Des Terres planétaires et astrales

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Emmanuel SWEDENBORG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DES Terres Planétaires et Astrales ;

de leurs Habitants, des Anges et des Esprits qui y sont ;

d’après la propre expérience de mes yeux et de mes oreilles.

 

 

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Des Terres de l’Univers.

 

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1. LE Seigneur, par un effet de sa bonté paternelle et de sa miséricorde divine, ayant ouvert les facultés de mon âme, et par là même accordé la grâce de voir et de converser avec les Anges et les Esprits, non seulement de notre globe, mais encore des autres, il m’inspira le désir de savoir s’il existe d’autres Terres que la nôtre, et d’être instruit de leur nature et de celle de leurs habitants. Dès lors il daigna se prêter à mon désir, et me fournit les moyens de converser avec les Esprits de ces Terres, pendant des journées entières avec quelques-uns, durant une semaine avec d’autres ; et avec plusieurs, des mois entiers. J’ai donc eu des occasions multipliées d’acquérir des connaissances certaines, tant sur la nature et les qualités de leurs Terres, et sur leurs positions respectives, que sur la vie, les mœurs, la doctrine et le culte de leurs habitants ; je suis donc en état d’en donner une description exacte d’après ce que j’ai vu, et ce que j’en ai entendu rapporter par des témoins instruits et dignes de foi.

J’ai prouvé dans mon Traité des Merveilles du Ciel, et dans celui des Arcanes célestes, que le genre humain est la pépinière du Ciel, et qu’il n’existe point d’Ange ni d’Esprit qu’il n’ait été homme, N. 1880, qu’ils résident auprès des Terres où ils ont vécu comme tels, pour rendre service aux habitants qui y sont, N. 9968, et qu’ils conversent avec ceux dont Dieu a ouvert les facultés de l’âme à cet effet ; que l’homme, quant à son âme, est avec les Anges et les Esprits, avec lesquels il sympathise par son caractère et ses affections, N. 2378, 3645, 4067, 4073-4077, que les hommes auxquels Dieu accorde cette faveur, peuvent donc parler aux Anges et aux Esprits, comme un homme parle avec un autre homme semblable à lui ; et Dieu m’a fait cette grâce tous les jours depuis douze ans 1. Le Seigneur accorda plus communément cette faveur aux hommes des premiers siècles, que dans les temps postérieurs ; l’Écriture-Sainte en fait foi ; voyez ce que j’en ai dit. N. 67-69, 784, 1634-36, 7802. Il serait aujourd’hui très dangereux de parler avec les Esprits, pour tout homme qui n’aurait pas une foi vive et véritable, et qui ne serait pas embrasé de l’amour de Dieu et de la charité. N. 784, 9438, 10751.

2. Il existe beaucoup d’autres Terres, et des Terres habitées par des hommes, comme l’est notre Globe. C’est une chose notoire dans l’autre vie : car Dieu y permet le commerce entre les Anges et les Esprits de différentes Terres, à tous ceux qui le souhaitent par amour de la vérité et pour leur instruction : on en peut donc conclure la pluralité actuelle des mondes, et que tout le genre humain n’est pas concentré et borné à la Terre que nous habitons.

3. J’ai conféré sur cela avec plusieurs Esprits qui ont vécu sur notre Globe : ils m’ont dit que tout homme de bon sens se convaincra bientôt qu’il existe beaucoup d’autres Terres habitées par des hommes, s’il fait attention que d’aussi grandes masses que le sont les Planètes, dont il sait que la grandeur de quelques-unes excède de beaucoup celle de notre Globe, ne sont pas des masses créées uniquement pour errer et se promener autour du Soleil, emprunter sa lumière, ou briller du peu qu’elles nous paraissent avoir en elles, et n’avoir pas d’autre usage dans l’Univers : qu’elles doivent avoir été faites pour une autre fin plus relevée et plus conforme à la grandeur et à la sagesse de celui qui leur a donné l’être.

Celui qui croit, comme on doit le croire, que l’Être Suprême, en créant l’Univers, ne s’est proposé que de donner l’existence au genre humain pour en composer le Ciel, ne pourra pas se persuader qu’il y ait des Globes terrestres absolument dénués d’hommes. Or, qui doutera que les Planètes que nous voyons rouler sur nos têtes soient des Terres, quand l’expérience nous prouve que ce sont des corps matériels et terrestres qui réfléchissent la lumière du Soleil ; qu’observées à l’aide des télescopes, elles n’étincellent pas comme le sont quelques étoiles, mais paraissent être des corps éclairés, où l’on remarque, par ci par là, des parties dans l’ombre et obscures comme sur notre Globe ; que comme lui, ces corps ont un mouvement réglé autour du Soleil, et progressif le long du Zodiaque, et règlent à nos yeux les années et les saisons que nous indiquons sous les noms de Printemps, d’Été, d’Automne et d’Hiver ; qu’ils ont aussi un mouvement de rotation autour de leur axe, d’où résulte les quatre parties du jour, le matin, le midi, le soir et la nuit ; que de plus quelques-unes d’elles ont des Lunes à elles, que nous appelons Satellites, qui dans des temps déterminés font leurs révolutions autour de leur Planète, comme la Lune fait la sienne autour de notre Globe ; que la Planète nommée Saturne est environnée d’un grand cercle de lumière, auquel nous avons donné le nom d’anneau, qui réfléchit une grande lumière sur cette Planète, comme pour suppléer aux rayons de celle du Soleil, qui s’affaiblissent quand ils arrivent à Saturne, à cause de son grand éloignement. Quel est l’homme instruit de tout cela, qui ose dire que tous ces corps ne sont que des masses faites pour réfléchir la lumière du Soleil, et pour orner le firmament à nos yeux.

4. J’ai dit aussi à des Esprits, avec lesquels je conversais là-dessus, que l’homme pouvait donc regarder comme certaine et très réelle l’existence de plus d’une Terre dans l’Univers ; puisque le firmament est parsemé d’une quantité innombrable d’Étoiles, qui chacune dans son monde fait l’office de Soleil. La moindre réflexion est capable d’en faire conclure que tous ces corps ont été répandus et placés dans l’immensité du firmament, comme un moyen propre à conduire à la fin que l’Être Suprême s’est proposée dans la création de l’Univers, c’est-à-dire, au Royaume céleste, où Dieu se montre aux Anges et aux hommes qui en sont les habitants. Cet Univers qui, en frappant notre vue, nous saisit d’admiration ; ce firmament semé d’étoiles innombrables, qui sont autant de Soleils, ne sont faits que pour servir comme d’entrepôts où doivent résider des hommes, qui y resteront les uns plus, les autres moins, pour passer de là au Royaume céleste, auquel ils sont destinés. La raison nous dit hautement que notre Globe est si petit, ainsi que le nombre des hommes qui y naissent, en comparaison avec le Ciel, que quand il existerait des millions de milliards de Globes semblables, ou beaucoup plus vastes, ce serait encore bien peu de chose pour un objet aussi grand que celui de peupler le Ciel : que sera même tout cela pour un Dieu Tout-puissant et infini, qui a daigné par là nous présenter un échantillon de sa sagesse, de son amour, de sa puissance et de son immensité ?

5. Le Ciel angélique est d’une grandeur immense ; il correspond à toutes les parties de l’homme ; et bien plus, mille choses célestes répondent à chaque membre, à chaque organe, à chaque viscère, et même à chacune de ses affections. On m’a assuré que le Ciel ne peut être composé que d’habitants d’un très grand nombre de globes terrestres.

6. Il y a des Esprits uniquement occupés et désireux d’acquérir de nouvelles connaissances ; ils font consister tous leurs plaisirs dans cette acquisition ; c’est pourquoi il leur est libre d’aller de ce monde à un autre, de s’informer de tout ce qui s’y passe. Ils m’ont dit que le genre humain se trouvait non seulement sur la surface de notre Globe, mais sur celle des autres, et même sur la surface des Globes du Firmament, desquels la quantité est innombrable : ces Esprits appartiennent à la Planète de Mercure.

7. En général, tous les habitants de ces différents mondes, qui ne sont pas idolâtres, reconnaissent le Seigneur pour le seul et unique Dieu ; car ils n’adorent pas Dieu comme invisible, mais comme visible ; parce qu’il se montre toujours à eux sous la figure humaine, comme il se montra à Abraham et à plusieurs autres de ce monde-ci ; et que le Seigneur adopte et reçoit pour siens tous ceux qui l’adorent sous cette forme. N. 8541-47, 10159, 10736-38. Ils sont ravis d’aise, quand on leur dit que Dieu s’est fait réellement homme, et s’est montré tel parmi nous, N. 9361, et disent qu’il n’est pas possible à l’homme de diriger son culte vers un objet dont il ne peut se former aucune idée distincte, encore moins de l’aimer ; et qu’on ne peut se former une idée de la Divinité, autre que celle d’un Être ayant figure humaine. N. 4733, 5633, 7211, 9267, 9359, 7173. Que si on le considère autrement, on le perd bientôt de vue, comme il arrive quand on considère l’Univers sans extrémités et sans bornes ; que c’est alors que la nature se présente à l’esprit sans qu’on puisse savoir ce qu’elle est, et qu’on la regarde et qu’on l’adore comme le Dieu unique.

8. Lorsque je leur affirmai que le Seigneur s’était incarné dans notre monde ; après y avoir réfléchi un peu de temps, ils n’hésitèrent plus à en reconnaître la vérité, et me dirent qu’il l’avait fait pour sauver le genre humain.

 

 

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Du Monde planétaire de Mercure,

de ses Esprits et de ses Habitants.

 

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9. JE l’ai dit et démontré en plusieurs endroits ; le Ciel, considéré dans son tout, représente un homme ; c’est pourquoi dans le Ciel on le nomme le très grand homme : aussi tout dans l’homme, tant intérieurement qu’extérieurement, a rapport et correspond avec le Ciel : c’est un mystère inconnu ci-devant et dévoilé aujourd’hui. N. 2996-98, 3624-49, 3021, 3741-51, 3883-96, et ailleurs.

Or pour former ce très grand homme, il est évident que notre Globe ne peut fournir assez d’hommes, il faut donc qu’il y ait d’autres mondes qui y contribuent. Aussi Dieu a pourvu à ce défaut, en tirant des autres mondes de quoi remplir les vides tels qu’ils puissent être, pour conserver les correspondances et la consistance du Ciel.

10. J’ai appris du Ciel ce que les Esprits de la Planète de Mercure représentent dans le très grand homme. C’est la mémoire des choses abstraites et nullement terrestres, sensibles et matérielles. J’ai conversé avec quelques-uns de ces Esprits pendant plusieurs semaines de suite. Ils m’ont instruit sur ce qui les concerne ; je leur ai fait beaucoup de questions sur les habitants de leur monde, et sur le commerce qu’ils ont avec eux : je vais en rapporter beaucoup de choses.

11. Des Esprits qu’une voix du Ciel m’apprit être de la Terre la plus voisine du Soleil, et que sur notre Terre nous nommons la Planète de Mercure, m’abordèrent en fouillant dans ma mémoire pour satisfaire leur curiosité sur les connaissances qui y étaient. Ces Esprits ont une adresse singulière pour cette opération ; à peine y ont-ils jeté un coup d’œil, qu’ils sont au fait de tout ce qui y est ramassé. Ils y virent des plans figurés de villes, de places publiques, de palais, de maisons de toutes sortes ; je reconnus bientôt que ces objets n’étaient pas ceux de leur curiosité, mais qu’ils ne s’attachaient qu’à ce qui s’y faisait, au caractère des habitants, à leurs mœurs, à leur gouvernement et autres objets de cette espèce ; car toutes ces choses sont gravées dans la mémoire, et comme liées avec l’image des lieux auxquels elles ont du rapport ; c’est pourquoi dès que l’idée d’un lieu se présente à l’esprit, les choses qui le concernent se présentent aussi. Je fus étonné de ce qu’ils ne faisaient aucune attention à la magnificence des palais, et je leur en demandai la raison ; c’est, dirent-ils, que la vue de ces objets matériels ne nous flatte aucunement, et que l’impression qu’ils font sur nous ne nous fait éprouver aucun plaisir. Nous ne nous attachons pas à l’image, mais à ce qu’il y a de réel. N. 2488, 5863. C’est pourquoi les Anges observent les affections des hommes, les fins qui les font penser, vouloir et agir. N. 1317, 1645, 5844. Tout cela prouve que la place des Esprits dans le Ciel est celle qui correspond à la mémoire des choses qui ne sont pas matérielles.

12. Selon le rapport que l’on m’a fait sur la vie des habitants de ce Monde-là, j’ai lieu de conclure qu’ils ne se soucient que de connaître les lois et les usages des hommes qui vivent sur d’autres Terres que la leur, et tout ce qui concerne le Ciel. Le commerce, m’a-t-on dit, que plusieurs des hommes de la Planète de Mercure ont avec les Esprits, leur a procuré beaucoup de connaissances sur les choses spirituelles, et sur l’état de tous les hommes après leur mort ; de là sans doute vient le peu d’intérêt qu’ils prennent aux choses terrestres. Ceux en effet qui sont assurés qu’ils vivront encore après leur mort pour ne plus mourir, prennent à cœur les choses célestes ; parce que tout y est permanent, au lieu que les choses de ce monde étant futiles et passagères, on ne doit guère s’en occuper qu’autant que les nécessités de la vie l’exigent : les Esprits du Monde de Mercure pensent aussi dans le goût des hommes qui l’habitent.

