Notre-Dame de Garaison

 

PRÉFACE DE NOTRE-DAME DE LOURDES

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Isabelle COUTURIER DE CHEFDEBOIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AVANT-PROPOS

 

 

Pouvons-nous expliquer pour quelles raisons la localisation de certains pèlerinages paraît se grouper dans une région déterminée plutôt que dans une autre ?

On peut donner certaines explications à cela, tel que le simple passage et le séjour des Saints dans des régions où leur souvenir est conservé. Ces réponses ne nous semblent pourtant pas suffisantes pour conclure par une explication logique, sauf dans quelques cas très particuliers.

En réalité n’existe-t-il pas une grande part de mystère sur la localisation de certains sanctuaires ? Sur ceux-là même qui sont le plus chargés d’anciennes traditions gauloises, celtiques ou préhistoriques ? Certains esprits scientifiques, sociologues et archéologues, trouvent des considérations topographiques ou toponymiques.

D’autres des considérations géographiques ou bien associées aux émigrations des peuples. D’autres enfin suivent les légendes et les transformations des cultes.

On peut évidemment facilement s’expliquer pour quelles raisons les sanctuaires des Saints thaumaturges paraissent conserver, à travers les siècles, une vie bien plus intense que ceux des Saints non spécifiquement désignés comme Saints guérisseurs. Il est exact que les récits des faits miraculeux transmis de génération en génération par la tradition orale et écrite, a toujours attiré les pèlerins autour des tombeaux ou des reliquaires.

Faut-il inclure dans cette tradition les faits miraculeux et les faveurs obtenues par l’intercession de la Très Sainte Vierge ?

Ne faudrait-il pas au contraire prendre la mesure de tout ce qui nous reste à apprendre dans l’évolution du sentiment Marial, et savoir discerner plus clairement les faits historiques ?

En matière de pèlerinages, certaines personnes se disant très catholiques croiraient pure faiblesse de considérer certains lieux de dévotion autrement que des lieux de superstition populaire.

Ces personnes ne connaissent parfois pas le moins du monde les origines de la dévotion dont il est question : lorsqu’on traite le sujet historique, leur intérêt décroît, mais seul l’intérêt de curiosité touristique les captive.

Certains grands mariologues de notre époque ont fait de sérieuses études, de patientes recherches sur les apparitions de Notre Dame, en France et dans le monde entier.

Arrêtons-nous seulement un instant sur la merveilleuse présentation du dernier album sur Notre Dame de la Salette, présenté par la Revue MARIE, et nous comprendrons mieux combien de savants théologiens savent qu’il est impossible d’expliquer par des moyens naturels les sources de Grâces qui sont continuellement versées par le ciel, sur certains lieux privilégiés.

Quand on se penche sur ces questions, il apparaît nettement que les diverses apparitions de la Très Sainte Vierge ne constituent pas des moments distincts et isolés du plan divin, répartis au hasard dans le temps et dans l’espace, mais tendent, au contraire, à s’enchaîner dans une même dispensation providentielle où tout est mis en œuvre, semble-t-il, pour donner au message prophétique le plus de chances de remuer les foules, par les incidences plus ou moins pathétiques qui s’y attachent. C’est dans cette merveilleuse filiation qu’il faudrait chercher la clef du mystère de prédestination qui recouvre le choix divin à l’égard des lieux, et même des dates, autant que de la personnalité des petits voyants eux-mêmes.

Pour caractériser les apparitions successives de la Très Sainte Vierge, tous les éléments sont à retenir. Ces études ne sont encore qu’à leurs débuts, mais on y trouvera certainement un enrichissement des œuvres de Dieu, à l’échelle humaine.

Que restera-t-il peut-être, un jour, des subtiles considérations ethniques, géographiques, toponymiques, strictement terrestres, que l’on veut sans cesse interposer entre notre piété pleine d’allégresse et la réalité historique ?

Il faut donc s’attacher à l’étude de tout ce qui permettra de mettre en évidence l’harmonieuse continuité des manifestations Mariales.

Avant les apparitions les mieux connues, il semble qu’il existe certains antécédents, placés comme une sorte d’écho anticipé, pour en préparer et expliquer la venue.

C’est dans cet esprit que nous voudrions tenter de faire revivre en quelques pages ce que le sanctuaire de Notre Dame de Garaison, trop vite oublié, a été pour la France, il y a trois siècles : une préparation des grands évènements et des grands rassemblements de Lourdes.

Si Notre-Dame de Garaison fait partie des Notre Dame des Pyrénées, ce sanctuaire a été le plus rayonnant, le plus connu, et le plus fréquenté de tous ceux du sud de la France, jusqu’à la naissance de Bernadette.

 

 

*

 

Tu, qui veux obtenir de la Vierge suffrage,

Viens-t’en à son pourtraict humblement approcher.

