Une province mariale : la Basse Auvergne

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

André DONEAUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AU pays de Saint Louis et de Jehanne-la-Lorraine, au pays des Croisades et de Notre Dame de Lourdes, c’est vouloir démontrer un axiome que de dire que la « Fille aînée de l’Église » est un pays marial.

Cette dénomination de Fille aînée de l’Église n’est-elle pas le fleuron le plus beau de la couronne de France ?

Mais vouloir énumérer les sanctuaires dédiés à la Vierge très pure serait une gageure !

Aussi me cantonnerai-je dans une province que j’aime parce qu’elle est mienne : l’Auvergne, et encore ne vous parlerai-je que de la Basse-Auvergne, de cette plaine verdoyante de la Limagne, des monts et des vallées qui l’entourent, en un mot du seul département du Puy-de-Dôme, négligeant même cette ville mariale par excellence qu’est Le PUY-EN-VELAY dans le département voisin de la Haute-Loire en Haute Auvergne, cette ville du Puy, la plus pittoresque de France, dans laquelle des Rois et des Chefs d’État sont venus en exécution du vœu de Louis XIII, prier et remercier la sainte patronne du royaume de France.

Si l’Auvergne a été dénommée jadis « le bastion de la France », pourquoi ne pas prétendre qu’elle est aussi « le donjon du culte marial en France » ?

Cette terre arverne est rude et âpre comme le sont ses habitants, mais n’a-t-elle pas fourni à l’Église et à la Patrie d’éminents prélats et de grands capitaines, de remarquables juristes et des écrivains de renom. D’Urbain H au Cardinal VERDIER, de Vercingétorix à Desaix, d’Omer TALON à Pascal, la liste en serait interminable !

En 1949, pour les fêtes annuelles de Mai de Notre Dame du port à Clermont-Ferrand, Son Excellence Monseigneur PIGUET, de regrettée mémoire, eut l’idée heureuse et charmante de convier en sa ville épiscopale toutes les Vierges vénérées dans le département à faire à la Vierge noire du Port, protectrice de la cité, une escorte d’honneur triomphale.

Quarante-huit sur cent-vingt-sept répondirent à son appel !

CENT-VINGT-SEPT – et aujourd’hui cent-vingt-huit grâce à Notre Dame de la Route dont nous parlerons plus loin – sanctuaires dédiés à Marie dont elle est titulaire ou patronne, dans un seul département ! Qui dit mieux ?

Quarante neuf Vierges présentes, véritable « chapelet » puisqu’en récitant un AVE à chacune d’elles, il n’en eut manqué qu’un pour terminer les cinq dizaines !

Parmi elles, quatre Vierges couronnées et les autres ne faisant point figure de parents pauvres, bien au contraire ! Quel département de France peut rivaliser avec le PUY-DE-DÔME quant au culte marial ?

Sous les vocables les plus divers, les plus gracieux, les plus ingénieux, les plus significatifs, la Très Sainte Vierge est honorée partout chez nous, dans nos villes et nos villages et jusque dans les moindres hameaux.

Vouloir prétendre analyser, même succinctement les particularités de chacune de nos Vierges, donnerait matière, amplement, à un fort volume, aussi me bornerai-je à les énumérer et à donner quelques détails sur les principales d’entre elles.

Éparpillées comme autant d’étoiles, de « relais » à travers les cinq arrondissements de Clermont-0Ferrand, Riom, Thiers, Ambert et Issoire, nos Vierges protègent de leur tutélaire affection toute la Basse-Auvergne.

Et c’est très certainement grâce à cette dévotion mariale toute particulière qu’au XVIe siècle notre contrée fut complètement réfractaire au protestantisme ; le rude bon sens de nos paysans d’Auvergne l’a rejeté dédaigneusement, car ces derniers n’admettaient pas que l’on toucha à « Notre Dame ».

