Citations et extraits

 

 

par

 

 

NOVALIS

 

 

 

 

 

 

Lorsque, dans nos heures d’angoisse et de trouble, notre coeur touche au désespoir; lorsque, accablés par la maladie, nous nous sentons transpercés par l’aiguillon de la douleur, nous pensons à ceux qui nous sont chers, et nous les sentons en proie aux plus cuisants chagrins; des nuages voilent nos regards, et aucun rayon d’espérance ne perce leur obscurité. Alors Dieu s’incline vers nous, et nous touche de son amour. Si nous levons en haut un seul regard qui l’implore, nous voyons son ange debout devant nos yeux. Il nous apporte une coupe rafraîchissante, il murmure à notre oreille des paroles d’encouragement et de consolation. Et nos prières ne s’élèvent pas en vain vers le ciel pour le bonheur de ceux que nous aimons.

 

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Un temps viendra – et il ne tardera pas à venir – où tous seront convaincus qu’un roi ne peut exister sans république, et une république sans roi, que les deux sont aussi inséparables que le corps et l’âme, et qu’un roi sans république, comme une république sans roi, ne sont que des mots sans signification. C’est pourquoi, en même temps qu’une république véritable, est toujours né un roi, et avec un roi véritable est toujours né une république. Le roi véritable sera république, et la république véritable sera roi...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le peuple est une idée. Nous deviendrons un peuple. Un homme complet est un petit peuple. La véritable popularité est le but suprême des hommes...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute supériorité mérite l’ostracisme. Il est bon qu’elle s’y condamne elle-même : tout absolu doit sortir de ce monde. Dans le monde, il faut vivre avec le monde. On ne vit que lorsqu’on vit selon les hommes avec lesquels on vit. Tout le bien dans ce monde vient du dedans (et ainsi du dehors par rapport à lui), mais il ne fait que traverser comme un éclair. La supériorité mène le monde plus avant, mais il faut aussi qu’elle s’éloigne bientôt.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’homme a cherché à faire de l’État l’oreiller de la paresse ; et cependant il faudrait que l’État fût tout juste le contraire : c’est une armature de l’activité tendue. Son but est de rendre l’homme absolument puissant et non absolument faible, d’en faire, non le plus paresseux mais le plus actif des êtres. L’État n’épargne pas de peines à l’homme, mais augmente, au contraire, ses peines à l’infini ; mais non sans augmenter ses forces en proportion. La route vers le repos ne passe que par les domaines de l’activité qui embrasse toutes choses.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il n’y a pas, à proprement parler, de malheur en ce monde. Le bonheur et le malheur s’équilibrent toujours. Tout malheur est semblable à l’obstacle du torrent. Après l’avoir vaincu, le torrent s’élance avec une force nouvelle. Ceci est frappant, surtout, dans l’ordre économique après les mauvaises récoltes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’acte de manger est une vie accentuée. Manger, boire et respirer correspondent à la triple division des corps en solides, liquides et fluides. Le corps entier respire : les lèvres seules boivent et mangent tout juste cet organe qui rend en sons divers ce que l’esprit a préparé et ce qu’il a reçu des autres sens. Les lèvres sont si importantes dans la vie ; combien elles méritent le baiser ! Chaque mouvement imperceptible est le souhait symbolique de l’émotion ou de l’attouchement. Ainsi tout nous invite figurativement et discrètement dans la nature, à jouir d’elle, et il se pourrait bien que toute la nature fût féminine, vierge et mère à la fois.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le postulat du mysticisme féminin est le vulgaire. Tout demande de la femme un amour absolu pour le premier objet venu. Quelle haute idée de la libre puissance et de la force auto-créatrice de son esprit ceci ne suppose-t-il pas !

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il y a des gens d’une individualité entêtée et prodigieuse qui ne sont pas faits pour le mariage. Il faut que les époux aient une sorte de mélange d’individualité et de non-individualité. Il faut qu’ils aient un caractère ferme, afin de pouvoir être une possession, et cependant qu’ils soient souples, élastiques et tout à fait déterminés sans devenir entêtés et inquiets.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les femmes sont un adorable secret – voilé mais non fermé. C’est la raison seule qui sépare les femmes et l’amour.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le beau mystère de la Vierge, qui la rend si indiciblement attrayante, est le pressentiment de la maternité, le pressentiment d’un monde à venir qui sommeille en elle, et s’épanouira d’elle. Elle est l’image la plus frappante de l’Avenir.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le mariage signifie une nouvelle, une plus haute époque de l’amour. L’amour sociable et vivant. La philosophie naît avec le mariage.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Un caractère est une volonté complètement cultivée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nous faut-il dépenser, pour l’ordinaire et le commun, tant de puissance et d’efforts, parce que, peut-être, pour l’homme proprement dit, rien n’est moins ordinaire et rien n’est moins commun que le malheureux ordinaire ? Le suprême est le plus compréhensible, le plus proche et le plus indispensable. Ce n’est que par l’ignorance de nous-mêmes, la désuétude de nous-mêmes que naît ici une incompréhensibilité qui est elle-même incompréhensible.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’homme est la vérité : s’il livre la vérité il se livre lui-même. Qui trahit la vérité se trahit soi-même. Il ne s’agit pas ici de mentir, mais d’agir contre sa conviction.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tous les hommes sont engagés en un duel perpétuel.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les penchants sont d’origine matérielle – des forces attractives et répulsives travaillent ici. Les penchants font de nous des forces naturelles. Ils troublent le coeur des hommes, et l’on peut dire, au pied de la lettre, des hommes passionnés, qu’ils tombent. Celui qui se livre sans réserve à ses penchants agit contre l’intérêt même des penchants, puisque ce n’est que grâce à une résistance appropriée qu’ils peuvent avoir une action complète et durable.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Déjà la conscience atteste nos rapports, notre liaison (la possibilité du passage) avec un autre monde, une force intérieure indépendante, et un état en dehors de l’individualité commune. Ce n’est que sur ceci que repose la possibilité de l’empirisme actif. Nous ne devenons physiciens que lorsque nous faisons des substances et des forces imaginatives la mesure des substances et des forces de la nature.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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C’est un trait significatif en beaucoup de contes que, lorsque une chose impossible devient possible, en même temps une autre chose impossible devient possible ; aussi que, lorsque l’homme se vainc lui-même, il vainc aussi la nature et un prodige a lieu qui lui accorde l’agréable opposé dans le moment que le désagréable contraire lui devient agréable. Ce sont là les conditions magiques. Par exemple, un ours sera changé en prince, mais seulement dans l’instant où l’ours sera aimé. Peut-être qu’une transformation pareille aurait lieu si l’homme parvenait à aimer le mal dans l’univers ; dans l’instant qu’il commencerait à aimer la maladie ou la douleur, il se pourrait que la volupté la plus enivrante reposât dans ses bras, et que le plaisir positif le plus haut le pénétrât. La maladie ne pourrait-elle être un moyen de synthèse supérieure ? Et plus la maladie serait épouvantable, plus serait haute la volupté qui y est cachée ? Chaque maladie est peut-être le commencement nécessaire de l’union plus intime de deux êtres, le commencement fatal de l’amour. L’homme peut ainsi devenir enthousiaste de la maladie et de la douleur, et considérer la mort, avant tout, comme une union plus étroite d’êtres aimants. Le meilleur ne commence-t-il point partout par la maladie ? La demi-maladie est un mal, la maladie totale une volupté et d’essence supérieure... La douleur pourrait-elle être détruite dans le monde, comme le mal ? Est-ce que la poésie détruirait la douleur comme la morale détruit le mal ? Le coeur qui est bon ne va pas à la vertu par le mal, mais par la philosophie. Il n’y a ni mal ni douleur absolus. Il est possible que l’homme se rende par degrés absolument méchant, et crée également de la sorte une douleur absolue ; mais l’un et l’autre sont des produits artificiels que l’homme détruira simplement selon les lois de la morale et de la poésie, sans y croire, sans les admettre. – Toute douleur et tout mal sont isolés et isolants ; c’est le principe de la séparation. Par la réunion, la séparation cesse et ne cesse pas ; mais le mal et la douleur, en tant que séparation et réunion apparentes, cessent en effet par séparation et réunion véritables, qui n’existent qu’alternativement. – J’anéantis le mal, la douleur, en philosophant. C’est une élévation, une direction du mal et de la douleur sur eux-mêmes, ce qui a lieu, en sens inverse, pour le bien, la volupté, etc.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il est étrange que le fond propre de la cruauté soit la volupté.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il est assez étonnant que depuis longtemps l’association de la volupté, de la religion et de la cruauté n’ait pas rendu les hommes attentifs à leur parenté intime et à leur tendance commune...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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On peut toujours accorder que l’homme a une tendance prépondérante au mal ; il est d’une nature d’autant meilleure, car seuls les dissemblables s’attirent.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les méchants doivent faire le mal par haine des méchants. Ils croient que tout est mal ; et par là, leur penchant à détruire devient fort naturel ; car de même que le bien est l’élément conservateur, le mal est l’élément destructeur. Ceci se détruit finalement soi-même, et l’idée même s’en contredit ; tandis que cela s’affirme soi-même et existe et perdure en soi. Les méchants doivent mal agir, à la fois contre et avec leur volonté ; ils sentent que chacun de leurs coups les frappe eux-mêmes ; et cependant ne peuvent s’empêcher de frapper. La méchanceté n’est qu’une maladie des sentiments, qui a son siège dans la raison ; et c’est pourquoi elle est si têtue et ne peut être guérie que par un miracle...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Dans la morale de Fichte se trouvent les considérations les plus importantes sur la morale. La morale ne dit rien de déterminé ; elle est la conscience ; un simple juge sans lois. Elle ordonne sans intermédiaire mais toujours spécialement. Elle est tout entière résolution. Les lois sont absolument opposées à la morale.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Spinoza et d’autres ont, avec un instinct singulier, cherché tout dans la théologie, fait de la théologie le siège de l’intelligence. L’idée spinozienne d’une science catégorique, impérative, belle ou complète, d’une science qui se satisfait en elle-même, d’une science annihilant toutes les autres et les abrogeant agréablement, bref, d’une science voluptueuse (idée qui est au fond de tout mysticisme) est extrêmement intéressante. – La morale, en tant qu’elle repose sur la lutte contre les penchants sensuels, n’est-elle pas elle-même voluptueuse, véritable eudémonisme ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Si un homme, tout à coup, croyait vraiment qu’il est moral, il le serait.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il me semble que de nos jours se généralise une tendance à cacher le monde extérieur sous des voiles artificiels, à avoir honte devant la nature nue, et à ajouter, par le secret et le mystère, je ne sais quelle obscure force spirituelle aux choses des sens. La tendance, certes, est romantique ; seulement, elle n’est pas favorable à la clarté et à l’innocence puérile. Ceci est surtout notable dans les relations sexuelles.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Chaque vertu suppose une innocence spécifique. L’innocence est un instinct moral. La vertu est la prose, l’innocence la poésie. Il y a une innocence fruste et une innocence cultivée. La vertu disparaîtra et deviendra innocence.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La pudeur est bien une sensation de profanation. On ne devrait s’occuper qu’en grand secret de l’amitié, de l’amour et de la piété. Il ne faudrait en parler qu’en de rares et intimes moments ; et s’entendre en silence sur ces choses. Bien des choses sont trop délicates pour qu’on puisse les penser, et, à plus forte raison, pour qu’on puisse en parler.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’innocence et l’ignorance sont soeurs. Mais il y a des soeurs nobles et vulgaires. L’innocence et l’ignorance vulgaires sont mortelles. Elles ont de beaux visages, mais éphémères et insignifiants. Les soeurs nobles sont immortelles. Leur haute stature est inaltérable et leur face reflète éternellement la clarté du paradis. Toutes deux habitent le ciel et ne visitent que les hommes les plus nobles et les mieux éprouvés.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Je suis le but d’une chose dans la mesure où elle est là pour moi ; elle se rapporte à moi ; elle se trouve là, à cause de moi. Ma volonté me détermine ; par conséquent elle est ma propriété. Le monde sera tel que je le voudrai. Originellement le monde est tel que je le veux ; si je ne le trouve pas tel, il faut que je cherche le défaut de ce produit dans ses deux facteurs ou dans un seul. Ou bien le monde est un monde dégénéré, ou ma volonté contradictoire n’est pas ma véritable volonté, ou les deux choses sont distinctement vraies, en même temps. Mon activité spirituelle, ma réalisation d’idées, ne pourra être une décomposition ni une recréation du monde (du moins en tant que je suis membre de ce monde déterminé), mais seulement une variation-opération. Je pourrai sans préjudice de l’univers et de ses lois, et par elles, les ordonner pour moi, les établir et les cultiver.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Voir le monde entier par le sens moral. Déduction de l’univers tirée de la morale. Toutes améliorations véritables sont des améliorations morales ; toutes inventions véritables des inventions morales, progrès... (Mérites de Socrate.)

