Essai sur la poésie sacrée

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Alphonse AGNANT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I

 

 

C’est une opinion généralement admise, que, chez tous les peuples, la poésie, fille du ciel, fut d’abord religieuse et morale. C’est surtout au sein de la société primitive qu’elle dut avoir et qu’elle eut en effet ce double caractère ; c’est au sein de ce peuple, encore plein des récits merveilleux de son origine et de celle du monde, de ce pays où le législateur instruisait les hommes au nom du Très-Haut, et leur annonçait selon leurs mérites d’infaillibles récompenses ou d’inévitables supplices. Aussi quelles couleurs plus éclatantes et plus variées que celles de la poésie hébraïque ! soit qu’elle peigne la puissance créatrice et les divers attributs de Dieu, soit qu’elle dise les préceptes de sa sagesse éternelle et les arrêts de sa souveraine justice.

 

Qui n’a lu ce chant sublime, où le concert de tous les corps célestes, du jour, de la nuit, célèbre la gloire et la toute-puissance de Dieu ? Qui ne connaît cette image du soleil, s’avançant radieux comme l’époux qui sort de la couche nuptiale, prenant sa course comme un géant, et dans sa marche embrassant le monde entier, qu’il inonde de chaleur et de lumière 1 ? Dans un autre chant non moins magnifique, David décrit l’harmonie des diverses parties de la création : la terre, séjour de l’homme, assise sur une base que les siècles n’ébranlent pas ; la mer, qui couvrait le globe comme un manteau, se retirant bientôt épouvantée à la voix du Dieu tonnant, et se renfermant dans de justes limites, puis ouvrant ses flancs aux vaisseaux qui la parcourent en tout sens ; la source qui jaillit du rocher pour abreuver les animaux ; le pain qui fortifie, le vin qui épanouit le cœur, sortant, pour ainsi dire, des entrailles de la terre ; les bêtes fauves s’élançant la nuit de leurs tanières pour s’emparer de l’empire du monde, qui, le jour, appartient à l’homme ; l’Éternel enfin dominant ce vaste ensemble de ses regards souverains 2.

 

Mais c’est surtout quand la poésie des Hébreux peint la colère divine, qu’elle s’élève à une hauteur où peut à peine la suivre l’esprit humain. Alors le grand Homère s’abaisse sous la majesté de l’Écriture ; alors il est petit comme son Jupiter devant le Dieu des armées ; les traits dont il peint le fils de Saturne conviennent à peine aux conquérants de la Bible. Isaïe fait tenir au roi d’Assyrie ce superbe langage : « Les peuples les plus redoutables ont été pour moi comme un nid.... Je les ai réunis sous ma puissance, comme on ramasse quelques œufs que la mère a laissés, et il ne s’est trouvé personne qui osât seulement agiter son aile ou faire entendre un faible cri 3. » Quel sublime ! Mais est-ce bien d’un mortel que parle le prophète ? Que pourrait-il dire de plus pour peindre la puissance de Dieu ? Écoutons ; c’est toujours le même Isaïe :

 

« La terre sera agitée, et chancellera connue un homme ivre ; elle sera transportée comme une tente dressée pour une nuit 4. » Quoi ! la terre n’est qu’une lente, un léger pavillon ! Que cette image paraît petite ! Mais celui qui transporte cette terre, c’est le Dieu fort. Plus la terre est petite devant Dieu, plus ce Dieu s’agrandit à nos yeux ; moins l’image a de force apparente, plus elle a de force réelle. On reconnaît à des traits si fiers et si sublimes le Dieu qui pour créer la lumière dit : Que la lumière se fasse 5 ; et qui lui-même enseigne à Moïse qu’il est celui qui est 6. Quand il s’arme contre ses ennemis, ce Dieu formidable, sa colère étincelle dans ses yeux brûlants. Il abaisse les cieux et il descend, et les nuages sont sous ses pieds. Il prend son vol sur l’aile des chérubins ; il s’élance sur les vents. Les nuées amoncelées forment autour de lui un pavillon de ténèbres ; l’éclat de son visage les dissipe, et une pluie de feu tombe de son sein. Il fait du haut des cieux retentir sa voix tonnante ; il lance ses flèches, disperse ses ennemis, redouble les foudres qui les ont renversés : et alors les eaux se dévoilent dans leurs sources, les fondements de la terre paraissent à nu, parce qu’ils ont senti le souffle des vengeances du Seigneur 7 !...

 

Écoutons maintenant les instructions du Maître suprême, et admirons avec quelle inépuisable richesse la poésie sacrée varie l’expression des idées morales.

