La patrie française et l’internationalisme

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Anatole LEROY-BEAULIEU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut aimer sa patrie. C’est un devoir d’aimer sa patrie, surtout quand cette patrie est la France.

Il y a des hommes, aujourd’hui, qui affectent de dédaigner le patriotisme, ils le considèrent volontiers comme un sentiment suranné et un sentiment borné qui rétrécit à la fois l’esprit et le cœur. Ceux-là ne comprennent pas le patriotisme, ils s’en font une idée basse et vulgaire, ils le confondent avec la haine de l’étranger ou avec l’orgueil de race, ils l’identifient avec le chauvinisme, qui n’en est qu’une déformation grossière et une déplaisante caricature.

 

 

LA PATRIE ET L’HUMANITÉ

 

À l’amour de la patrie certains voudraient substituer l’amour de l’humanité au patriotisme, le cosmopolitisme. L’un ne saurait remplacer l’autre. L’humanité, – c’est-à-dire l’espèce humaine envisagée comme un tout, à travers ses générations passées et ses générations futures, – l’humanité est assurément une glande chose, une noble chose, bien qu’il soit difficile d’en faire la sorte de divinité devant laquelle les sectateurs du positivisme nous engagent à nous prosterner.

L’humanité, c’est bien vague, et, pour le commun des hommes, c’est bien lointain. Cela semble, à beaucoup, une sorte d’entité métaphysique, il est permis de douter que le cosmopolitisme possède jamais la vertu du patriotisme, qu’il sache de longtemps inspirer les mêmes dévouements Or, tout ce qui incite au dévouement, tout ce qui enseigne à l’individu l’oubli de soi-même pour le bien commun, est chose précieuse, chose sacrée.

Entre l’amour de la patrie et l’amour de l’humanité, il n’y a pas, du reste, d’opposition, on n’est pas contraint d’opter entre les deux, on peut aimer la patrie sans faire tort à l’humanité Le patriotisme vrai ne consiste pas à vouloir du mal aux autres peuples, à prétendre les subjuguer ou les abaisser au profit de son pays. Le patriotisme vrai n’exclut pas la notion du droit, il n’exclut pas le respect du droit d’autrui et l’esprit de justice. Au contraire, quand il sait raisonner ses sentiments, le patriote éclairé, celui qui pense et médite, reconnaît, dans son cœur, que chaque peuple a le droit d’aimer sa patrie, comme lui-même chérit la sienne. Son propre patriotisme lui apprend à comprendre et à respecter le patriotisme des autres, et loin de se plaire à le blesser, il s’applique à ne pas le froisser. Le patriotisme réfléchi et raisonné devient un sentiment moral, un sentiment de conscience, et, au lieu d’étouffer dans les âmes la notion du droit, il est propre à la développer en la rendant en quelque sorte tangible à tous.

Les nations, aussi bien que les individus, doivent s’appliquer la grande maxime : ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’autrui nous fît. C’est par là que le sentiment moral doit pénétrer dans les relations internationales, et par là que les rapports de nation à nation doivent, peu à peu, se purifier et se pacifier. Qui aime sa patrie doit respecter celle d’autrui, et en apprenant, réciproquement, à respecter leur patrie, les peuples pourront s’entendre dans la paix et dans la justice, – la paix pourra enfin se fonder sur le respect mutuel du droit.

C’est la seule manière dont il nous soit permis de rêver de paix universelle, nul besoin pour établir la règne de la paix de sacrifier la patrie à un vague internationalisme.

La conception d’une société cosmopolite, embrassant tout le globe dans l’unité d’un seul État, est une utopie, et tout effort pour réaliser cette chimère n’aboutirait qu’à l’oppression des faibles et à la tyrannie des forts. Ce n’est, sous une autre forme, que le vieux rêve de monarchie universelle qui a coûté tant de sang à l’humanité.

