Saint Liberd

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Pierre-André BENOÎT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est dit : Dieu « qui a prédestiné pour être conformes à l’image de son Fils, ceux qu’il a connus dans sa prescience » laisse à chacun le droit de rêver. Mais oui, on rêve. Pourquoi voit-on dans l’enfance de saint Liberd une prédestination sinon parce qu’un jour il a été canonisé ? On raconte, en effet, que ce jeune enfant, né de petites gens, apprenait des Psaumes en allant à l’école. Peut-être, tout fruste qu’il était, ce petit garçon auvergnat était sensible à la poésie. Et puis il faut bien faire quelque chose en cheminant. De là à dire : « Dieu habita son cœur dès l’enfance », c’est bien risqué. On peut le dire certes aujourd’hui, mais il y a quinze siècles... Je passais à son âge aussi pour un saint et déjà le temps a montré que ce n’était point là une prédestination. Durant les récréations, au lieu de jouer avec mes camarades, je récitais des chapelets sans fin. On admirait ma piété. Et c’était pour moi seulement le moyen d’avoir une contenance car je ne savais pas jouer. Si je m’étais amusé comme tous les enfants de mon âge, je serais peut-être devenu un saint. La sainteté est bien plutôt de faire ce qu’on doit et non le plus commode. Or la prière c’est très facile, je veux dire la récitation par les lèvres de formules apprises par cœur. J’ai longtemps cru et peut-être encore je le crois que, durant ma jeunesse paresseuse, si j’ai tenu la tête de ma classe en mathématiques alors que j’étais bon dernier pour tout le reste, c’était un miracle ou si l’on veut une prédestination. J’ai commencé à apprendre à compter très jeune et très saintement. Comme tout le monde j’ai commencé par l’addition et voici en quoi consistait mon premier exercice auquel j’attribue la grâce de la science des mathématiques quasi infuse. Je dois dire que j’étais très sincère. Ma grand-mère, sa fille, la lingère, l’après-midi où cette dernière venait à la maison, récitaient le chapelet en commun, un peu pour passer le temps je crois. Je restais très sage au fond d’un immense voltaire puis à la fin je disais triomphalement : « Nous étions cinq » car je comptais un de plus sachant que le petit Jésus était au milieu de nous quand on priait ainsi. Comme si Dieu n’est pas partout... Saint Liberd, détruisez toutes les légendes, elles sont peut-être très jolies mais elles faussent la vraie croyance.

Saint Liberd était un enfant comme tous les enfants d’Auvergne avec, je pense, de bonnes joues rouges. Il était obéissant, c’est un fait. Quand il eut un certain âge, ses père et mère voulurent le marier ; comme ce n’était pas de son goût, il fit quelques résistances puis acquiesça à la volonté paternelle et le voilà fiancé. Mais ses père et mère moururent et le jeune homme sans doute hésitant eut sa nuit des nuits, la nuit où naît la lumière. C’est en allant voir son frère aîné que cela arriva. Ce dernier pris de vin ne voulut pas recevoir son jeune frère et Liberd passa la nuit dans une cave. Est-ce l’inconfort, toujours est-il qu’il se réveilla au milieu de cette nuit et se mit à prier. Alors : illumination, révélation, que sais-je ? il faudrait y passer pour savoir et puis on ne pourrait pas l’expliquer aux autres ; il décida de sa vie. Plus question de mariage, dès le matin il partit à cheval pour Tours puis de là dans la campagne près de l’abbaye de Marmoutier où il creusa une grotte, dépérit et mourut. Jusqu’à cette fameuse nuit il avait eu en somme des pressentiments, nous en avons tous. Mais le fait est que la grâce le toucha. Et, illuminé, il put vivre en ermite. Cette vie n’est possible que pour les saints, et encore on reste humain, attaché à toutes les misères, à toutes les tentations. Les chroniqueurs disent qu’il avait des tentations et que pour les chasser il recopiait des prières et des Psaumes.

La sainteté réside dans cette lutte incessante contre soi pour trouver Dieu. Et si peut-être la tristesse de ne pas être des saints existe, c’est que les saints pressentent Dieu. Et je crois que ceux qui restent assoiffés de Dieu jouiront beaucoup plus du ciel que les satisfaits de Dieu. Un peu comme quand un pauvre et un riche gagnent chacun le même gros lot. L’on peut penser à la plénitude, à la perfection du ciel, je sais bien, mais nous faisons cependant une différence entre le bonheur des saints et celui des anges. D’ailleurs, je ne crois pas qu’au ciel il y ait deux élus heureux de la même façon...

Dieu nous mène, il suffit d’être obéissant. Saint Liberd a été un bon enfant obéissant. Dieu l’a mené et il est resté toujours enfant. N’est-ce pas l’essentiel puisqu’il faut arriver à leur ressembler ? Devant tant de simplicité, je mesure la sainteté de ce saint et je me prends à beaucoup l’aimer.

 

 

 

Pierre-André BENOÎT,

dans Les saints de tous les jours de janvier,

Le Club du livre chrétien.

 

 

 

 

 

 

 

 

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