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le sentiment moral est le sentiment de la puissance créatrice absolue, de la liberté productive, de la personnalité infinie, du microcosme, de la divinité réelle en nous...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Dieu est un concept mêlé. Il est né de l’union de toutes les puissances de l’âme, par le moyen d’une révélation morale.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il faut que la situation juridique devienne une situation morale ; et alors, toutes les séparations et toutes les déterminations tombent d’elles-mêmes ; et chacun est et possède tout, sans que ce soit au détriment des autres. – Les mathématiques ne se rapportent qu’au droit, à la nature juridique et à l’art ; non à la nature magique et à l’art. L’un et l’autre ne deviennent magiques que par la moralisation. L’amour est le fond de la possibilité de la magie. L’amour travaille magiquement. – Tout être sera changé en un avoir ; être est unilatéral, avoir synthétique, libéral.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le bien est moralité. La beauté est le bien objectif. La vérité le bien subjectif. Toutes deux se rapportent à la nature inintelligente. En un être doué de raison, le droit est analogue à la vérité, le bien à la beauté.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le système de la morale doit devenir le système de la nature. Toutes les maladies ressemblent au péché, en ceci que ce sont des transcendances ; nos maladies sont toutes des phénomènes d’une sensation sublimée qui veut se transformer en forces supérieures. Comme l’homme voulut devenir Dieu, il pécha. – Les maladies des plantes sont des animalisations, celles des animaux des rationalisations, celles des pierres des végétations. Est-ce que chaque plante ne correspondrait pas à une pierre et à un animal ? Les plantes sont des pierres mortes, les animaux des plantes mortes...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La nature deviendra morale ; nous sommes les maîtres qui l’instruisent, ses tangentes morales, ses charmes moraux. – La moralité peut-elle comme l’esprit être objectivée et organisée ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’idéal de la moralité n’a pas de rival plus dangereux que l’idéal de la force suprême, de la vie plus puissante, qu’on a nommé aussi (au fond très justement, mais, dans le sens qu’on y attachait, très faussement) l’idéal de la grandeur esthétique. C’est le maximum du barbare ; et il a malheureusement, en ces temps de culture égarée, fait un grand nombre de prosélytes, justement parmi les plus débiles. Par cet idéal, l’homme devient un esprit-brute, un mélange, dont l’esprit brutal a précisément pour les faibles une brutale puissance d’attraction.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La nature sera morale lorsque par amour véritable pour l’art elle se donnera à l’art, fera ce que veut l’art. Et l’art sera moral, lorsque par amour véritable pour la nature, il vivra pour la nature, et travaillera avec elle. Il faut que tous deux le fassent en même temps, par leur propre choix, pour eux-mêmes, et par le choix d’autrui, pour autrui. Il faut qu’en eux-mêmes ils se rencontrent avec les autres, et dans les autres avec eux-mêmes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La psychologie humaine, comme la science en général, considérera-t-elle l’homme simplement comme un tout, comme un système (et simplement de haut en bas) et la psychologie en général n’aura-t-elle affaire qu’avec des touts ? Alors, la psychologie et la physiologie me semblent absolument unes ; et l’âme ne serait que le principe du système, ne serait que substance ; son séjour serait le ciel. La physiologie en général serait la psychologie universelle, et la nature de l’âme serait une aussi ; puisque dans la nature n’est compris que l’esprit du tout, le principe substantiel. – Il faut ainsi séparer Dieu et la nature.

Dieu n’a rien à faire avec la nature ; il est le but de la nature ; ce avec quoi il faut qu’elle s’harmonise un jour. La nature deviendra morale. – Le Dieu moral est une chose bien plus haute que le Dieu magique. – Il faut que nous tâchions à devenir Mages pour pouvoir être vraiment moraux. Plus on est moral, plus on est en harmonie avec Dieu, plus on est divin, plus on est uni à Dieu. Dieu ne nous devient perceptible que par le sens moral. Le sens moral est le sens de l’être, sans affection extérieure, le sens de l’union, le sens du suprême, le sens de l’harmonie, le sens de l’être et de la vie librement choisis et trouvés, et cependant communs, le sens de la chose en soi, le vrai sens de la divination (deviner, percevoir une chose, sans motif, sans contact). Le mot sens, qui se rapporte à une connaissance immédiate, à un contact, à un mélange, n’est pas tout à fait propre ici. Mais c’est une expression infinie, de même qu’il y a des grandeurs infinies. Le propre ne peut être exprimé ici qu’approximativement, faute de mieux. – Agir moralement et agir religieusement sont ainsi deux choses intimement unies. On aura en vue la complète harmonie intérieure et extérieure ; on accomplira à la fois la loi et la volonté de Dieu, l’une et l’autre pour lui-même. Il y a ainsi une manière d’agir morale, unilatérale, et une manière d’agir religieuse, unilatérale.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les miracles peuvent-ils convaincre ? Ou bien la véritable conviction, cette fonction la plus haute de notre âme et de notre personnalité, serait-elle le seul vrai miracle annonçant Dieu ? Chaque miracle doit demeurer en nous, isolé, sans lien avec le reste de notre conscience, un rêve. Mais une profonde conviction morale, une contemplation divine, voilà qui serait un véritable et permanent miracle.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Est-ce que certaines bornes intellectuelles, ou certaines imperfections existeraient à cause de ou pour la religion, comme la détresse existe à cause de ou pour l’amour ? Nous nous sommes faits hommes pour être alliés, d’une manière infinie, avec les transmondains mêmes ; et nous avons choisi un Dieu pour roi. Déduction des esprits et des êtres de la raison. Nos rapports avec eux. Il n’y a pas de bornes au progrès intellectuel, mais nous mettrons telles bornes ad hunc actum, transitoires, nous serons à la fois limités et illimités ; nous pourrons faire des miracles, mais nous n’en voudrons point faire. Nous pourrons tout savoir, mais ne le voudrons pas. Avec l’éducation vraie de notre volonté, progresse aussi l’éducation de notre pouvoir et de notre savoir. Dans le moment que nous serons parfaitement moraux, nous pourrons faire des miracles, c’est-à-dire, dans le moment où nous ne voulons pas en faire, tout au plus admettrions-nous des miracles moraux. (Le Christ.) Le miracle suprême est un acte vertueux, un acte de la libre détermination.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La morale est, bien entendue, l’élément vital des hommes. Elle est intimement unie à la crainte de Dieu. Notre volonté morale est la volonté de Dieu. Quand nous accomplissons sa volonté, nous rassérénons et nous élargissons notre être, et c’est comme si nous avions agi ainsi pour nous-mêmes, du fond de notre nature. Le péché est sans aucun doute le mal réel dans le monde. Tout malheur vient de lui. Celui qui comprend le péché comprend la vertu et le christianisme, se comprend soi-même et comprend le monde. Sans comprendre cela, on ne peut s’approprier les mérites du Christ ; et on n’a point de part à cette seconde création supérieure.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Si l’esprit sanctifie, tout vrai livre est une bible. Mais il est rare qu’un livre soit écrit pour lui-même et si l’esprit est un métal également noble, la plupart des livres sont des Éphraïmites. Il faut que tout livre utile soit plein d’alliages ; et le noble métal ne s’emploie pas pur dans le commerce. Il en est d’un grand nombre de livres véritables comme des lingots en Irlande. Durant de longues années ils ne servent qu’à peser.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Est-ce que la Bible serait encore en croissance ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Érasme Darwin1 remarque qu’au réveil nous sommes moins éblouis par la lumière lorsque nous avons rêvé d’objets visibles. Heureux par conséquent ceux qui sur cette terre rêvent déjà qu’ils voient ! Ils pourront supporter avant les autres la gloire de l’autre monde !

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Si le monde est en quelque sorte un précipité de la nature humaine, le monde divin est un sublimé de cette nature. Les deux opérations ont lieu uno actu. Pas de précipitation sans sublimation. Ce qui là se perd en agilité se retrouve ici.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La fantaisie place le monde à venir dans le haut, dans le bas ou dans la métempsycose. Nous rêvons de voyages à travers l’univers ; l’univers n’est donc pas en nous ? Nous ne connaissons pas la profondeur de notre esprit. C’est vers l’intérieur que s’étend le chemin mystérieux. C’est en nous que se trouvent l’éternité avec ses mondes, le passé et l’avenir, ou bien ils ne sont nulle part. Le monde extérieur est le monde des ombres, il projette ses ombres dans le royaume de la lumière. Aujourd’hui tout nous paraît si obscur, si isolé, si informe ! Mais comme tout cela changera quand cet obscurcissement sera passé et que le corps d’ombre sera rejeté ! Nous jouirons plus que jamais ; car notre esprit a subi de longues privations...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La vie est le commencement de la mort. La vie n’existe que pour la mort. La mort est à la fois dénouement et commencement, séparation et réunion à soi-même tout ensemble. Par la mort la réduction s’accomplit.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Dans la douleur la plus grande survient souvent une paralysie de la sensibilité. L’âme se décompose. De là le froid mortel, la libre force de pensée, l’écrasante et incessante lucidité de ce genre de désespoir. Il n’y a plus aucun désir ; l’homme demeure seul comme une force funeste. Détaché du reste du monde, il se consume peu à peu lui-même, et selon son principe est misanthrope et misothée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Bien des gens s’attachent à la nature, parce que, comme des enfants gâtés, ils craignent leur père et cherchent un refuge près de leur mère.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Rien n’est plus indispensable à la véritable piété qu’un intermédiaire qui nous relie à la divinité. L’homme ne peut être immédiatement en relation avec elle. Il faut que l’homme, dans le choix de cet intermédiaire, soit absolument libre. La moindre contrainte, en ceci, nuit à sa religion. Ce choix est caractéristique, et les gens cultivés choisiront des intermédiaires assez semblables entre eux, tandis que les ignorants seront d’ordinaire déterminés par le hasard. Mais comme, en général, bien peu d’hommes sont capables de choisir, maints intermédiaires deviendront communs, soit par hasard, soit par association ou à cause de quelque commodité particulière. C’est ainsi que naissent les religions locales. Plus un homme acquiert d’indépendance et d’individualité, plus aussi diminue la quantité de l’intermédiaire, sa qualité s’affine, et les relations avec cet intermédiaire deviennent plus variées et plus raffinées : fétiches, astres, animaux, héros, idoles, dieux, un dieu-homme. On voit tôt combien ces choix sont relatifs, et sans qu’on le sache on est amené à cette idée que l’essence de la religion ne dépend pas de la nature de l’intermédiaire, mais qu’elle réside simplement dans la manière d’envisager cet intermédiaire et dans les rapports que l’on a avec lui.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il y a idolâtrie, dans le sens large, lorsque je prends cet intermédiaire pour Dieu même. Il y a irréligion lorsque je n’admets aucun intermédiaire ; et, en ce sens, la superstition et l’idolâtrie, l’incrédulité ou le déisme, qu’on peut appeler aussi vieux judaïsme, sont irréligieux. D’un autre côté l’athéisme n’est que la négation de toute religion en général, et de cette façon, n’a rien à faire avec la religion. La vraie religion est celle qui accepte cet intermédiaire comme intermédiaire, et le tient, en quelque sorte, pour l’organe de la divinité, pour son apparence sensible. À ce point de vue, les Juifs, du temps de la captivité de Babylone, acquirent une tendance véritablement religieuse, une espérance religieuse, une foi en une religion future qui les transforma miraculeusement, de fond en comble, et qui les maintint jusqu’à nos jours en une persévérance remarquable.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Vue de plus près, la vraie religion paraît à son tour antinomiquement divisée en panthéisme et monothéisme. Je me sers ici d’une licence, car je ne prends pas le mot panthéisme dans son sens habituel, mais j’entends par là que tout peut être organe de la divinité et son intermédiaire si je l’élève jusque-là, tandis que le monothéisme entend qu’il n’y a pour nous qu’un seul organe de ce genre en ce monde, que l’idée d’un intermédiaire est seule admissible, et que Dieu ne se manifeste que par cet organe et par cet intermédiaire ; et ainsi, je suis obligé de les choisir, car sans cela le monothéisme ne serait pas la religion véritable.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Si inconciliables qu’ils paraissent, il y a cependant moyen de les unir en faisant de l’intermédiaire monothéiste l’intermédiaire du monde moyen du panthéisme ; ou en fait, en quelque sorte, son centre, de manière qu’ils se rendent réciproquement, quoique différemment, nécessaires.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La prière ou la pensée religieuse consiste ainsi en une triple abstraction ou proposition montante et indivisible. Tout objet peut, pour l’homme religieux, être un temple au sens où l’entendaient les augures. L’esprit de ce temple est l’omniprésent grand-prêtre, l’intermédiaire monothéistique, qui seul est en rapport immédiat avec la divinité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout objet de hasard, tout objet accidentel, individuel, peut devenir notre organe universel. Un visage, une étoile, un paysage, un vieil arbre, etc., peut faire époque dans notre vie intérieure. C’est le grand réalisme du fétichisme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La lumière est le symbole du véritable empire sur soi-même. La lumière, selon l’analogie, est l’action de l’auto-motion de la matière. Le jour est ainsi la conscience de la planète, et tandis que le soleil, comme un Dieu, en une activité éternelle et personnelle, anime le centre, l’une après l’autre, chaque planète ferme l’oeil, pour un temps plus ou moins long, et dans un sommeil froid et réparateur se prépare à une vie et à une contemplation nouvelles. De même, ici, la religion. La vie des planètes est-elle autre chose que le culte du soleil ? Ici aussi, nous te rencontrons donc, antique, puérile religion des Perses, et nous trouvons en toi la religion de l’univers.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il est assez étrange que la mythologie grecque ait été si indépendante de la religion. Il semble qu’en Grèce l’éducation artistique l’ait emporté sur la religion, et qu’un idéalisme infiniment plus haut ait été la religion de l’instinct grec. La religion était l’objet essentiel de l’art humain. L’art semblait divin, ou la religion artistique et humaine. Le sens artistique était celui qui faisait naître la religion. La divinité se manifestait par l’art.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il faut chercher Dieu parmi les hommes. C’est dans les évènements humains, dans les pensées et dans les sensations humaines, que l’esprit des cieux se manifeste le plus clairement.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il faudrait, dans les assemblées religieuses, que chacun se levât, et que du trésor de ses aventures il communiquât aux autres des histoires divines. Cette attention religieuse aux rayons du soleil de l’autre monde est le besoin principal des âmes religieuses. De même que l’on peut faire de tout l’objet d’une épigramme ou d’une pensée, de même on peut tout transformer en un adage, en une épigramme religieuse, en une parole de Dieu.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il n’y a pas encore de religion. Il faut d’abord une école de vraie religion. Croyez-vous qu’il y ait une religion ? La religion doit être faite et produite par la réunion d’un grand nombre d’hommes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’amour peut, par la volonté absolue, se transformer en religion. On ne mérite que par la mort l’essence supérieure (la mort réconciliatrice ou expiatrice).