Un grand feu préparé pour brûler cet image

Luy porta tel respect qu’il n’oza le toucher.

 

 

(Collection Daignan du Sendat, à la Bibliothèque Municipale d’Auch.

Publié par l’abbé J. Lestrade dans Revue de Gascogne, 1903.)

 

 

 

*

 

 

 

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Distances depuis Garaison

 

Montléon-Magnoac, au nord : 5 km

Auch : 54 km

Toulouse : 95 km

Tarbes : 51 km

 

 

 

 

 

 

 

 

AVANT BERNADETTE SOUBIROUS

 

AU XVIe SIÈCLE : ANGÈLE DE SAGAZAN

 

 

En 1885, l’éminent religieux et brillant orateur qu’était le Père Duboé, chapelain de Notre-Dame de Garaison, consacra des semaines et des mois à transcrire, aux Archives Départementales de Tarbes, presque tous les documents existants sur l’histoire de l’ancien sanctuaire de Garaison.

Peu de chose en comparaison de ce qui s’est perdu ; malgré cela plusieurs centaines de pages sauvées des désastres.

Les renseignements que nous relatons ici, ont été fournis par le travail du Père Larrouy. C’est un petit livre très rare qui est paru en 1933 dans le département des Hautes-Pyrénées.

Il faut connaître ce livre pour bien comprendre avec quelle longue insistance, avec quelle pérennité, avec quelle tradition, la Reine du Ciel nous invite à La prier en France !

L’histoire de cet antique lieu de pèlerinage de Garaison semble tellement bien annoncer et préparer d’une manière éclatante le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, qu’on reste ébloui devant les manifestations des grâces versées sur ce département, comme une des sources miraculeuses intarissables qui coulent dans la plus grande partie des endroits privilégiés où la T. S. Vierge apparaît.

Garaison est situé dans le même diocèse de Tarbes et Lourdes. Ce village se trouve à l’extrémité opposée dans le département, dans un paysage peut-être moins pittoresque que celui de Lourdes, mais dans un décor tout aussi caractéristique.

Pas de torrent, peu d’aperçu de hautes montagnes, mais une petite vallée sinueuse abritée le long de la route qui va de Lannemezan vers Montléon. Les landes qui avaient envahi ce pays ont été défrichées pendant les derniers siècles, mais au XVIe siècle, ces landes s’étendaient des Pyrénées jusqu’au val de Garaison. On ne connaissait pas, dit-on, de parage plus mal famé dans toute la France.

C’était un vrai paysage de désolation que traversaient les premiers pèlerins par de petits chemins et sentiers qui contournaient de nombreux marécages et des broussailles sans agrément. Aux abords de Garaison, le terrain devenait de plus en plus pierreux et difficile. La lande prenait ici un nom spécial peu engageant, mais très pittoresque : la lande de Pèle-Coq, en patois : « lana-de-pélapout ».

C’est là, tout au fond des broussailles de pélapout, que descendit toute blanche, radieuse, et resplendissante, la Très Sainte Vierge ; Notre-Dame de Garaison.

Comment pouvait-on s’attendre à un fait aussi exceptionnel dans un pareil lieu ? Au creux du val sur les coteaux, se voyaient clairsemées parmi des taillis et d’autres morceaux de lande, quelques cultures, quelques granges foraines de propriétaires de Montléon. Il n’y avait seulement que deux maisonnettes aux murs de torchis et à la toiture de chaume qui étaient habitées en permanence. C’était là tout le hameau.

 

 

Origines d’Angèle de Sagazan

 

L’une des maisons de ce hameau figure sous une rubrique de l’année 1536, c’est une sorte de cadastre que l’on trouve à Tarbes.

On peut y lire que le père de la voyante qui nous intéresse ici s’appelait Guilhem de Sagazan, et qu’il possédait un « cavau et correau » (jardin et cour), vignes et autres appartenances situées à Garaison (confronte avec la lane). Le nom de Sagazan n’était pas rare dans le pays. Plusieurs familles le portaient, dont quelques-unes des plus aisées, mais la famille de Guilhem de Sagazan était très modeste.

Il y avait à son foyer, parmi d’autres enfants, une fillette issue d’un premier mariage. Elle s’appelait Anglèse ou Angèle, ou le nom qui également en décline : Angélique. On la désigne plus fréquemment sous le surnom de « la bergère », ce qui nous rapproche de plus en plus de l’histoire de Bernadette Soubirous et de Lourdes.

Malheureusement, nous n’avons aucun renseignement sur son enfance, ni sur son caractère. On sait seulement qu’elle eut de nombreuses apparitions de la Très Sainte Vierge, et l’histoire des évènements précise très exactement dans quelles conditions eurent lieu ces apparitions.