13. J’ai une preuve de l’ardeur avec laquelle ils embrassent la connaissance qui concerne les objets dont la mémoire ne présente pas l’image corporelle, comme capable de faire impression sur les sens de l’homme extérieur, en ce que toutes les fois qu’ils apercevaient dans moi des choses que je savais très bien concerner les choses célestes, ils s’y arrêtaient, les fixaient, les observaient, et disaient ensuite : oui c’est cela ; les choses sont ainsi. Car lorsque les Esprits viennent à un homme, ils s’emparent de sa mémoire, et y réveillent le souvenir des objets qui sont de leur goût ; ils y lisent même comme dans un livre ; je l’ai remarqué très souvent. N. 5853-60. Ces Esprits le font très proprement et avec beaucoup d’adresse, car ils ne s’arrêtent pas aux choses qui gênent l’esprit par la trop grande attention qu’elles demandent, surtout quand il s’agit de choses terrestres comme unique objet de l’affection ; alors ils les regardent simplement, sans s’y arrêter, parce qu’elles font incliner l’âme vers la Terre et l’y bornent ; au lieu que celles qui en sont indépendantes l’élèvent au-dessus et ouvrent un champ vaste à ses méditations et à ses connaissances. Leur avidité à meubler et à enrichir leur mémoire s’est manifestée clairement à moi, un jour où j’écrivais sur quelques événements futurs. Ils étaient alors assez éloignés de moi pour ne pas pouvoir les lire dans ma mémoire ; et comme je ne voulais pas les y rappeler en leur présence, ils en prirent de l’humeur au point que, contre leur ordinaire, ils voulaient pénétrer jusques dans moi, en disant que j’étais un très méchant homme et d’autres injures de cette sorte ; et pour montrer combien ils étaient indignés, ils causèrent de la douleur au côté droit de ma tête, par une espèce de serrement ou contraction qu’ils y suscitèrent ; cependant cette douleur n’eut aucune suite ; mais comme ils savaient bien qu’ils m’avaient causé ce mal, ils s’éloignaient de moi, ensuite ils s’arrêtaient soudain, pour tâcher de voir ce que j’avais écrit.

14. Les Esprits du Monde de Mercure ont beaucoup plus de connaissances des choses, tant de notre globe que des Terres astrales, que n’en ont les autres Esprits. Ils retiennent très bien ce qu’ils ont appris, et se les rappellent aisément quand les occasions le demandent ; d’où l’on peut conclure que les Esprits ont une mémoire, mais beaucoup plus fidèle et plus parfaite que celle des hommes. Les Esprits retiennent tout ce qu’ils voient et entendent, et surtout ce qui leur fait plaisir ; cela n’est pas étonnant, puisque nous éprouvons nous-mêmes que les objets qui nous plaisent s’insinuent comme d’eux-mêmes dans notre mémoire et s’y gravent profondément, tandis que celles qui nous intéressent peu n’en effleurent que la surface, et s’en effacent bien vite.

15. Lorsque les Esprits de Mercure vont dans d’autres sociétés, ils s’informent de tout ce qu’on y fait, et puis s’en vont. Cette communication a également lieu entre les autres Esprits, surtout entre les Anges qui font volontiers part de leurs connaissances à ceux qu’ils font tant que de les admettre dans leurs sociétés : c’est par là qu’ils multiplient leurs connaissances, perfectionnent leur sagesse et augmentent leur félicité. Les Anges s’empressent même par charité de communiquer toutes les vérités et tout le bien dont ils jouissent, parce qu’ils trouvent leur satisfaction à en procurer aux autres. N. 549, 1390-99, 10130, 10723.

16. Les Esprits de Mercure se prévalent de leurs connaissances plus que les Esprits des autres Mondes ; aussi leur dit-on souvent que quoiqu’ils en aient beaucoup, il y a une infinité de choses qu’ils ignorent, et que, quand même ils augmenteraient la somme de leurs connaissances à perpétuité, il leur resterait encore à apprendre une quantité de choses les plus communes. On leur reproche même ouvertement la vanité et l’enflure de leur esprit ; ils répondent qu’ils ne tirent pas vanité de leurs connaissances, et pensent se disculper en disant qu’ils font un simple étalage de la facilité et de la fidélité de leur mémoire.

17. Ils ont en aversion l’expression des pensées par le langage de la parole, parce qu’elle a quelque chose de matériel ; c’est pourquoi lorsque je n’ai pas employé la médiation d’autres Esprits, je n’ai pu converser avec eux que par une espèce d’action de ma pensée. Leur mémoire étant meublée de choses et non d’images d’objets matériels, elle en fournit de plus analogues à la pensée ; car la pensée qui laisse derrière elle l’imagination, demande pour objet des choses abstraites des corps matériels. Mais si les Esprits de Mercure excellent du côté de la mémoire, ils ne brillent pas par le jugement ; aussi n’aiment-ils pas les choses qui en dépendent, comme de tirer des conséquences exactes de leurs connaissances, et ils ne trouvent du plaisir qu’à y penser.

18. Ne voulez-vous donc faire aucun usage de vos connaissances, leur disait-on ? Ce n’est pas assez de mettre son plaisir à penser qu’on les possède, elles sont faites pour être mises en pratique ; c’est la fin pour laquelle leur Auteur veut que l’on s’en instruise ; elles sont communicables ; c’est un bien dont vous devez faire part aux autres pour leur avantage ; pourquoi donc les bornez-vous au plaisir d’y penser ? Qui veut acquérir la véritable sagesse doit en agir tout autrement ; les sciences, les connaissances de toutes espèces sont des moyens pour chercher et pour découvrir ce qui peut être utile dans la vie. Ils répondirent qu’ils se plaisaient dans ces connaissances, et que c’était en faire usage.

19. Quelques-uns de ces Esprits mettent encore leur satisfaction à ne vouloir pas se montrer sous la figure humaine, mais sous la forme d’un globe cristallin, parce que les connaissances des choses immatérielles sont représentées dans l’autre vie par des cristaux. Cependant ils paraissent tels qu’ils sont.

20. Les Esprits de Mercure diffèrent des Esprits de notre Globe, en ce que ceux-ci affectionnent les objets terrestres, matériels, et les choses mondaines ; c’est pourquoi ceux de Mercure ne sympathisent pas avec eux ; sitôt qu’ils les aperçoivent, ils tournent le dos et s’éloignent pour éviter leur rencontre ; cela ne peut être autrement, car les atmosphères spirituels qui exhalent de leurs affections sont directement opposés. Ceux de Mercure répètent même souvent qu’ils n’ont aucun égard, et se soucient très peu de l’enveloppe, mais beaucoup de ce qu’elle cache, et qu’ils ont à cœur de voir les choses à découvert, et telles qu’elles sont.

21. Une flamme blanchâtre, brillante, étincelante, assez vive et légère, se présenta un jour à mes yeux, durant près d’une heure ; elle m’annonça la visite de quelques Esprits de Mercure, plus vifs, plus prompts à voir, à penser et à parler que les précédents, à peine furent-ils arrivés qu’ils eurent déjà compulsé toute ma mémoire ; ils le firent si prestement que je ne pus même apercevoir ce à quoi ils s’étaient arrêtés. J’entendis seulement qu’ils disaient entre eux : les choses sont ainsi. Nous savions ce qui concerne le Ciel et le Monde des Esprits : je reconnus qu’ils parlaient à d’autres de leur société, qui étaient restés un peu en arrière à gauche de mon occiput.

22. Une autre fois j’en vis une troupe à quelque distance de moi, en avant un peu à ma droite ; ils me parlèrent par des Esprits intermédiaires, car la vivacité de leurs discours égalait celle de la pensée, et l’homme ne peut y suffire. Ce qui me remplit d’étonnement, c’est qu’ils parlaient tous en même temps, et avec la même célérité : leurs voix réunies faisaient sur moi le même effet d’un air modifié par ondes, qui venait frapper tout près de mon œil gauche, quoique ces Esprits fussent à ma droite. Je revins de la surprise que cet effet singulier avait fait naître, sitôt que j’eus fait réflexion que l’œil gauche correspond aux connaissances des choses considérées, abstraction faite de la matière qui sont conséquemment du ressort de l’intelligence ; et que l’œil droit correspond au bien qui naît du vrai, ce qui appartient à la sagesse. N. 2761, 4410, 4526, 9051, 10569. Ces Esprits concevaient ce qu’ils entendaient, et en jugeaient avec autant de promptitude qu’ils parlaient ; car ils répondaient aussitôt : cela est, cela n’est pas.

23. Un Esprit d’une autre Terre leur ayant parlé avec la même célérité, mais en affectant de le faire très élégamment, ils en jugèrent sur-le-champ, et dirent que ce discours était trop recherché, trop boursouflé ; qu’ils rejetaient tous ces ornements superflus, et ne s’étaient attachés qu’à ce qu’ils pouvaient y trouver de nouveau pour eux, parce que le bon et le vrai dans de pareils discours étaient noyés dans un flux de mots inutiles ; et que les choses s’y trouvent tellement ensevelies dans l’ombre et le vernis des paroles, qu’on ne peut guère les y voir ; d’où il résulte que l’oreille est plus affectée que l’âme.

24. Les Esprits de Mercure ne font pas un long séjour dans une société d’Esprits, soit de leur monde, soit d’un autre ; ils font usage de la permission qu’ils ont de voyager dans tout l’Univers, par la raison qu’ils représentent la mémoire, capable de s’enrichir de plus en plus par l’acquisition de nouvelles connaissances. Si dans leurs courses ils rencontrent quelque Esprit attaché aux choses terrestres, ils les quittent aussitôt pour en chercher qui pensent différemment ; cette conduite nous prouve que la lumière a pénétré dans leur intérieur, et que leur âme s’élève au-dessus des êtres matériels. Je m’en aperçus bien lorsqu’ils conféraient avec moi, parce que je me sentais moi-même alors comme arraché aux choses sensibles, au point que les yeux de mon corps commençaient à s’obscurcir et que ma vue s’émoussait et s’affaiblissait.

25. Ces Esprits marchent toujours en troupes et en bandes distinctes ; quand ils sont réunis, ils ressemblent à un peloton. Dieu les unit ainsi afin qu’ils ne fassent qu’un, qu’ils se communiquent mutuellement toutes les connaissances acquises dans leurs courses ; que celles de l’un soient celles de l’autre, comme cela se fait dans le Ciel. J’ai la preuve qu’ils parcourent tout l’univers, en ce qu’éloignés de moi, ils me dirent qu’ils s’étaient ainsi assemblés pour se disperser ensuite, et aller dans les différents Mondes du Firmament, où ils savent qu’ils trouveront des hommes auxquels les choses terrestres ne tiennent pas fort au cœur, mais bien des choses plus solides et plus relevées. On leur dit qu’ils ne savaient où ils allaient, mais qu’ils y étaient portés sous la garde de Dieu, qui le leur inspirait, afin qu’ils y apprissent bien des choses qu’ils ignoraient, et qui sont analogues à ce qu’ils savent déjà. On leur dit encore qu’ils ignoraient comment ils trouveraient des Esprits avec lesquels ils pourraient converser pour acquérir des connaissances ; et on montra que Dieu disposait tout à cet effet.

26. Comme ils sont conséquemment plus instruits que les autres Esprits sur ce qui concerne les Mondes divers qui existent indépendamment du nôtre, cette raison m’a déterminé de m’adresser à eux pour en avoir connaissance. Ils m’ont assuré qu’il y a beaucoup d’autres Terres habitées par des hommes ; et ils m’ont témoigné leur étonnement de ce qu’il s’en trouvait parmi nous, d’assez peu sensés pour croire que la toute-puissance de l’Être suprême s’était bornée à composer le Ciel des hommes seuls de ce Monde-ci, puisqu’ils ne pouvaient pas ignorer que quand il existerait des milliards de milliards de Mondes ou Terres comme la nôtre, ce ne serait presqu’aussi peu que rien respectivement à la toute-puissance de Dieu ; ils ajoutèrent qu’ils avaient connaissances de quelques centaines de milliers de Terre ; et qu’est-ce que si peu eu égard à la Divinité qui est infinie !

27. Lorsque j’écrivais sur le sens interne de l’Écriture sainte, et que je l’expliquais, des Esprits de Mercure qui étaient chez moi me reprochèrent que toutes mes expressions tenaient du matériel ; je leur répondis que les hommes de notre Monde les trouvaient cependant si relevées que la plupart ne comprenaient pas ce que j’en disais ; qu’ils ignoraient qu’il existait dans eux un homme interne qui agit et fait agir l’extérieur ; qui lui donne la vie ; et que les sens de celui-ci les trompaient au point de persuader aux impies que la vie était propre au corps, ce qui les faisait douter de la vie future ; c’est pourquoi ils donnent le nom d’âme et non celui d’Esprit à cette substance qui survit à la mort du corps : Qu’est-ce que l’âme, où est son domicile ? se demandaient-ils ; ils pensent qu’elle a un corps matériel, duquel, quoique réduit en poudre dispersée de tous côtés, elle doit nécessairement rapprocher et réunir toutes les parties pour en former le même corps, sans lequel l’homme ne saurait être véritablement homme vivant, etc., etc. Des hommes qui pensent ainsi peuvent-ils devenir des Anges ? me dirent ces Esprits de Mercure. Il me fut alors inspiré de leur répondre, que ceux d’entre ces derniers qui ont eu la foi et qui ont opéré les bonnes œuvres qu’elle enseigne, deviennent en effet des Anges ; parce que dans cet état ils n’avaient pas agi comme hommes livrés aux sens matériels, mais comme hommes intérieurs et spirituels ; qu’alors ils sont éclairés d’une lumière supérieure à celle qui éclaire les Esprits de Mercure. Pour le leur prouver, Dieu permit qu’un Ange, qui avait été homme dans ce Monde-ci, et qui pendant sa vie avait pensé de la manière que je l’ai dit, vînt converser avec eux : j’en parlerai encore dans la suite.

28. Les Esprits de Mercure me présentèrent ensuite une espèce de feuille de parchemin, inégale et faite de plusieurs, collées ensemble, qui avait l’apparence d’une feuille imprimée, comme celles de notre Terre. En avez-vous de telles dans le Monde d’où vous êtes sortis ? non, me répondirent-ils ; mais nous savons qu’il y en a sur le vôtre, et ne voulaient rien dire de plus. Je m’aperçus alors qu’ils pensaient que nos connaissances étaient simplement sur de telles feuilles, et non dans la mémoire et dans l’entendement des hommes de notre Terre, et que la présentation qu’ils m’avaient faite de l’espèce de feuille imprimée, était un persiflage de leur part : comme s’ils avaient voulu me faire entendre que toute notre science était dans les livres et non dans nous, et que ces feuilles étaient plus instruites que nous ne le sommes ; mais je leur appris comment et pourquoi nous agissions ainsi. Quelque temps après ils m’en apportèrent une autre mieux en ordre, et plus nette, et me dirent qu’il y en avait de semblables chez nous, dont on formait des livres.