 

Rien n’est touchant et gracieux comme la recommandation souvent rappelée d’être docile aux conseils d’un père, et de suivre avec amour et respect les enseignements d’une mère : « C’est là ce qui fait l’ornement de l’homme. Attachez-les à votre cœur, parez-vous-en comme d’un collier. Si vous marchez, qu’ils vous accompagnent ; si vous dormez, qu’ils vous gardent ; qu’à votre réveil, ils s’entretiennent avec vous 8. » La morale n’est-elle pas tout entière dans cette sentence d’une expression aussi simple qu’originale, aussi concise que variée ? « Le Seigneur hait ces six choses, et son cœur déteste la septième : les yeux altiers, la langue qui ment, les mains qui répandent le sang innocent, le cœur qui forme des desseins iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal, le faux témoin qui assure des mensonges, et celui qui sème des dissensions entre les frères 9. » Sous combien de traits délicieux est représenté le juste ! Sous combien d’effrayantes images sont décrites les terreurs et la chute du coupable ! Que le juste ne craigne ni les périls de la nuit, ni la flèche qui vole durant le jour 10.... les anges du ciel ont ordre de le porter.... Si parfois il souffre sur la terre, son espérance est pleine d’immortalité. Dieu l’éprouve comme l’or dans la fournaise 11. Mais le méchant craint les ténèbres, et il se craint lui-même plus que les ténèbres.... Il pâlit au bruit du vent, au murmure d’une eau rapide, au concert même des oiseaux. Si parfois il paraît heureux, bientôt ses prospérités fuient comme le courrier qui ne s’arrête pas, comme le vaisseau qui vient de fendre les vagues agitées, sans qu’on puisse en retrouver la trace, comme l’oiseau dont le vol se fait entendre à peine, et qui ne laisse dans l’air rien qui rappelle son passage 12.

 

Voilà quelques détails, quelques traits épars de la poésie des Hébreux, considérée comme religieuse et morale. Dans le livre étonnant de Job, ce double caractère se produit avec ensemble et toujours avec une splendeur merveilleuse : soit qu’après sept jours d’un silence effrayant, le patriarche, du fond de sa poitrine, exhale le désespoir et maudisse le jour qui l’a vu naître et le sein qui l’a conçu ; soit que ses amis lui peignent le juste environné de prospérités, préservé de la famine et de la guerre, tandis que les malheurs se rassemblent autour de l’impie, comme des troupes autour d’un monarque qui va livrer bataille ; soit enfin que Dieu lui-même, du milieu des nuages, interroge sur les secrets de sa providence celui qui l’accusait, et confonde des plaintes irréfléchies par la magnifique exposition des choses qu’il a faites. Alors se découvre à nos regards une longue suite de sublimes tableaux ; alors notre imagination erre de merveilles en merveilles : la nature nous est dévoilée tout entière. D’un côté se présente la mer avec les barrières et les portes que lui opposa le Très-Haut, en lui disant : « Tu n’iras pas plus loin ; c’est ici qu’expirera l’orgueil de tes flots.... » D’un autre côté gronde dans les nuées la voix de Dieu ; il commande à la foudre, et la foudre lui répond : « Me voici. » Plus loin nous entendons les hennissements du cheval de bataille, qui de ses narines souffle la terreur, et du pied creuse la terre ; qui se rit des flèches, du glaive et de la lance, et qui s’écrie : « Allons », quand retentit la trompette guerrière. Nous voyons l’aigle suspendre son aire aux flancs des rochers, et de là fixer ses yeux ardents sur la proie qui bientôt rassasiera ses aiglons. Enfin, pour clore cette magnifique galerie, apparaissent ces géants mystérieux des mers, Béhémoth et Léviathan : le premier est le commencement des ouvrages de Dieu ; il ne peut périr que sous le glaive de celui qui l’a créé ; ses vastes flancs engloutissent un fleuve entier ; le second laisse derrière lui des sillons de lumière ; d’un coup de sa queue terrible il ébranle tout l’empire des ondes, et le couvre d’une écume qui ressemble à la blancheur de la vieillesse 13.

 

 

 

II

 

 

Essentiellement religieuse et morale à son origine comme dans son développement, la poésie hébraïque s’associa de bonne heure aux évènements publics. La lyre sacrée célébra les prospérités ou déplora les malheurs d’Israël, et souvent le législateur, le prêtre ou le monarque, haussant tout à coup la voix, apprirent aux nations, dans un langage à la fois juste et hardi, enthousiaste et vrai, les bienfaits du Dieu des armées, ou les châtiments dont il frappait son peuple rebelle.

