Citations et extraits

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Jacob BOEHME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par mes propres forces je suis un homme aussi aveugle qu’un autre et ne puis rien, mais par l’esprit de Dieu, mon esprit inné pénètre tout mais pas toujours avec assez de persévérance. Lorsque l’esprit de l’Amour divin traverse mon esprit, alors la créature animale et la divinité ne forment qu’un seul être, une seule conception et une seule lumière.

 

Jacob BOEHME, Mysterium magnum.

 

Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident,

choisis et présentés par Solange Lemaitre,

Plon, 1955.

 

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Ce qui n’est pas équilibré ne peut subsister éternellement mais ce qui l’est ne connaît pas de destructeur, car toutes les propriétés s’aiment. Et dans l’amour résident l’accroissement et le maintien de la vie.

 

Jacob BOEHME, Mysterium magnum.

 

Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident,

choisis et présentés par Solange Lemaitre,

Plon, 1955.

 

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Il faut que l’âme abandonne entièrement le vieil homme pour l’éternité et qu’elle renaisse en elle-même d’un nouveau corps issu de l’être céleste, de son être pâli à l’égard de Dieu en Adam et réintroduit dans l’esprit du Christ.

 

Jacob BOEHME, Mysterium magnum.

 

Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident,

choisis et présentés par Solange Lemaitre,

Plon, 1955.

 

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Et à propos de Dieu nous ne pouvons que penser qu’il est la raison la plus profonde de toutes choses, en ce sens pourtant qu’il ne peut être saisi par aucune chose, de par la force propre de la chose ; mais de même que le soleil avec sa lumière et sa force s’introduit dans les choses sensibles et animées et agit avec toutes choses et y participe à leur entrée dans l’être : il nous faut entendre la même chose du Verbe divin avec la vie des créatures.

 

Jacob BOEHME, Mysterium magnum.

 

Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident,

choisis et présentés par Solange Lemaitre,

Plon, 1955.

 

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1. Si nous voulons comprendre la renaissance nouvelle, ce qu’elle est et comment elle se produit, nous devons au préalable savoir ce qu’est l’homme et comment il est l’image de Dieu et comment est l’essence divine, sans oublier ce qu’est le Dieu révélé dont l’homme est une image.

2. Quand je considère ce que Dieu est, je dis : Vis-à-vis de la créature il est l’Un qui est en même temps le Rien éternel ; Il n’a ni détermination ni début ni lieu ; Il ne possède rien en dehors de lui-même ; Il est la volonté de ce qui n’a pas de motif. Il n’est qu’Un en lui-même ; Il n’a besoin ni d’espace ni de place ; Il s’engendre en lui-même d’éternité en éternité ; Il n’est identique ou semblable à rien et n’a aucun endroit spécial où il réside : l’éternelle sagesse ou intelligence est sa demeure ; Il est la volonté de la sagesse et la sagesse est sa révélation.

3. Dans cette génération perpétuelle il convient de distinguer trois choses, à savoir : a) une volonté éternelle ; b) une éternelle affectivité de la volonté ; c) le produit de la volonté et de l’affectivité qui est un esprit de volonté et d’affectivité.

4. La volonté est Père ; l’affectivité est ce que saisit la volonté, elle apparaît comme le siège et la demeure de la volonté ou la force tendant au Quelque Chose et est le cœur de la volonté ; et le produit de la volonté et de l’affectivité est la force et l’esprit.

5. Ce triple esprit est un être unique ou plutôt, comme il n’est pas un être mais l’intelligence éternelle, une origine du Quelque Chose. Il est pourtant le Mystère éternel, de même que l’intelligence humaine est insaisissable et n’est soumise ni au temps ni à l’espace. Mais il représente sa propre conception et sa propre résidence et le produit de l’esprit est la contemplation éternelle et primitive qui est la joie de l’esprit.

6. Le produit s’appelle la joie de la divinité ou la sagesse éternelle qui représente l’origine de toutes les forces, couleurs et vertus qui excitent le désir de ce triple esprit, esprit dans cette joie, à savoir la force, la couleur et la vertu et son désir est une empreinte, un saisissement de soi-même : la volonté saisit la sagesse pour la transformer en l’affectivité et ce qui est saisi en intelligence c’est le Verbe éternel de toutes les couleurs, forces et vertus, Verbe que la volonté éternelle prononce du fond de l’intelligence de l’affectivité, par l’organe de l’esprit.