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le religion renferme une mélancolie infinie. Si nous voulons aimer Dieu, il faut qu’il ait besoin de notre aide. Jusqu’à quel point cette condition est-elle remplie dans le christianisme ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Spinoza est un homme ivre de Dieu.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le spinozisme est une saturation de divinité. L’incrédulité est la privation de l’organe du divin, la privation de divinité. Il y a ainsi athéisme direct et indirect. Plus l’homme est réfléchi et poétique, plus sa religion sera formée et historique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il y a maintes fleurs en ce monde qui sont d’origine supraterrestre ; qui ne vivent pas sous ces climats, et qui sont les messagères, les hérauts éloquents d’une existence meilleure. Entre ces messagères se trouvent d’abord la religion et l’amour. Le bonheur suprême est de savoir son aimée bonne et vertueuse ; l’inquiétude suprême est l’inquiétude de la noblesse de son âme. L’attention à Dieu, et à tous les moments où un rayon d’une conviction ou d’un apaisement céleste pénètre dans notre âme, est la chose la plus bienfaisante que l’on puisse obtenir pour soi et son amour...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toutes nos inclinations semblent n’être autre chose que de la religion appliquée ; le coeur paraît être, en quelque sorte, l’organe religieux. Peut-être que le produit suprême du coeur productif n’est autre que le ciel. Lorsque le coeur, détaché de tous les objets particuliers et réels, s’éprouve soi-même, et fait de soi un objet idéal, la religion naît. Toutes les inclinations particulières se réunissent en une seule, dont l’objet miraculeux est un être supérieur, une divinité ; et c’est ainsi que la véritable crainte de Dieu renferme toutes les émotions et toutes les inclinations. Ce Dieu naturel nous dévore, nous engendre, nous parle, nous élève, se laisse dévorer, élever et engendrer par nous, et il est l’objet infini de notre activité et de notre souffrance. Si nous faisons de notre amante un Dieu de ce genre, c’est de la religion appliquée...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La science religieuse est de la poésie scientifique. La poésie est aux sentiments ce que la philosophie est aux pensées.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La religion catholique est déjà, jusqu’à un certain point, du christianisme appliqué. La philosophie de Fichte est aussi probablement du christianisme appliqué.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute foi est miraculeuse et opère des miracles ; Dieu est dans le moment où je crois en lui. La foi est une force qui fait indirectement des miracles. Par la foi nous pouvons à tout moment faire des miracles pour nous, et souvent pour d’autres en même temps, s’ils croient en nous. La foi est ici-bas activité perçue et sensation dans un autre monde ; c’est un acte transmondain perceptible. La foi véritable ne se rapporte qu’à des choses d’un autre monde. La foi est la sensation du réveil et du travail dans un autre univers. La foi terrestre appliquée est volonté. La foi est la perception de la volonté réalisée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le sens de la négativité du christianisme est admirable ; le christianisme devient ainsi la base de la force projective d’un nouvel univers, d’une nouvelle humanité et d’un vivant espace moral. Ceci rejoint déjà ma conviction que jusqu’ici on a méconnu le temps et l’espace, dont la personnalité et la force propre me sont devenues incontestablement évidentes. L’activité du temps et de l’espace est la force créatrice, et leurs relations sont les angles de l’univers. – Abstraction absolue, anéantissement du présent, apothéose du futur, ce monde essentiellement meilleur, voilà le fond de la loi chrétienne, et par ceci elle se rattache, comme la seconde aile principale, à la religion de l’antiquité, à la divinité de l’antique, au rétablissement de l’antiquité. Toutes deux regardent l’univers comme le corps d’un ange, qui flotte éternellement, et éternellement jouit du temps et de l’espace.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La religion chrétienne est la véritable religion de la volupté. Le pêché est le plus grand attrait de l’amour divin ; plus un homme se sent pécheur, plus il est chrétien. L’union absolue avec la divinité est le but du péché et de l’amour. Les dithyrambes sont un produit vraiment chrétien.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La religion chrétienne est encore remarquable, parce qu’elle exige, d’une manière si décisive, la simple bonne volonté de l’homme et sa nature propre, sans aucune culture, et qu’elle y attache de l’importance. Elle s’oppose à la science et à l’art, et à la jouissance proprement dite.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle part de l’homme ordinaire. Elle anime la grande majorité des bornés sur la terre.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle est la lumière qui commence de luire dans les ténèbres.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle est le germe de tout démocratisme et le fait suprême de la popularité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Ses dehors impoétiques, son analogie avec quelque moderne tableau de genre ne semblent qu’empruntés.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle est tragique et infiniment douce cependant. Véritable drame, mêlé de comédie et de tragédie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La mythologie grecque semble réservée aux lettrés, et par là même en opposition complète avec le christianisme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’avenir n’est pas pour le malade. Seul, le regard de l’homme sain peut se perdre hardiment en ses chemins merveilleux. Le malheur est une vocation divine. On ne peut devenir saint que par le malheur, et c’est pourquoi les saints d’autrefois se précipitaient d’eux-mêmes dans le malheur.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les martyrs sont des héros spirituels. Tout homme a des années de martyre. Le Christ fut le grand martyr de notre histoire ; par lui, le martyre est devenu infiniment profond et sacré.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La prière est dans la religion ce que la pensée est dans la philosophie. Prier c’est faire de la religion ; la prédication devrait être une prière. Le sens religieux prie, comme l’organe de la pensée pense.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Une union qui se fait aussi pour la mort est un mariage qui nous donne une compagne pour la nuit. C’est dans la mort que l’amour est le plus doux ; pour le vivant, la mort est une nuit nuptiale ; un secret plein de doux mystères.

N’est-il pas bon de chercher pour la nuit une couche hospitalière ?