 

Ainsi Moïse, dans son chant fameux sur le passage de la mer Rouge, peint les menaces fastueuses de l’ennemi s’évanouissant au souffle du Dieu fort, les eaux divisées se refermant sur les chariots de Pharaon, sur le cheval et le cavalier, précipités comme une pierre au fond de l’abîme, et la colère du Très-Haut dévorant, comme une paille, toute une armée 14. Ainsi le même Moïse, d’une voix qui pénètre les cœurs comme la rosée rafraîchit l’herbe tendre, redit à Israël les faveurs dont son Dieu l’a comblé ; lui rappelle que ce Dieu l’a conservé comme la prunelle de son œil, et que, comme un aigle excite ses petits à voler, et voltige doucement au-dessus d’eux, il a de même étendu ses ailes et porté son peuple 15.

 

Qui ne connaît ce cantique plein d’un merveilleux désordre, où la prophétesse Débora, tout agitée de l’esprit de Dieu, toute palpitante d’enthousiasme, chante la défaite et la mort de Sisara ! Ici on est épouvanté du bruit des chars qui se heurtent et se brisent ; là on frissonne à la vue des cadavres qui gonflent le torrent de Cison ; plus loin on s’attendrit en entendant la mère de Sisara demander sans cesse pourquoi son fils ne revient pas, pourquoi tardent si longtemps son char et ses chevaux 16.

 

Mais que dirai-je du sombre et touchant Jérémie, qui seul égala, selon l’expression de notre grand Bossuet, les lamentations aux douleurs ? Chantre de l’infortune, comme tu nous attendris, comme tu déchires nos cœurs, quand, vêtu de longs habits de deuil, et le cœur gros de soupirs, tu gémis, inconsolable, sur la triste Jérusalem, reine autrefois des nations, aujourd’hui veuve et captive ! Qui ne confond ses larmes avec les tiennes à l’aspect des prêtres désolés, des vierges plaintives, des routes de Sion qui pleurent parce qu’on ne vient plus à ses solennités, des princes marchant comme des béliers devant le vainqueur qui les chasse, de Jérusalem enfin foulée dans le pressoir de la colère divine ! Écoutez les cris de ces enfants affamés : « Où est le pain ? où est le vin ? » Écoutez ces cris de l’ennemi à qui l’abaissement de Jérusalem a rendu l’audace : « Dévorons-la ! Voici, voici le jour que nous attendions. » Que dis-je ? jetons les yeux, si nous l’osons, sur ces femmes dont les mains maternelles ont approché du foyer, pour préparer un effroyable repas, les corps de leurs enfants égorgés 17.

 

Avant de quitter la poésie historique des Hébreux, jetons un coup d’œil sur la Genèse. Ce n’est point, il est vrai, de la poésie : c’est de l’histoire. Mais cette histoire offre tout l’attrait de la plus brillante poésie. Oh ! quelles mœurs intéressantes y sont décrites ! Comme l’imagination se plaît sous ces délicieux berceaux d’Éden, et sous les tentes de ces rois pasteurs, et dans ces pâturages où errent leurs immenses troupeaux ! Salut, vallées fleuries du Liban, sommets d’Hermon, d’Horeb et de Sinaï ! Salut, rosiers de Jéricho, cyprès de Cadès, palmes d’Idumée ; et toi, torrent des Cèdres, et vous, eaux sacrées du Jourdain, salut ! Magnifique Orient, berceau du monde, que j’aime à suivre sous ton beau ciel la marche du genre humain et les progrès de la société antique ! Qu’ils sont intéressants les merveilleux personnages qui animent ce séjour sacré ! Le juste des justes, l’innocent Abel, simple comme la nature, paisible et doux comme les agneaux qu’il fait paître, pur et serein comme le ciel de ces temps primitifs ; et ces chefs du peuple d’Israël, ces patriarches majestueux, qui pratiquent l’hospitalité, et distribuent, à l’ombre d’un palmier, la justice à leurs pasteurs ; et ce modèle de tendresse fraternelle et filiale, Joseph, qui ne se venge du crime de ses frères que par des bienfaits, et qui, au sein des grandeurs, n’éprouve de joie véritable que lorsqu’il serre dans ses bras son vieux père !