 

 

LA PATRIE FRANÇAISE

 

Il n’est donc pas vrai que l’amour de la patrie nuise à l’amour de l’humanité, et cela est particulièrement faux de la patrie française. Car on peut dire de la France, – de la France moderne, et à bien des égards de la France ancienne, – que son idéal a été un idéal humain, qu’elle a mis sa gloire à travailler pour l’humanité, c’est-à-dire pour autrui, autant que pour elle-même.

Aucun pays ne s’est moins enfermé dans son égoïsme national, par là même, aucun n’a mieux mérité de ses enfants. Gesta Dei per Francos disaient, avec un noble orgueil, les pieux des Croisades. C’était une belle devise, et les penseurs de la France moderne ont dit, à leur manière, la même chose, sous une autre forme. Cette noble ambition se retrouve aux plus grandes époques de notre histoire, elle en fait, en quelque sorte, l’unité. La France ancienne avait voulu être le soldat de Dieu et l’épée de l’Église, la France nouvelle a rêvé d’être le champion du Droit et de la Liberté, ce qui, au fond, en tenant compte de la différence des temps, revenait au même, – car cela se résumait à vouloir être le porte-étendard de la Justice, et le chevalier de l’Idéal.

La France a eu, par là, dans le monde un rôle à part, une grandeur à part. On dira peut-être que ni la France ancienne, ni la France moderne n’ont toujours été fidèles à ce culte de l’idéal, à cette sorte de vocation de chevalier. Il se peut, il en est des nations comme des hommes ; elles, aussi, ont leurs défaillances, – puis, à la différence des individus, à qui le sacrifice est toujours permis, les nations ont le droit, elles ont même le devoir de songer à elles-mêmes, à leur indépendance, à leur sécurité. N’importe, pour qui embrasse l’histoire de la France, – de Charlemagne aux Croisades et de saint Louis à la Révolution, – on peut dire qu’elle a mis, dans sa vie et dans ses actes, plus d’idéal qu’aucun autre peuple.

La grandeur de la France a été, pour beaucoup, une grandeur spirituelle. Cela, certains le regrettent. Désavouant ce qu’il y a de plus noble, de plus élevé dans le génie de notre nation, ils déplorent qu’elle n’ait pas été plus égoïste. Ils lui reprochent, après coup, de n’avoir pas su concentrer toutes ses affections sur elle-même, consacrer toutes ses forces et tout son sang à sa propre grandeur, à sa propre puissance. Ils cherchent tardivement à lui inculquer l’égoïsme, à lui persuader qu’en se passionnant pour le droit et pour la liberté, en dépensant parfois son argent et son sang pour autrui, elle a fait fausse route, pour un peu, ils voudraient lui faire honte de ce dont elle se faisait honneur jadis. C’est là, me semble-t-il, méconnaître le génie français et la grandeur vraie de la France. C’est là, sous prétexte de nous aider à nous l’élever, nous rapetisser nous-mêmes, aux yeux des peuples.

Ces conseils d’égoïsme rétrospectif, devenus une sorte de lieu commun, arrivent trop tard pour changer l’histoire. À renier son idéalisme ancien, à désavouer les plus nobles pages de son histoire, la France, hélas ! n’a rien à gagner que de diminuer son prestige devant le monde et de se ravaler elle-même, aux yeux d’autrui. Cela ne lui rendra pas ses provinces perdues. S’il est vrai – ce qu’un historien pourrait parfois contester – que nous avons souffert de notre confiance dans le droit, souffert de n’avoir pas été assez égoïstes, le mal est fait : il ne peut être réparé par des regrets et par une sorte de reniement de nous-mêmes. Abjurer notre passé ne nous servirait de rien. Au lieu de nous frapper la poitrine, mieux vaut rester fiers de notre France. Est-il vrai qu’elle a temporairement perdu, avec la gloire des armes, sa grandeur matérielle, raison de plus pour ne pas lui enlever sa grandeur morale. Cette grandeur morale, dont certains semblent faire fi, gardons-la-lui, avec un soin jaloux, elle a, en tout cas, cette supériorité sur la grandeur matérielle qu’elle, au moins, n’est pas à la merci des hasards d’une bataille.