C’est pourquoi il est habile celui qui aime aussi celles qui dorment...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Très étrange est l’analogie de notre histoire sainte avec les contes de fée ou contes symboliques : d’abord un enchantement ; puis la merveilleuse réconciliation, etc., l’accomplissement de la condition de l’enchantement. La folie et la magie se ressemblent en plus d’un point. Un magicien est un artiste de la folie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’histoire du Christ est aussi sûrement un poème qu’une histoire. Et en général l’histoire n’est qu’une histoire qui peut être une fable aussi...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La foi mystique en ce qui est : l’ancien, le connu et l’espoir et la joie mystique en ce qui sera, le nouveau, l’inconnu, voilà jusqu’ici deux traits caractéristiques très importants de l’humanité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’humanité va-t-elle progrediendo ? C’est une question philosophique étrange et à laquelle il est impossible de répondre. Pourquoi ne demande-t-on pas aussi si la race humaine se transforme ? Cette question est plus haute. Ce n’est que de la transformation qu’on pourra conclure à l’amélioration ou à la péjoration.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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C’est seulement dans le cas où nous pourrions nous comparer, comme hommes, à d’autres êtres intelligents, que nous saurions ce que nous sommes réellement, et sur quel échelon nous nous trouvons.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’antithèse du corps et de l’esprit est une des plus remarquables et des plus dangereuses. Elle a joué un grand rôle dans l’histoire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La nature est du passé pur, de la liberté morte, par là même, la base de l’histoire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Actuellement l’esprit ne remue que çà et là. Quand remuera-t-il entièrement ? Quand l’humanité commencera-t-elle à prendre conscience en masse ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le monde des corps est le monde prosaïque. L’espace brut est le premier poème. L’espace cultivé sera le poème final. – Espace naturel. – Espace artificiel. Un corps est un espace consonnisé. Le corps éloigné se résout de nouveau en espace, s’évanouit en espace. Tout redeviendra espace (schéma des corps – le globe terrestre) schéma des courants – les courants de la terre – marche des courants, opposés aux corps – mouvement. Le mouvement consonnisé du temps est le mouvement réel. Le mouvement lointain se résout en mouvement absolu. Où il y a corps il n’y a pas espace. Où il y a mouvement il n’y a pas temps. Tous courants et mouvements deviendront temps (éternité). Temps brut, temps cultivé. Le temps dure absolument. Tous les courants deviendront perpétuels, tous les corps pénétrables.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le ciel et la terre actuels sont de nature prosaïque. L’univers est dans une période d’utilité. Le jugement dernier est le commencement d’une période nouvelle, cultivée et poétique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Sur le moment présent, ou sur la solidification perpétuelle du temps terrestre. – Il a une singulière flamme vitale. Le temps fait tout, comme aussi il détruit, lie et sépare tout. – Nature du souvenir. Flamme de l’âme. Vie spéciale de l’âme. Mode de vie intérieur. La solidification. – Elle procède de l’attouchement d’un deuxième monde, d’une seconde vie où tout est opposé. Nous jaillissons comme une étincelle électrique jusqu’en un autre monde. – Accroissement de la capacité. La mort est la transformation, l’expulsion du principe individuel, qui entre dans une alliance nouvelle, plus tolérable et meilleure.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Notre monde est ce qu’il est, comme membre du système universel ; ses transformations sont déterminées par les transformations du grand système. – Plus une chose est diversement individualisée, plus sont divers ses contacts avec d’autres individus, plus sont variables son voisinage et ses limites.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Un individu infiniment caractérisé est partie d’un infini. Ainsi de notre monde. Il confine à des mondes infinis et cependant ne confine peut-être qu’à un seul. L’ensemble du monde n’a aussi qu’un monde devant lui. Ciel et terre.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les uns ont plutôt une personnalité d’espace, les autres une personnalité de temps. Serait-ce là la distinction entre héros et artistes ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le bonheur est le talent pour l’histoire ou la fatalité. Le sens des évènements est le sens prophétique et le bonheur est l’instinct divinatoire. (C’est pourquoi les anciens comptaient avec raison parmi les talents des hommes son bonheur.) Il y a une atmosphère divinatoire. Le roman est né de la pauvreté de l’histoire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Là où il y a des enfants, il y a un âge d’or.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’occasion ne nous manque point de considérer les hommes hors du monde, et, en vérité, avant et après le monde. Stamina destinées à être homme ou non ; cet enfant, ce vieillard...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Plusieurs manquent de présence d’esprit ; par contre, ils ont plus d’avenir d’esprit.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Presque tout génie n’eut jusqu’ici qu’une face résultant d’une constitution maladive. Les uns avaient trop de sens extérieur, les autres trop de sens intérieur. Rarement la nature réussit à équilibrer les deux, à former une complète constitution géniale. Le hasard fit parfois que la proportion fut parfaite, mais cela ne pouvait durer, puisque cette proportion n’était pas comprise et fixée par l’esprit. Le tout se borna à d’heureux moments. Le premier génie qui se pénétra lui-même trouva là le germe typique d’un monde incommensurable ; il fit une découverte qui dût être la plus remarquable de l’histoire du monde ; car par elle commence une époque de l’humanité absolument nouvelle ; et sur ce degré devient pour la première fois possible l’histoire véritable, de quelque genre que ce soit ; car la route parcourue jusqu’ici forme maintenant un tout propre et entièrement explicable. Ce point hors du monde est donné, et maintenant, Archimède peut remplir sa promesse...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout homme qui se compose d’hommes est un homme à la deuxième puissance, ou un génie. En ce sens, l’on peut dire qu’il n’y a pas eu de Grecs, mais seulement un génie grec. Un Grec cultivé n’était que fort médiatement, et d’une manière très restreinte, son propre ouvrage. Par là s’explique la forte individualité de la science et de l’art grecs. Il ne faut pas nier cependant que, par certains côtés, les mysticismes égyptien et oriental les ont entamés et modernisés.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Vouloir que l’on considère le monde actuel comme le meilleur, c’est la même chose que de vouloir que je considère la femme que j’ai épousée comme la meilleure et l’unique, et que je vive tout en elle et pour elle. Il y a encore un grand nombre d’exigences et de prétentions de ce genre dont l’adoption fait un devoir du respect absolu envers tout ce qui est accompli, envers ce qui est historiquement religieux ; et produit le croyant absolu et le mystique en général, le véritable amateur du destin. La fatalité est l’histoire rendue mystique. Tout amour arbitraire ou capricieux, dans le sens ordinaire, est une religion qui n’a et ne peut avoir qu’un apôtre, un évangéliste et un adepte, et peut-être une religion intermittente, encore qu’il n’en soit pas nécessairement ainsi.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il y a une série d’évènements idéaux parallèles à la réalité. Ils coïncident rarement. Les hommes et les incidents modifient d’ordinaire l’évènement idéal en sorte qu’il paraît incomplet et que ses résultats paraissent incomplets aussi. Par exemple la Réforme. Au lieu du protestantisme, ce fut le luthéranisme qui naquît.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Bien des hommes vivent mieux avec le passé et l’avenir qu’avec le présent.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le présent est absolument incompréhensible sans le passé et, sans un haut degré de culture, une saturation des plus hauts produits de l’esprit le plus substantiel de l’époque et de l’antiquité, et une assimilation d’où naît le regard prophétique, dont l’historien, l’actif et idéal ouvrier des faits de l’histoire, peut se passer moins aisément que le simple conteur grammairien et rhétoricien...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Une certaine solitude semble nécessaire au développement des sens supérieurs ; et c’est pourquoi il est inévitable que le commerce si étendu des hommes étouffe bien des germes sacrés ; et que les dieux s’effarouchent, car ils fuient le tumulte des réunions distraites et la discussion des choses insignifiantes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La Société des Jésuites demeurera éternellement le modèle des sociétés qui éprouvent un désir organique d’expansion infinie et de durée éternelle ; mais c’est une preuve aussi que le temps, sur lequel on n’avait pas compté, suffit à rendre vaines les plus sages entreprises, et que le développement de la race entière étouffe constamment le développement artificiel de l’une de ses parties. Toute partie en soi a sa propre mesure de capacité ; seule, la capacité de la race est illimitée. Tous les plans doivent faillir qui ne tiennent pas complètement compte de toutes les aptitudes de la race.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le savant est d’instinct l’ennemi du clergé, tel qu’on l’entendait autrefois. Le savant et le prêtre, s’ils sont séparés, doivent se faire une guerre sans merci, car ils luttent pour la même place. Cette séparation se révéla notamment après la Réforme et surtout en ces derniers temps ; et plus l’histoire de l’humanité européenne approchait du temps de la science triomphante, plus le savoir et la foi entraient en opposition définitive, plus aussi les savants gagnaient de terrain. C’est dans la foi que l’on chercha la cause de la stagnation générale, et c’est par la science, qui perce tout, qu’on espéra de vaincre cette stagnation. Partout, le sens sacré eut à subir les reproches que l’on fit à ce qu’il avait été jusqu’ici, et à sa personnalité temporelle. Le résultat de la nouvelle manière de penser, on le nomma philosophie, et on y ajouta tout ce qui s’opposait à la manière ancienne et, surtout, tout ce qui s’attachait à la religion. La haine personnelle qu’on avait eue d’abord contre la foi catholique se transforma peu à peu en haine contre la Bible, contre la foi chrétienne, et finalement contre la religion même. Bien plus, la haine de la religion s’étendit très naturellement et logiquement à tous les objets de l’enthousiasme, détruisit la fantaisie et le sentiment, la morale et l’amour de l’art, le passé et l’avenir, et plaça l’homme au rang d’êtres naturels que domine la nécessité. Elle fit de l’infinie musique créatrice de l’univers le tic-tac monotone d’un moulin monstrueux, qui, mis en mouvement par les flots du hasard, et flottant sur lui, n’était plus qu’un moulin en soi, un moulin sans constructeur et sans meunier, un véritable Perpetuum mobile, un moulin qui se moulait lui-même. Un seul enthousiasme était généreusement laissé à la pauvre humanité, et devenait l’indispensable pierre de touche de la plus haute culture, à savoir l’enthousiasme pour cette belle et grandiose philosophie, et surtout pour ses prêtres et pour ses mystagogues. La France eut le bonheur de devenir le siège de cette foi qui n’était composée que de science. Si décriée que fût la poésie en cette Église nouvelle, il s’y trouva néanmoins quelques poètes qui se servaient encore des anciens ornements et des vieilles lumières, mais qui risquaient ainsi d’incendier, grâce à d’antiques flammes, le nouveau système de l’univers. Mais des initiés plus habiles savaient immédiatement inonder d’eau froide les auditeurs qui s’échauffaient déjà. Ils s’occupaient sans répit à purifier de toute poésie la nature, le sol, l’âme humaine et les sciences ; à détruire toutes les traces sacrées, à avilir par leurs sarcasmes le souvenir de tous les grands évènements et de tous les grands hommes, et à dépouiller l’univers de tous ses ornements. La lumière, grâce à son obéissance mathématique et à son impudence, était devenue leur favorite ; ils se réjouissaient qu’elle se laissât briser plutôt que de jouer avec les couleurs ; aussi nommaient-ils, d’après elle, leur siècle, un siècle de lumières. En Allemagne, on travailla plus à fond. On réforma l’éducation. On chercha à donner à l’ancienne religion un sens plus neuf, plus raisonnable, plus vulgaire, en lui enlevant soigneusement tout son côté miraculeux, mystérieux. Toute érudition cessa, afin de couper tout recours à l’histoire, car on s’occupait à faire noblement de l’histoire un « tableau de genre », familier et bourgeois. Dieu devint le spectateur désoeuvré du grand et émouvant spectacle que donnaient les savants, et, à la fin de la pièce, il avait à héberger solennellement le poète et les acteurs, et à les admirer. Le menu peuple fut éclairé, de préférence, et accoutumé à un enthousiasme civilisé ; et ainsi naquit une nouvelle tribu européenne ; celle des philanthropes et des éducateurs. Mais quel malheur que la nature demeurât si étonnante et si incompréhensible, si poétique et tellement infinie, malgré tous les efforts qu’on fit pour la moderniser !... Si, par hasard, émergeait quelque part le reste d’une croyance superstitieuse à un monde plus haut, de tous côtés on sonnait l’alarme, et là où c’était possible, on étouffait dans la cendre, sous la philosophie et le bel esprit, l’étincelle dangereuse. Cependant, la tolérance était le mot sauveur des gens éclairés et, en France notamment, il était synonyme de philosophie. Cette histoire de l’incrédulité moderne est on ne peut plus remarquable, et c’est la clef de tous les phénomènes monstrueux des temps nouveaux. C’est en ce siècle, et surtout en la seconde moitié de ce siècle, qu’elle commence, et en peu de temps se propage et se multiplie d’une manière infinie. Une seconde Réforme, une Réforme plus vaste et plus essentielle, était inévitable, et devait d’abord atteindre le pays le plus modernisé et qui, par manque de liberté, était demeuré le plus longtemps dans un état asthénique. Depuis longtemps, le feu supérieur se fût fait jour, et eût rendu vains les plus habiles plans d’éducation, si le poids et l’influence du monde n’avaient aidé à la réalisation de ces plans. Mais dans le moment où une déchirure se produisit entre les savants et les puissants, entre les ennemis de la religion et l’ensemble de ses adhérents, cette même religion devait revenir sur la scène comme choéphore et comme intermédiaire ; et tous ses amis devaient reconnaître et proclamer cette venue, si elle n’était pas encore suffisamment visible. Que ce temps de la résurrection soit arrivé, et que les évènements mêmes qui semblaient dirigés contre la religion et qui menaçaient d’achever sa perte soient devenus les signes favorables de sa régénération, cela ne peut faire le moindre doute pour tout esprit qui a le sens de l’histoire. La véritable anarchie est l’élément générateur de la religion. Du fond de l’anéantissement de toutes les choses positives, elle lève glorieusement la tête en fondatrice d’univers. L’homme, de lui-même, s’élève jusqu’aux cieux lorsque plus rien ne l’enchaîne, et les organes supérieurs, noyaux des choses terrestres, émergent d’abord et d’eux-mêmes de l’uniforme mélange et de la complète dissolution de toutes les aptitudes et de toutes les forces humaines. L’esprit de Dieu flotte sur les eaux, et une île céleste, demeure des hommes nouveaux, royaume de la vie éternelle, devient d’abord visible parmi les vagues qui se retirent. Que l’observateur véritable contemple avec tranquillité et simplicité les temps nouveaux qui bouleversent les nations ! Le révolutionnaire ne lui paraît-il pas semblable à Sisyphe ? Il a atteint la cime de l’équilibre, et déjà le fardeau puissant roule, de l’autre côté, au bas de la montagne. Jamais il ne demeurera là-haut si quelque attraction du ciel ne le maintient sur les sommets. Tous vos soutiens sont trop faibles si votre état conserve ses tendances vers la terre. Mais nouez-le, par un désir supérieur, aux hauteurs du ciel, mettez-le en rapport avec l’univers, vous lui aurez donné des ailes qui ne se lassent pas, et vous serez magnifiquement payé de vos peines. Je vous renvoie à l’histoire, cherchez en elle des temps semblables à ces temps, et apprenez à manier la baguette magique de l’analogie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La révolution demeurera-t-elle « française » comme la Réforme fut « luthérienne » ? Est-ce que le protestantisme sera, une fois de plus, fixé, d’une manière contre-nature, comme gouvernement révolutionnaire ? Des lettres feront-elles simplement place à d’autres lettres ? Cherchez-vous aussi le germe de la corruption dans l’ancienne organisation et dans l’esprit ancien ? Et croyez-vous qu’une organisation meilleure rendra l’esprit meilleur ? Ô si l’esprit des esprits pouvait vous envahir et si vous renonciez à la folle pensée de modeler l’histoire et l’humanité, et de leur donner votre direction ! Ne sont-elles pas indépendantes, puissantes par elles-mêmes et presque infiniment prophétiques et dignes d’être aimées ? Mais nul ne songe à les étudier, à les suivre, à en tirer un enseignement, à marcher de leur pas, et à croire à leurs promesses et à leurs signes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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En France, on a beaucoup fait pour la religion en lui enlevant les droits civils et en ne lui laissant que des droits familiers, non pas en une personne, mais en ses innombrables individualités. Il faut que maintenant, comme une humble orpheline étrangère, elle gagne d’abord les coeurs, et qu’on l’aime partout, avant que de nouveau on l’honore publiquement, et que dans les choses de ce monde, on veuille encore lui demander des conseils amicaux et la direction des consciences.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Là où il n’y pas de dieux règnent les spectres.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tous les évènements qui, de nos jours, ont eu lieu en Allemagne ne sont encore que des signes frustes et sans suite, mais ils révèlent à l’oeil de l’historien une individualité universelle, une histoire et une humanité nouvelles, le doux embrassement d’une Église jeune et surprise et d’un Dieu plein d’amour ; et, répandue à la fois en ses mille membres, la conception profonde d’un messie nouveau. Qui n’est plein de la douce pudeur d’un bon espoir ? Le nouveau-né sera l’image de son père, ce sera un nouvel âge d’or aux yeux sombres et infinis, ce sera un temps prophétique, miraculeux et guérisseur de nos blessures, un temps consolateur et qui brûle des flammes de la vie éternelle, un temps de réconciliation. Ce sera un sauveur, un génie véritable, qui sera frère des hommes, en qui l’on croira mais qu’on ne pourra voir, et qui cependant sera, sous mille formes, visible à ceux qui croient, qu’on mangera et qu’on boira comme le pain et le vin, qu’on embrassera comme un amant, qu’on respirera comme l’air, qu’on entendra comme on entend une parole et un chant, et qu’on accueillera, au milieu des voluptés célestes, comme la mort parmi les suprêmes tourments de l’amour dans les profondeurs du corps enfin calmé...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La forme accidentelle du christianisme est à peu près anéantie. Le vieux papisme est enterré et Rome est en ruine pour la seconde fois. Le protestantisme ne cessera-t-il pas enfin et ne fera-t-il pas place à une Église nouvelle et durable ? Les autres parties du monde attendent la réconciliation et la résurrection de l’Europe pour se joindre à elle, et devenir citoyennes du royaume des cieux.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les mots abstraits sont les gaz sous l’étiquette : l’Invisible.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Là où règne la véritable propension à la méditation, et non pas seulement à penser telle ou telle pensée, là aussi il y a progression. Beaucoup de savants ne possèdent pas cette propension. Ils ont appris à raisonner et à conclure, comme un cordonnier à faire des souliers, sans jamais arriver à l’idée mère ou sans s’inquiéter de trouver le fond des pensées. Cependant le salut ne se trouve pas en d’autres voies. Chez plusieurs cette propension ne dure qu’un certain temps. Elle décroît, souvent avec les années, très souvent aussi avec l’invention d’un système qu’ils ne cherchent que pour s’élever au-dessus des peines de la méditation.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La tâche suprême de la culture est de s’emparer de son moi transcendantal, d’être vraiment le moi de son moi. Il est d’autant moins surprenant que nous n’ayons pas l’intelligence et le sens complet des autres hommes. Sans une complète intelligence de soi-même, on n’apprendra jamais à comprendre vraiment les autres.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Avant l’abstraction tout est un, mais un chaos ; après l’abstraction tout est réuni, mais cette réunion est une libre association de choses indépendantes et déterminées par elles-mêmes. D’une masse est née une société, le chaos est changé en un monde complexe.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’expérience est la preuve du rationnel et réciproquement. L’insuffisance de la théorie pure dans l’application, au sujet de laquelle glose souvent l’homme pratique, se retrouve d’un autre côté dans l’application rationnelle de la pure expérience, et est suffisamment remarquée par le véritable philosophe, encore qu’il reconnaisse que c’est inévitable. C’est pourquoi l’homme pratique rejette toute la théorie pure sans se douter combien serait problématique la réponse à cette question : « La théorie existe-t-elle pour l’application ou l’application pour la théorie ? »