Si disparates les uns des autres, tant au point de y u e géographique qu’économique, nos cinq arrondissements ont un trait d’union, un trait commun, leur indéfectible attachement et leur filial amour à la Sainte Vierge.

De même que la rude nature volcanique de cette région s’est plue à parsemer ce sol de stations thermales (souvent plus connues et réputées que les centres de dévotion à Marie !) de même nos ancêtres ont parsemé cette contrée de sources spirituelles vivifiantes. Région thérapeutique par excellence puisqu’elle permet, avec les corps, de soigner les âmes.

Égrenons donc notre chapelet, presque notre rosaire ! Nous nous arrêterons ensuite sur « les gros grains ».

La Reine de la Province a élu domicile en sa capitale : CLERMONT : c’est Notre Dame du Port.

Faisons une place d’honneur, bien méritée certes, aux quarante-huit accompagnatrices de 1949 : de la région de Clermont étaient venue les « Notre-Dame » de Messeix, chère aux mineurs de l’endroit, d’Orcival et de Vassivières sur lesquelles nous reviendrons, de Montferrand, Gerzat ; Lempdes, la Font-Sainte, Beaune, Vic-le-Comte, Buron, Singles, Monton, Chastreix, Bourg-Lastie, Saint Pardoux, Saint Amand-Tallende, Chanonat et Saint Julien de Coppel.

De la région de Riom : Riom « la belle endormie », Riom « Ville d’Art », Riom « capitale judiciaire de l’Auvergne » avec sa Cour, (les titres de gloire ne lui manquent point !), Riom qui possède un des plus purs joyaux architecturaux de France avec Notre Dame du Marthuret plus connue sous le vocable de « Vierge à l’Oiseau », de Riom en sémillant cortège étaient venues les « Notre Dame » de Marsat dont nous reparlerons également, d’Ennezat, Piéta fort belle, de Velvic, capitale des volcans et née de leur lave grise, de Pouzol, de Chateauneuf – les-Bains, de St-Gervais d’Auvergne, de Verghea, de la Moutade, de Lisseuil, humble petit village de quelques foyers seulement sur les bords riants de la riante rivière la Sioule, et probablement siège du plus petit mais non du moins fervent sanctuaire marial ; de Gerghut à Virlet, enfin Celle dont je me réserve de vous entretenir plus longuement (parce qu’elle est « mienne ») Notre Dame de Bonne-Nouvelle de Montaigut.

Issoire, devenue depuis quelques années une vaste cité industrielle avait délégué des « Notre Dame » de la Recluse à Ardes sur Couze, de Rochecharles, de Ronzières, d’Usson et de Mailhat.

Thiers, capitale mondiale de la coutellerie (on y « fait » les rasoirs de Schieffield !) était représentée par ses Notre Dame d’Arconsat, de Puy-Guillaume et d’Espinasse.

Enfin AMBERT, capitale incontestée du « chapelet », car tous les chapelets du monde, l’ancien et le nouveau, de Rome à Los Angeles, de Varsovie à Fatima, d’Eire au pays du Soleil Levant, TOUS (ou presque proviennent des fabriques ambertoises, berceau également des fabriques de beaux papiers à la cuve, patrie d’Henry POURRAT écrivain régionaliste digne émule de La Varende), Ambert avait délégué sa propre Notre Dame de Layres accompagnée des Notre Dame des Neiges à St-Germain l’Herm, du Pont à Courpière, de l’Hermitage avec son sceptre de lys aux confins de l’Auvergne et du Forez, des Peux à JOB, de la Chaulme, de Ceilhoux et Notre Dame de la Roche, taillée dans la roche au XIIe siècle par les ermites du Livradois en suite d’une vision que l’un d’eux eut de la Très Sainte Vierge.

Énumérer les soixante-dix-huit autres serait fastidieux... s’il ne s’agissait de rendre hommage à Marie et à la région qui l’honore. Rien en effet ne peut être plus agréable au cœur maternel de la Très Sainte Vierge que cette véritable « litanie » !