La France a été vaincue, mais jusqu’en sa défaite, malgré ses erreurs et ses inconséquences, malgré les fautes de ses gouvernements et l’égoïsme de ses partis, la France a la consolation d’être tombée avec une notion du droit, avec un idéal politique plus élevé et plus humain que celui de son vainqueur. Loin de renier le droit dont elle est devenue un des martyrs, que la France le maintienne, au nom de ses souffrances et au nom de ses espérances ! Elle y est, aujourd’hui, la première intéressée. Mutilée par la force dans sa propre nationalité, qu’elle reste fidèle au principe national et au libre droit des peuples violé, chez elle, par le conquérant de 1870. C’est le seul droit qui lui demeure sur Metz et sur Strasbourg, le seul au nom duquel elle les puisse jamais revendiquer. Si l’épée avait le droit de découper les peuples et de tailler les provinces sans leur libre consentement, nous n’aurions qu’à oublier le vert pays entre la montagne et le fleuve et à cesser de porter le deuil de l’Alsace-Lorraine.

Donc, pas d’abjuration de nos principes, pas de désavœu de notre passé. Renier le droit des peuples serait nous renier nous-mêmes, car il faut choisir entre la fidélité au droit et l’idolâtrie de la force.

Il est vrai, la France a été vaincue, la France, après vingt-cinq ans, reste en face de ses voisins une vaincue. Mais même après Metz et après Sedan, il lui est permis de se glorifier de ce qu’elle a fait pour le droit d’autrui. En regardant autour d’elle, parmi tous ces peuples entre lesquels, au jour de la détresse, elle n’a pas trouvé un allié, la France peut compter, avec orgueil, combien l’ont eue pour protectrice, combien ont du sang fiançais pour ciment de leur nationalité. La liste en est longue, depuis la grande République des États-Unis jusqu’à l’Italie, justement fière de son rajeunissement, depuis la Hollande et le Portugal, aux jours de l’ancienne monarchie, jusqu’à la Grèce et à la Belgique dans notre XIXe siècle, sans compter les créatures ou les protégés de notre diplomatie, comme la Roumanie qui nous a dû son unité, – sans compter les pays auxquels nous n’avons pu témoigner que de platoniques ou d’impuissantes sympathies, comme la Pologne, comme l’Irlande, comme le Danemark, car il n’y a pas eu d’opprimé à qui, à défaut de notre sang, nous n’ayons donné l’aumône de nos larmes. La plupart des petits peuples de l’Europe nous doivent, au moins pour une bonne part, leur existence, leur indépendance nationale. Si, des sources du Rhin à la mer du Nord ou au Sund, – si le Suisse, si le Belge, si le Hollandais, si le Danois ne sont pas un jour contraints de se reconnaître les vassaux du nouvel Empire germanique, ils le devront sans doute à la France, – à la France rajeunie dans l’épreuve et redevenue le défenseur du droit des petits, du droit des peuples. Car, par une sorte de bonne fortune, jusqu’en nos malheurs, c’est là un rôle auquel nous sommes ramenés par notre intérêt, non moins que par nos principes.

Un pays qui a pareille histoire a le droit d’en être fier et le devoir de s’en montrer digne. N’abdiquons rien de ce qui a fait dans le monde la grandeur de la France, le monde ne nous reconnaîtrait point, et les peuples perdraient leur admiration ou leur sympathie pour la France. Restons fidèles au culte du droit, fidèles à notre idéal humain de liberté, de justice, de progrès ; appliquons-nous seulement à mieux connaître les conditions matérielles et les conditions morales de la liberté, de la justice, du progrès. Ne nous laissons décourager ni par les revers du dehors, ni par les iniquités de l’histoire, ni, ce qui est plus humiliant, par les faillites et par les hontes du dedans.