29. On voit clairement par là que les Esprits ont une mémoire où ils consignent tout ce qu’ils voient et entendent ; qu’ils peuvent apprendre ce qu’ils entendent comme nous le faisons, conséquemment ce qui concerne la foi, et par là le perfectionner. Plus les Esprits et les Anges sont intérieurs, plus tôt ils sont instruits ; plus ils savent et plus tôt ils se perfectionnent ; mais comme ils y travailleront à perpétuité, leur sagesse ira toujours en croissant. Dans les Esprits de Mercure la science des choses augmente toujours, mais non la sagesse ; parce que les connaissances qu’ils acquièrent sont à la vérité des moyens pour y parvenir, mais ils bornent leurs désirs et leur affection à ces moyens, et ne les étendent pas jusqu’à la fin pour laquelle ces connaissances sont faites.

30. Par ce que je vais dire on pourra juger du caractère des Esprits de Mercure. On sait que tous les Esprits et tous les Anges ont été hommes, et que le genre humain est la pépinière et le séminaire des Cieux ; que les Esprits sont encore tels quant aux affections et aux inclinations, qu’ils étaient avant le moment de leur mort comme hommes, puisque chacun emporte en mourant les mêmes penchants qu’il avait auparavant. N. 4227, 7440, 4314, 5128, 6495, 5128. On peut donc connaître ce que sont les hommes d’un Monde par le caractère des Esprits qui ont été hommes sur cette Terre-là.

31. Comme les Esprits de Mercure représentent dans le très grand homme la mémoire des choses abstraites du matériel, ils ne veulent point entendre parler des choses terrestres, corporelles et qui n’ont rapport qu’au Monde ; s’il arrive qu’ils soient contraints de vous entendre sur ces matières, ils vous répondent sur autres choses, souvent contraires, pour se soustraire à l’ennui que vos discours font naître.

32. Pour me convaincre encore mieux de leur façon de penser, je leur mis devant les yeux des jardins, des prairies, des forêts, des rivières. (Par leur présenter, j’entends décrire énergiquement à quelqu’un les choses fournies par l’imagination, qui dans l’autre vie, paraissent au naturel.) Tout aussitôt ils en changeaient la face ; et par des représentations ou images de cette espèce, ils faisaient voir des serpents au lieu d’herbes et de fleurs dans ces prairies ; l’eau des ruisseaux, au lieu d’être limpide et claire, était noire et trouble. Je leur demandai pourquoi ils en agissaient ainsi, parce que, dirent-ils, nous ne voulons pas avilir ainsi nos pensées, nous aimons à nous occuper de choses plus réelles, telles que sont les connaissances des choses qui ne tombent pas sous les sens corporels, et surtout de celles qui existent dans les Cieux.

33. Alors je leur représentai de la même manière de grands et de petits oiseaux tels que nous les voyons sur notre globe : car dans l’autre monde on peut représenter tout au naturel ; ils voulurent d’abord les métamorphoser ; mais ensuite ils prirent plaisir à les voir, parce que les oiseaux signifient les connaissances des choses, ainsi que leurs variétés. N. 40, 745, 776-78, 988-93, 3119. Je changeai le spectacle, et je leur montrai un jardin charmant illuminé par une quantité de lampes et d’autres lumières. Il fixa leur attention parce que les lampes sont le symbole des vérités qui tirent leur éclat de la pratique du bien qu’elles enseignent. N. 4638, 9548, 9583. Je reconnus alors qu’on peut leur présenter des objets matériels et terrestres, pourvu qu’ils portent avec eux un caractère de correspondance et de symbole des choses spirituelles ; car quoiqu’ils présentent un sens spirituel, ils sont cependant au moins des images d’objets terrestres, ils n’en sont pas la réalité.

34. Je voulus leur parler de Brebis et d’Agneaux ; ils ne m’écoutèrent pas, parce que ne sachant pas ce que c’est que l’innocence de la sagesse, dont l’Agneau est le symbole, ils ne considérèrent ces animaux que comme des êtres terrestres. J’en fus convaincu, lorsque je leur expliquai ce symbole ; car ils me répondirent qu’ils ne connaissaient de cette innocence que le nom. N. 3994, 7840, 10131. Ils ne s’affectent en effet que de la connaissance simple des choses sans avoir à cœur d’en faire usage.

35. Quelques-uns de ces Esprits, députés par les autres, s’approchèrent de moi, pour voir ce que je faisais. Un Esprit de notre Monde leur dit : recommandez de grâce à vos compagnons de nous répondre naturellement et conformément au vrai lorsque nous vous parlons ; si un des nôtres agissait comme vous l’avez fait, il en serait puni. La troupe répondit : si un des nôtres encourait le blâme pour cela, il faudrait donc nous punir tous ; car l’habitude en est si forte chez nous, que nous ne saurions agir autrement : nous le faisons même avec les hommes de notre Monde, non pour les tromper, mais pour leur inspirer le désir d’acquérir des connaissances. Cette manière d’agir irrite leur curiosité ; ils veulent savoir ce que ces choses signifient, pourquoi nous les couvrons d’un voile, qui les fait paraître autres qu’elles ne sont ; nous leur expliquons tout cela, et leur mémoire se perfectionne. Une autre fois je leur en parlai de nouveau, et je leur demandai comment ils instruisaient ces hommes. Ce n’est pas, dirent-ils, en leur présentant les choses telles qu’elles sont, mais en leur en donnant seulement quelque notion, qui, sans satisfaire pleinement leur curiosité, réveille en eux et entretient le désir de s’instruire ; autrement ce désir s’évanouirait ; d’ailleurs la vérité se manifeste avec plus d’éclat, et brille davantage auprès de son opposé.

36. Il est d’usage parmi eux de vouloir qu’on leur apprenne tout ce qu’on sait, et de ne communiquer ce qu’ils savent qu’à ceux de leur société ; ils ne cachent rien à ceux-ci, de façon que chacun d’eux sait tout ce que les autres savent.

37. Cette quantité de connaissances dont les Esprits de Mercure sont pourvus, leur fait prendre un air d’autant plus important qu’ils s’imaginent en avoir plus que tous les autres. Mais les Esprits de notre Monde leur disent et leur répètent : vous pensez donc savoir beaucoup ; vous vous trompez, vous savez peu de choses, puisque vous cherchez toujours à apprendre de nous ; en outre ce que vous savez n’est rien en comparaison d’une infinité de choses que vous ignorez. Celles-ci sont à celles dont vous avez la connaissance ce qu’est l’immensité à un point : vous ignorez même que le premier pas pour aller à la sagesse est de savoir et d’être persuadé que ce qu’on sait est bien peu de chose en comparaison de ce qu’on ne sait pas. Pour les en convaincre, Dieu permit qu’un Esprit angélique vînt leur déclarer en général ce qu’ils savaient et ce qu’ils ignoraient ; et que quand même ils s’instruiraient à perpétuité, il leur resterait encore à apprendre ce que la plupart des choses ont de commun avec les autres. Il leur parlait conformément aux idées angéliques, et avec bien plus de célérité qu’eux-mêmes ne s’expriment, ils furent tout stupéfaits de ce qu’il en savait plus qu’eux. Je vis un autre Ange (celui-ci avait été homme sur notre Terre) qui se présenta à une certaine élévation à leur droite, et leur fit le détail de bien des choses dont ils n’avaient aucune connaissance : il leur parla ensuite des changements d’état dans les Esprits et dans les hommes ; ils avouèrent qu’ils n’y comprenaient rien. Il leur ajouta que chaque changement de manière d’être avait des nuances sans nombre ; et chaque nuance une infinité d’autres avant d’arriver à ce que nous appelons le minimum, ou infiniment petit : alors ils reconnurent leur erreur et leur folie, et commencèrent à être plus modestes. Cette humiliation se fit apercevoir par l’abaissement ou descente de toute la troupe de ces Esprits. Avant ce moment elle paraissait se tenir en avant un peu à gauche au niveau ou vers la région du nombril : le bloc qu’ils composaient montrait comme un vide dans son centre, et les deux côtés élevés : je remarquai dans ce moment un remuement et une agitation parmi eux. On leur demanda ce que cela signifiait, ce qu’ils pensaient dans cet abaissement, et pourquoi ceux des cotés paraissaient plus élevés que les autres, et ne s’abaissaient pas ? Je vis alors la troupe se séparer : ceux des côtés furent renvoyés à leur Monde, et les autres restèrent.

38. Des Esprits de Mercure allèrent voir un Esprit de notre Terre, qui, par ses discours et par ses écrits s’était fait une très grande réputation dans notre Monde ; c’est Christian Wolf. Ces Esprits espéraient apprendre beaucoup de lui. À peine l’eurent-ils entendu parler un moment, qu’ils reconnurent que tout ce qu’il disait n’était fondé que sur les connaissances acquises par les sens, que tout se rapportait à l’homme naturel, et qu’aucune de ses pensées ne s’élevait au dessus des êtres sensibles, parce qu’il n’avait en vue que les honneurs, et la gloire de ce Monde. Qu’il essayait de lier ensemble plusieurs choses incompatibles, et bien des raisonnements, dont il multipliait beaucoup les conséquences, pour réussir, s’il était possible, à former un enchaînement de tout cela. Ces Esprits, n’y reconnaissant aucune vérité, dirent que les anneaux de cette chaîne n’étaient point liés ensemble ; ni avec les conséquences que Wolf en tirait : ils appelaient ces prétendues chaînes une obscurité imposante, et se contentèrent de lui demander : Comment nomme-t-on cela ? comment appelez-vous ceci ? Voyant qu’à ces questions ses réponses n’étaient fondées que sur des idées et des perceptions purement matérielles, ils se retirèrent. Chacun en effet est dans l’autre vie le même qu’il était dans celle-ci ; et dans celle-là on ne parle d’après des idées spirituelles que proportionnellement à la croyance en Dieu que l’on a eue sur la Terre, et d’autant plus d’après les idées matérielles, qu’on y avait moins cru en la Divinité.

Ce fait me met sur la voie et me fournit l’occasion de dire comment ceux qui se sont acquis la réputation de Savants et d’Érudits dans ce Monde-ci sont traités dans l’autre vie. Je parle ici d’après l’expérience ; on peut donc m’en croire. Les uns ont développé leur intelligence par leur propre méditation fondée sur un ardent désir de connaître la vérité pour elle-même, et pour en faire un usage qui n’a pas le monde et les choses mondaines et terrestres pour fin. Les autres ne se sont appliqués aux sciences que pour se faire un nom parmi les hommes, ou pour parvenir aux honneurs mondains, ou enfin pour le lucre ; et leur vue s’est bornée là.

J’entendis un jour une espèce de bruit sourd qui semblait monter le long de mon côté gauche jusqu’à l’oreille du même côté. Je reconnus que c’était des Esprits qui s’empressaient à l’envie les uns des autres de mettre leurs pensées au jour ; mais je ne pouvais connaître quels ils étaient : enfin ils parlèrent, et me dirent que dans ce Monde-ci ils avaient été des Logiciens et des Métaphysiciens, et que tout le but qu’ils s’étaient proposé dans leurs études, avait été de passer pour savants, et de parvenir aux charges, aux honneurs et à la fortune par cette voie. Ils se lamentaient de la vie misérable qu’ils menaient pour cette raison, parce qu’ils n’avaient pas cultivé et perfectionné leur intelligence par un meilleur usage de leurs connaissances : le son de leur voix était sourd, et leurs paroles se suivaient lentement. Deux s’entretenaient sur ma tête. Je leur demandai qui ils étaient ? On me répondit que l’un avait été très célèbre dans la classe des Littérateurs ; et l’on me donna à entendre que c’était Aristote : on ne me nomma pas l’autre. Celui-là redevint alors dans le même état où il était pendant sa vie mortelle ; et cela est d’autant plus aisé quand Dieu le permet, que chacun porte toujours avec soi ce qu’il avait été. Ce qui m’étonna, c’est qu’il se collait pour ainsi dire à mon oreille droite pour me parler, parce qu’il avait la voix rauque. À ses discours je compris qu’il ne ressemblait pas quant au génie et au caractère, aux Scholastiques qui les premiers étaient montés le long de mon côté gauche, car il avait tiré de son propre fond tout ce qu’il avait écrit ; il avait beaucoup réfléchi sur ses idées, et avait ensuite mis au jour ses ouvrages philosophiques ; en sorte que les termes qu’il avait inventés, et qu’il employa pour exprimer ses idées et ses pensées, étaient proprement les formules des mots dont il se servait pour mettre au jour ce qui se passait dans son intérieur ; que le plaisir qu’il éprouvait dans l’ardeur de son affection pour l’étude, réveillait sans cesse en lui l’envie d’apprendre et de connaître tout ce qui était du ressort de la pensée et de l’entendement ; et qu’il avait écrit exactement et avec une attention scrupuleuse sous la dictée de son Esprit : c’est pourquoi ; me dit-il, il me parlait à l’oreille droite, au lieu que ses sectateurs, que l’on a nommés Scholastiques, ne procédaient pas des idées aux termes, mais de ceux-ci à celles-là ; ce qui est prendre un chemin opposé. La plupart même d’entre eux se bornaient aux termes ; et s’ils en faisaient quelque appréciation, c’était pour appuyer leur sentiment, et donner au faux un air de vérité, suivant l’envie de le persuader comme tel ; ils s’enfoncèrent ainsi dans les ténèbres au lieu de chercher la lumière ; et la Philosophie, faite pour ouvrir les voies de la sagesse, ne fut pour eux que le grand chemin qui aboutit à la folie.