7. La dite parole est le mouvement [1] ou vie de la divinité ; c’est un œil de l’éternelle vision où une force, une couleur ou une vertu se révèlent en se différenciant l’une de l’autre et où toutes possèdent une qualité identique, dépourvues qu’elles sont de poids, de direction et de mesures ; d’ailleurs elles ne sont pas séparées les unes des autres. Toutes les forces, couleurs et vertus reposent en une seule qui est une harmonie articulée, bien accordée en elle-même et féconde ou, si je puis m’exprimer ainsi, un Verbe parlant [2] puisque toutes les langues, forces, couleurs et vertus résident dans le Verbe ou parole et que, grâce au son ou parole, elles se développent et prennent visage ou vision.

8. Or c’est l’œil de l’Indéterminé, le germe éternel où tout réside, qui est éternité et temps – et il se nomme conseil, force, miracle et vertu : mais son nom véritable c’est Dieu ou Jéhovah et il est hors de toute nature, hors de tous les débuts d’un être quelconque ; il est ce qui agit en soi, ce qui s’engendre, ce qui se sent et ce qui se ressent, sans éprouver la moindre souffrance de quoi ou par quoi que ce soit ; il n’a ni début ni fin, il est incommensurable ; aucun nombre ne peut exprimer sa largeur ni sa hauteur, car il est trop profond pour pouvoir être atteint par l’essor de la pensée : Nulle part il n’est loin ou près de quelque chose, il est par Tout et en Tout ; sa naissance est partout, et en dehors de lui il n’existe rien. Il est le temps et l’éternité, la Cause et l’Absence de cause et seule peut l’étreindre l’intelligence véritable qui n’est autre que Dieu lui-même.

Et saint Jean continue : « C’est par lui que sont faites toutes choses et sans lui rien ne serait de ce qui est. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. » Et ici, homme, prends cette même lumière de vie qui était dans le Verbe et qui est éternelle et contemple l’Être de tous les êtres et spécialement toi-même, puisque tu es l’image, la vie et l’être du Dieu immotivé et que tu es une figure de Lui. Songe ici au temps et à l’éternité, au ciel, à l’enfer et au monde, à la lumière et aux ténèbres, à ta douleur et à la souffrance, à la vie et au trépas, au Quelque Chose et au Néant ! Ici sonde-toi pour savoir si tu possèdes en toi la vie et la lumière du Verbe, grâce auxquelles tu pourrais tout voir et tout comprendre. Car ta vie a été dans le Verbe et s’est révélée dans l’image (que Dieu créa) ; elle Lui a été inspirée par l’esprit du Verbe. Et maintenant élève ton intelligence à la lumière de ta vie et contemple le Verbe qui a pris forme ; considère sa génération intérieure, car tout se manifeste en pénétrant dans la lumière de la vie.

Que si tu prétends : « Je ne puis, je suis corrompu » ; écoute, c’est que tu n’es pas encore rené de Dieu, sinon, si tu avais de nouveau cette lumière, tu le pourrais. Certes, j’avoue que tous, nous ne nous glorifions pas suffisamment de Dieu, mais je vais t’indiquer quelque chose : Fais seulement attention et comprends, ne sois pas un railleur comme le peuple de Babel lorsqu’il fut la confusion. Vois, si nous voulons parler de l’Être de tous les êtres ; nous disons : « Tout vient de Dieu et Tout est par Dieu. » Car saint Jean dit également : « Sans lui rien de ce qui est ne serait. »

 

Jacob BOEHME, Mysterium magnum.

 

Recueilli dans Textes mystiques d’Orient et d’Occident,

choisis et présentés par Solange Lemaitre,

Plon, 1955.

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Premier tressaillement par lequel le repos originel de Dieu se dispose à l’acte créateur.

[2] C’est-à-dire non encore engagé dans la création, par opposition au « Verbe prononcé », « exprimé ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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