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Aux premiers temps de la découverte du jugement, chaque jugement nouveau était une trouvaille. La valeur de cette trouvaille augmentait à proportion de l’applicabilité et de la fécondité de ce jugement. Il fallait alors, pour créer des sentences qui nous paraissent aujourd'hui fort ordinaires, un degré inaccoutumé de vie spirituelle. Il fallait de la sagacité et du génie pour trouver de nouvelles relations à l’aide de l’instrument nouveau. L’application de celles-ci aux choses les plus particulières, les plus intéressantes et les plus générales de l’humanité, devait éveiller un grand étonnement et appeler l’attention de tous les sages. C’est de là que naquirent les recueils gnomiques, qu’en tout temps et chez tous les peuples on estima si haut. Il est bien possible que nos géniales découvertes d’aujourd’hui aient plus tard le même sort Un temps viendra où tout ceci sera aussi commun qu’aujourd’hui nos proverbes, et où de nouvelles et plus hautes découvertes occuperont l’infatigable esprit de l’homme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La véritable conquête, chez Fichte et Kant, se trouve dans la méthode, dans la régularisation du génie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le désir de savoir est étrangement mêlé ou composé de mystère et de science.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La logique ordinaire est la grammaire de la langue supérieure ou de la pensée. Elle contient simplement les relations des concepts entre eux, la mécanique de la pensée, la pure physiologie du concept. Les concepts logiques sont entre eux comme les mots sans pensée. La logique s’occupe uniquement des corps morts de la philosophie. La métaphysique est la pure dynamique de la pensée, elle traite des forces pensantes originelles, elle s’occupe de l’âme de la philosophie. Les concepts métaphysiques sont entre eux comme les pensées sans mots.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Souvent l’on s’étonna de l’imperfection persistante des deux sciences, chacune d’elles allait son chemin, et rien ne concordait. Dès l’origine, on chercha à les unir, car tout en elles annonçait la parenté. Mais toute tentative échoua, parce que l’une des deux souffrait toujours de cette union et y perdait son caractère essentiel. On en resta à la métaphysique logique et à la logique métaphysique, mais aucune d’elles n’était ce qu’elle devait être. Il n’en alla pas mieux de la physiologie et de la psychologie, de la mécanique et de la chimie. En la seconde moitié de ce siècle se produisit ici une inflammation plus violente que jamais. Les masses ennemies s’entassèrent plus énormément les unes contre les autres ; la fermentation fut extraordinaire et il s’ensuivit de puissantes explosions. À présent, quelques-uns prétendent qu’il s’est produit quelque part une véritable interpénétration, que le germe de l’union vient d’éclore, qui peu à peu grandira et formera de tout un tout indivisible, que le principe de la paix éternelle s’étend irrésistiblement de tous côtés, et que bientôt il n’y aura qu’une science comme il n’y a qu’un prophète et un Dieu.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le scolastique est le penseur brut et discursif. Le véritable scolastique est un subtiliste mystique. Il construit son monde d’atomes logiques, il anéantit la nature vivante pour mettre à sa place l’oeuvre artificielle de la pensée. Son but est un automate infini. Son contraire est le poète brut et intuitif, celui-ci est un macrologue mystique. Il hait la règle et la forme fixe. À la place de celles-ci règne dans la nature une vie sauvage et violente. Tout est animé. Aucune loi. Caprice et miracle partout. Il est uniquement dynamique. C’est ainsi que l’esprit philosophique se meut d’abord en deux masses absolument séparées. Au second degré de culture, les masses commencent à se toucher de diverses façons, et de même que de la réunion d’extrêmes infinis, naît le fini, le limité ; naissent également d’innombrables éclectiques : l’époque des malentendus commence. Le plus limité est, ici, le plus important, le plus pur philosophe du deuxième degré. Cette classe est toute bornée au monde réel, actuel, au sens le plus strict. Les philosophes de la première classe considèrent avec dédain ceux de la seconde. Ils disent qu’en elle il y a de tout un peu et partant rien, ses vues lui semblent des suites de la faiblesse, de l’inconséquence. De son côté, la seconde classe a pitié de la première et lui reproche ses rêveries absurdes jusqu’à la folie. Si d’un côté les scolastiques et les alchimistes semblent absolument divisés et les éclectiques unis, de l’autre côté c’est tout juste le contraire. Les premiers sont, en effet, indirectement d’accord, – à savoir sur l’absolue indépendance et la tendance infinie de la méditation. Ils partent tous deux de l’absolu. Tandis que les seconds sont essentiellement divisés et ne s’accordent que sur certaines conséquences. Les uns sont infinis mais uniformes. Ceux-ci finis, mais multiformes. Ceux-là ont le génie, ceux-ci le talent Ceux-là l’idée, ceux-ci le savoir faire. Ceux-là sont des têtes sans mains, ceux-ci des mains sans têtes. L’artiste qui est à la fois instrument et génie, gravit le troisième degré. Il trouve que cette séparation originelle des activités philosophiques absolues est une séparation plus profonde de son être dont l’existence dépend de la possibilité de son adaptation, de sa réunion ; il trouve que quelque hétérogènes que soient ces activités, il a cependant en lui la faculté d’aller de l’une à l’autre et de changer comme il le veut sa polarité. Il découvre ainsi qu’elles sont des parties nécessaires de son esprit, et remarque que toutes deux doivent être unies en un principe commun. Il en conclut que l’éclectisme n’est que le résultat de l’emploi incomplet et défectueux de cette faculté. Il lui paraît plus que probable que la cause de cette imperfection est la faiblesse de l’imagination productive qui ne peut pas, au moment où elle passe de l’une à l’autre partie, continuer à planer et à contempler. La complète représentation de la véritable vie spirituelle élevée à la conscience par cette méditation est la philosophie Κατ’εξοχην : ici naît cette réflexion vivante qui par une culture soigneuse s’éploie, d’elle-même, par la suite, en un univers spirituel infini, noyau et germe d’une organisation qui contient tout. C’est le commencement d’une véritable auto-pénétration de l’esprit qui ne finit jamais.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les sophistes sont des hommes qui, attentifs aux faiblesses des philosophes et aux fautes de l’art, cherchent à les utiliser à leur profit, ou dans quelque but méprisable et aphilosophique. Ils n’ont donc rien de commun avec la philosophie. S’ils sont foncièrement aphilosophes, il faut les considérer comme les ennemis de la philosophie et les traiter comme tels. La classe la plus dangereuse est celle des sceptiques par pure haine de la philosophie. Les autres sceptiques sont partiellement fort dignes de considération. Ce sont les avant-coureurs de la troisième période. Ils ont le don de distinction vraiment philosophique, et il ne leur manque que quelque force spirituelle. Ils ont la capacité nécessaire, mais non la force s’incitant elle-même. Ils sentent l’insuffisance des systèmes actuels. Aucun ne les vivifie entièrement, ils ont le goût authentique, mais il leur manque l’énergie nécessaire de l’imagination productive. Il faut qu’ils soient polémistes. Tous les éclectiques sont sceptiques au fond, et plus ils embrassent, plus ils sont sceptiques. Cette dernière observation est confirmée par ce fait, que jusqu’ici les savants les plus grands et les meilleurs ont reconnu, à la fin de leur vie, qu’ils savaient le moins...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Philosopher, c’est déphlegmatiser, vivifier. Jusqu’ici, dans l’examen de la philosophie, on a d’abord tué celle-ci, puis on l’a disséquée et analysée. On croyait que les parties constituantes du caput mortuum étaient celles de la philosophie. Mais toujours avortait toute tentative de réduction ou de reconstitution. Pour la première fois, en ces temps-ci, on a commencé à observer la philosophie en vie, et il se pourrait faire qu’on obtint ainsi l’art de faire des Philosophies.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le véritable acte philosophique est le suicide. C’est le réel commencement de toute philosophie. C’est à lui qu’aboutissent tous les désirs du disciple, et cet acte seul répond à toutes les conditions et à tous les signes de l’action transcendantale.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La philosophie est, comme toute science synthétique, comme les mathématiques arbitraire. C’est une méthode idéale et trouvée par elle-même, d’observer, d’ordonner, etc., – l’intérieur.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Fichte, en exécutant son idée, a donné la meilleure preuve de l’idéalisme. – Ce que je veux, je le peux. Chez l’homme rien n’est impossible.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La philosophie est un art d’auto-séparation et d’auto-réunion. Un art d’auto-spécification et d’auto-génération.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La philosophie est foncièrement anti-historique. Elle va du futur et du nécessaire au réel. C’est la science de l’universel sens divinatoire. Elle éclaire le passé par le futur. Tandis que l’histoire fait le contraire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le sens de la socratie est que la philosophie est partout ou nulle part ; et qu’on peut, sans peine, s’orienter partout et trouver ce qu’on cherche. La socratie est la science, étant donné un point quelconque, de trouver la position de la vérité, et de déterminer ainsi exactement les relations de ce point avec la vérité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La philosophie est à proprement parler le mal du pays. Le désir d’être partout chez soi.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout commencement réel est un second moment. Tout ce qui est et apparaît, ne naît et n’apparaît qu’en vertu d’une supposition son fond individuel, son moi absolu le précède, et doit en tout cas être pensé avant lui.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le avait commencé, il aurait dû commencer ainsi. Le commencement est déjà un concept postérieur ; le commencement est postérieur au mol ; c’est pourquoi le mol ne peut pas avoir commencé. Nous voyons par là que nous sommes ici dans le domaine de l’art ; mais cette supposition artificielle est à la base d’une science qui naît toujours de faits artificiels.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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À proprement parler, le Criticisme (la méthode d’épuisement qui comprend la méthode de renversement) est cette doctrine qui, dans l’étude de la nature, nous renvoie à nous-mêmes, à l’observation et à la sollicitation intérieures et qui, dans l’étude de nous-mêmes, nous renvoie au monde extérieur et à l’observation, à la sollicitation extérieures : au point de vue philosophique, la plus fructueuse des indications. Elle fait que nous pressentons la nature comme si elle était un être humain ; elle montre que nous ne pouvons rien comprendre que comme nous nous comprenons nous-mêmes, comme nous comprenons notre amante, nous-mêmes et vous-mêmes. Maintenant, nous voyons les liens véritables qui attachent le sujet à l’objet, nous voyons qu’il y a en nous aussi un monde extérieur, qui se trouve, avec notre intimité, en des relations analogues à celles où se trouve le monde extérieur hors de nous avec notre extérieur ; et que celui-ci et celui-là sont unis de la même façon que notre intérieur et notre extérieur ; de sorte que nous ne pouvons saisir que par la pensée, l’intérieur et l’âme de la nature, comme nous ne pouvons saisir que par la sensation l’extérieur et le corps de la nature.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La philosophie véritable est entièrement un idéalisme réaliste ou spinozisme. Elle repose sur une foi supérieure. La foi est inséparable de l’idéalisme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La distinction entre l’erreur et la vérité se trouve dans la différence de leurs fonctions vitales. L’erreur vit de la vérité. La vérité vit sa vie en elle-même. On anéantit l’erreur comme on anéantit les maladies : et ainsi l’erreur n’est autre chose qu’une inflammation ou une extinction logique, rêverie ou philistinerie. L’une laisse généralement après elle un manque apparent de force pensante, à quoi rien ne peut remédier qu’une suite décroissante d’excitations, de mesures coercitives. L’autre dégénère souvent en une vivacité trompeuse dont les dangereux symptômes ne peuvent être écartés que par une série progressive de moyens violents. Les deux dispositions ne peuvent être changées que par des cures chroniques et strictement suivies.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La peinture véritable de l’erreur est la peinture indirecte de la vérité. La peinture véritable de la vérité est seule vraie. La peinture véritable de l’erreur est erreur elle-même, en partie, la peinture opposée et erronée de l’erreur donne la vérité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’erreur, vue de plus haut, a une face bien plus pernicieuse que celle que l’on voit d’ordinaire. Elle est la base d’un univers faux, et le premier chaînon d’une inextricable chaîne d’égarements et d’enchevêtrements. L’erreur ou le mensonge est la source de tout mal.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’idée de la philosophie est une tradition mystérieuse. La philosophie est en général l’entreprise de savoir. C’est une science des sciences, indéterminée, le mysticisme du désir de savoir en général ; en quelque sorte l’esprit des sciences, donc irréprésentable, si ce n’est en images ou dans l’application, dans l’exposition complète d’une science spéciale. Comme toutes les sciences se tiennent, la philosophie ne sera jamais achevée. Ce n’est que dans le système complet de toutes les sciences que la philosophie sera pour la première fois visible.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nous nous imaginons Dieu personnel, comme nous nous imaginons nous-mêmes personnels. Dieu est aussi personnel et individuel que nous : car notre soi-disant moi n’est pas notre moi véritable, mais seulement son reflet.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il y a en nous certaines pensées qui paraissent avoir un caractère entièrement différent des autres ; car elles sont accompagnées d’une sensation de fatalité ; et cependant il n’y a pas de raison extérieure pour qu’elles naissent. Il semble que l’on prenne part à un dialogue, et que quelque être inconnu et spirituel nous donne d’une manière étrange l’occasion de développer les pensées les plus évidentes. Cet être doit être un être supérieur, puisqu’il entre en rapport avec nous d’une manière qui est impossible aux êtres liés aux apparences. Il faut que cet être nous soit homogène, puisqu’il nous traite comme des êtres spirituels et ne nous appelle que fort rarement à l’activité personnelle. Ce moi supérieur est à l’homme ce que l’homme est à la nature ou le sage à l’enfant. L’homme s’efforce à lui devenir semblable, comme lui s’efforce de devenir semblable au non-moi. Il n’est pas possible d’établir ce fait ; il faut que chacun de nous l’éprouve en soi. C’est un fait d’ordre supérieur, que l’homme supérieur saisira seul ; mais les autres s’efforceront de le faire naître en eux. La philosophie est une autologie d’essence supérieure, une auto-manifestation, l’excitation du moi réel par le moi idéal. La philosophie est le fond de toutes les autres manifestations et la résolution de philosopher est l’invitation faite au moi réel qu’il ait à prendre conscience, à s’éveiller et à devenir esprit. Sans philosophie, pas de moralité véritable et sans moralité pas de philosophie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute attention portée sur un objet, ou (ce qui revient au même) toute direction déterminée, fait naître une relation réelle, car par cette distinction nous éprouvons en même temps la force attractive de cet objet qui commence à prépondérer, ou la force centripète individuelle, qui, tandis que nous nous livrons à elle, et pourvu que nous ne la reperdions pas, mais qu’au contraire, nous la gardions soigneusement, nous conduit heureusement au but de nos désirs.