Je lui parlai ensuite de la science analytique et je lui dis qu’un enfant s’exprime avec plus d’analyse, de logique et de philosophie, qu’il n’en aurait pu donner de règles dans un gros volume ; parce que ces règles lui viennent du monde spirituel ; et que tout ce qui est du ressort de l’idée, de la pensée et de la parole humaine faite pour les exprimer, est analytique. Que celui qui veut asservir sa pensée aux termes ressemble à un danseur de corde, ou à un sauteur, qui voudrait apprendre à sauter sur la simple connaissance des fibres motrices et des muscles ; car si lorsqu’il est sur le point de sauter, il s’avisait de réfléchir suc cette connaissance, il ne mettrait pas un pied l’un devant l’autre. Il n’a pas besoin de cette connaissance, puisque sans elle il met en mouvement toutes les fibres motrices, il leur donne à toutes le jeu nécessaire, quoiqu’elles soient dispersées dans tout le corps ; il le donne en même temps aux poumons, au diaphragme, aux côtes, aux bras, aux pieds et à tant d’autres parties petites ou grandes en si grand nombre que leur énumération et leur description rempliraient plus d’un volume. Je sis l’application de cette comparaison à ceux qui veulent penser d’après les termes ; il convint que j’avais raison, et ajouta que qui voudra raisonner contre le bon sens, n’a qu’à suivre cette méthode.

Il me fit part ensuite de ce qu’il avait pensé de l’Être suprême : le voici. Il se le représentait à face humaine, avec un cercle radieux autour de la tête. Je sais à présent, disait-il, que le Seigneur est cet homme même ; que ce cercle radieux est la Divinité qui procède de lui, laquelle n’influe pas sur le Ciel seulement, mais dans tout l’Univers, où elle dispose et gouverne tout : celui qui régit le Ciel, régit aussi l’Univers ; car on ne peut séparer l’un de l’autre. Il ajouta : j’ai toujours cru en un seul Dieu, dont on a désigné les attributs et les qualités par autant de noms que les autres ont adoré de Dieux.

Une femme se présenta dans ce moment, étendant le bras comme voulant lui caresser la joue. Il s’aperçut de la surprise que cela me causait, et me dit : une femme telle qu’est celle-là, m’apparaissait souvent pendant que j’étais sur la Terre, et s’approchait ainsi de moi comme ayant dessein de me caresser la joue : elle avait une très belle main : Des Esprits angéliques disaient que de semblables apparitions étaient assez fréquentes aux anciens temps ; et qu’on nommait ces femmes des Pallas : que celle qui venait de se montrer, était du nombre des Esprits qui, du temps des Anciens, se plaisaient avec les hommes qui s’abandonnaient à leurs idées, et se familiarisaient avec elles, mais sans le secours de la philosophie : que comme de tels Esprits l’avoient visité, parce qu’il puisait ses idées et ses pensées dans son intérieur, ils se sont présentés sous la figure d’une femme. Enfin il me déclara son sentiment à l’égard de l’Âme ou Esprit de l’homme ; il l’appelait Pneuma ou souffle. Je l’ai regardé, me dit-il, comme un être vital et invisible, tenant de la nature de l’Éther ; et je savais qu’il ne mourait pas avec mon corps, parce qu’il était d’une essence immortelle de sa nature, puisqu’il était doué d’intelligence et de la faculté de penser ; que cependant il n’en avait pas eu une idée claire et nette, parce qu’il n’avait tiré que de lui-même la connaissance qu’il en avait alors, et tant soit peu de ce que les Anciens en avaient dit. Aristote est dans l’autre vie au nombre des Esprits sains et d’un jugement éclairé, et la plupart de ses Sectateurs sont avec les Esprits insensés.

39. J’ai vu jadis des Esprits de notre Monde dans une troupe d’Esprits de Mercure. Ceux de notre Terre demandèrent à ceux de Mercure en qui ils croyaient. En Dieu, répondirent-ils. Mais en quel Dieu ? Ils ne voulaient pas le dire ; car il est d’usage parmi eux de ne pas répondre directement aux questions qu’on leur fait. Les Esprits de Mercure firent à leur tour la même demande à ceux de notre Terre. Au Seigneur Dieu, dirent les nôtres. Alors ceux de Mercure répliquèrent : nous voyons par votre réponse que vous ne croyez en aucun Dieu ; vous le dites de bouche par habitude, mais le cœur n’y a aucune part. Les Esprits de Mercure ont le tact excellent pour discerner les Esprits et juger de leur façon de penser ; ils ne se trompaient pas, car ces Esprits de notre Monde étaient de ceux qui pendant leur vie sur la Terre, avaient parlé conformément à ce que l’Église leur avait enseigné ; mais qui n’y avaient pas conformé leur conduite ; et ceux qui se sont ainsi comportés dans cette vie, n’ont pas plus de véritable foi dans l’autre. La foi sans les œuvres est une foi purement extérieure, une foi morte ; or une telle foi n’est pas réputée sincère et vraie quant à l’homme qui la professe ; aussi les Esprits de notre Terre gardèrent le silence, parce qu’ils reconnurent que ceux de Mercure les avaient bien jugés.

40. Certains Esprits avaient appris du Ciel qu’on avait promis à ceux de Mercure de leur montrer le Seigneur. Ceux-ci demandèrent aux Esprits qui étaient auprès de moi, s’ils se rappelaient cette promesse. Oui, répondirent-ils ; mais nous ne savons pas si cette promesse ne permet aucun doute sur son effet. À l’instant le Soleil du Ciel se montra, et ce Soleil n’est autre que le Seigneur ; mais il n’est vu que des Anges du troisième Ciel ; les autres n’en voient que la lumière : c’est pourquoi les Esprits l’ayant vu dirent que ce n’était pas le Seigneur, parce qu’ils n’en voyaient pas la face. Ils continuèrent à parler entre eux, mais je n’entendis pas ce qu’ils disaient. Ils s’entretenaient encore que le Soleil du Ciel se montra derechef sous la figure du Seigneur environné de rayons solaires. À cet aspect des Esprits de Mercure s’humilièrent profondément devant lui, et se tinrent dans cette modeste posture. Les Esprits de notre Terre virent aussi le Seigneur dans ce soleil ; ils l’avaient vu lorsqu’ils étaient hommes sur notre Globe ; l’un après l’autre reconnurent que c’était en effet le Seigneur, et le déclarèrent à toute la troupe. Dans le même temps il fut aussi vu des Esprits de la Planète de Jupiter ; ils disaient hautement que c’était le même qui se montra lorsqu’ils virent le Dieu de l’Univers. N. 1053, 3636, 4060, 1521-19-31, 2495, 4060, 9755.

41. Après cette apparition, quelques-uns de ces Esprits furent menés à droite un peu en avant ; ils disaient en allant qu’ils voyaient une lumière beaucoup plus claire et plus pure qu’ils n’en avaient vue jusqu’à ce moment ; qu’on ne peut pas en voir de plus éclatante ; et c’était le soir. N. 1117, 1511-33, 1619-32, 2495, 7083, 9755.

42. Le Soleil de notre Monde ainsi que sa lumière ne paraît aux Esprits que comme une substance très opaque, et plongée dans une obscurité profonde ; il n’en reste à ceux qui l’avaient vu, lorsqu’ils étaient sur la Terre, que l’idée de quelque chose de ténébreux, placé derrière eux, presqu’au niveau du haut de la tête. Les Planètes paraissent situées suivant certain aspect à l’égard du Soleil ; Mercure un peu derrière vers la droite ; Vénus à gauche un peu derrière ; Mars à gauche en avant ; Jupiter comme Mars, mais plus éloigné ; Saturne en avant à une très grande distance ; la Lune à gauche assez élevée ; les Satellites à gauche respectivement à sa Planète. Telle est la situation des Planètes dans l’idée des Anges et des Esprits : les Esprits se montrent hors de la Planète à laquelle ils appartiennent, mais tout auprès. Les Esprits de Mercure ne se montrent pas à un côté fixe, mais tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt devant, tantôt derrière ; parce qu’ils ont la permission de parcourir tout l’Univers pour multiplier leurs connaissances.

43. J’ai vu des Esprits de la Planète de Mercure assemblés en peloton, qui s’étendit en long. J’observais ce qu’il en résulterait, et je remarquais qu’ils déclinaient vers la droite, et se portaient vers le devant du Monde planétaire de Vénus ; à peine y furent-ils arrivés qu’ils dirent : ne restons pas ici ; ce sont des méchants. Ils le tournèrent, et s’arrêtèrent au côté opposé en disant : restons ici, les habitants sont bons. Pendant que cela se passait, j’éprouvais un grand changement dans mon cerveau et une sensation vive. Je conclus de là que les Esprits de Vénus placés où ceux de Mercure venaient d’aborder, sympathisaient ensemble, et qu’ils représentaient aussi la même mémoire des choses immatérielles, représentée par les Esprits de Mercure : de là venait cette forte opération qu’ils aperçurent dans mon cerveau comme une suite du grand changement qui s’y était fait, quand ils les abordèrent.

44. Je désirais beaucoup de savoir si les hommes qui habitent la Planète de Mercure ressemblent, quant au corps et au visage, aux hommes de notre Terre. On me présenta dans le moment une femme semblable en tout à celles de notre Globe. Sa face était belle, agréable, mais plus petite que celle de nos femmes ; sa taille égalait la leur, mais elle était plus dégagée, plus svelte ; sa tête était couverte d’une espèce de linge placé modestement et sans prétention. Je vis aussi un homme ; sa taille était aussi mieux prise, et son corps moins charnu que ne l’ont ceux de ce Monde-ci. Il était vêtu d’une espèce d’étoffe de couleur bleu foncé, juste au corps, sans plis ni autres façons : on me dit que tels étaient les hommes et les femmes du Monde de Mercure. On mit encore devant mes yeux des espèces de Bœufs, de Vaches qui ne différaient guère des nôtres qu’en ce qu’ils étaient moins grands, et approchaient de la taille et de l’apparence de nos Cerfs et de nos Biches.

45. Je demandais à ces personnes comment le Soleil, vu de leur Terre, leur paraissait être ? Grand, dirent-ils, et beaucoup plus grand qu’on ne le voit des autres Globes : ils ajoutèrent qu’ils le savaient d’après les idées que leur en avaient fournies les Esprits des autres Mondes. La température du leur est celle de nos Climats tempérés ; Dieu y a pourvu, parce que leur globe est plus près du Soleil que ne le sont ceux des autres Planètes. D’ailleurs on sait que la chaleur est communiquée par l’Atmosphère selon sa hauteur et sa densité et non par la proximité du Soleil. Nous en avons la preuve par la température de l’air sur les plus hautes montagnes des pays chauds ; on sait aussi que le plus ou moins de chaleur dépend de l’incidence droite ou oblique des rayons de cet Astre, comme nous l’éprouvons l’hiver et l’été.

 

 

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De la Terre ou Planète de Jupiter.

 

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46. IL m’a été permis d’avoir un commerce plus long et plus suivi avec les Esprits et les Anges de la Planète de Jupiter qu’avec ceux des autres Mondes planétaires ; par cette raison je peux parler avec plus de connaissances de ses habitants et de ce qui les concerne. Indépendamment des preuves que j’ai que les Esprits avec lesquels j’ai conféré sur ce Monde-là y avaient vécu comme hommes, le Ciel me l’a attesté.

47. Les Anges et les Esprits ne voient pas cette Terre, car étant matérielle et eux spirituels, ils ne peuvent la voir ; mais ils voient les Anges et les Esprits qui y ont passé le temps de leur vie mortelle ; et ces Anges et ces Esprits la connaissent. Les Esprits se tiennent constamment auprès de leurs Planètes, parce qu’ils l’ont habitée, et qu’ayant le même génie et le même caractère que les hommes de leur patrie, ils sont plus capables de les connaître, et plus portés à leur rendre service. Ceux de Jupiter sont à gauche un peu en avant à quelque distance du Soleil.

48. Ces Esprits m’ont raconté qu’au temps où ils en étaient habitants en tant qu’hommes, cette terre était très fertile, que tout ce qui est nécessaire à ses habitants s’y trouvait en abondance ; c’est pourquoi elle était prodigieusement peuplée ; que d’ailleurs les hommes n’y portaient pas leurs désirs au delà de leurs besoins ; et que toute leur attention se tournait vers l’éducation des enfants qu’ils chérissaient, et pour lesquels ils avaient l’amour le plus tendre.

49. Ils y sont distingués et séparés par nations, par familles et par maisons ; ceux de la même famille, et ceux avec qui ils sont alliés se fréquentent, quoiqu’ils habitent séparément. L’envie ou le désir de s’emparer ou de convoiter le bien d’autrui en sont bannis ; ils n’en ont pas même la pensée. C’est un crime qu’ils ont en horreur comme contraire à la nature humaine. Je m’avisais de leur dire que tout cela se passait sur notre Terre ; que les déprédations, les rapines, les meurtres et les guerres y étaient fréquents ; ils détournaient la tête en frémissant. Ils m’assurèrent que chacun sur cette Planète vivait content de son sort, et qu’aucun d’eux n’avait jamais pensé à ambitionner par amour de soi-même de dominer sur les autres ; que c’est par cette raison que les anciens hommes, et surtout ceux des premiers temps, avaient été plus agréables aux yeux du Seigneur que leurs descendants, qu’alors l’innocence et la sagesse régnaient, parce que chacun y pratiquait le bien pour le bien ; qu’ils ignoraient comme on pouvait faire le bien en vue des honneurs et du lucre ; qu’on ne savait alors ni masquer sa façon de penser, ni mentir, parce que la volonté et l’entendement étaient toujours d’accord.

Tels furent les hommes des premiers temps sur notre Globe ; c’est pourquoi les Anges se plaisaient à leur faire des visites fréquentes, pour élever leurs esprits au dessus des choses terrestres, pour les mettre en état de contempler les célestes ; ils prenaient plaisir à les guider, à les conduire, à leur faire connaître ce qui faisait leur bonheur, et à leur communiquer leur satisfaction et leur félicité.