Le père Larrouy affirme qu’après ses apparitions, Angèle de Sagazan reproduit trait pour trait, 350 années à l’avance, la physionomie morale de Bernadette de Lourdes. Il est un fait certain, c’est que tout comme la voyante de la grotte de Lourdes, Angèle ne devait parler que le patois ou le gascon.

Lorsque près d’un siècle après les évènements de Garaison, mais 22 ans seulement après la mort de la voyante (1582), les premiers chapelains s’établirent à Garaison en 1604, ils ne trouvèrent aucune relation écrite détaillée des apparitions.

Ils s’empressèrent de recueillir, aux alentours de Garaison et dans la maison d’Anglèse, de la bouche même de ses neveux, le récit traditionnel, qu’ils consignèrent par écrit, et publièrent en 1607 et 1630.

C’est uniquement d’après ce récit que l’histoire de Notre-Dame de Garaison et d’Anglèse de Sagazan fut reconstituée.

 

 

Documents des Archives départementales des Hautes-Pyrénées

 

Séries G et I, fond de l’ancien Garaison et ailleurs, il existe toute une série de documents originaux du XVIe siècle qui établissent sans conteste l’existence d’Anglèse, les grandes lignes de sa biographie et le fait des apparitions. On ne saurait donc ici parler uniquement de légende.

Les premières apparitions semblent dater de 1510 ou 1515. Elles eurent lieu pendant une période de grande sécheresse, et une année de grande disette. La bergère gardait un petit troupeau de sa famille à travers la lande.

La Très Sainte Vierge apparut à Anglèse et lui transmit un message. Dans ce premier message, il fallait avertir le curé de Montléon qu’il devait bâtir en ce lieu une chapelle.

D’autres messages et d’autres apparitions suivirent ; enfin un miracle se produisit pour convaincre le curé de Montléon qui était sceptique. On découvrit alors une panetière de beau pain blanc. La panetière en était toute remplie. Cette belle trouvaille, la Bonne Vierge l’avait annoncée à Anglèse quelques jours avant, pendant que la disette régnait de plus en plus dans le pays.

Devant ce miracle, on dit que le Curé de Montléon se rendit avec le clergé en procession solennelle, et qu’il alla planter une Croix en ce lieu des apparitions, près d’une source qui devint miraculeuse depuis ce jour.

La renommée des apparitions et des miracles obtenus par l’intercession de Notre Dame et par l’usage de la source créa le Pèlerinage. Une petite chapelle s’éleva rapidement, et on installa une statuette de Notre Dame de Pitié, Mère des Douleurs. Chapelle modeste en toutes manières, mais qui devint de plus en plus vénérable par le nombre des prodiges et celui des pèlerins.

Des ouvriers bénévoles vinrent pour agrandir l’édifice 25 à 30 ans après ces évènements. On y mit la main une seconde fois en 1540. C’est encore l’ancienne chapelle que l’on peut voir actuellement qui est encastrée dans les grands bâtiments construits depuis. Cette petite chapelle dont nous parlerons plus loin, surprend le visiteur par sa charmante simplicité, dès qu’on y pénètre

 

 

Que savons-nous de précis sur Anglèse de Sagazan ?

 

Nous savons que Dame Anglèse se fit religieuse vers 1525 et qu’elle vécut jusqu’en 1582, date où elle était tout le moins octogénaire, dit-on.

Voici le document extrait du nécrologe de l’abbaye de Fabas, un document important si l’on en juge par son contenu :

« Dame Anglèse de Sagazan qui fut la Bergère à qui la Sainte Vierge apparut et parla au lieu où est présentement la chapelle de Garaison, mourut le 30 décembre 1582. »

On sait que la Bergère devenue religieuse à l’Abbaye de Fabas y mena une vie exemplaire dans une prudente simplicité.

« Pendant lequel temps elle obtenait tous les ans une fois congé de ses Supérieures de venir visiter sa bonne maîtresse Notre Dame en la chapelle de Garaison dans laquelle elle passait tout le soir et toute la nuit en prières. »

Avant de publier ces lignes, on dit que l’auteur les avait lues, en présence d’une quinzaine de notables de la contrée, prêtres, chapelains et bourgeois dont on a la liste ; trois d’entre eux, et d’autres, ont dit contenir vérité, et de plus :

 

« ont vu ladite bergère contrainte dans ladite chapelle de se retirer et enfermer dans ladite sacristie, pour la voir baiser sa robe et déchirer ses habits, et d’autres témoins disent encore davantage que tout le monde ne désirait que la voir. »

 

Le chapelain Étienne Molinier qui fut le deuxième chapelain de Notre-Dame de Garaison, pour écrire une histoire du sanctuaire, se mit en relations avec les religieuses de Fabas, dont plusieurs avaient connu la Bergère.