Pour ne point faire de jaloux, j’énumérerai alphabétiquement : Nos Dames de : Aigueperse – Anzat-le-Luguet – Arlanc – Aubiat – Authezat – Avèze – Barnazat – Bussières – Boissejour – La Bourboule – Bulhon – Busseol – Chabreloche – Chadrat – Chamalières – Chastreix – Comps – Le Crest – Crevant – Culhat – Echandelys – Égliseneuve – des Liards – Fournols – La Goutelle – Hermant – Heume – Jumeaux – Labessette – Lachaux-les-Bains – Lachaux sur Ris – Lamontgie – Laqueille – Manzat – Marcillat – Maringues – Marsac – Martres sur Mores – Massagettes – Maires – Mons – Monis – Montpensier – Montpeyroux – Nadailhat – Nonette – Olliergues – Opmes – Orbeil – Palladuc Peschadoires – Pessat – Villeneuve – La Peyrouse – Les Pradeaux – Ravel – Regnat – Rentières – Roche-Blanche – Roxhe-Charles – Les Roches – Rochefort – St-Bonnet le Bourg – St-Clément de Valorges – St-Dier d’Auvergne – St-Eutrope – St-Pierre la Bourlonne – Saint Quentin – Saulzet-le-Froid – Sauterre – Sauxillanges – Seychalles – Soulasse – Tauves – Theix – Thiolières – Ronzières – Vernet la Varenne – Viatrac et Veyre.

N’est-ce point là, en vérité, une région mariale !

Revenons maintenant aux « gros grains » du rosaire : Et tout d’abord quatre vierges couronnées : N.-D. du Port à Clermont, N.-D. de MARSAT, N.-D. d’Orcival et N.-D. de VASSIVIÈRES.

Notre Dame du Port, abritée dans la splendide église au plus pur style roman orthodoxe, joyau en même temps qu’écrin, dominé peut-être par la non moins splendide cathédrale de Clermont aux flèches élancées vers le Ciel comme en une perpétuelle supplication, construites l’une et l’autre dans cette lave de Volvic, émanation directe des nombreux volcans éteints. La Vierge noire du Port règne sur la ville dans laquelle Urbain II lança son cri de ralliement pour la première croisade « Dieu le veult ! ». Les foules qui accourent chaque année le dimanche qui suit le vingt mai sont de plus en plus imposantes et celle de 1949 dépassait cent vingt mille pèlerins. 1950 égalait la précédente. Processionnellement et triomphalement portée par des religieux et des prêtres anciens combattants, ployant plus sous le nombre de leurs croix et médailles que sous celui de la statue vénérée, la Vierge du Port suit une voie triomphale jonchée de fleurs, jalonnée d’arcs de triomphe dans une ville en liesse. Les plus hauts dignitaires de l’Église : Nonce apostolique, cardinaux, archevêques, entourés de nombreux évêques et prélats président chaque année à ce grandiose pèlerinage, dont Son Excellence Monseigneur PIGUET était l’infatigable animateur.

On se perd en conjectures sur l’origine exacte du pèlerinage de Notre Dame de MARSAT, Vierge couronnée aux pieds de laquelle on sait seulement de façon certaine que Grégoire de Tours vint prier éclairé tout au long du trajet par une lueur anormale et inexplicable, tel les Rois Mages conduits par l’Etoile. Elle est de temps immémorial la protectrice de la moyen-nageuse cité des duc d’Auvergne, Riom la belle endormie, aujourd’hui encore somnolente sous la flèche élancée de son Palais de Justice avec sa Sainte Chapelle. C’est autour de ce Palais de Thémis que gravite toute la vie de la cité, raison, disent les mauvaises langues, de sa dénomination de « Belle endormie ». Dès 1383, nous enseignent les archives, les riomois en exécution d’un vœu, portaient processionnellement en hommage à Notre Dame de Marsat, une « Roue de cire blanche » de sept kilomètres de long soit la longueur du périmètre de leur ville. Ce pèlerinage a lieu de nos jours encore pour la fête de l’Ascension.