Les anciens Écrivains eurent connaissance de ces heureux temps et les nommèrent le siècle d’or, et règne de Saturne. Comment ces temps, dira-t-on, purent-ils avoir lieu ? C’est parce que les hommes vivaient en bon accord séparés en Nations, les nations en familles, les familles dans des logements distincts ; que chacune vivait contente de ce qu’elle possédait ; qu’il ne leur venait pas dans l’esprit ni d’envahir les possessions de ses voisins pour devenir plus riches qu’eux, ni de vouloir dominer sur eux par amour de soi-même ; car cet amour ainsi que celui du Monde n’avait pas encore asservi et tyrannisé les hommes ; chacun était content de son sort, et se réjouissait du bien qui arrivait aux autres, bien loin de se donner en proie aux serpents rongeurs de l’envie. L’ambition de dominer, la faim des richesses pullulèrent ensuite, et firent changer toute la face riante du Monde en une scène toute opposée. Alors le genre humain se voyant exposé aux vexations de ceux dont la force étayait les désirs funestes à son repos, les faibles furent contraints de se prêter mutuellement des secours, et d’unir leurs forces. Pour rendre cette union constante et plus solide, ils se confédérèrent et formèrent des Républiques, des Royaumes et des Empires. Voyant donc que les lois de la charité et de la conscience gravées au fond du cœur des hommes ne pouvaient plus faire entendre leur voix à un grand nombre d’entre eux, on fut nécessité à en faire d’autres fondées sur les mêmes principes, tant pour y ramener ceux que leurs passions en éloignaient que pour élever une digue contre le cours impétueux des désirs effrénés de l’amour de soi-même, de l’ambition et de la faim des richesses. On anima les hommes à l’observation de ces lois par la perspective des honneurs et d’un bien-être utiles à leurs concitoyens, que l’on promit pour récompense ; et l’on intimida ceux qui voudraient violer ces lois, tant par la privation de ces bienfaits que par des punitions sévères de leur désobéissance.

Ce changement dans les mœurs éloigna les hommes du chemin du bonheur, et par là-même de celui du Ciel, où les Anges se retirèrent. Le mal a successivement empiré au point qu’on ignore, ou qu’on fait semblant d’ignorer, qu’il existe un Ciel pour récompense du bien, et un Enfer pour punition des crimes : quelques-uns vont même plus loin, puisqu’ils poussent leur aveuglement et leur folie jusqu’à en nier l’existence. Ce que je viens de dire paraîtra peut-être un hors d’œuvre ; mais ce n’est qu’un épisode placé à propos pour faire sentir au Lecteur, par un parallélisme, quel est le bonheur attaché à l’état actuel encore des hommes qui habitent la Planète de Jupiter, et montrer en même temps d’où leur viennent la probité et la sagesse qui règnent parmi eux.

50. Les longues et fréquentes conversations que j’ai eues avec les Esprits de Jupiter m’ont donné à connaître qu’ils ont plus de probité que ceux de plusieurs autres Terres : leur arrivée auprès de moi, leur abord, leur séjour et leur influence étaient si doux, si suaves que je ne peux l’exprimer. Cette influence d’un Esprit ou, ce qui est le même, la communication de son affection, se manifeste dans l’autre vie ; la probité par la suavité et par la douceur ; par la douceur, parce qu’il craint de nuire ; par la suavité, parce qu’il aime à faire du bien. On distingue très aisément la douceur et la suavité de l’influence des bons Esprits de notre Terre d’avec celle des Esprits de Jupiter. Lorsqu’il survient entre eux quelque légère altercation, il apparaît, me disaient-ils, comme un rayon blanc, léger, tel à peu près que l’est cette espèce d’éclairs qui se montrent le soir des beaux jours dans les temps de chaleur, ou semblable à ces feux courants que nous appelons des étoiles filantes, ou tombantes ; et ces altercations sont aussitôt finies : les étoiles brillantes et errantes sont l’emblème de l’erreur ; celles qui étincellent et sont fixes sont des signes de la vérité. Dans l’Écriture Sainte elles signifient la connaissance du bon et du vrai. N. 2495, 2849, 4697. Dans l’autre vie, les fixes représentent le vrai, et les errantes le faux. N. 1128.

51. J’ai reconnu la présence des Esprits de Jupiter, non seulement à ce que j’ai dit, mais à l’effet qu’elle produisait sur ma face ; elle disposait ma physionomie de manière qu’il en résultait un air gai et riant, qui durait autant que leur séjour auprès de moi. Ils me dirent qu’ils disposaient ainsi le visage des habitants de leur Terre, quand ils leur faisaient visite, afin de leur inspirer la joie et la satisfaction du cœur et la tranquillité de l’esprit. J’éprouvais en effet tout cela dans moi ; tous soucis, ou inquiétudes, ou désirs sur l’avenir fuyaient à leur approche. J’ai jugé par là de l’état de la vie des hommes de la Planète de Jupiter, parce qu’il est certain que chaque Esprit porte et conserve dans l’autre vie le caractère et les inclinations qu’il avait en mourant. J’ai remarqué encore qu’ils étaient sur la terre dans un état de béatitude et de félicité intérieures, parce que j’ai observé que leur intérieur est ouvert aux influences du Ciel ; et plus l’homme intérieur est ouvert à ces influences, plus il est susceptible du vrai et du bon divin, qui seuls portent avec eux la béatitude et la félicité intérieures : il en est tout au contraire de ceux qui, n’étant pas dans l’ordre du Ciel, ont leur intérieur fermé à ses inspirations, et leur extérieur même ouvert aux influences trompeuses du Monde.

52. Je n’ai pas vu la physionomie des habitants du Monde de Jupiter : mais les Esprits qui en sont me l’ont fait connaître, et m’ont mis en état d’en juger d’après la leur, puisque les Esprits conservent encore celle qu’ils avaient avant de mourir. Avant de me la montrer, un de leurs Anges se montra voilé d’une espèce de léger nuage blanc, et leur en donna la permission. Je vis alors deux visages semblables à ceux des hommes de notre Terre, mais d’une grande blancheur et d’une grande beauté, ou éclataient en même temps la sincérité et la modestie. Lorsque les Esprits de Jupiter étaient avec moi, les faces des hommes de notre Terre me paraissaient moins grandes que d’ordinaire ; cela venait de l’influence de ces Esprits sur moi ; parce qu’ils ont dans l’idée que leur visage a plus d’étendue que celui des habitants de notre Globe ; cette idée est fondée sur ce que vivant sur leur Terre, ils pensent qu’après leur mort leur face prendra de l’accroissement et une forme ronde : ils conservent cette idée quand ils deviennent de purs Esprits, et croient avoir en effet la face plus grande qu’auparavant. Cette idée a de plus son principe de ce qu’ils disent que la physionomie n’est pas proprement le corps de l’homme, mais qu’elle appartient à son esprit, puisque c’est par elle qu’ils voient, qu’ils entendent, qu’ils parlent et manifestent ce qui se passe dans l’homme intérieur, que conséquemment elle est le miroir où l’âme se montre à découvert : ils disent, par la même raison, que la face est la forme de l’esprit ; or comme ils savent qu’ils seront doués d’une plus grande sagesse après leur mort, ils croient que leur face prendra aussi plus d’étendue.

Ils ont encore dans l’idée qu’après leur mort ils recevront un feu qui échauffera et animera leur face. Ils le conjecturent de ce que leurs sages, instruits que le feu dans le sens spirituel signifie l’amour, que l’amour est le feu qui fait la vie des Anges, ces sages leur enseignent tout cela, et ils arrangent leurs idées là-dessus. N. 934, 4906, 6314, 6832. Ils désirent en effet que cela soit ainsi ; et ceux qui pendant leur vie mortelle ont été embrasés du feu de l’amour céleste, voient effectuer leur souhait après leur mort, leur face s’échauffe et s’enflamme par une suite de l’embrasement que l’amour allume dans leur intérieur. C’est pour cela que les habitants de Jupiter se lavent souvent le visage, et prennent un soin tout particulier de le garantir du hâle du Soleil. Ils portent à cet effet un couvre-chef ou voile d’écorce bleuâtre, dont ils s’enveloppent la tête, et l’ajustent de manière que leur face est à l’abri de l’ardeur du Soleil. Ils jugèrent par mes yeux de ce qu’étaient les faces des hommes de notre Terre, et ne les trouvaient pas belles ; ils ne pouvaient les voir autrement, puisque les Anges et les Esprits ne voient les êtres terrestres et ne peuvent les voir que par les yeux des hommes, comme notre âme ne les voit que par les yeux de notre corps. La raison pour laquelle ils ne trouvaient pas belles les physionomies de nos personnes, c’est, disaient-ils, que ce que nous appelons la beauté ne consistait que dans l’extérieur de la peau, et non dans les fibres intérieures. Ils ne pouvaient revenir de la surprise qu’excitait dans eux des faces boutonnées, enlaidies par des pustules, des verrues ou par d’autres marques contre nature ; parce qu’ils n’en voyaient point de telles parmi eux : cependant les physionomies gaies et riantes, et les faces un peu gonflées autour de la bouche leur plaisaient assez.

53. Ces dernières étaient de leur goût parce qu’ordinairement la partie de leur visage qui avoisine les lèvres, est celle de leur face qui, dans leurs discours, exprime plus particulièrement leurs pensées ; car ils parlent plus de la face que de la langue ; et que ne voulant ni ne sachant dissimuler ni feindre, ils expriment toujours sincèrement et librement leur pensée, et conséquemment ne sont pas nécessités à forcer les traits, et à faire de leur face un masque composé suivant leurs vues, les circonstances et les personnes : c’est ce que font ceux qui dès l’enfance se sont habitués à ce manège perfide.

La vérité ou la véritable pensée d’un homme qui parle se manifestera presque toujours à celui qui voudra se donner la peine d’observer les mouvements des fibres labiales et de celles des environs. Elles sont en grand nombre, mais croisées, entrelacées et disposées non seulement pour aider à la mastication, et pour l’usage de la parole, mais encore pour l’expression de la pensée qu’on veut mettre au jour.

54. On m’a aussi fait voir comment la face de l’homme présente sa pensée aux yeux de ceux qui l’observent ; les affections filles de l’amour se peignent sur le visage par les changements qu’elles y causent ; et les pensées qu’elles font naître se décèlent par les variations des formes de l’homme intérieur : on sent mieux cela qu’on ne peut l’exprimer.

Les habitants de la Planète de Jupiter font aussi usage de la parole ; mais la leur n’est pas si sonore que la nôtre ; l’une vient au secours de l’autre ; c’est-à-dire que le ton de la voix aide à exprimer ce dont la parole et le mot sont des signes, et le langage de la face donne la vie à l’expression des mots.

Les Anges m’ont appris que le premier langage entre les hommes fut celui du visage ; il fut commun à tous les hommes des différents Mondes ; les lèvres et les yeux y avaient le plus de part. Ce langage fut le premier de tous, par la raison que le visage a été formé et ses traits combinés et arrangés pour être l’image de l’âme et la représentation de sa volonté et de sa pensée actuelle : c’est pourquoi, dans tous les temps on a dit que le visage, ou ce que nous appelons la physionomie, est le miroir de l’âme ; sans doute que dans les premiers temps ce miroir était sincère et ne mentait pas aux yeux, et que les hommes ne pensaient, ni ne voulaient penser autrement qu’ils ne le manifestaient au dehors : on pouvait donc alors connaître les affections et les pensées qui en dérivaient. Ce langage était autant supérieur à celui de la parole que la vue l’est au dessus de l’ouïe ; comme l’a dit un Poète latin : les récits font beaucoup moins d’impression sur l’esprit que la présence des objets mêmes devant de bons yeux. Minus feriunt demissa per aures quam quæ sunt oculis subjecta fidelibus. Les Anges ajoutèrent que ce langage était analogue au leur, et que dans ces temps reculés les Anges communiquaient avec les hommes : que cette manière de langage est proprement un langage angélique dans l’homme, puisque c’est l’esprit qui parle par la forme qu’il donne à la face, ce qui est naturel ; au lieu que celui de la bouche qui modifie des sons et prononce des mots ne l’est pas. Il n’est personne en effet qui ne conçoive que cette dernière façon de mettre au jour sa pensée, ne pût être en usage chez nos premiers pères, puisque les mots d’une langue sont arbitraires, et qu’il a fallu les inventer, et convenir de leur signification : ce qui n’a pu se faire que successivement. N. 607, 1118, 7360-61, 10487, 1078.

Tant que la sincérité et la droiture ont régné, les hommes n’ont pas eu d’autre langage que celui de la physionomie ; mais lorsque l’amour de soi-même a pris le dessus sur celui du prochain, l’ambition de dominer a donné naissance à la feinte pour cacher les menées sourdes que l’on imaginait pour parvenir à son but ; alors il fallut étudier les mouvements extérieurs et apparents du visage, et en montrer qui exprimassent tout autre chose que ce qu’on pensait en effet. C’était une opération difficile à exécuter ; aussi pour mieux réussir à faire prendre le change aux spectateurs, on s’avisa de modifier des sons pour former des mots, ne plus parler aux yeux trop clairvoyants, mais aux oreilles plus susceptibles d’être trompées et de porter l’erreur dans l’esprit, qui ne peut juger des choses terrestres que sur le rapport des sens extérieurs. Alors la face devint ou muette ou trompeuse chez les hommes qui avaient intérêt qu’elle fût telle aux yeux de la franchise et de la sincérité ; la forme interne de la face se contraignit, se resserra, s’endurcit au point de n’être presque plus capable de ces mouvements naturels qui lui donnaient une espèce de vie ; elle devint comme morte et abandonna malgré elle ses fonctions à la langue et à la bouche qui, gouvernées par les impulsons de l’amour de soi-même, furent animées par son feu, qui leur donna aux yeux des hommes une espèce de vie, mais non aux yeux des Anges, dont la vue pénétrante perce jusques dans le fond de l’homme intérieur.