 

 

La Communauté des Bernardines

 

La Communauté des religieuses Bernardines ou Cisterciennes de Fabas était connue depuis quatre siècles lorsque Anglèse de Sagazan y entra. Cette Communauté était réduite, à ce moment, à une dizaine de religieuses de chœur, mais toutes appartenaient à la noblesse. Elles s’appelaient : de Mun, de Benque, d’Antin, Polastron, Foix, Terride, Montaut-Bénac, etc.

Postulante, novice ou simple sœur converse d’abord, Anglèse était sûrement, à son décès, et depuis longtemps, « religieuse de chœur ». Le nécrologe de la Communauté lui donne le titre équivalent de « Dame ».

Le chapelain Molinier écrit à son sujet : « Étant professe, elle fit de plus en plus de progrès en la vertu ; son obéissance était entière, sa simplicité naïve, son humilité profonde, sa douceur admirable, car plusieurs qui l’ont vue témoignent encore qu’il n’y eut jamais en sa face, un seul signe d’indignation et de colère, et moins en son cœur, un seul ressentiment... Et surtout, elle était discrète, retenue, et gardant le secret des merveilles de ses visions qu’elle ne racontait jamais, que par force et commandement de ses Supérieures. »

« Elle alla durant plusieurs années aux grandes fêtes de la Sainte Vierge, à la chapelle de Garaison, par la licence de son Abbesse, licence qu’on accordait plus fréquemment en ce temps-là, la clôture n’étant pas si étroite et si serrée. Et plusieurs, qui vivent encore et à qui j’ai parlé, assurent avoir vu le peuple accourir à grandes foules, pour la voir et lui déchirer ses habits : pour en conserver les pièces comme des reliques ; ce qui fait cause que pour crainte de quelque superstition des simples, elle s’abstint d’y aller qu’une fois l’année, et enfin point du tout, tant pour la défense de son Abbesse que par sa propre discrétion et humilité. »

Et l’histoire conclut : « qu’ayant accompli à l’édification de tout le Monastère, toutes les parties de l’observation religieuse, elle tomba de fièvres tierces et mourut ».

Un siècle plus tard, la très célèbre collection de la Gallia-Christiana (la France Chrétienne) résume en ces termes sa vie religieuse : « La très pieuse vierge Anglèse de Sagazan, fleurit en Sainteté à l’Abbaye de Fabas, et s’y endormit très saintement dans le Seigneur. »

Les restes d’Anglèse furent conservés soigneusement comme des reliques, jusqu’à la Révolution Française. C’était pour la chapelle de Garaison un trésor précieux. Après bien des péripéties, les restes de la Bergère furent ramenés le mardi de Pentecôte, 5 juin 1838, avec un pèlerinage qui souleva l’enthousiasme. Les précieuses reliques furent déposées (et se trouvent maintenant) dans une petite sacristie.

En 1711, les collaborateurs de la Gallia-Christiana firent plus de cas des reliques de cette petite paysanne des landes de Garaison que des grands noms des hautes abbesses de la Communauté.

On reconnaît en Anglèse une véritable Sainte dont la figure se rapproche étrangement de la candide Bernadette de Lourdes.

M. l’Abbé Figarol, un vicaire général de Lourdes qui l’avait souvent visitée à son couvent dit de Dame Anglèse, car il la nomme toujours ainsi : « Elle avait accoutumé de se séquestrer de la Communauté, les samedis qu’elle jeûnait, elle avait une grande simplicité, et ne voulait pas raconter la vision qu’elle avait eue. J’ai été avec l’Abbesse à la chapelle de Garaison, où ladite Abbesse ne voulut pas que Dame Anglèse retournat, ayant vu qu’étant là, les simples gens allaient baiser son habit et avaient espèce de superstitions. »

 

 

Le pèlerinage

 

En l’année 1640, les chapelains s’installèrent à Garaison et recueillirent les archives, les récits des miracles ou faveurs extraordinaires de Notre-Dame de Garaison, que les intéressés leur adressaient ou venaient leur dicter.

Malheureusement, à la Révolution, bien des textes ont disparus. Il existe des extraits publiés en 1646 et 1694 par le chapelain Étienne Molinier. On a conservé la liste des personnes qui furent l’objet des grâces obtenues, au cours du XVIIe siècle, de 1599 à 1693, dont les résidences sont suffisamment indiquées, pour qu’on puisse citer les noms des départements et la liste des personnes. C’est tout le Sud-Ouest de la France qui se rendait à Garaison, puisqu’on trouve dans cette liste les noms de dix-huit départements.