Apprenons à nous purifier, à élever nos âmes, a fortifier nos volontés pour être de vrais fils de la France, et pour lui rendre ou pour lui conserver – au siècle qui va bientôt se lever sur le monde – ce qui a fait sa gloire et sa noblesse à travers les âges. Laissons-la suivre ce qui a été sa vocation dans l’histoire. Aimons la France, d’un amour conscient et réfléchi, nous attachant à lui garder sa grandeur morale qui, non moins que sa puissance matérielle, fait partie de notre patrimoine national. Tavaillons, chacun à notre place, chacun à notre rang – dans la lumière ou dans l’obscurité – à n’être pas indignes d’une telle patrie. Voilà en quoi consiste le véritable patriotisme, celui qui, en fortifiant, en ennoblissant l’âme française, fera la France grande et forte entre les nations.

 

 

LES ENNEMIS DU PATRIOTISME

 

Quant à ceux qui nous invitent à fane fi du patriotisme et à refouler, au fond de nos cœurs, l’amour de la patrie française, ils ne sont pas dignes du nom de Français. S’ils blasphèment la patrie et le patriotisme, c’est, pour le plus grand nombre, qu’ils ne les comprennent point. La plupart des socialistes sont de ces malheureux qui outragent leur mère, la patrie française, se plaisant à nier ou à railler ses gloires anciennes ou modernes. C’est qu’ils sentent, dans l’idée de patrie, un obstacle à leurs instincts de bouleversement et à leur dessein de conquête. Ils veulent, ces socialistes, sous prétexte de refaire la société à neuf, au profit du collectivisme ou du communisme, anéantir toutes les forces sociales qui ont jusqu’ici rapproché les hommes et maintenu les sociétés humaines.

Les socialistes s’attaquent, aujourd’hui, à l’idée de patrie, comme ils s’en prennent, depuis longtemps, à toute idée religieuse, à la famille, à la propriété. C’est que la patrie, elle aussi, est un lien social, – peut-être le plus solide, comme le plus doux des liens sociaux, et que les socialistes prétendent briser tous les liens sociaux. Voulant renverser la société jusqu’en ses fondements, ils ont besoin de détruire tout ce qui lui servait de ciment ou de support. Ainsi s’explique comment ils en sont venus à s’attaquer à l’idée même de patrie, alors que leurs pères ou leurs prédécesseurs en révolution sociale faisaient encore profession, il y a moins d’un demi-siècle, de demeurer des fervents du culte de la patrie.

Le socialisme ne pouvait faire grâce au patriotisme, il était, bon gré mal gré, contraint, par son principe, de s’insurger contre l’amour de la patrie, et cela seul serait la condamnation du socialisme. Il ne pouvait, sous peine d’illogisme ou de contradiction, admettre que l’homme subordonnât ses intérêts, son bien-être, ses ambitions à la prospérité ou à l’amour de la patrie. Il fallait détruite tout ce qui pouvait donner un but et un idéal à l’existence individuelle ou collective des hommes, afin de les gagner, tout entiers, à la cause de la l’évolution sociale.

Qu’est ce que les socialistes prétendent substituer à l’idée de patrie et au patriotisme ? Nous l’avons dit, ils prétendent substituer à la patrie l’humanité, et au patriotisme l’internationalisme. Embrasser d’un même amour tous les hommes et tous les peuples des cinq parties du monde, confondue, dans un même sentiment, Français et étrangers, Anglais, Italiens, Allemands, Russes, Américains, nos amis et nos adversaires, pour ne pas dire nos ennemis, – et sans doute aussi le Turc, le Persan, le Chinois, le Japonais, car, de quel droit exclure de l’humanité les Jaunes ou les Noirs ? Cela exige un cœur bien large, ou bien élastique. Une affection également prodiguée à tant de peuples divisés et souvent hostiles entre eux aura, forcément, quelque chose de banal, elle n’aura jamais rien de bien ardent ou de bien profond, il me semble impossible qu’un sentiment aussi vague et aussi tiède possède jamais la vertu réconfortante du patriotisme, fondé sur l’amour de la terre qui nous a portés et nourris.

L’amour de l’Humanité (avec un H majuscule) telle que l’entendent les internationalistes, nous paraît une religion autrement vide et décevante que l’amour de la patrie, si naturel à tout cœur bien né.

