Citations et extraits

 

 

par

 

 

Odilon REDON

 

 

 

 

 

Lorsque je produisais autrefois des dessins et des lithographies, et que je publiais celles-ci, j’ai reçu bien des fois des lettres d’inconnus me disant leur attachement à cet art, et me révélant une émotion exaltée. Un d’eux m’avouait avoir été touché jusqu’aux sentiments religieux et en avoir reçu la foi. Je ne sais si l’art a de tels pouvoirs ; mais j’ai dû, dès lors, envisager moi-même avec plus d’égards certains de mes travaux, et particulièrement ceux que j’exécutais naguère à des heures de tristesse, de douleur, et pour cette raison-là plus expressifs sans doute. La tristesse, quand elle est sans cause, est peut-être une ferveur secrète, une sorte d’oraison que l’on dirait, confusément, pour quelque office, dans l’inconnu.

Odilon REDON, dans une conférence faite en Hollande
à l’occasion d’une exposition de ses œuvres (janvier 1913).
Paru dans À soi-même, notes sur la vie, l’art et les artistes,
Paris, Floury, 1922, p. 118-119.

Recueilli dans Les créateurs et le sacré,
par Camille Bourniquel et
Jean Guichard-Meili,
Cerf, 1956.

 

 

 

 

 

 

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