D’après le registre original, qui va de 1608 à 1709, cent soixante personnes fondèrent des messes dans la chapelle. Dans une seconde liste, on trouve des noms de visiteurs du département de l’Orne et de la Seine-et-Oise. Enfin Paris compte quatre fondations. Aux pèlerins français des provinces éloignées, il faut ajouter ceux des nations étrangères.

Dans la dédicace d’un petit livre offert à l’archevêque d’Auch, le chapelain de Garaison Pierre Alabert écrit : « Étant prélat de Garaison, vous l’êtes de toute l’Europe, puisque cette partie du monde vous envoie des gens de tous les royaumes. »

N’est-ce pas dans cette dédicace que nous pouvons toucher la prédestination Mariale du département des Hautes-Pyrénées ?

En 1630, 1646, 1789, les Chapelains de Garaison dépeignent une multitude de gens qui arrivent file à file, hommes et femmes, jeunes et vieux, pauvres et riches, la tête découverte, nu pieds, le flambeau à la main, et dont plusieurs, dès qu’ils aperçoivent la pointe du clocher, marchent à genoux, ou plutôt se traînent en cette posture jusqu’à la chapelle et les pieds tout en sang. Ainsi en était-il notamment aux trois jours de grande affluence, en 1628. Le chapelain compta six mille personnes.

À la fin de l’année 1694, le petit livre de Pierre Alabert, qui est intitulé « Les Merveilles de Garaison », énumère quelques-uns des faits extraordinaires et miracles.

En 1866, en inaugurant le culte de la grotte de Lourdes, l’orateur du jour prononça des paroles pleines de sens, qui donnent le caractère particulier de cette étude. « Quand la Vierge marque un lieu de la terre, pour en faire le lieu de ses faveurs, quand Elle y apparaît, quand Elle y a parlé, quand Elle l’a touché de son pied, il reste là, une trace ineffaçable de son passage ; Elle y verse une force secrète, un attrait inexpliqué mais senti, mais vivant, mais irrésistible... »

Cet indiscutable phénomène spirituel, les foules de Garaison l’avaient déjà constaté deux siècles avant Lourdes.

Ce phénomène spirituel n’est-il pas toujours constaté, répété, relaté, mentionné dans tous les lieux privilégiés où Notre Dame se fait voir ?

En 1744, le prestige des chapelains de Garaison était considérable. L’affluence des pèlerins était telle que dans les grands jours de pèlerinage les notaires se transportaient au sanctuaire avec leurs registres... Depuis 1744, en vertu d’un décret royal, c’était à Garaison que se tenaient les États des Quatre vallées de la région : Aure, Neste, Barousse et Magnoac. Leurs députés, chargés de la répartition de l’impôt, entendaient d’abord une messe solennelle dans le sanctuaire et se réunissaient ensuite à l’Hôtellerie voisine qui se trouvait à l’ouest de l’établissement des chapelains. Toutes les notabilités de la région recherchaient l’amitié des chapelains, et c’est en termes étonnants que s’exprimaient sur leur compte le conseil de la ville d’Auch en 1762.

Existent-ils beaucoup de pèlerins de Lourdes qui connaissent ces faits comme ils méritent de l’être ? Quels sont ceux qui se rendent en foule à Lourdes qui ont entendu parler de Garaison ?

Ont-ils bien conscience des nombreuses intercessions de Notre Dame sur tout le territoire de la France depuis des siècles ?

Entre beaucoup d’autres, voici un témoignage sur la dévotion Mariale qui régnait au fond des cœurs au sujet de Garaison. Un vieillard qui avait occupé des postes importants dans l’administration et la magistrature, Marc Antoine de Lassus-Camon, écrivait dans son testament daté de 1776 : « Je prie mon héritier de porter et de poser aux pieds de la Vierge Marie, Notre-Dame de Garaison, dont la statue est au maître-autel de la chapelle de Garaison, un cœur d’or qu’il trouvera dans mon cabinet et ce, à titre d’hommage et de ma confiance en son intercession. Il assurera aussi que j’ai vécu et veux mourir le serviteur des dignes et respectables prêtres qui composent cette Maison. »

La générosité des chapelains de Garaison était si proverbiale qu’on en usait sans mesure. L’un d’eux écrivait, en 1779 : « Il y a une fondation qui donne des rentes annuelles de 180 livres qu’on doit distribuer aux pauvres qui se présentent à la porte, mais on est obligé de donner beaucoup au delà et cela ne se peut évaluer. »

Tout le voisinage, malades, passants, pèlerins, ermites, religieux, prêtres, tout tombait sur cette maison.