 

La Genèse nous présente un modèle de presque tous les tons, de presque tous les genres de la haute poésie. Le combat d’Abraham et de sa suite contre quatre rois 18 nous offre une scène épique, une scène de l’Iliade. Nous trouvons une scène de l’Odyssée dans la visite de ces trois anges 19 qui, revêtus des formes de l’humanité, viennent s’asseoir à la table frugale du même patriarche. Quelle plus touchante idylle que l’histoire de cette malheureuse Agar 20, errant dans le désert de Bersabée ! Ses provisions sont épuisées ; Ismaël, son enfant, est près d’expirer de soif entre ses bras ; désespérée, elle l’abandonne au pied d’un arbre avec une barbarie qui n’est que la forme la plus énergique de la tendresse maternelle ; elle l’abandonne en s’écriant : « Je ne veux pas voir mourir mon enfant » ; et cependant elle s’assied vis-à-vis de lui, et ses yeux mouillés de pleurs cherchent celui qu’elle ne voulait pas voir. Que si nous voulions maintenant une ode admirable 21, nous verrions, dans la prophétie de Jacob expirant, la magnificence, la hardiesse et la variété de l’expression, alliées aux mouvements les plus vifs, les plus inattendus, les plus lyriques. Ces caractères sont d’ailleurs ceux de la poésie prophétique, dont il me reste à dire quelques mots.

 

 

 

III

 

 

La poésie prophétique est particulière aux Hébreux. Leur titre de peuple de Dieu, et la promesse antique d’un libérateur, d’un Messie, les remplissaient de foi dans l’avenir ; et le doigt des prophètes leur montrait de loin leurs ennemis abattus, les cités étrangères renversées par le Très-Haut, et le chef mystérieux que leurs pères avaient salué de leurs désirs et de leurs espérances soumettant enfin l’univers à ses lois. C’est dans les écrits des prophètes que la poésie hébraïque nous apparaît dans toute sa magnificence ; c’est là qu’elle se distingue spécialement de la poésie des autres peuples par son but comme par sa marche. Son but est d’annoncer l’avenir, de déchirer, de soulever du moins le voile qui le cache aux yeux de l’homme. « C’est, dit un apôtre 22, une lampe qui brille dans un lieu sombre, jusqu’à ce que le jour paraisse, et que l’étoile du matin se lève. » Elle s’enveloppe dans sa marche d’une obscurité majestueuse, et n’en est que plus sublime. Aussi variée que cette multitude d’événements qu’elle révèle, et qui se succèdent sans qu’on les puisse apprécier dans le moment, sans qu’on puisse souvent en démêler, en soupçonner les causes, elle est comme eux brusque, inattendue, rapide. Elle éclate comme ces tempêtes qui, dans certaines mers de l’Inde, s’élèvent tout à coup, sans que le moindre mouvement dans l’air en ait annoncé l’approche.

 

Parmi les grands prophètes, un seul paraît ne pouvoir être considéré comme poète : c’est Daniel, dont le style, toujours noble et ferme, est toutefois historique plutôt que lyrique. Mais quelle poésie plus énergique et plus sombre que celle d’Ézéchiel, quand il nous représente ce lugubre champ de la mort, où, dociles à sa voix puissante et solennelle, toutes ces générations couchées dans la poudre entrechoquent soudain leurs ossements arides se relèvent pleines de vie, et paraissent au loin comme une grande armée 23 ! Quelle voix plus touchante que celle de ce Jérémie 24 dont nous avons admiré déjà les lamentations, et qu’on ne peut, quand il gémit, comparer qu’à lui-même ! Écoutez les cris qu’il jette sur les montagnes ; écoutez-le pleurant dans le désert, et invitant à pleurer avec lui les femmes d’Israël et leurs enfants. Ah ! c’est que le génie qui l’inspire lui a révélé que le peuple serait châtié, que la mort pénétrerait dans les maisons pour y saisir les enfants, et que les cadavres des hommes tomberaient dans la plaine comme les javelles tombent derrière les moissonneurs, sans qu’il y ait personne pour les relever.

Et toi, fils d’Amos, sublime Isaïe, à qui te comparer ? Nul n’est plus grand que toi ; jamais langue humaine n’a parlé ton étonnant langage : soit que, dans un chant triomphal sur la chute d’un tyran 25, tu prêtes le sentiment et la vie aux cèdres du Liban, à la terre, à l’enfer, aux ombres des rois ; soit que tu fasses retentir de formidables menaces aux oreilles des nations coupables, ou que tu nous présentes cet étranger mystérieux qui arrive d’Édom et de Bosra 26 avec des vêtements tout souillés de sang, parce qu’il a sous ses pieds écrasé les peuples ; soit enfin que, paisible ministre de la miséricorde, tu apportes au monde des paroles de salut et la consolante promesse d’un libérateur !

