Jacques Babinet

 

ASTRONOME
MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES
(1794-1872)

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Armand BARAUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Réconcilié avec Dieu,

vous laissez à vos amis

l’exemple consolant

d’une belle mort. »

(M. FAYE, à l’Académie.)

 

 

 

Le lundi 21 octobre 1872, est mort à Paris M. Jacques Babinet, né à Lusignan (Vienne) le 5 mars 1794.

Ancien élève de l’École polytechnique, et déjà distingué comme professeur de physique, il suppléa Savary au Collège de France en 1838, et entra en 1840 comme successeur de Dulong à l’Académie des sciences.

On lui doit un grand nombre de mémoires et d’articles publiés dans les journaux et les revues sur les diverses branches des sciences physiques et mathématiques, un perfectionnement considérable à la machine pneumatique, un goniomètre, divers autres appareils ingénieux servant aux démonstrations scientifiques, et un nouveau système de cartes géographiques. Babinet avait le zèle de la science ; il lui est arrivé souvent de décocher contre les vérités religieuses des traits un peu lourds et qui ne pouvaient guère augmenter sa réputation. Il n’épargnait guère les choses saintes et avait la réputation d’être un peu voltairien.

Mais sa fin chrétienne a montré qu’il n’avait jamais perdu la foi.

Mgr l’évêque de Poitiers, étant venu le visiter, eut avec lui une longue conversation ; et, quelques jours après, M. Babinet demandait les sacrements, que lui administrait M. le curé de Saint-Étienne-du-Mont, et priait dévotement avec un chapelet de Notre-Dame de Lourdes, qu’il avait demandé. Il expira doucement. C’est une des belles et nombreuses conquêtes de la religion.

M. l’abbé Moigno, que la religion et la science viennent de perdre, lié avec lui d’une amitié étroite depuis plus de trente-cinq ans, et qui, sans doute, avait continué par ses rapports fréquents à conserver en lui l’étincelle de la foi catholique, lui a rendu en quelques mots un témoignage bien précieux.

 

« Nous avons eu, dit-il, la consolation de voir mourir notre illustre savant dans les sentiments d’une foi sincère et d’une résignation vraiment touchante entre les bras des deux fils qui lui ont fait tant d’honneur. Notre ami avait une qualité bien rare, poussée jusqu’à l’excès : il donnait tout ce qu’il avait. Le nombre des infortunes qu’il a soulagées est incommensurable ; il serait mort pauvre s’il n’avait pas été riche de ses nobles enfants. »

Les journaux radicaux, comme c’est leur coutume quand meurt un homme éminent qui a quelque peu frayé avec eux, essayèrent de nier sa conversion ; mais l’illustre président de l’Académie des sciences, M. Faye, confondit ce mensonge devant la France entière, dans sa séance du 21 octobre, en annonçant la mort de M. Babinet :

« Pour chacun de nous, a-t-il dit en s’adressant à l’illustre défunt, tant que vous avez pu parler, vous avez eu une bonne parole ; plus tard, un geste, un regard affectueux ; car, pendant que ce corps robuste se dissolvait douloureusement, l’esprit et le cœur sont restés intacts jusqu’au bout. Pas un de vos nombreux visiteurs n’a entendu sortir de vos lèvres une plainte ni même une parole de regret. Réconcilié avec tous, et par-dessus tout avec Dieu, vous avez révélé dans cette longue agonie la force de votre âme, et si vous laissez à vos enfants un nom célèbre, dignement porté par eux, vous laissez à vos amis l’exemple consolant et fortifiant d’une belle mort. »

« Ce sont là des paroles, dit M. J. Chantrel, qui honorent autant le vivant que le mort. »

 

 

 

Armand BARAUD, Chrétiens et hommes célèbres au XIXe siècle,
Tours, Maison Alfred Mame et Fils.

 

 

 

 

 

 

 

 

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