Telles sont les physionomies de ceux qui disent une chose et pensent l’autre ; car la feinte, l’hypocrisie, l’astuce et le dol qui passent aujourd’hui tête levée sous le beau nom de prudence ont introduit ce déguisement. Il en est tout autrement dans l’autre vie ; on ne saurait y déguiser ainsi la pensée ; un seul mot, le simple son de voix sont des pierres de touche infaillibles qui décèlent le fourbe et le menteur ; sitôt qu’un Esprit de cette trempe est reconnu, on le chasse de la société, et on le punit. On prend ensuite les moyens de le ramener à parler comme il pense, et à penser conformément à l’affection qui domine sa volonté, jusqu’à ce qu’il soit au niveau de toute sa société ; s’il est bon afin qu’il veuille le bien et par ce bien qu’il pense conformément à la vérité et par le vrai ; s’il est méchant qu’il veuille le mal et soit induit à penser faux par le mal. Le bon ne monte pas au Ciel, et le méchant ne descend pas aux Enfers avant cette épreuve ; pour qu’il n’y ait que le bon et le vrai provenu du bon dans le Ciel, et le mal avec le faux qu’il a produit, dans les Enfers.

55. Les Esprits de la Planète de Jupiter m’ont appris bien des choses concernant les habitants de ce Monde-là. Ils m’ont assuré que les hommes n’y marchent pas debout, comme nous et comme ceux de plusieurs autres Terres ; qu’ils ne rampent pas non plus à la manière des animaux, mais qu’ils se soutiennent de leurs mains, pour s’élever à moitié sur leurs pieds et s’incliner de nouveau ainsi alternativement ; qu’à chaque troisième pas ils tournent la face à côté, et regardent derrière eux, en fléchissant un peu le corps ; et qu’ils font tous ces mouvements avec beaucoup d’adresse et de célérité ; parce que ce serait une indécence parmi eux d’être regardés autrement qu’en face. En marchant ainsi ils portent la face élevée, comme nous le faisons, afin de pouvoir toujours regarder le Ciel et non la Terre ; car ils pensent que tenir la face inclinée vers la Terre est une posture qui ne convient qu’à ce qu’il y a de plus vil parmi eux, et ceux qui ne prennent pas l’habitude de marcher la face élevée sont méprisés et bannis de leur société. Assis, ils se montrent comme nous quant à la partie supérieure du corps ; mais ils tiennent les jambes croisées. Ils ont une attention toute particulière, soit assis, soit debout, soit qu’ils marchent, pour ne pas montrer le dos, et présentent toujours la face : ils aiment à la montrer, afin qu’on y lise ce qu’ils pensent ; parce que leur esprit est toujours d’accord avec leur physionomie : aussi ceux qui la considèrent y voient clairement comment ils pensent sur leur compte ; et surtout s’ils sont véritablement amis ou non. Les Esprits de cette Terre-là m’ont assuré tout cela, et leurs Anges me l’ont confirmé. C’est de là vraisemblablement que ces Esprits ne paraissent pas marcher debout, mais inclinés presque comme des Nageurs, en s’aidant des mains pour avancer, et regardant quelquefois autour d’eux.

56. Ceux des habitants du Monde de Jupiter qui vivent sous leur zone torride n’ont pour tout vêtement qu’une espèce de voile autour des reins, et ils ne rougissent pas de leur nudité, parce que leur cœur et leur esprit sont chastes, que de toutes les femmes ils n’aiment que la leur, et ont en horreur l’adultère. Ils étaient fort étonnés de ce que des Esprits de notre Terre présents au récit qu’ils venaient de me faire souriaient malignement, et avaient des pensées lascives occasionnées par l’habitude d’aller nus qu’avaient les habitants des pays brûlants du Monde de Jupiter ; et de ce qu’ils avaient fait plus d’attention à ce fait qu’à la vie céleste que ces habitants menaient. C’est un signe, dirent-ils, que les Esprits de votre Terre sont plus portés au libertinage qu’à la piété, et que les objets terrestres les occupent plus que les célestes. Ils leur dirent que la nudité n’est ni honteuse ni scandaleuse pour ceux qui ont l’esprit chaste et vivent dans l’innocence ; mais qu’elle ne l’est que pour ceux qui ont l’esprit et le cœur gâtés et corrompus.

57. Les hommes du Globe de Jupiter se couchent toujours la face tournée à l’opposite de la muraille, le long de laquelle le lit est posé. Les Esprits de ce Globe me dirent pour raison de cet usage que ces habitants avaient dans l’idée qu’en tournant la face vers la muraille ils tourneraient le dos au Seigneur. Cela m’est arrivé quelquefois de la tourner de cette dernière manière ; mais je sentais chaque fois une certaine répugnance à le faire, et je ne savais pas pourquoi.

58. Ils se plaisent à prolonger leur repas, non à dessein de manger beaucoup, ou pour savourer la délicatesse des mets, mais pour le plaisir de la conversation, et de se trouver plus longtemps ensemble. Ils ne mangent pas assis sur des chaises ou sur des bancs, ou sur des lits élevés de gazon, ou sur l’herbe, mais sur des feuilles amoncelées d’un arbre particulier. Les Esprits ne voulaient pas d’abord me dire le nom de cet arbre entre autres que je nommais par conjecture ; ils m’assurèrent que c’était le Figuier. Dans la préparation des mets ils ne cherchent pas tant à flatter le goût qu’à les rendre salutaires, et ils y trouvent assez de saveur, disaient-ils, dès qu’ils sont sains. Ils raisonnèrent entre eux sur cet article, et conclurent que leur usage est celui qui convient le plus à l’homme raisonnable, afin que l’esprit ne souffre pas de se voir logé dans un corps malsain : c’est à quoi l’homme devrait donner toute son attention. Nous observons en effet que ceux qui s’abandonnent à leur appétit, et cherchent dans l’apprêt des mets, à caresser et à flatter le goût se plaignent souvent de quelque incommodité ; si leur corps n’est pas attaqué d’une maladie déterminée, il languit, ainsi que leur esprit, parce que celui-ci ne peut alors faire jouer les ressorts de celui-là à son gré : quelle est donc la folie de ceux qui se livrent inconsidérément à l’abondance des mets et de la boisson, ainsi qu’à un apprêt recherché des viandes, ou aux voluptés qui, en appesantissant le corps, émoussent les fonctions de l’esprit, ou qui en épuisant celui-là, jettent celui-ci dans la langueur ? C’est se réduire au niveau des animaux, auxquels il est assez ordinaire de les comparer ; parce que de tels hommes font alors taire la raison, et que les brutes en sont privées.

59. On m’a fait voir les logements des hommes qui vivent dans le Monde de Jupiter. Leurs maisons sont basses, et construites de bois, mais les appartements sont en dedans revêtus d’une écorce bleu de Ciel parsemé de points blancs, pour représenter le Ciel et les étoiles, parce qu’ils ont dans l’idée que les Astres sont les domiciles des Anges. Ils dressent aussi des tentes allongées, dont le haut est cintré, et coloré d’un bleu de Ciel ponctué. Ils y prennent leurs repas, et s’y mettent à l’abri des rayons brûlants du Soleil dont, comme nous l’avons dit, ils ont fort à cœur de garantir leur face, ainsi que de tenir ces tentes et leur appartements d’une propreté qui charme.

60. Lorsque les Esprits de Jupiter considéraient des chevaux de notre Monde, ces chevaux me paraissaient moins gros et moins grands que d’ordinaire, quoiqu’assez forts et robustes : c’était vraisemblablement un effet de l’idée que s’en forment ces Esprits ; car ils me disaient que dans leur Monde les chevaux avaient la même forme que les nôtres ; que les leurs étaient plus grands, sauvages, pâturant dans les forêts ; que leur regard intimide ; mais qu’on les épouvante sitôt qu’on les voit, quoiqu’ils ne fassent aucun mal, parce que les hommes y sont naturellement peureux et craintifs. J’en pris occasion de réfléchir sur la cause de cette crainte. Dans le sens spirituel, le cheval signifie l’entendement, développé et formé par les connaissances acquises par l’étude des sciences, N. 2768-72, 3217, 5321, 6125-34, 8146-48, et dans l’Apocalypse il signifie l’intelligence de l’Écriture Sainte. N. 2760. Or comme les habitants de la Terre de Jupiter n’osent pas cultiver leur entendement par une application suivie aux sciences du Monde, cette crainte produit celle du signe même de la chose signifiée.

61. La différence de mœurs et de façon de penser des Esprits de Jupiter d’avec les Esprits de notre Monde est cause qu’ils ne sympathisent pas ensemble. Ils disent que les nôtres sont pleins de ruses, ingénieux pour ourdir et tramer le mal, très prêts à le commettre, et peu portés au bien ; qu’ils parlent beaucoup et réfléchissent peu ; qu’il n’est donc pas étonnant qu’ils aient si peu de perceptions intérieures, même sur l’essence du bien : d’où ils concluent avec raison que les hommes de notre Terre sont purement des hommes extérieurs : il est vrai que les Esprits de Jupiter ont beaucoup plus de vraie sagesse que ceux de notre Globe. L’expérience m’a convaincu que ceux de Jupiter étaient fondés à juger ainsi des nôtres. Ceux-ci eurent jadis la liberté de faire jouer leurs ruses méchantes et de molester les Esprits de Jupiter qui étaient chez moi. Ceux-ci soutinrent le choc avec une patience admirable ; mais ils avouèrent enfin que la patience était prête de leur échapper ; qu’ils ne croyaient pas qu’il en existât de pire ; qu’ils avaient bouleversé leur imagination et leurs idées au point qu’un secours divin était seul capable d’en débrouiller le chaos. Je lisais un jour dans un Évangile quelques particularités de la Passion de notre Sauveur, en présence de quelques Esprits de Jupiter et de quelques Esprits européens. Ces derniers donnèrent un grand scandale aux premiers en vue de les séduire : informations faites pour découvrir qui ils étaient, et quel avait été leur état dans ce Monde-ci ; il fut reconnu qu’ils avaient été Prédicateurs : dans leur nombre, plusieurs de ceux qui se disent de la société du Seigneur, ou Jésuites. Je dis alors que dans notre Monde, ils avaient eu assez de talents pour toucher les cœurs de leurs auditeurs au point de leur faire verser des larmes quand ils prêchaient sur la passion du Sauveur ; mais pour montrer la cause du scandale qu’ils avaient donné, j’ajoutai que dans leurs prédications, ils parlaient d’une façon et pensaient de l’autre ; que leur bouche était démentie par leur cœur, au lieu qu’à présent étant seulement Esprits, ils étaient contraints de parler comme ils pensaient. Les Esprits de Jupiter ne pouvaient se persuader qu’un homme pût parler contre son propre sentiment, et assuraient qu’eux ne le pouvaient pas. Ils jugeaient que tous les hommes de notre Monde ressemblaient à ces Esprits ; mais je les en dissuadai, et les assurai qu’il s’y trouvait des gens pensant bien, parlant comme ils pensent et faisant le bien pour le bien, qu’enfin ils étaient admis dans les sociétés des Anges dans le Ciel. Comme ils n’en étaient pas tout à fait persuadés, plusieurs troupes d’Anges de notre Terre se présentèrent successivement, et tous en chœur glorifièrent le Seigneur par des cantiques si mélodieux que les Esprits de Jupiter se croyaient ravis au Ciel. Cette mélodie dura environ une heure ; j’éprouvai moi-même par communication le plaisir que ces Esprits en ressentirent, et ils me dirent qu’ils rapporteraient aux Esprits absents ce qui venait de se passer.

62. Les habitants de Jupiter font consister la sagesse à penser juste sur les événements de cette vie ; les pères et mères l’inculquent dans l’esprit de leurs enfants dès le bas âge, et cette sagesse prend chez eux de nouveaux accroissements avec les années. Ils ignorent les sciences humaines auxquelles les hommes de notre Terre s’appliquent avec tant de soins ; ils ne veulent même pas les apprendre, et les appellent des ombres qu’ils comparent aux nuages qui interceptent les rayons du Soleil. Ils s’en sont formé cette idée de ce qu’ils ont vu des Esprits de notre Terre instruits de ces sciences, qui prenaient occasion de s’en glorifier et de se regarder comme de vrais sages. Les Esprits de notre Monde qui caressaient ainsi leur amour propre étaient du nombre de ceux qui font consister la sagesse dans l’érudition et autres sciences de pure Mémoire, telles que celles des langues Hébraïque, Grecque, Latine et autres qui sont comprises dans ce qu’on appelle la Littérature ; dans les sciences de la Critique, dans les termes surtout philosophiques, et dans celles qui n’ont d’autre fondement que les simples expériences physiques, qui ne peuvent nous conduire à la découverte des véritables causes, et qui se borneront toujours à la connaissance des effets. Ceux qui n’ont pas employé ces sciences comme des moyens pour parvenir à la vraie sagesse, n’en ont pas plus dans l’autre vie que dans celle-ci, et ces sciences, au lieu de leur être utiles, sont de vrais nuages placés entre la lumière de la sagesse et les yeux de leur entendement. Voyez ci-devant N. 38.

Ceux qui ont tiré vanité de leur savoir sont encore moins éclairés ; et ceux qui en ont abusé pour combattre les vérités que l’Église enseigne sont réduits à l’état des oiseaux de nuit ; ils ne voient que dans les ténèbres, où ils prennent le faux pour le vrai et le mal pour le bien. Les Esprits en ont conclu que les sciences font ombre à l’entendement, et l’aveuglent au lieu de l’éclairer. Mais on leur dit que par elles-mêmes les sciences ne sont pas mauvaises ; qu’elles servent de moyen pour ouvrir la vue intellectuelle, quand on en fait l’usage légitime pour lequel l’Être suprême les a instituées ; mais que comme on les tourne en abus, et qu’on ne les applique qu’aux choses purement matérielles, elles deviennent entre les mains de ceux qui en font un mauvais usage des moyens nuisibles qui les conduisent au comble de la folie, en leur présentant des armes pour soutenir la nature contre la Divinité, et le Monde contre le Ciel. Les sciences sont, leur dit-on, des richesses spirituelles, dont les uns font un emploi légitime, en les faisant servir à l’avantage du prochain et de la patrie, tandis que les autres les emploient à mal faire : ou comme des vêtements faits pour se couvrir, se garantir des injures du temps, pendant que des fous les emploient pour de vains ornements, pour le faste, et pour en imposer aux yeux de ceux dont ils veulent être honorés et respectés. Les Esprits de Jupiter comprirent tout cela ; mais ils n’en étaient pas moins surpris de ce que des personnes qui voulaient se donner pour des hommes de bon sens se bornaient aux moyens, et les préféraient à la sagesse même, au lieu d’en faire usage pour y parvenir ; qu’ils devraient au moins voir que quand on ne les emploie pas pour répandre des lumières dans son entendement, et élever son esprit au dessus des choses terrestres, plus on pénètre avant dans ces sciences, plus on s’enfonce dans l’ombre, de manière qu’enfin on ne voit plus que ténèbre.