 

Parmi les petits prophètes, quelques-uns, et surtout Nahum, peuvent lutter de génie et d’enthousiasme avec les grands prophètes. La sublimité, l’audace, la chaleur sont les caractères distinctifs de Nahum. Il ne reste de lui qu’une prédiction contre Ninive. Cette prédiction est un poème admirable, qui a son exposition, son action, son dénouement. Nahum est assurément le rival d’Ézéchiel prophétisant contre Tyr, d’Isaïe prononçant à Babylone l’arrêt de la justice divine. Suivons, si nous le pouvons, ces trois prophètes, dans les élans de leur colère inspirée....

 

« Dieu te menace par la voix d’Ézéchiel, superbe Tyr 27 ! Déjà la multitude des chevaux de l’ennemi enveloppe tes remparts d’un nuage de poussière ; le bruit des chariots de guerre fait trembler tes murs, et l’on entre par tes portes comme par la brèche d’une ville prise,

 

« Babylone, Babylone 28 écoute les sinistres prophéties d’Isaïe. Vois l’étendard du Seigneur planté sur une haute montagne ; vois aux ordres de Dieu se rassembler les peuples qu’il a choisis pour instruments de ta ruine ; vois-le, ce Dieu puissant, faire lui-même la revue de sa redoutable armée, et marcher à la tête des soldats. L’écho des montagnes redit leurs cris confus, leurs langages divers, leurs lointains hurlements. Tu es dans la consternation, tu es agitée de convulsions ; ton bras devient languissant, ton courage fond comme la cire.

 

« Et toi, Ninive 29, qui as lassé la patience du Seigneur, tremble ! Nahum t’annonce son approche. Le voici, ce Dieu qui dessèche la mer, ébranle les monts, comble les vallées, efface de son souffle la beauté du Basan et du Carmel ! Le voici ! Le bouclier de ses braves jette des flammes ; ses soldats sont couverts de pourpre, leurs yeux ressemblent à des lampes, et eux-mêmes à la foudre qui brise.

 

« Les menaces de Dieu s’accomplissent : le pavé de Tyr est foulé par les pieds des chevaux, et brisé sous les chars. Tyr devient semblable à un rocher sec et luisant ; le pécheur vient y sécher ses filets ; les îles s’épouvantent dans la mer, en voyant que personne ne sort plus des portes.

 

« Les Mèdes se précipitent dans Babylone, et, moins avides d’or que de sang, égorgent les enfants, percent les jeunes gens de leurs flèches, et vont chercher dans les entrailles d’une mère une victime à leur rage. Babylone est effacée à jamais du nombre des villes, et elle devient le repaire des hiboux et de monstrueux animaux.

 

« Ninive voit ses chefs dispersés comme cette multitude d’insectes qui s’arrêtent sur les haies quand le temps est froid, mais qui s’envolent dès que le soleil se lève, sans que l’on reconnaisse la place où ils étaient. Ninive était comme un lion ravisseur, étranglant les bêtes fauves pour rassasier sa lionne et ses lionceaux. Où est maintenant la caverne du lion ? où est la lionne ? où sont les lionceaux 30 ? »

 

Dans quel monde inconnu venons-nous d’être jetés ? Où trouver une peinture aussi terrible ? Dans Homère les succès sont variés ; la victoire est achetée par le sang, et la défaite est glorieuse : des hommes combattent des hommes, des dieux combattent des dieux. Mais ici Jéhovah marche à la tête des assiégeants, et il n’est pas d’autre Jéhovah pour sauver Tyr, Babylone ou Ninive. On ne parle pas même de la résistance des vaincus, tant est puissant le regard de Dieu qui glace les courages !

 

 

 

Alphonse AGNANT,

Gusman ou l’expiation, 1843.

 

 

 

 

 

 

 



1 Psaume 18.

2 Psaume 103.

3 Isaïe, X, 14.

4 Isaïe, XXIV, 20.

5 Genèse, I, 3.

6 Exode, III, 14.

7 Psaume 17.

8 Prov., I, VI.

9 Prov. XI.

10 Psaume 90.

11 Sagesse, III.

12 Sagesse, V.

13 Joe, III, V, XV, XXXVIII, XXIX, XI.

14 Exode, XV.

15 Deutér., XXXII.

16 Juges, V.

17 JÉRÉMIE, Lamentations, I, II, IV.

18 Genèse, XIV.

19 Genèse, XVIII.

20 Genèse, XXI.

21 Genèse, XLIX.

22 SAINT PIERRE, Épître II, chap. I.

23 ÉZÉCHIEL, XXXVII.

24 JÉRÉMIE, IX.

25 ISAÏE, XIV.

26 ISAÏE, LXIII.

27 ÉZÉCHIEL, XXVI.

28 ISAÏE, XIII.

29 NAHUM, I et suiv.

30 NAHUM, II.

 

 

 

 

 

 

 

 

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