 

 

Ce qu’est devenu le sanctuaire

 

Pendant la Révolution, la Communauté de Garaison continua de vivre provisoirement, mais dès l’année 1790, l’antique abbaye illustrée par la Bergère de Garaison fut fermée. Les chapelains et les religieuses furent dispersés. Certains d’entre eux se réfugièrent en Espagne. À partir de 1792, ce fut la solitude complète dans la sainte maison, et dans la dévote chapelle de Notre Dame de Pitié. Les chapelains furent jetés hors de leurs refuges provisoires, hors de leurs familles et ailleurs, parce qu’ils n’avaient pas prêté le serment à la nouvelle législation. La chapelle fut fermée pendant 43 ans, et rouverte seulement en 1835.

On obtint, à cette époque, l’autorisation de faire une maison de retraite pour les prêtres âgés. Les foules recommencèrent à prendre le chemin du sanctuaire. Depuis 1848, il y eut à ce moment en moyenne treize pèlerinages par an. Un nouveau Garaison ressuscitait. Collège et Maison-Mère de Congrégations, Centre de Missions de la Société des Prêtres de Garaison, connurent une période de grande activité.

C’est à ce moment qu’on entendit parler de Lourdes et des visions de Bernadette Soubirous.

Le 18 janvier 1862 fut promulgué le jugement solennel à Lourdes, qui disait : « Nous jugeons que l’IMMACULÉE MARIE MÈRE DE DIEU a réellement apparu à Bernadette Soubirous au nombre de dix-huit fois. »

Le fait historique, et si important pour toute la suite des évènements religieux de Lourdes, est que ce fait semble avoir retardé la solennité même du couronnement de Notre-Dame de Garaison. Le couronnement fut en effet annoncé par mandement trois ans plus tard, c’est-à-dire seulement en 1865... Il faut noter que des liens étroits s’établirent très vite entre les sanctuaires. Telles sont d’ailleurs les grandes similitudes entre les apparitions initiales de l’un et de l’autre, qu’il semble impossible de n’y pas voir la marque d’un dessein bien providentiel.

La famille religieuse de Notre-Dame de Garaison eut la charge du sanctuaire de Lourdes pendant 37 ans, de 1866 jusqu’à l’expulsion en 1903, à la suite des décrets contre les Congrégations. Les prêtres de Garaison eurent tout à organiser à Lourdes, tant au point de vue matériel qu’au point de vue du service religieux. Voilà ce qu’il faut connaître pour pouvoir bien comprendre quelle est la tradition de Lourdes, et combien les grâces surnaturelles qui ont été offertes par Notre Dame rapprochent à un point extrême ces deux sanctuaires, Garaison et Lourdes. Nous proposons à nos amis lecteurs de méditer sur la grande signification des lieux bénis choisis par Notre Dame, car il nous apparaît que ces choix ne sont pas seulement dus au seul hasard...

 

 

Le sanctuaire de Garaison dans les temps modernes

 

Pendant la guerre de 1914-1918, Garaison servit pendant cinq années de Camp de Concentration pour les prisonniers civils recueillis un peu dans toute la France et les Colonies. Hommes, femmes et enfants, ils furent jusqu’à 1 700 personnes à la fois entassés dans tous les recoins de la maison.

Après 1919, Garaison n’a eu en permanence que trois personnes : un vieux prêtre, le seul qui eut survécu, parfois un chapelain qui assurait la messe seulement le dimanche, une sœur Lucie à la cuisine, où à la chapelle, et le frère Guillaume, tous les trois pleuraient souvent devant l’image de Notre Dame de Pitié.

En 1923, quelques Pères de la Communauté de Garaison qui avaient émigré en Amérique du Sud, en Argentine, revinrent pour tenter de faire ressusciter leur cher Sanctuaire.

En septembre 1923, quelques pèlerins reprirent le chemin du pèlerinage. Les belles fêtes de Notre Dame eurent lieu avec solennité de nouveau. Le collège fut ouvert, la maison de retraite et de formation religieuse, le centre de missions a pu revivre.

Malgré la résistance des hommes et des choses, malgré toutes les tentatives de désagrégation, malgré les années d’oubli, Garaison ressuscita. C’est là le grand miracle qu’il faudrait pouvoir développer bien plus longuement que nous le faisons ici, dernier miracle de Garaison, qui s’ajoute à toutes les faveurs extraordinaires et à toutes les bénédictions vraiment célestes que ce lieu a connu depuis des siècles.

 

 

 

 

CONSTRUCTIONS ET DÉCORATIONS

DU SANCTUAIRE

 

 

Nous conseillons à tous ceux qui nous liront et qui ont la possibilité de se rendre à Lourdes, de ne pas hésiter à passer quelques heures pour visiter le sanctuaire de Notre-Dame de Garaison.

C’est à leur intention que nous donnons les principaux renseignements sur les différentes transformations de ce lieu privilégié, qui nous semble avoir réellement préfacé les faits miraculeux de Lourdes.

Différentes constructions, dont nous donnons plus loin la chronologie, ont été faites à plusieurs reprises.