Ainsi, la vraie philosophie en commun est une expédition fraternelle vers un monde aimé, expédition dans laquelle on se relève alternativement aux avant-postes, là où les plus grands efforts sont requis contre l’élément hostile dans lequel on flotte. On suit le soleil, et l’on s’arrache au lieu qui, suivant les lois de la rotation de notre univers, est plongé pour un temps dans la brume et la nuit. (Mourir est un véritable acte philosophique.)

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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En tout système, individu d’idées, qui est un agrégat, un produit, etc., une ou plusieurs idées ou remarques ont surtout prospéré, ont étouffé les autres ou sont demeurées seules. Dans le système spirituel de la Nature, il faut que partout on les rassemble, et qu’on donne à chacune d’elles son sol propre, son climat, les meilleurs soins et le voisinage qui lui convient ; afin de former un Paradis d’idées. C’est le véritable système. Le Paradis était l’idéal de la terre et la question était de savoir où il est n’est pas insignifiante. Il est, en quelque sorte, répandu sur toute la terre, et c’est pourquoi il est devenu si méconnaissable. Ses traits épars seront réunis, son squelette sera recouvert, c’est là, la régénération du Paradis.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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On ne doit jamais avouer que l’on s’aime soi-même. Le mystère de cet aveu est le principe vital du seul véritable et éternel amour. Le premier baiser que l’on donne, ces choses entendues, est le principe de la philosophie, l’origine d’un monde nouveau, le commencement de la computation absolue des temps, la conclusion d’une alliance avec soi-même, alliance qui prospérera indéfiniment. À qui ne plairait pas une philosophie dont le germe est un premier baiser L’amour popularise la personnalité et rend les individu alités communicables et compréhensibles.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’idéalisme n’est autre chose que l’empirisme véritable.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La désignation par les sons et les traits est une remarquable abstraction. Cinq lettres me représentent Dieu ; quelques traits, un million de choses. Combien devient facile le maniement de l’univers, combien devient visible la concentricité du monde spirituel ! La grammaire est la dynamique du royaume de l’esprit. Un mot d’ordre remue des armées, le mot : liberté, remue des nations.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nous sommes en relations avec toutes les parties de l’univers, ainsi qu’avec l’avenir et le passé. C’est uniquement de la direction et de la durée de notre attention observatrice, que dépend la question de savoir quelle relation nous voulons avant tout cultiver, quelle relation sera pour nous la plus importante et la plus active. La vraie méthode de cette manière d’agir ne pourrait être autre chose que cette science divinatoire si longtemps souhaitée, et peut-être serait-elle davantage encore. L’homme agit constamment selon ses lois, et la possibilité de la trouver par l’observation générale de soi-même, est indubitable.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Comment l’homme peut-il avoir l’idée d’une chose s’il ne porte pas le germe en soi ? Ce que je vais comprendre doit se développer en moi organiquement ; et ce que j’ai l’air d’apprendre n’est que nourriture, excitation de l’organisme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Une définition est un nom réel ou générateur. Un nom ordinaire n’est qu’une note. Schemhamphorasch, nom des noms. La définition réelle est un mot magique. Chaque idée a une échelle de noms ; le nom supérieur est absolu et inconnaissable. Vers le milieu, les noms deviennent plus communs, et descendent enfin dans l’antithétique dont le dernier degré est anonyme aussi.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Rentrer en soi, signifie chez nous s’abstraire du monde extérieur. Chez les esprits, la vie terrestre s’appelle analogiquement, une contemplation intérieure, une introversion, une activité immanente. La vie terrestre naît ainsi d’une réflexion originelle, d’une introversion primitive, d’un rassemblement en soi-même qui est aussi libre que notre réflexion. Inversement, la vie spirituelle en ce monde naît d’une évasion de cette réflexion primitive. L’esprit se déploie de nouveau, ressort de lui-même, soulève de nouveau, en partie, cette réflexion et dans ce moment dit moi pour la première fois. On voit ici combien sont relatives l’introversion et l’extroversion. Ce que nous appelons rentrer est proprement sortir, une réadoption de la force primitive.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Chaque descente du regard en soi-même est en même temps une ascension, une assomption, un regard vers l’extérieur véritable.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nous ne nous comprendrons jamais entièrement ; mais nous ferons et nous pouvons faire bien plus que nous comprendre...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Si un esprit nous apparaissait, nous nous rendrions immédiatement maîtres de notre spiritualité, nous serions inspirés en même temps par nous-mêmes et par l’esprit. Sans inspiration, pas d’apparition d’esprits. L’inspiration est à la fois apparition et contre-apparition, appropriation et partage ou communication.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’homme ne vit, n’agit que dans l’idée, par le souvenir de son existence. Nous n’avons pas en ce monde d’autre moyen d’action spirituelle. C’est pourquoi, c’est un devoir de penser aux morts. C’est le seul moyen de leur rester unis. Dieu lui-même n’agit en nous que par la foi.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le préjugé le plus arbitraire est celui qui prétend que le pouvoir de s’extérioriser, de se trouver, avec conscience, de l’autre côté des sens, est refusé à l’homme. L’homme peut être, à chaque instant, un être placé au-dessus des sens. Sans quoi, il ne serait pas un citoyen de l’univers ; il serait un animal. Certes, la réflexion, la perception de soi-même est très difficile en cet état, attendu qu’il est si constamment, si nécessairement lié aux changements de nos autres états. Mais plus nous parvenons à devenir conscients de cet état, plus deviennent puissantes, vivantes et satisfaisantes la conviction qui en naît, et la foi en d’authentiques manifestations de l’esprit. Ce n’est pas voir, entendre, sentir, c’est composé de ces trois choses, c’est une sensation de certitude immédiate, un aspect de notre vie la plus véritable et la plus personnelle. Les pensées se changent en lois ; les souhaits en réalisations. Pour le faible, le fait de ce moment est un article de foi. Le phénomène devient frappant surtout, à la vue de maintes formes, de maints visages humains, notamment à l’aspect de certains yeux, de certains traits, de certains mouvements, à l’audition de certains mots, à la lecture de certains passages, au moment de certaines considérations sur la vie, l’univers, le destin. Un grand nombre d’événements, beaucoup de phénomènes naturels, principalement les saisons et certaines heures du jour, nous font éprouver des choses de ce genre. Certaines dispositions sont surtout favorables à de telles manifestations. La plupart sont momentanées, quelques-unes s’attardent, le plus petit nombre demeure. Il y a ici de grandes différences entre les hommes. L’un est plus que l’autre susceptible de manifestation, l’un en possède le sens, l’autre l’esprit Le dernier demeurera toujours dans la douce lumière de la manifestation ou de la révélation, tandis que le premier n’aura que des illuminations variables, mais plus nombreuses et plus claires. Ce pouvoir est également susceptible de maladie, qui indique un excès de sens et un défaut d’esprit, ou un excès d’esprit et un défaut de sens.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il est étrange que l’homme intérieur n’ait été considéré que d’une manière si misérable, et qu’on n’en ait traité que si stupidement. La soi-disant psychologie est aussi une de ces larves qui ont usurpé dans le sanctuaire la place réservée aux images véritables des dieux. Qu’on a peu employé jusqu’ici la physique à expliquer le caractère, et le caractère à expliquer le monde extérieur ! Intelligence, fantaisie, raison, tout est dit. Pas un mot de leurs mélanges singuliers, de leurs formations, de leurs transformations. L’idée n’est venue à personne de rechercher de nouvelles forces innommées, et de suivre la filière de leurs rapports. Qui sait quelles unions merveilleuses, quelles générations étonnantes sont encore renfermées en nous-mêmes ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Si notre corps n’est autre chose qu’une commune action centrale de nos sens, si nous sommes maîtres de nos sens, si nous pouvons les faire agir à volonté, les centraliser, il ne dépend que de nous de nous donner le corps que nous désirons. Si nos sens ne sont autre chose que des modifications de l’organe de la pensée, de l’élément absolu, nous pourrons aussi, en dominant cet élément, modifier et diriger nos sens selon notre bon plaisir. Déjà le peintre, dans une certaine mesure, a l’oeil en son pouvoir, le musicien l’oreille, le poète l’imagination, l’organe de la parole et les sensations (ou plutôt il a déjà en son pouvoir un grand nombre d’organes dont il réunit l’action sur l’organe de la parole). Le philosophe a l’organe absolu ; ils en usent à volonté et par eux se représentent les mondes spirituels. Le génie n’est autre chose que l’esprit appliqué à l’usage actif des organes. Jusqu’ici nous n’avons eu que du génie particulier ; il faut que l’esprit devienne génie total.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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De la même manière que nous transformons en paroles les mouvements de l’organe de la pensée, que nous les exprimons par des gestes, que nous les imprimons en nos actes, de la même manière que nous nous mouvons et que nous nous arrêtons à volonté, que nous unissons et séparons nos mouvements ; de la même manière il faut que nous apprenions aussi à arrêter, à réunir et à séparer les organes intérieurs de notre corps. Tout notre corps peut absolument être mis en mouvement par l’esprit. Les effets de la crainte, de la terreur, de la tristesse, de l’envie, de la colère, de la honte, de la joie, de la fantaisie, etc., sont des indications suffisantes. En outre, on a suffisamment d’exemples d’hommes qui ont acquis un pouvoir arbitraire sur certaines parties de leur corps habituellement soustraites à la volonté. Alors, tout homme sera son propre médecin, et pourra acquérir le sentiment exact de son corps, alors l’homme, pour la première fois, vraiment indépendant de la nature, sera peut-être en état de faire renaître un membre perdu, de se tuer par sa simple volonté, et d’obtenir ainsi des éclaircissements authentiques sur les corps, les âmes, l’univers, la vie, la mort et le monde des esprits. Alors, il dépendra probablement de lui d’animer la matière, il obligera ses sens à produire la forme qu’il désire, pour pouvoir vivre véritablement dans son monde. Alors, il aura la faculté de se séparer de son corps quand il lui plaira ; il verra, entendra, sentira ce qu’il veut, comme il veut, et sous quelque rapport qu’il le désire...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La foi est déjà le pouvoir de produire, à volonté, des sensations en nous. Nous pouvons et nous devons augmenter et cultiver indéfiniment ce pouvoir et cette aptitude. Si nous étions aveugles, sourds et insensibles, tandis que notre âme serait entièrement ouverte, notre esprit serait ce que nous est maintenant le monde extérieur ; et le monde intérieur serait avec nous dans le même rapport que nous nous trouvons aujourd’hui avec le monde extérieur ; et qui sait, si nous pouvions comparer les deux situations, si nous y trouverions une différence. Nous sentirions maintes choses pour lesquelles les sens seuls nous manquaient, par exemple, la lumière, le son, etc. Nous ne pourrions produire que des transformations qui seraient analogues à des pensées, et nous éprouverions un désir qui s’efforcerait de nous procurer ces sens que nous appelons à présent sens extérieurs. Peut-être que peu à peu, par des efforts divers, nous pourrions produire des yeux, des oreilles, etc. Attendu que notre corps serait alors en notre pouvoir, serait une partie de notre monde intérieur, comme notre âme l’est maintenant. Il ne faudrait pas que notre corps fût si absolument privé de sens, pas plus que notre âme. Qui sait s’il ne nous paraîtrait privé de sens que parce qu’il fait partie de nous-mêmes et que l’auto-séparation intérieure, par laquelle le corps deviendrait voyant, entendant et sensible pour notre conscience serait très difficile. Ici aussi naîtrait un moi absolument pratique et empirique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il ne faut pas que nous soyons simplement des hommes ; il faut aussi que nous soyons plus que des hommes. L’homme en général équivaut à l’univers. Ce n’est rien de déterminé. Cela peut et doit être en même temps quelque chose de déterminé et d’indéterminé.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout ce que fait l’homme est un homme ou (ce qui est la même chose) une partie de l’homme, un être humain.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nous sommes près du réveil quand nous rêvons que nous rêvons.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Notre vie n’est pas un songe, mais peut-être en deviendra-t-elle un.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le songe nous montre d’une manière remarquable la facilité qu’a notre âme à pénétrer dans tout objet, à se changer immédiatement en cet objet