63. Certain Esprit étant venu à moi de la Terre inférieure, me dit qu’il avait entendu tout ce que j’avais dit aux Esprits nommés ci-devant, mais qu’il n’avait rien compris de ce qui concernait la vie spirituelle et sa lumière. Voulez-vous que je vous instruise sur cette matière, lui dis-je ? Non, répondit-il, je ne suis pas venu avec cette intention. J’en conclus qu’elle était au dessus de sa portée ; en effet il était extrêmement bouché ; des Anges me dirent que cet Esprit s’était fait une réputation d’homme savant et plein d’érudition, pendant qu’il vivait sur la Terre. Il était si froid qu’on s’en apercevait à la simple émanation de son atmosphère, signe d’une lumière purement naturelle et nullement spirituelle ; et que loin d’avoir employé les sciences à s’ouvrir le chemin à la lumière du Ciel, il s’en était fermé l’entrée.

64. Les habitants de la Terre de Jupiter ne prenant pas la même voie que prennent ceux de notre Monde pour orner, éclairer et développer leur intelligence, ayant d’ailleurs un caractère différent relatif à leur manière de vivre, ils ne peuvent rester longtemps ensemble ; ou ils les fuient, ou ils les contraignent à se retirer. Chaque Esprit exhale une Atmosphère spirituelle, qui émane de ses affections et ensuite de ses pensées ; ou, si l’on veut, de ce qui fait sa vie, et il en est toujours environné. N. 4464, 5179, 7454, 2489, 6200-6, 9060-7. Dans l’autre vie on associe en conséquence ceux dont l’atmosphère est semblable. Les Anges et les Esprits du Monde de Jupiter représentent la faculté imaginative de la pensée dans le très grand homme (le Ciel) () et par là l’état actif des parties intérieures ; les Esprits de notre Terre représentent les différentes fonctions des parties extérieures de notre corps, lesquelles, lorsqu’elles veulent commander, empêchent l’influence de la faculté active ou imaginative de la pensée, ce qui établit l’opposition qui se trouve entre la vie et les mœurs des habitants de ces deux Globes.

65. Le culte que les habitants de Jupiter rendent à Dieu consiste principalement à reconnaître notre Seigneur pour Souverain du Ciel et de la Terre ; ils l’appellent le Seigneur unique ; et comme étant sur Terre ils l’ont reconnu et adoré comme tel, ils le cherchent après leur mort, et le trouvent. Je leur demandais s’ils savaient que l’unique Seigneur est homme ; nous le savons tous, répondirent-ils, car plusieurs des nôtres l’ont vu tel sur notre Terre ; il nous enseigne la vérité, nous conserve, et donne la vie éternelle à ceux qui l’adorent comme on doit le faire. Ils ajoutèrent qu’il leur a révélé ce qu’ils doivent croire, et comment ils doivent vivre ; que les pères et mères l’apprennent aux enfants ; que la doctrine est ainsi passée d’une famille à l’autre chez tous les hommes de leur Monde, issus d’un même père. Il nous semble, disaient-ils, que cette doctrine est gravée au fond de notre âme ; ils le concluent de ce qu’ils la comprennent aussitôt qu’on leur en parle, et qu’ils reconnaissent à l’instant si ce qu’on leur dit de la vie du ciel dans l’homme est vrai ou non. Ils ignorent que le Seigneur unique s’est incarné sur notre Terre, et disent que peu leur importe de l’apprendre, dès qu’ils savent qu’il est homme, et qu’il gouverne l’Univers.

Lorsque je leur dis que sur notre Terre on le nommait Jésus-Christ ; que Jésus voulait dire Sauveur, et Christ Oint ou Roi ; ils me répondirent qu’ils ne l’adoraient pas comme Roi, parce que la Royauté a trop de rapport avec le Terrestre ; mais bien comme Sauveur. Quelques Esprits de notre Terre ayant douté si leur Seigneur unique est le même précisément que Jésus-Christ notre Seigneur, ils dissipèrent ce doute, en disant qu’ils l’avaient vu dans le Soleil, et qu’ils l’avaient alors reconnu pour le même qui s’était montré sur leur Monde. N. 40 ci-devant. Ce même doute leur était aussi venu dans l’esprit ; il y avait été suscité sans doute par quelque Esprit de notre Terre, mais il fut aussitôt levé qu’enfanté. Ils eurent tant de confusion d’avoir eu ce doute seulement un instant, qu’ils me dirent de n’en pas parler, crainte qu’on n’eût envie de les taxer d’incrédulité, quoiqu’ils le savent mieux que les autres. Ces Esprits étaient enchantés quand ils entendaient dire que le Seigneur unique est le seul homme proprement dit, et que tous les autres tiennent de lui cette dénomination ; qu’ils ne sont hommes qu’autant qu’ils sont son image, c’est-à-dire, proportionnellement à l’amour qu’ils ont pour lui et pour le prochain, et qu’ils pratiquent les bonnes œuvres ; car l’image du Seigneur consiste dans le bon de l’amour et de la foi.

66. Je lisais un jour le Chap. 17me de l’Évangile selon St. Jean, où il est parlé de l’amour du Seigneur et de sa glorification : des Esprits de Jupiter ayant entendu ce que je lisais s’en occupaient saintement, et me dirent que tout cela était divin. Quelques Esprits de notre Monde les scandalisèrent en disant qu’il était né comme l’enfant d’un homme, qu’il avait vécu de même, qu’il s’était montré comme un autre, qu’il avait été crucifié, et autres choses semblables : ces Esprits avaient été du nombre des incrédules de notre Terre.

Les Esprits de Jupiter n’en reçurent aucune mauvaise impression. Les Diables parlent sur ce ton-là dans notre Monde, dirent-ils ; il n’y a rien de céleste dans leur âme ; tout y est terrestre et méprisable comme des immondices ; nous en sommes convaincus ; car lorsqu’ils ont entendu raconter que les habitants de notre Terre vont nus, les images obscènes se sont présentées à leur imagination corrompue, au lieu de fixer leur attention sur notre conduite régulière et céleste, dont on leur parlait alors.

67. Ces Esprits de Jupiter m’ont donné une preuve des idées claires et nettes qu’ils ont des choses spirituelles, en me représentant comment le Seigneur change les affections déréglées en bonnes. Ils me représentaient l’entendement humain comme une belle forme à laquelle ils donnaient une forme active et convenable à la vie de l’affection ; et ils le firent d’une manière qu’on ne peut décrire, mais si adroitement que les Anges leur applaudirent. Des savants de notre Terre étaient présents ; ils avaient jadis beaucoup écrit en termes scientifiques sur la forme, sur la substance, sur le matériel et l’immatériel et sur des objets de cette espèce ; mais ils n’en avaient fait aucun bon usage ; ils ne comprirent rien à cette représentation.

68. Sur la Terre de Jupiter on est fort attentif à empêcher qu’on n’insinue aux hommes quelque fausse opinion sur le Seigneur unique ; si quelqu’un en est imbu, on commence par lui donner de bons avis, on le réprimande ; s’il continue on le menace ; s’il persiste on le punit. Ils m’ont dit avoir observé que si une fausse opinion se glisse dans une famille, on la séquestre de la société, non par la peine de mort ; mais en les privant d’abord un peu de la respiration, et enfin en la leur ôtant toute entière après leur avoir annoncé la perte de la vie par le ministère des Esprits, qui communiquent et parlent fréquemment avec les habitants de ce Monde-là, les châtient non seulement du mal qu’ils font, mais de l’intention qu’ils auraient d’en faire. Si donc quelque habitant s’avise de persister dans ses erreurs sur le compte du Seigneur unique, et qu’il ne vienne pas à résipiscence, on le condamne et on lui annonce la mort ; et par ce moyen le culte du Seigneur unique est conservé.

69. Ils ne fêtent aucun jour en particulier, mais soir et matin, au lever et au coucher du Soleil, ils rendent par des cantiques leurs hommages au Seigneur unique, chaque famille s’étant assemblée dans sa tente à cet effet.

70. Sur cette Terre se trouvent aussi des hommes qui se nomment eux-mêmes saints, ont beaucoup de domestiques auxquels ils commandent impérieusement, et qu’ils contraignent sous peine de châtiment de les appeler Maîtres et Seigneurs, et leur défendent d’adorer le Dieu de l’Univers par eux-mêmes, se chargeant, disent-ils, de le faire pour eux et d’être les médiateurs entre lui et eux. Ils n’appellent pas le Seigneur de l’Univers, qui est le même que notre Seigneur, le Seigneur unique, comme le font tous les autres habitants, mais le Seigneur suprême ; parce qu’ils se donnent aussi le nom de Seigneur. Ceux-ci appellent le Soleil du Monde la face du Seigneur ; ils croient qu’il y fait son domicile, et l’adorent en conséquence. Les autres habitants ont de l’aversion pour eux, et ne veulent point leur parler, tant parce qu’ils adorent le Soleil, que parce qu’ils s’arrogent le nom de Seigneur, et qu’ils veulent que leurs Domestiques les respectent et les honorent comme Dieux médiateurs.

Les Esprits de cette Terre-là me montrèrent un de leurs couvre-chefs ; il avait la forme d’un chapeau ou bonnet élevé en tour, et de couleur brune. Dans l’autre vie ces personnes sont assises à gauche un peu élevées comme des Idoles ; quand il y arrive quelqu’un de ceux qui avaient été à leur service sur la Terre, il leur fait d’abord la révérence ; et puis il se moque d’elles et les tourne en dérision. Je fus étonné de leur voir une face éclatante et enflammée ; mais je revins de ma surprise, lorsque je me rappelai qu’elles croyaient avoir été des Saints. Quoique leurs faces paraissent enflammées, ils ont si froid qu’ils désirent ardemment de se chausser ; aussi le brillant de leurs faces n’est-il que l’effet du feu insensé de l’amour d’eux-mêmes. Ces mêmes personnes paraissent dans l’attitude de celles qui coupent du bois pour se chauffer ; et sous le bois qu’elles sont en disposition de fendre, se montre quelque chose d’humain qu’elles s’efforcent de couper aussi. Pour expliquer cela, je vais rapporter un fait certain. Ceux qui ont placé leur mérite comme propre à eux-mêmes, dans leurs bonnes œuvres, sont logés sous la plante des pieds, que dans le monde des Esprits on appelle la Terre inférieure, et la plupart d’entre eux paraissent fendre du bois ; l’endroit où ils sont est très froid, et il semble qu’ils cherchent à s’y échauffer par leur travail. Je leur demandai s’ils désiraient sortir de ce lieu-là. Ils me répondirent que leur travail ne leur avait pas encore mérité cette grâce. Lorsqu’ils ont fini leur tâche, on les en retire. Ce sont des gens purement naturel, qui ont eu un désir de mériter d’être sauvés, mais une volonté prise dans leur propre fond, et inspirée par le désir naturel du bien-être, et non par un désir et une volonté spirituel inspirés et conduits par le Seigneur. En outre ils ont assez d’amour propre pour se croire plus de mérite que n’en ont les autres, et pour les mépriser : c’est pourquoi lorsque dans l’autre vie ils n’ont pas au dessus des autres la mesure de joie et de félicité à laquelle ils s’attendaient, ils en murmurent d’indignation contre le Seigneur ; c’est pourquoi ils sont condamnés à couper du bois, sous lequel on aperçoit quelque chose de l’humanité du Seigneur. Le mérite et la justice appartiennent au Seigneur seul. N. 9715, 9975-9981. Le sort de ces personnes est décrit N. 942, 1774, 2027, 1110.

71. Il est assez ordinaire dans le Monde de Jupiter que les Esprits conversent avec les habitants et les châtient lorsqu’ils se comportent mal ; les Anges m’ayant appris beaucoup de choses là-dessus, j’en rapporterai une partie. Il n’est pas étonnant que les Anges rendent de fréquentes visites aux habitants de ce Monde-là, ceux-ci ayant presque toujours l’esprit occupé des choses célestes, et très peu des terrestres, parce qu’ils savent qu’ils vivront après leur mort : les fréquentes apparitions des Anges le leur prouvent sans réplique. L’Être Suprême accorda cette grâce aux premiers habitants de notre globe, parce qu’ils étaient, comme ceux de Jupiter, plus occupés du Ciel que de la Terre, sur laquelle ils se regardaient comme des voyageurs qui devaient un jour aller dans la patrie de la félicité. Mais lorsque plus frappé des objets terrestres l’homme y attacha son cœur préférablement aux célestes, il devint homme externe et mondain, et cette communication du Ciel avec la Terre fut rompue, ou du moins fermée. Le mal a tellement empiré que dans la plupart des hommes de ce Monde, l’aveuglement de l’homme intérieur est poussé au point de douter de l’existence du Ciel aussi fermement qu’un aveugle ne doute de l’existence de la lumière et des couleurs du corps. Ce doute a produit celui d’une autre vie après la mort, et a enfanté l’opinion que le corps de l’homme ne tient pas son état de vie de l’âme qui l’anime, et que le jeu de ses ressorts lui appartient en propre. Il s’est tellement fortifié aujourd’hui dans cette idée insensée, que les instructions qu’on ne cesse de donner à des personnes imbues de ces fausses opinions ne peuvent plus porter la lumière dans leur esprit, parce qu’ils s’obstinent à lui en fermer l’entrée ; un Ange viendrait leur dire et leur prouver par lui-même que l’homme vit après la mort, et qu’il ressuscite avec un corps, ils regarderaient son assertion comme un paradoxe, s’ils ne poussaient pas l’aveuglement au point de regarder et son exigence sensible à leur esprit, et ses discours comme la pure illusion d’un songe ; et taxeraient de rêveurs et de visionnaires ceux à qui Dieu aurait fait cette faveur.