Dans la cour actuelle, dite des Accacias, près d’une fontaine, on trouve en premier lieu une petite chapelle qui s’était élevée rapidement au début du pèlerinage. Elle a été édifiée en l’honneur de la Mère des Douleurs, affligée et consolatrice, à la Mère si intimement liée et associée aux souffrances et à la mort de Son Divin Fils. C’est à Elle que s’adressait de préférence, dans ce diocèse d’Auch, la piété filiale du peuple.

Une statue de Notre Dame de Pitié prit place dès l’origine sur l’autel de la première chapelle. Elle y présida au culte jusqu’à la Révolution. Cette triste époque marqua les derniers jours de l’ancien Garaison par une dispersion de toutes les œuvres d’art que contenait ce sanctuaire. Après ces évènements, la statue de Notre Dame a été placée dans l’église de Montléon. Dans tout le diocèse, comme dans le sanctuaire lui-même, la fête principale était celle de la Nativité.

Le nombre des prodiges et celui des pèlerins furent très important au cours des premières années. On songea vite à agrandir et à transformer la chapelle. Des ouvriers bénévoles se présentèrent. On termina les premiers agrandissements en 1540, c’est-à-dire 25 ou 30 ans seulement après les évènements des apparitions.

Cette première chapelle transformée fut démolie en 1623, parce qu’elle gâtait, dit-on, la perspective de la cour.

La chapelle actuelle est contemporaine du chevet, des verrières et des boiseries de la cathédrale d’Auch, de celle de Condom (église Saint-Pierre), ainsi que du chœur très connu de Saint-Bertrand de Comminges.

La chapelle de Garaison a été classée, en 1924, parmi les Monuments Historiques. Le maître-autel fut élevé à l’endroit même des apparitions, au-dessus de la source qu’il fallut dévier. Un petit canal la conduisit à une dizaine de mètres hors de la chapelle, où elle continue de couler dans une sorte de crypte. Cette crypte ne date que de 1606. À cette époque, de petites chapelles ou oratoires étaient situées aux environs du sanctuaire. Ces petites chapelles formaient comme une gracieuse couronne d’ermitages qui servaient aux haltes des pèlerins. Au midi on trouvait les ermitages de Sainte-Quitterie et de Saint-Roch ; au nord vers Gaussan, et à l’est sur la route de Toulouse, deux autres chapelles dont nous ignorons les vocables.

De nos jours, le porche ou vestibule de la Chapelle de Garaison est devenu la chapelle basse ou chapelle Sainte-Anne.

Dès l’entrée le visiteur s’arrête surpris, devant les peintures très ingénues et curieuses qui recouvrent le savant plafonnage. Ces peintures sont vraiment le souvenir de tout l’ancien pèlerinage qui est reproduit. L’émouvant témoignage des grâces offertes par Notre-Dame de Garaison est traduit sur ces murs.

Derrière le dernier arceau, une longue banderole porte une inscription dont plusieurs lettres sont déjà tombées, et que nous transcrivons en entier, dans l’orthographe de nos jours, tant qu’il est possible de la déchiffrer avec certitude :

« Luc Cayre, Prêtre Cordelier (Franciscain), du couvent de Mirande, a peint cette voûte, attendant la miséricorde de Dieu – 1702. »

Le rustique pinceau du fils de Saint François a fixé là une touchante physionomie du pèlerinage dans cette dévote chapelle des landes de Garaison. On y voit les bonnes gens à la foi ardente, qui venaient implorer et remercier la Mère de Dieu, en se renouvelant auprès d’Elle dans la vie chrétienne.

Tout le long du XVIe siècle, et au fur et à mesure des ressources disponibles, les chapelains de Garaison élevèrent de nouvelles et très importantes constructions qui avaient été prévues par un plan grandiose de Pierre Geoffroy, qui fut un des premiers chapelains (1604-1635). Un artiste de Toulouse, Pierre Affre, a été chargé de la décoration de leur nouvelle chapelle en 1635. Depuis les évènements de la Révolution, il ne reste malheureusement presque rien des morceaux de cette décoration du chœur de la chapelle. Des parties dépareillées et dispersées existent encore dans trois églises de la région. Elles peuvent donner une idée de ce que devait former cet ensemble.

La statue du Christ, ainsi que la chaire, sont les deux seuls vestiges qui restent sur le lieu. On trouve ensuite à Bazordan, quatre statues de la nef, d’autres sont à Montléon. Deux autres statues de Prophètes ont disparu sans laisser de trace.