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le sein est la poitrine élevée au mystère ; la poitrine moralisée. Un homme mort est un homme élevé à l’état de mystère absolu.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il est certain qu’une opinion gagne énormément, sitôt que je sais que quelqu’un, quelque part, est convaincu de sa vérité. Il est vrai qu’il faut que ce soit d’une façon telle que la cause n’en saute pas immédiatement aux yeux. L’autorité a du poids ; car elle fait qu’une opinion devient mystique, attrayante. Les mystères sont l’armature, les condensateurs de la faculté divinatrice, de l’intelligence.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Un véritable amour pour un objet inanimé est parfaitement admissible, de même que pour des plantes, des animaux, la nature, et même envers soi. Lorsque l’homme possède un véritable toi intérieur, il en résulte un commerce très spirituel et très matériel, et la passion la plus ardente est possible. Le génie n’est peut-être autre chose que le résultat d’un pareil pluriel intérieur. Les secrets de ce commerce sont encore fort obscurs.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les souhaits et les désirs sont des ailes. Il y a des souhaits et des désirs qui sont si peu en rapport avec notre existence terrestre, que nous pouvons avec certitude, en conclure une vie où ils deviendront des ailes puissantes, un élément qui les soulèvera et des îles où ils pourront s’abattre...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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N’y aurait-il pas en nous une puissance qui jouerait ici le même rôle que ce qu’il y a de meilleur hors de nous : l’éther, cette matière visible-invisible ; la pierre philosophale qui est partout et nulle part, qui est tout et qui n’est rien ? Nous l’appelons instinct ou génie, elle est partout présente, elle est plénitude de l’avenir, la plénitude des temps en général ; c’est-à-dire qu’elle est au temps ce que la pierre philosophale est à l’espace ; la raison, la fantaisie, l’intelligence, le sentiment ne sont que ses fonctions particulières.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le génie est en quelque sorte l’âme de l’âme, une relation entre l’âme et l’esprit. On peut, avec raison, appeler idole le substratum ou schéma du génie. L’idole est un analogue de l’homme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’homme a commencé par l’instinct et finira par lui. L’instinct est le génie en Paradis, avant la période de séparation de soi (de la conscience). Il faut que l’homme se divise en deux, et non seulement en deux, mais en trois, etc.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Qu’est-ce que la nature ? Un index encyclopédique et systématique ou un plan de notre esprit. Pourquoi nous contenterions-nous du simple catalogue de nos trésors ? Examinons-les, travaillons-les et utilisons-les. La fatalité qui nous opprime, c’est la pesanteur de notre esprit. En élargissant, en développant notre activité, nous nous transformerons en fatalité. Tout semble descendre sur nous, parce que nous ne montons pas. Nous sommes négatifs parce que nous le voulons. Plus nous devenons positifs, plus le monde, devient négatif autour de nous, jusqu’à ce qu’à la fin, il n’y ait plus de négation, mais que nous soyons tout en tout. Dieu veut des dieux.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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En réalité, le monde spirituel nous est déjà ouvert, il est toujours visible. Si nous avions tout à coup l’élasticité nécessaire, nous verrions que nous sommes au milieu de ce monde. Notre malheureux état actuel rend toujours nécessaire une méthode curative. Autrefois, c’était les jeûnes et les purifications morales, aujourd’hui, la méthode roborative serait peut-être nécessaire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout ce que nous éprouvons est une communication. Ainsi l’univers est en réalité une communication, une manifestation de l’esprit. Le temps n’est plus où l’esprit de Dieu était compréhensible ; et le sens du monde est perdu. Nous en sommes restés à la lettre, et l’apparition nous a fait oublier ce qui apparaît. Autrefois tout était apparition de l’esprit, aujourd’hui nous n’apercevons plus que des reflets morts que nous ne comprenons plus. Le sens de l’hiéroglyphe fait défaut, et nous vivons encore sur les fruits de temps meilleurs.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute conviction est indépendante de la vérité naturelle ; elle se rapporte à la vérité magique ou miraculeuse. On ne peut être convaincu de la vérité naturelle que pour autant qu’elle devienne vérité miraculeuse. Toute preuve repose sur la conviction, et n’est par conséquent qu’un expédient employé là où manque une vérité miraculeuse plus générale. Toutes les vérités naturelles reposent donc aussi sur des vérités miraculeuses.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout ensorcellement a lieu par identification partielle avec l’ensorcelé, que je puis obliger ainsi, à voir, à croire, à sentir une chose comme je le désire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le magicien est poète. Le prophète est au magicien ce que l’homme de goût est au poète.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute expérience est magie et ne peut s’expliquer que magiquement. L’empirisme finit par une idée unique, comme le rationalisme commence par une expérience unique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’usage actif des organes n’est autre chose que pensée magique, miraculeuse, ou emploi plus arbitraire du monde matériel. La volonté n’est autre chose que la faculté de penser, magiquement puissante.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Peut-être que la pensée est une force trop rapide, trop monstrueuse pour être active ; ou bien, les choses sont trop bonnes conductrices de la force pensante.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Celui qui a vraiment le sens du hasard, peut utiliser tout l’accidentel pour la détermination d’un hasard inconnu. Il peut lire le destin dans la position des étoiles, avec la même facilité que dans les grains de sable, le vol des oiseaux et les figures.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Est-ce qu’un roi qui serait en même temps un génie moral ne serait pas naturellement immortel ? L’augmentation graduelle de l’excitation intérieure est le soin capital de l’artiste de l’immortalité. Avec combien de raison ne peut-on pas dire, qu’ici aussi les poètes ont prédit d’une façon singulière que les Muses seules donnent l’immortalité ? C’est ainsi que l’état du savant s’élève d’un degré.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Pensées dangereuses. Maintes pensées s’approchent-elles, peut-être, des frontières magiques ? beaucoup d’entre elles deviennent-elles vraies ipso facto ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le plus grand magicien serait celui qui pourrait s’enchanter lui-même de façon que ses enchantements lui semblassent des apparitions étrangères par elles-mêmes. Cela ne pourrait-il être le cas, en réalité ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le hasard lui-même n’est pas insondable, il a sa régularité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les expressions générales de la philosophie scolastique ont une grande analogie avec les nombres. De là leur emploi mystique, leur personnification, leurs combinaisons multiples. Tout réel créé de rien (comme, par exemple, les nombres et les expressions abstraites) a une affinité étrange avec des choses d’un autre monde, avec des séries infinies de combinaisons et de relations singulières, en quelque sorte, avec un univers poétique, mathématique et abstrait en soi.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Si nous n’étions pas foncièrement mathématiques, nous ne distinguerions pas les différences, etc.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La mathématique est véritablement science, attendu qu’elle renferme des connaissances acquises, des produits de personnelle activité spirituelle et qu’elle généralise méthodiquement. Elle est art aussi, attendu qu’elle réduit en règles les procédés du génie, qu’elle apprend à être génie, qu’elle remplace la nature par la raison. Les mathématiques supérieures s’occupent de l’esprit de la grandeur, de son principe politique, du monde de la grandeur.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Le suprême, le plus pur est le plus commun, le plus compréhensible ; de là la géométrie élémentaire plus élevée que la géométrie supérieure. Plus une science devient difficile et compliquée, plus elle est dérivée, impure et mélangée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Toute la mathématique est proprement une équation en grand pour les autres sciences.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Ce que lui sont les logarithmes, elles l’est aux autres sciences.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le contenu ou l’entendement de la mathématique est le contenu ou l’entendement des sciences en général.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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C’est pourquoi toutes les sciences deviendront mathématiques.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La mathématique actuelle n’est guère autre chose qu’un organon d’empirisme spécial.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle est une substitution pour faciliter la réduction un adjuvant de la pensée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Son applicabilité complète est un postulat nécessaire de sa conception.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle atteste irrécusablement l’idéalisme naturel.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La cohésion, la sympathie de l’univers est sa base.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les nombres sont comme les signes et les mots, des manifestations, des représentations Κατ’εξοχην.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Ses rapports sont des rapports universels. Les mathématiques pures sont la contemplation de l’intelligence en tant qu’univers.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les miracles, en tant que faits contre nature, sont amathématiques ; mais il n’y a pas de miracles en ce sens, et ce qu’on nomme ainsi est précisément concevable par la mathématique, car rien n’est miraculeux pour elle.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La mathématique véritable est l’élément propre du mage.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Dans la musique, elle apparaît formellement comme révélation, comme idéalisme créateur.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Elle se légitime ici comme envoyée céleste Κατ’εξοχην