Une Reine majestueuse...

Une Reine majestueuse sur son trône telle est Notre Dame d’Orcival, toute recouverte de lamelles d’argent pur. C’est au jour de la Visitation qu’elle voit accourir à ses pieds les foules les plus denses mais d’autres dates encore sont pour elle retenues. On a tout lieu de penser que cette statue vénérée était primitivement destinée à orner la magnifique abbaye de la Chaise-Dieu qui renferme d’inestimables trésors tant en boiseries (stalles du chœur, jubet, retable, chaire, tympan) qu’en peintures et tapisseries.

Enfin dernière de nos Vierges couronnées, Notre Dame de Vassivières, offre cette particularité peut-être unique c’est qu’elle a deux domiciles. Si en effet, elle prend ses quartiers d’hiver dans la majestueuse église de Besse en Chandesse, du dimanche de fin septembre qui suit la Saint Mathieu jusqu’au deux juillet, ce jour-là, les hommes de la paroisse et des environs se disputent l’honneur de la « monter » prendre ses quartiers d’été entre le Pic du Sancy et le lac Pavin dans la région de Monts Dores.

Et chacune des cent-vingt-quatre autres a son histoire, sa légende, ses fidèles, son sanctuaire, ses ex-voto, son pèlerinage.

Il en est une parmi elles que je connais bien : Notre Dame de BONNE Nouvelle qui règne sur toute l’extrême pointe de la Combraille joignant le Bourbonnais, sur un piton sis au point culminant du département dans la vieille cité judiciaire de Montaigut (Monts Acutus) ancienne baronnie à bailli de robe courte, qui fit partie en 1477 de la dot d’Anne de France, fille de Louis XI, épouse de Pierre de Bourbon, Seigneur de Beaujeu ; Elle était la sœur de Sainte Jeanne de France.

Les armes de Montaigut ne portent-elles pas : d’azur, à l’« M » d’or flanqué de trois fleurs de lys, deux en chef, une en pointe, d’argent et surmontée d’une couronne fermée également d’or. Et malgré vents et marées, les armoiries de la petite ville n’ont pas changé. L’M marial a souventes fois protégé la cité et ses habitants.

Le pèlerinage de Notre Dame de Bonne-Nouvelle a lieu chaque année le dimanche qui suit le huit septembre et il amène dans cette agglomération de quinze cents âmes à peine des milliers de pèlerins venus des cantons voisins et même de ceux éloignés.

Si Murillo a peint l’admirable Vierge Enfant, à l’âge d’environ quatre ou cinq ans, que l’on peut admirer entre autres trésors artistiques au Musée du Prado à Madrid, je ne crois pas qu’il existe beaucoup de statues ou tableaux de la Vierge adolescente avant son mariage, vers l’âge de quinze ans. Peut-être même la statue de Notre-Dame de Bonne Nouvelle de Montaigut est-elle la seule de l’espèce. Elle est en bois finement doré et sa facture révèle un véritable artiste, probablement un de ces artisans du Moyen Âge qui s’ignorait lui-même ! Ses longs cheveux retombent sur ses épaules ; ses mains sont candidement jointes, son regard est pudiquement baissé, elle a un sourire infini ! C’est par excellence l’image d’une Vierge, de La Vierge.

On l’orne pour sa fête d’une couronne d’or, hommage de reconnaissance sans doute, mais f combien je la préfère tête nue. Et surtout sans ! ce baldaquin aux torsades dorées et au style rococo qui fait songer à quelque pièce montée de pâtissier ; et je n’indique que pour mémoire l’affreux panache à plumes d’autruches blanches qui n’a d’égal à sa laideur que sa... valeur !

Cette figure céleste, angélique, pure comme le cristal et comme l’eau de la source n’a nullement besoin de tous ces falbalas pour être aimée, priée, suppliée.