Avec des documents retrouvés (projets et plans), un très habile et patient artiste, M. Raymond d’Espouy, a reconstitué tout cet ensemble en de très beaux dessins qui permettent de juger de leur importance. Les vastes compositions exécutées par Pierre Affre formaient un véritable chef-d’œuvre à la Gloire de la Mère de Dieu. Il l’avait nommé : « Poème de la Vierge ». On peut se demander s’il existait en France, à cette époque, une œuvre de cette importance et de cette qualité.

La chapelle de Garaison, dépouillée depuis 1792 des majestueux ensembles de Pierre Affre, allait mettre un demi-siècle à résoudre le problème de sa nouvelle décoration.

Aux murailles de la nef restaient accrochées des boiseries et les socles des statues étaient vides. On essaya de remédier à ce triste état en commandant des statues de pierre et de terre cuite qui furent dorées. Ces œuvres ne pouvaient pas reconstituer la beauté des œuvres perdues. Ces statues remises en place ne subsistèrent que jusqu’en 1883.

En 1859, un père de Garaison, qui avait beaucoup de ferveur pour Notre-Dame de Garaison et pour son cher sanctuaire, eut l’inspiration d’appeler un artiste de talent nommé Justin Pibou. Celui-ci devait recevoir de très nombreuses grâces à Garaison, puisqu’il devint abbé de ce sanctuaire et prit la soutane en 1862. Il y mourut en 1898, après avoir travaillé pendant plus de vingt ans à la décoration de la chapelle.

On peut lui adresser quelques critiques de détail, mais sa décoration n’est pas indigne de la dévote chapelle. Elle est bien adaptée au sujet. Elle fait pressentir le glorieux passé de l’antique sanctuaire.

En 1865, Monseigneur Laurence écrivait dans son Mandement pour le Couronnement de la Madone : « Nous considérons que le nouveau Garaison ne le cède en rien à l’ancien. Que nos prêtres auxiliaires, qui tiennent la chapelle depuis trente ans, à notre grande satisfaction, se livrent comme leurs prédécesseurs aux pénibles travaux de la prédication et à toutes les œuvres qu’inspire le zèle pour le salut des âmes ; que la Très Sainte Vierge a merveilleusement secondé leurs efforts... »

De nouvelles œuvres étaient nées dès cette époque : un collège en 1847 et l’année suivante une Congrégation de religieuses qui desservait déjà quatre sanctuaires.

 

 

 

 

 

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

DE L’HISTOIRE DE NOTRE-DAME DE GARAISON

 

 

1510 – Aussitôt après les apparitions on construit la première petite chapelle.

1525 à 1540 – Construction de la chapelle définitive, la source est conduite dehors.

1604-1617 – Construction des bâtiments annexes et crypte.

1610 environ – Construction de la grande sacristie.

1618 – Construction de la fontaine et ancienne statue.

1620 environ – Construction du porche, portail, escalier et bâtiment nouveau.

1623 – Démolition de la chapelle primitive.

1635 – Pierre Affre de Toulouse est chargé de la décoration. Il exécute le Poème de la Vierge.

1640 – Il exécute le Poème de la Religion.

1649 – Portail de la maison et sa statue de Notre Dame de Pitié.

1660 environ – Plantation des deux allées du nord et de l’ouest.

1702 – Plantation de l’allée de l’est ou de Bagnères.

1702 – Le père Luc Cayre peint la voûte de la chapelle.

1703 – On élève le clocher (démoli en 1881).

18e siècle – Nouvelles constructions, au midi et au sud-ouest.

1792 – Enlèvement des statues de la chapelle (fin de l’ancien Garaison).

1836 – Arrivée des premiers missionnaires.

1846 – Érection de la croix de pierre du Tapis Vert.

1844 – Pose du haut-relief de l’apparition au-dessus de la source.

1850 – Rachat des allées.

1851-1882 – Nouvelles constructions : pensionnat, chapelles du jardin, salle de récréation du collège, etc.

1883 – Inauguration de l’orgue.

1860-1895 – Nouvelle décoration de la chapelle par le P. Pibou.

1865 – Le couronnement de Notre-Dame de Garaison.

1866-1903 – Les missionnaires chapelains de Notre-Dame de Lourdes.

1865-1903 – Transformation de la Société des Missionnaires en Congrégation. Décret de louange sous la dépendance du Saint-Siège.

1876 – Nom officiel : Congrégation des Missionnaires de l’Immaculée-Conception.

1890 – Une première colonie de missionnaires part pour la République Argentine.

1897 – Fondation du Collège de Tucuman, en Argentine.

1903-1923 – Les souffrances de Garaison (brochure parue en 1930, par le frère Guillaume).

1923 – La résurrection du Sanctuaire et des Pèlerinages.

 

 

 

 

 

Isabelle COUTURIER DE CHEFDEBOIS,

Notre-Dame de Garaison, préface de Notre-Dame de Lourdes,

Centre marial canadien, 1952.

 

 

 

 

 

 

 

 

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