Grandeur de Lourdes

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Émile-Jules GRILLOT DE GIVRY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À Lourdes, tout rend hommage à Marie, tout incante Maryam, la grande Mère des Eaux Supérieures ; tout lui chante un hymne de gloire et d’éternité. À la basilique, les heures sonnent sur trois notes de l’exquise et délicate prose Inviolata, qui redisent incessamment aux échos des Pyrénées : Ô Regina, ô Benigna, ô Maria ; et ces trois notes, d’une douce mélancolie, rythmant l’envolée des heures, appellent les larmes aux yeux de ceux qui ont chanté les suaves mélodies de l’Église romaine et leur font murmurer doucement ces trois paroles évocatrices du mystère aimé. Jour et nuit, de quart d’heure en quart d’heure, pendant que les politiciens divaguent et que les repus se vautrent, les cloches tintent, et la mère de Dieu reçoit son cantique et entend sa louange lui venir de la Terre ; c’est la matière elle-même rendant hommage à l’Absolu qui l’a créée.

Et lorsque devant la basilique soixante mille voix entonnent un Magnificat de gloire, il est impossible de ne pas être entraîné par ce courant de sainte exaltation, qui purifie le cœur de l’homme comme dans un athanor et produit en lui des phénomènes que le Moyen Âge avait trouvés si beaux, qu’il avait multiplié pour la consolation des foules les moyens de les exciter et les fomenter puissamment. On frémit à cette immense clameur de triomphe qui emplit les sept vallées du Gave, et comme les Pyrénées n’en avaient pas entendu depuis les temps légendaires, depuis que les soixante mille trompettes de Karlemagne firent résonner leurs échos en répondant à l’olifant de Roland :

 

            Seissante milie en i cornent li val ;

            Sonent li mont et respondent li val.

                               (Chanson de Roland, vers 2111).

 

Oui, qu’on le veuille ou non, Lourdes est l’accomplissement littéral d’une prophétie, la plus indéniable de toutes : Beatam me dicent omnes generationes ! « Toutes les nations m’appelleront bienheureuse ! »

Ces paroles ont traversé les âges, et qui donc pourrait démentir actuellement leur vérité ? Dans tous les pays du monde, il est des hommes, en effet, qui chaque jour la proclament bienheureuse ; tant qu’il restera une poitrine chrétienne pour la chanter, nul ne pourra dire que la prophétie a menti ; et quel poëme humain a connu cette gloire ? Si nous l’avions entendue prononcer pour la première fois dans un bourg de la Judée par la Vierge elle-même, au temps où les Césars seuls étendaient sur le monde l’orgueil de leur pourpre, nul de nous n’eût voulu croire à une si parfaite réalisation de cette prédiction oraculaire ; et, chose incompréhensible, c’est au seuil d’un siècle de négoce, de positivisme et de lucre, à une époque où l’art et la foi sont morts pour faire place à l’industrie, que l’hommage rendu à Marie reçoit une impulsion nouvelle et que la prophétie brille de son plus vif éclat.

Lourdes, c’est la ville du Magnificat ; et ce phénomène merveilleux, le Moyen Âge lui-même ne l’a pas connu. « Le sarrazin Mirat qui occupait le château de Lourdes au VIIIe siècle, stipula dans son traité de reddition à Karlemagne, que, devenant le Chevalier de Notre-Dame la mère de Dieu, son comté ne relèverait jamais que d’elle seule » (Bascle de Lagrèze, Chroniques du château de Lourdes). Les populations modernes n’ont pas été parjures au vœu du pieux guerrier ; le pacte d’il y a douze siècles s’est renouvelé de lui-même, et c’est là un fait où se révèle l’œuvre d’une volonté supérieure et d’une force mystérieuse insurmontable, contre laquelle une poignée d’encyclopédistes et un ramas de politiciens ne peuvent rien.

 

 

 

Émile-Jules GRILLOT DE GIVRY,

Les villes initiatiques : Lourdes,

p. 114-117.

 

Recueilli dans

Anthologie des meilleurs écrivains de Lourdes,

par Louis de Bonnières, 1922.

 

 

 

 

 

 

 

 

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