À bras d’hommes ou de jeunes gens, elle est portée par toutes les venelles aux vieux pavés du bourg, jonchées de fleurs ; la décoration du parcours de la procession est agrémentée de multiples arcs de triomphe. Sur tout le parcours, les maisons sont décorées aux couleurs bleu et blanc de la Très Sainte Vierge. Une de ! ces maisons, celle dans laquelle le brave homme dont nous allons parler cacha un moment la statue, a sur sa façade une réduction de la statue et aux jours de fêtes de la Sainte Vierge, particulièrement pour la fête patronale du 8 septembre, cette statuette est toute fleurie, les vieilles rues aux noms évocateurs et moyenâgeux : rue du Palais, rue des Éperonniers, rue des petites boucheries, rue du Pont-levis, rue de la Chapelle, rue du faubourg, ont arboré le grand pavois.

Elle a son histoire, Notre Dame de Bonne Nouvelle, histoire dans laquelle entre peut-être une part de légende, indéfinissable, mais si légende il y a, la légende est jolie, aussi jolie qu’est gracieux le fin visage de la Vierge adolescente. Et je ne puis résister au désir de vous la conter.

Écoutez-la.

Elle remonte à la période révolutionnaire de 1793. Pour soustraire l’effigie si pure aux souillures possibles de quelque partisan du « culte de la Raison » (avec un grand R !) un brave cultivateur du nom de DUBOISSET dont les descendants homonymes habitent encore la région, résolut de transporter la nuit la statue de la chapelle du couvent des capucins où elle se trouvait alors dans son champ situé aux Galères. Plus connu sous le sobriquet d’Espérance, notre homme chargea sur son épaule la statue vénérée enveloppée d’un drap et partit par le chemin des écoliers pour éviter les « patriotes » venus en diligence de Clermont pour supprimer toute trace de fanatisme dans la région (on ne disait pas alors « cléricalisme », mais peu importent les mots, l’histoire n’est-elle pas un éternel recommencement !) Empruntant le petit sentier du Poucherol, notre homme se croyait à l’abri des « bonnets rouges » mais il avait compté sans la sagacité de ceux qui déjà à l’époque voulaient mettre de l’ordre ! Un « patriote » était de faction au sommet du Poucherol. Espérance ne pouvant faire marche arrière aborda bravement l’homme armé d’une hache : « Que portes-tu sur ton épaule ? demande ce dernier – Mais rien, répond Espérance. – En effet, je ne vois plus rien. » Mais par acquit de conscience républicaine, notre patriote donne un grand coup de sa hache sur l’épaule de Duboisset qui aurait dû avoir la clavicule brisée et la statue être coupée en deux. Mais là le miracle se produisit. Ni Espérance ni la statue n’eurent à souffrir le moins du monde du coup de hache. L’arme blanche alla se ficher en terre et le factionnaire perdit son équilibre. Duboisset poursuivit sans autre encombre son chemin et mit la statue en lieu sûr dans sa cave rue du Faubourg. Mais craignant que son précieux dépôt ne fût découvert, il reprit son idée première de transporter la statue dans son champ. Ce qu’il fit une autre nuit.

Espérance attendit, peut-être connaissait-il ce proverbe arabe : « Les chiens aboient, la caravane passe ! » Lorsque les chiens eurent fini d’aboyer, Duboisset accompagné de pieuses femmes de son entourage voulut déterrer la statue dans son champ ; mais impossible de repérer l’endroit où il l’avait enfouie. Alors récitant leur chapelet, les assistants implorèrent la Vierge de se manifester par un signe visible d’eux seuls et ils eurent la joie d’apercevoir alors une petite flamme bleue et blanche sortir du sol pas très loin de l’endroit où ils s’étaient agenouillés. Espérance creusa et, oh miracle encore, la statue apparut intacte et n’ayant nullement souffert de son long enfouissement.