Mais est-ce vraiment l’amour de l’humanité que les socialistes et les internationalistes opposent à l’amour de la patrie. Non, pour qui veut scruter les écrits et les doctrines. Non, pour qui ose écarter les mots et les formules.

À la dévotion envers la patrie, à la solidarité nationale entre tous les enfants d’un même pays, ce que veulent en réalité substituer les socialistes, c’est un nouvel esprit de classe ou de caste, c’est la solidarité ouvrière, ou comme ils disent, la solidarité prolétarienne internationale. Or, qui ne voit la différence ? Et qui peut dire que ce soit là un progrès ?

L’esprit de classe ou de caste, qu’il soit représenté par le noble, par le bourgeois ou par l’ouvrier, est forcément étroit et égoïste, il tend à faire prédominer les intérêts d’une fraction de la société sur les intérêts généraux du pays, il est fatalement exclusif, borné et tyrannique, il aboutit partout à la haine et aux conflits. Tel est bien l’internationalisme révolutionnaire contemporain.

À un principe d’union, tel que le patriotisme, les socialistes cherchent à substituer un principe de division, la haine de classes. L’amour de la patrie était un lien entre tous les habitants d’un même sol, le sentiment de classe, la jalousie de classe, est une cause d’égoïsme et de désaffection. L’humanité elle-même, loin d’avoir rien à gagner au remplacement de la solidarité nationale par la solidarité de classe, par la solidarité ouvrière ou prolétarienne, l’humanité aurait tout à y perdre, l’humanité se trouverait coupée, par le socialisme international, en couches hostiles, en tranches ennemies et irréconciliables. S’il venait jamais à l’emporter, cet internationalisme socialiste aboutirait à quoi ? À remplacer les rivalités nationales par l’antagonisme de classes, et les démêlés avec l’étranger par les luttes intestines et par les guerres civiles.

L’humanité, tout entière, partagée en deux camps, en deux armées aux prises l’une avec l’autre, par suite, l’humanité en guerre perpétuelle et universelle avec elle-même, sans qu’il y ait un seul pays, une seule ville, une seule bourgade qui puisse se soustraire à cet état de guerre, tel est le monde nouveau que nous prépare le socialisme international.

Jusqu’ici la guerre était locale et temporaire, confinée aux frontières ou aux légions voisines des frontières, en tout cas, elle n’était pas éternelle, elle prenait fin par des traités de paix, – avec l’internationalisme socialiste, plus de paix, plus de trêve même, entre les hommes, au moins jusqu’à l’écrasement définitif d’une fraction de l’humanité par l’autre. Ainsi, loin de nous donner, avec la suppression du patriotisme, la paix perpétuelle, le socialisme internationaliste n’aurait d’autre effet que de substituer à la guerre étrangère qui n’est jamais éternelle, qui ne se déchaîne que d’époque en époque, une guerre intestine qui serait de tous les pays et de tous les lieux à la fois, de tous les jours et de toutes les heures. Encore une fois, comment voir là un progrès ?

Le véritable progrès, les amis de l’humanité doivent le chercher dans une voie tout opposée. Le véritable progrès, au dedans comme au dehors de chaque nation, doit être cherché dans la paix, – paix entre les classes et paix entre les peuples, – paix sociale et paix internationale, – par le respect mutuel du droit de chacun, et par la substitution progressive de la justice à la violence. Tel est le véritable idéal moderne, le seul qui convienne à la civilisation, le seul qui puisse assurer le libre développement de l’humanité en garantissant le libre développement de chaque nation et de chaque citoyen, – idéal élevé, à la fois français et humain, que certains taxeront sans doute d’utopie, idéal d’une réalisation lointaine peut-être, qui exigera les efforts de nombreuses générations, idéal, en tout cas, autrement noble et nullement fécond que le grossier internationalisme des sans-patrie.

 

 

Anatole LEROY-BEAULIEU,

La patrie française et l’internationalisme,

1897.

 

 

 

 

 

 

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