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute jouissance est musicale, partant mathématique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La vie supérieure est mathématique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il peut y avoir des mathématiciens de premier ordre qui ne savent pas compter.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Le véritable mathématicien est enthousiaste per se. Sans enthousiasme pas de mathématiques.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La vie des dieux est mathématique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tous les envoyés divins doivent être des mathématiciens.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La mathématique est pure religion.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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On n’arrive à la mathématique que par une théophanie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les mathématiciens sont les seuls êtres heureux. Le mathématicien sait tout. Il le pourrait, s’il ne le savait pas...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Toute activité cesse lorsque la science fait son entrée. L’état de la science est Eudémonie, repos bienheureux de la contemplation, céleste quiétisme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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En Orient, la mathématique se trouve dans sa patrie. En Europe, elle a dégénéré en simple technique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Celui qui n’ouvre pas avec recueillement un livre de mathématiques, et qui ne le lit pas comme la parole de Dieu, ne le comprend pas.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toute ligne est axe d’univers.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Une formule est une recette mathématique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les nombres sont les dogmes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’arithmétique est la pharmacie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les mathématiques supérieures ne contiennent en somme que des méthodes abréviatives.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Toutes les lignes courbes ne naissent pas d’elles-mêmes, comme la vie ne naît que de la vie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La mathématique est un instrument d’écriture qui est encore susceptible de perfectionnements infinis ; une preuve capitale de la sympathie et de l’idéalité de la nature et de l’âme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Il est fort probable qu’une étrange mystique des nombres existe aussi dans la nature, de même que dans l’histoire. Est-ce que tout n’est pas significatif, symétrie, allusion et enchaînement singulier ? Dieu ne peut-il se manifester dans la mathématique comme en toute autre science ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La nature est l’idéal. Le véritable idéal est à la fois possible, réel et nécessaire.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La nature est une baguette magique pétrifiée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

On peut considérer la nature comme un corps fermé, comme un arbre dont nous sommes les boutons à fleurs. – Les natures sont des êtres chez lesquels le tout sert les parties, chez lesquels les parties sont leur propre but. ; sont indépendantes. Les personnes, au contraire, sont des êtres chez lesquels la relation est renversée. Là où les deux relations se nécessitent alternativement, et où tout, ou plutôt rien n’est but à soi-même, ce sont des êtres intermédiaires entre la nature et la personne. Celles-ci sont les extrêmes qui se tiennent par divers intermédiaires.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

L’univers est le résultat d’un accord infini ; et notre propre pluralité intérieure est la base de notre manière d’envisager l’avenir.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Partout, une force ou une action devient transitoirement visible, qui, complètement propagée, et sous certaines conditions adventices (contacts) paraît se manifester, devenir active. Cette force mystique semble être la force du plaisir et du déplaisir, dont nous croyons remarquer d’une manière si particulière les effets exaltatifs dans les sensations voluptueuses.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La vie est comme la lumière susceptible de hauts et de bas et de négation graduelle. Se décompose-t-elle aussi en couleurs comme celle-ci ? Le processus de la nutrition n’est pas cause mais suite de la vie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La lumière est symbole et agent de la pureté. Là où la lumière ne trouve rien à faire, rien à unir ou rien à séparer, elle passe. Ce qui ne peut être séparé ou uni et pur, simple.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Tout corps transparent est dans un état supérieur ; il semble avoir une sorte de conscience.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Le poids spécifique de la terre est à peu près celui du diamant. Ainsi, il est probable que la terre est intérieurement un diamant, ce qui, pour d’autres motifs, est fort probable encore.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’animal vit dans l’animal, dans l’atmosphère. La plante est un demi-animal, elle vit en partie dans la terre, la grande plante, en partie dans l’atmosphère. La terre est le grand aliment de l’atmosphère. L’atmosphère est un Brahmane. La combinaison de l’azote et de l’oxygène dans l’atmosphère est absolument animale, non simplement chimique.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La vie des plantes, opposée à celle des animaux, est une conception et un enfantement perpétuel, et celle des animaux opposée à la première, une consommation et une fécondation perpétuelles. De même que la femme est le suprême aliment visible qui forme la transition du corps à l’âme, les parties sexuelles sont les suprêmes organes extérieurs qui forment la transition des organes visibles aux invisibles.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Tolérance et cosmopolitisme des fleurs. Efforts des animaux vers l’autocratie individuelle...

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

L’homme est cette substance que toute la nature brise, c’est-à-dire polarise indéfiniment. L’univers de l’homme est univers, est aussi divers qu’il est divers. Le monde des animaux est déjà bien plus pauvre, et ainsi de suite en descendant

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les organes de la pensée sont les parties génitales de la nature.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout embrassement serait-il en même temps l’embrassement du couple tout entier, en tant qu’une nature, un art, un esprit ; et l’enfant serait-il le produit commun du double embrassement ? Les plantes seraient-elles les produits de la nature féminine et de l’esprit viril, et les animaux les produits de la nature virile et de l’esprit féminin ? Les plantes seraient les filles, et les animaux, les garçons de la nature ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’enfant est un amour devenu visible. Nous mêmes sommes un germe devenu visible de l’amour entre la nature et l’esprit ou l’art.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Contempler est une jouissance élastique. Le besoin d’un objet est déjà le résultat d’un contact in distans.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

L’humanité est le sens supérieur de notre planète, l’étoile qui la réunit au monde supérieur, l’oeil qu’elle lève vers le ciel.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Comme rien n’est libre que l’esprit, rien que lui ne peut être contraint. Seul l’esprit peut être forcé à faire quelque chose. Donc, ce qui peut être contraint est esprit dans la mesure de la contrainte.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La vie est une maladie de l’esprit, une action passionnée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’esprit est repos essentiellement. La pesanteur dérive de l’esprit.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Avec le monde naît le désir : un penchant à se dissoudre – ou la pesanteur.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le corps, l’âme et l’esprit sont les éléments du monde, comme l’épopée, la lyre et le drame ceux de la poésie.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La liberté et l’immortalité se tiennent comme l’espace et le temps. De même que l’univers et l’éternité remplissent pour ainsi dire l’espace et le temps, de même la toute-puissance et l’omniprésence remplissent ces deux sphères. Dieu est la sphère de la vertu (à la toute-puissance appartient l’omniscience).

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

L’âme est en rapport avec l’esprit comme le corps avec l’univers. Les deux lignes partent de l’homme et finissent en Dieu. Les deux circum-navigateurs se rencontrent sur des points de leur route qui correspondent. Il faut que tous deux songent au moyen de demeurer ensemble malgré l’éloignement, et de faite les deux voyages en commun.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Si Dieu a pu devenir homme, il peut aussi devenir pierre, plante, animal, élément, et peut-être de cette façon y a-t-il une continuelle libération dans la nature.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Ne pourrait-on pas opposer la fermentation à la combustion : flamme positive et négative ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Ne voit-on, peut-être, chaque corps que dans la mesure où il se voit lui-même et où soi-même l’on se voit ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’âme désoxyde. De là l’ennui et même la faiblesse corporelle et le tremblement qui naissent de la pensée et de la sensation, ou de la pensée troublée (sensation). La pensée oxyderait-elle, la sensation désoxyderait-elle ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le siège de l’âme est là où le monde intérieur et extérieur se touchent. Là où ils se pénètrent, il se trouve en chaque point de la pénétration.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’âme serait-elle aussi un produit artificiel ou accidentel ? Et le siège de l’âme est-il arbitraire ou accidentel aussi ?

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Le siège de l’âme est tantôt ici, tantôt là, tantôt en plusieurs endroits à la fois ; il est variable, de même que le signe de ses parties capitales que l’on apprend à connaître par les passions principales.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

La douleur et l’angoisse marquent les parties rêveuses de l’âme. Le plaisir et la douleur corporels sont des produits de rêve ; l’âme n’est éveillée qu’en partie ; là où elle rêve, comme, par exemple, dans les organes non soumis à la volonté (qui, à certain point de vue, comprennent tout le corps), elle éprouve le plaisir et la douleur. La douleur et la titillation sont des sensations de l’âme enchaînée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Le sommeil est un mélange du corps et de l’âme. Dans le sommeil, le corps et l’âme sont chimiquement liés. Dans le sommeil, l’âme est partagée par le corps d’une manière égale ; l’homme est neutralisé. L’état de veille est un état partagé, polarisé ; l’âme y est ponctuée, localisée. Le sommeil est digestion d’âme ; le corps digère l’âme (enlèvement de la stimulation animique). L’état de veille et l’état actif de la stimulation animique ; le corps jouit de l’âme. Dans le sommeil, les liens du système sont lâches, à l’état de veille ils sont tendus.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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La flamme est de nature animale.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’eau est une flamme mouillée.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Plus une chose résiste vivement à ce qui la dévore, plus sera vive la flamme du moment de la jouissance. Application à l’oxygène. La femme est notre oxygène.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Pleurer est une crise sthénique. L’émouvant est le contraire du comique. L’émouvant commence par une détente et tend brusquement ; l’émouvant ou le pénétrant pénètre promptement, avant qu’on ait le temps de se ressaisir ; c’est une satiété, un ramollissement, une dissolution, une fusion, Le comique est une séparation, l’émouvant une absorption, l’un une volatilisation (de là le froid du comique), l’autre une coagulation, une solidification, d’où, la chaleur. Pleurer et rire, avec leurs modifications appartiennent à la vie de l’âme, comme manger et séparer appartiennent à la vie du corps. Pleurer est le système des artères, rire celui des veines.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

L’arbre ne peut devenir qu’une flamme fleurissante, l’homme une flamme parlante, l’animal une flamme errante.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Les membres à mouvements spontanés sont des sens dans l’acception stricte du terme. Le développement, la culture des sens appartient au problème de l’amélioration et de l’élévation graduelle de l’humanité. La culture et le développement de l’âme, voilà l’entreprise première et la plus importante. Nous avons déjà sous la main l’excitation extérieure et avec elle l’excitabilité ; maintenant, tout revient, avant tout, au développement et à la culture de la sensibilité, et de façon telle que ni l’excitabilité ni l’excitation extérieure, n’en souffrent et ne soient négligées, sinon c’est tisser un tissu bien fragile. Les sens, dans l’acception stricte, sont bien plus animés que les autres organes ; le reste du corps doit les suivre ; eux seront en même temps plus animés, et ainsi indéfiniment. Le reste du corps deviendra aussi plus spontané, comme ils le sont. Peut-être la nécessité du sommeil résulte-t-elle de la disproportion qu’il y a entre les sens et le reste du corps. Le sommeil doit réparer, pour le reste du corps, les suites de l’excitation excessive des sens. Le sommeil n’est propre qu’aux habitants des planètes. Un jour, l’homme veillera et dormira constamment, en même temps. La plus grande partie de notre corps, de notre humanité même, dort encore d’un profond sommeil.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

*

 

Les sens sont aux animaux ce que les feuilles et les fleurs sont aux plantes. Les fleurs sont des allégories de la conscience ou de la tête. Une propagation supérieure est le but de cette floraison supérieure, une conservation supérieure. Chez les hommes, c’est l’organe de l’immortalité, une propagation progressive de la personnalité.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nos sens sont des animaux supérieurs. Il naît d’eux un animalisme supérieur.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Les nerfs sont les racines supérieures des sens.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Tout est naturellement éternel. La mortalité et l’instabilité est un privilège des natures supérieures. L’éternité est le signe (sit venia verbis) des êtres non-spirituels. L’accomplissement est la synthèse de l’éternel et du temporel.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Plus il apprend à vivre, non plus dans les moments, mais dans les années, etc., plus l’homme devient noble. L’inquiétude, les petites préoccupations de l’esprit se transforment en une activité vaste, tranquille, simple et qui embrasse un grand nombre de choses ; et la belle patience se montre. La religion et la moralité, ces deux remparts de notre être, associent de plus en plus solidement leurs assises. Chaque affliction de la nature nous rappelle une patrie plus haute, une nature supérieure et plus proche.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’amour est absolument une maladie ; de là, la signification merveilleuse du christianisme.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’âme est de tous les poisons, le poison le plus fort, Elle est l’excitant le plus pénétrant et le plus soluble. C’est pourquoi les mouvements de l’âme sont extrêmement nuisibles dans tous les maux locaux et dans les maladies inflammatoires.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Chaque maladie est un problème musical ; et la guérison une solution musicale. Plus la solution est brève et cependant complète, plus est grand le talent musical du médecin.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Nos lèvres ont souvent bien des analogies avec les deux feux-follets du conte de Goethe. Les yeux sont les soeurs supérieures des lèvres, ils ouvrent et ferment une grotte plus sainte que la bouche. Les oreilles sont le serpent qui engloutit avidement ce que les feux-follets laissent tomber.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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Il n’y a qu’un temple au monde et c’est le corps humain. Rien n’est plus sacré que cette forme sublime. S’incliner devant un homme, c’est rendre hommage à cette révélation dans la chair. C’est le ciel que l’on touche lorsque l’on touche un corps humain.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’homme est un soleil ; ses sens sont les planètes.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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L’homme a toujours imprimé une philosophie symbolique de son être dans ses oeuvres et dans ses actions. Il s’annonce lui-même en son évangile de la nature ; il est le Messie de la nature.

Traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck.

 

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