l’idolâtrie.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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La Recherche du temps perdu, c’est splendide et inutile, et je m’y suis égaré un temps avec délectation. Le contraire de ce livre, c’est L’idiot, de Dostoïevski. Je n’ai jamais rencontré d’adorateurs de Dostoïevski, mais des gens qui avaient été brûlés par cette lecture. Il parle des âmes comme de l’enjeu d’une bataille quand Proust parle du moi. Proust est un esthète et Dostoïevski un vivant.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Je n’ai plus envie d’avoir cette indulgence paresseuse qui consiste à mettre n’importe quel auteur à côté de n’importe quel autre : on ne peut pas aimer de la même façon ceux qui éveillent et ceux qui égarent.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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La bonté, c’est simple : par définition on n’en a pas. Elle n’a pas de place dans le monde. Donc quand elle est là c’est toujours un miracle.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Étrangement aujourd’hui, on voudrait nous faire croire qu’il n’y a de lucidité que celle de la mort : il s’agit de gratter l’azur jusqu’à découvrir un ciel noir. Si on cherche autre chose on vous accuse de chercher une consolation, et comme ce désabusement épouse parfaitement l’effondrement maladif de l’époque, tout est verrouillé.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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C’est le feu qui décide, le feu de l’esprit, et il passe où il veut. Il n’a besoin pour prendre que d’un bois sec, c’est-à-dire d’un cœur ferme. D’ailleurs, le Christ n’a rien écrit. La lumière du monde ne vient pas du monde : elle vient de l’embrasement de ces cœurs purs, épris plus que d’eux-mêmes de la simplicité radicale du ciel bleu, d’un geste généreux ou d’une parole fraîche.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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La vraie littérature m’apparaît comme un village dans la nuit. Un village qu’on apercevrait d’un chemin de campagne surélevé. Il y a des feux qu’on voit briller, certaines maisons sont éclairées. Elles sont habitées par Armand Robin, Francis Thompson, Emily Dickinson, Jean Grosjean, André Dhôtel, Gerard Manley Hopkins, Dominique Pagnier, Jean Follain, Jacques Réda. Ces maisons sont dans la même nuit, mais leurs liens sont secrets et aussi beaux que ceux des étoiles dans le ciel.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Le sourire est une chose sacrée, comme tout ce qui répond par une réponse plus grande que la question. Moi qui suis entêté de solitude, je dis que le plus merveilleux de tout, c’est le sourire. C’est une des plus grandes finesses humaines.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Quand on a le Christ, on ne peut plus imaginer : on est débordé par le réel.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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J’ai beau avoir lu les philosophes, je suis très sceptique quant à la métaphysique, mais quand je parle avec quelqu’un d’âgé, je suis plus proche d’une philosophie vivante que dans les livres de philosophie.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Quand l’adulte n’est voué qu’à la recherche de l’argent et du plaisir, il ne reste plus comme merveilles sûres que le premier et le dernier âge de la vie. Au fond, j’aime bien ceux qui arrivent et ceux qui vont partir. Ils ont de magnifiquement commun, l’un de ne pas avoir encore été saisi par la volonté de puissance, l’autre d’en avoir été rejeté.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

 

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Le mieux est de ne se faire aucune illusion sur l’histoire des sociétés. Je pense qu’aucune n’a accueilli la lumière, et pourtant notre époque est pire : c’est la première fois qu’on a supprimé le ciel.

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde,
Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas,
Gallimard, 2001.

  

 

 

 

 

 

 

 

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