N’est-elle pas jolie, la légende de Notre-Dame de Bonne Nouvelle ?

On la raconte d’ailleurs avec des variantes, ce qui prouverait qu’il y a bien une part de légende ; mais qu’importe, un fait est là : la statue fut sauvée.

Des ex-voto innombrables ornent la chapelle qui est dédiée à N.-D. de nonne Nouvelle, malheureusement les deux plus jolis ont disparu : un petit bœuf d’or et un navire d’argent, hommages de deux paroissiens l’un et l’autre miraculeusement sauvés de la mort après avoir invoqué N.-D. de Bonne Nouvelle et imploré sa protection.

Pour terminer « en puissance » quelques notes sur « la Vierge à l’Oiseau » connue également sous le vocable de Notre Dame du Marthuret, nom de l’église de Riom dans laquelle elle se trouve. Mais il existe une Vierge noire dite « N.-D. du Marthuret » Vierge assise tenant l’Enfant Jésus en ses bras à ne pas confondre avec le joyau architectural qu’est la Vierge à l’Oiseau, statue en pierre blanche du XIVe siècle, au style flamboyant. Cette œuvre d’art admirable dont une réplique due à l’initiative d’Étienne CLÉMENTEL ancien Président du Conseil des Ministres et fils de Riom, se trouve au-dessus du porche, là où primitivement était la véritable aujourd’hui à l’abri dans la grande chapelle latérale. À son origine la « Vierge à l’Oiseau » était abritée dans une petite chapelle votive jouxtant le vieux castel de Nonette et ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’elle vint en la capitale judiciaire de l’Auvergne.

Elle a un sourire ineffable, cette Vierge ! et sans honte je la compare à l’Ange au Sourire de Reims ! Quelle vision béatifique de la maman souriant à son enfant, mais à son enfant-Dieu ! Et le sourire de l’Enfant Jésus, s’adressant en même temps au petit oiseau qu’il tient prisonnier en sa petite main et à sa maman !

Cette statue mesure un mètre cinquante huit, à peu de chose près, la grandeur naturelle, mais sa grandeur architecturale est immense !

À juste titre, les Riomois sont fiers de leur « Vierge à l’Oiseau » qui efface un peu jusqu’au souvenir de l’existence de Notre Dame du Marthuret, Vierge miraculeuse, de style roman auvergnat, Vierge noire comme Notre Dame du Port, ces Vierges noires qui abondent en Auvergne, étant vraisemblablement dues au souvenir des Croisades, dont nous l’avons dit, Urbain II prit la fougueuse initiative sur cette terre arverne.

Enfin, la dernière née de nos Vierges de Basse Auvergne, celle dont le très regretté Monseigneur PIGUET est comme le Père spirituel, c’est Notre Dame de la Route, dont la belle église de style moderne est due à l’impulsion créatrice de l’Évêque de Clermont. Sur la route de Bordeaux, lieu dit : les quatre routes, à l’orée de la voie à péage qui atteint le sommet du Puy-de-Dôme, ce volcan éteint dominé sous la domination romaine par le « temple de Mercure » aujourd’hui en ruines et remplacé par un observatoire modèle, s’élève depuis peu ce cent vingt-huitième sanctuaire marial du département.

Notre Dame de la route sera la protectrice des « routiers », des voyageurs, de « ceux de la Route ».

Monseigneur PIGUET a mis en pratique le conseil qu’il donnait à ses diocésains le 22 mai 1949 : « Jamais, disait-il, nous ne ferons assez pour la Très Sainte Vierge. »

Aussi m’est-ce une joie d’avoir pu faire un tout petit peu pour contribuer à faire aimer « chez nous » la Très Sainte Vierge et je l’offre en hommage au chef du diocèse de Clermont.

 

 

 

André DONEAUD.

 

Paru dans la revue Marie en novembre-décembre 1953.

 

 

 

 

 

 

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