72. Dans le nombre des Esprits qui fréquentent les habitants du Globe de Jupiter, les uns sont envoyés pour châtier ceux qui font mal, d’autres pour les instruire, d’autres pour les conduire. Ceux qui les châtient s’attachent à leur côté gauche en s’inclinant vers le dos, et là compulsent le livre de sa mémoire et y lisent ses actions et ses pensées mêmes ; car lorsqu’un Esprit s’insinue dans l’homme, il s’empare de sa mémoire. N. 11 ci-devant. Lorsqu’ils voient quelque mauvaise action, ou intention de mal faire, ils l’en punissent par une douleur au pied, à la main, ou autour de la région épigastrique, et ils le font avec une dextérité sans exemple. Un frémissement annonce leur arrivée. Les mauvais Esprits impriment aussi de la terreur à ceux qu’ils abordent, surtout si avant de mourir ils étaient des voleurs. Pour me mettre au fait des opérations des Esprits de Jupiter quand ils se joignent aux hommes de leur Terre, il fut permis à un de ces esprits de venir à moi ; à son approche j’éprouvai un frémissement, au moins à l’extérieur ; car la frayeur qui l’accompagne ordinairement ne s’empara pas de mon esprit, parce que j’étais prévenu de ce qui arrive dans ces circonstances. Je le vis venir sous la forme d’une nuée obscure, parsemée d’étoiles qui changeaient de place. Les étoiles mobiles signifient l’erreur ; et les fixes, la vérité. Il s’appliqua d’abord à mon flanc gauche ; et tout aussitôt il me reprocha des actions et des pensées qu’il avait choisies dans ma mémoire, en voulant les interpréter à mon désavantage ; mais des Anges l’en empêchèrent. S’étant aperçu qu’il n’était pas chez un homme de son Monde, il me dit que quand il s’est joint à un homme, il sait tout ce qu’il a fait et pensé, qu’il le réprimande et le châtie en lui faisant éprouver diverses douleurs. Une autre fois j’eus la visite d’un de ces Esprits censeurs et correcteurs ; il suivit la méthode de l’autre, et voulait aussi me corriger à sa manière ; mais il en fut également empêché par les Anges commis pour me garder. Alors il se contenta de me faire le détail des châtiments qu’ils exercent envers les hommes du Monde de Jupiter, quand ils sont coupables ou d’une mauvaise action, ou de l’intention d’avoir voulu la faire. Outre la douleur des membres, ils emploient un serrement douloureux vers le nombril, comme causé par une ceinture piquante ; des étouffements de poitrine de temps à autres, poussés jusqu’aux angoisses ; des dégoûts pour tout autre aliment que le pain, pendant quelques jours ; enfin il leur annonce qu’ils mourront s’ils persistent ou à faire le mal, ou à le vouloir ; ce qui les prive du plaisir et de la satisfaction qu’ils pourraient recevoir de la part de leur époux, ainsi que de leurs enfants.

73. Les Esprits destinés à les instruire s’attachent aussi au coté gauche, mais sur le devant ; ils réprimandent avec douceur, et montrent en même temps la conduite qu’ils doivent tenir. Ils ne se montrent pas sous forme de nuée, mais comme vêtus d’un sac de couleur brune. Lorsqu’ils se présentent, des Anges se présentent aussi et se placent sur la tête. On reconnaît l’abord, la présence de ceux-ci à une aspiration douce ; car ils ne voudraient pas donner à l’homme la moindre anxiété par leur présence, leur abord ou leur influence. Ils sont là pour empêcher que les Esprits correcteurs ne passent les bornes prescrites par le Seigneur dans les châtiments qu’ils infligent ; et pour contraindre les Esprits instructeurs à n’enseigner que la vérité. Pendant que les Esprits correcteurs étaient attachés à mon côté, les Anges entretenaient un air gai et riant sur mon visage, et ma bouche entrouverte ; ils produisent cet effet par une douce et facile impression, lorsque Dieu le permet : ils me dirent qu’ils agissaient ainsi envers les habitants de leur Terre.

74. Si l’homme corrigé et instruit recommence ou à commettre le mal, ou à vouloir le faire, les Esprits correcteurs retournent à lui, et le purifient plus sévèrement, mais toujours sous la direction des Anges, qui ont égard à l’action et à l’intention. On voit par là que les Anges font en quelque manière les fonctions de juge à l’égard de l’homme, puisqu’ils permettent, dirigent et terminent le châtiment au point qu’ils veulent, et qu’ils ont du pouvoir sur les Esprits. Ils me dirent que le Seigneur seul est juge, et qu’ils ne sont que les Ministres de ses volontés, en commandant aux Esprits correcteurs auxquels ils les manifestent par eux, quoiqu’eux Anges et Esprits paraissent agir d’eux-mêmes.

75. Les Esprits parlent aux hommes de ce Monde-là, et non les hommes à eux ; et tels ne disent que ces mots-ci : ne fais plus cela : il n’est pas même permis à l’homme de dire à qui que ce soit qu’un Esprit lui a parlé ; s’il le fait, il en est puni. Quand les Esprits de Jupiter étaient chez moi, ils pensaient être chez un homme de leur Monde ; mais lorsqu’ils s’aperçurent que je leur parlais ainsi, que je me proposais de publier ce que j’ai rapporté, et qu’ils n’avaient pas la permission de m’en punir, ni de m’enseigner, comme ils le font à l’égard des hommes de leur Terre, ils reconnurent qu’ils étaient chez un homme qui n’appartenait pas à leur Globe.

76. Deux signes leur font connaître qu’ils sont chez un homme ; l’un est un vieil homme à face blanche : ce signe leur annonce qu’ils doivent toujours dire la vérité et ne rien faire que de juste. L’autre signe est une face qui se montre à la fenêtre ; c’est un ordre pour eux de se retirer. J’ai vu moi-même cette figure humaine antique, et cette face à la fenêtre. Dès que je les eus aperçues, ces Esprits se retirèrent de moi.

77. D’autres Esprits s’efforcent de persuader le contraire de ce qu’ont dit ceux-là. Ces Esprits contradicteurs avaient été sur la Terre des hommes bannis de la société à cause de leur scélératesse. On connaît leur approche à un feu volant, qui semble descendre devant le visage ; ils se placent au-dessous du dos de l’homme, d’où ils se font entendre vers les parties supérieures. Ils prêchent de n’en pas croire aux Esprits instructeurs sur ce qu’ils ont dit d’après les Anges et de ne pas conformer leur conduite aux enseignements qu’ils ont reçus d’eux, mais de vivre en toute licence et liberté, et à leur fantaisie : ordinairement ils viennent sitôt après le départ des autres : les hommes les connaissent pour ce qu’ils sont, et ne s’en inquiètent guère ; mais par-là ils apprennent ce que c’est que le bien et le mal ; car on acquiert la connaissance de la qualité du bien par son contraire ; et toute perception ou idée d’une chose se forme sur la réflexion relative aux différences prises des contraires considérées de diverses manières et en différents points de vue.

78. Ceux qui s’appellent des Saints et des Seigneurs médiateurs, N. 70, sont privés des visites des Esprits Censeurs et Instructeurs, parce que les châtiments ne les corrigent pas, et qu’ils ont trop d’amour propre pour souffrir qu’on leur donne des instructions : ils font incorrigibles, à cause de leur inflexibilité : les Esprits disaient qu’ils les connaissent au froid qui les environne, et que sitôt qu’ils sentent ce froid, ils se retirent.

79. Parmi les Esprits du Globe de Jupiter, on en distingue sous le nom de Ramoneurs de cheminées, parce qu’ils ont en effet la face enfumée et qu’ils paraissent vêtus d’un habillement d’un brun couleur de suie : ce détail suivant apprendra le pourquoi et ce qu’ils font. Un de ces Esprits Ramoneurs vint à moi, et me sollicita avec beaucoup d’instances de prier et d’intercéder pour qu’il fût admis dans le Ciel ; je ne crois pas, disait-il, avoir fait quelque chose qui mérite qu’on m’en exclue : j’ai réprimandé les habitants de la Terre, mais j’ai toujours fait succéder l’instruction à la mercuriale et au châtiment. Il se colla sous mon bras gauche, et répétait deux fois les mêmes paroles : il excita ma compassion ; mais je ne pus lui répondre autre chose sinon que ce qu’il désirait dépendait uniquement du Seigneur, et quant à moi, que je ne pouvais rien à cet égard, pas même employer mon intercession, parce que j’ignorais si je le devais ou non ; que s’il méritait cette grâce il pouvait l’espérer : alors il fut renvoyé dans la société des bons Esprits de son Globe. Ceux-ci déclarèrent qu’ils ne pouvaient l’admettre parmi eux, parce qu’il ne leur ressemblait pas ; mais il montrait toujours un ardent désir d’être introduit dans le Ciel, et qu’il le demandait très instamment ; on l’envoya dans la société des bons Esprits de notre Terre ; ils s’exécutèrent de l’y recevoir, parce qu’à la lumière il paraissait noir ; il répondit que sa couleur n’était pas noire, mais brune.

On m’apprit à cette occasion que ces Esprits sont d’abord tels, et qu’ensuite ils sont reçus parmi ceux qui composent, dans le très grand homme ou le Ciel, la région des vaisseaux séminaux. La semence se ramasse dans ces vaisseaux, s’y couvre d’une matière convenable à la conservation de la partie prolifique de la semence, qui se dépouille de cette enveloppe à l’entrée de la matrice, afin que ce qui y reste seconde l’œuf pour la conception : il y a naturellement dans ce germe comme une tendance ou désir vif, s’il est permis de s’exprimer ainsi, de se débarrasser de cette enveloppe pour parvenir à sa destination. Il arriva quelque chose d’approchant à l’Esprit Ramoneur ; il revint à moi dans son vêtement ordinaire, et me fit encore part du désir ardent qu’il avait d’aller au Ciel, et ajouta qu’il voyait bien qu’il était dans un état capable de l’y faire admettre. C’est peut-être un signe, ou pressentiment que vous y serez bientôt reçu ; et je lui dis cela par inspiration ; car les Anges lui commandèrent ensuite de se dépouiller de fon vêtement : il obéit avec tant de promptitude qu’on ne saurait le faire avec plus de célérité. On doit juger par-là de l’ardeur et de la vivacité des désirs de ces Esprits de la Région du Ciel, à laquelle correspondent les vaisseaux qui contiennent la semence.

On me dit que quand on prépare ces Esprits pour le Ciel, on leur ôte ces vêtements obscurs ; pour leur en donner de brillants, et qu’ils deviennent des Anges. Ceux-ci les comparaient à ces vermisseaux ou chenilles, qui après avoir passé un temps dans l’état d’insectes vils et rampants, se changent pour passer à celui de Chrysalides, ou de Nymphes, ensuite à celui de papillon, qui paraissent sous une autre forme, et sous un autre habit, ayant des pieds, des ailes diversement colorées en bleu, en jaune, ayant l’éclat de l’or et de l’argent ; avec la faculté d’en faire usage pour s’élever dans les airs, qui est leur Ciel, s’y nourrir du suc le plus pur des fleurs, s’y marier, pondre des œufs, et pourvoir à la propagation de leurs espèces.

80. Il est temps de parler des Anges de la Terre de Jupiter ; car ceux dont j’ai fait mention N. 70, qui viennent aux hommes et se placent sur leur tête, ne sont pas des Anges venus de leur Ciel intérieur, mais des Esprits angéliques de leur Ciel extérieur. On m’a instruit de ce qui les concerne, et je vais le rapporter. Un de ces Esprits de Jupiter, dont l’approche cause de la frayeur, se plaça sous mon aisselle gauche, et me parla ; le son de sa voix tenait du bruit aigre que fait une roue mal graissée, et ses paroles étaient tellement embrouillées l’une avec l’autre, que je fus longtemps à en prendre le sens, d’ailleurs je n’étais pas sans crainte ; il me dit de faire un bon accueil aux Anges, quand ils viennent à moi ; il me fut dit de lui répondre que cela ne dépendait pas de moi, et que je les reçois tous selon ce qu’ils sont. Dans l’instant vinrent des Anges de leur Terre, mais je reconnus bientôt à leur langage et aux discours qu’ils me tinrent qu’ils différaient beaucoup de ceux de notre Monde ; ils ne me parlaient pas avec des mots, mais par des idées qui s’étendaient dans tout mon intérieur, d’où ils faisaient sentir leur influence sur mes lèvres et elle gagnait toute ma face : ces idées qui tenaient lieu de paroles étaient peu distinctes et séparées entre elles. Ils me parlèrent ensuite par des idées qui l’étaient encore moins, à peine pouvait-on y remarquer quelque interstice : je me trouvai donc réduit à l’état de ceux qui ne s’attachent qu’au sens et non aux mots, et je les compris mieux que la première fois. Leur influence s’étendit de même sur ma face ; mais elle était relative à leur langage ; elle me parut plus continue ; elle ne commença pas à se faire sentir aux lèvres, comme avait fait la première, mais aux yeux. Ils me parlèrent après cela plus pleinement et avec plus de continuité ; alors les mouvements des parties de ma face ne pouvaient plus suffire et concourir à l’expression, je sentis que l’influence s’était portée à mon cerveau, et qu’il opérait ce que la face n’avait pu faire. Enfin ils parlèrent une quatrième fois ; mais de manière que mon entendement intérieur en était seul affecté. Ce ne fut plus que comme un vent ou un zéphire doux et léger, que je sentis, mais sans pouvoir distinguer chaque partie. L’Esprit qui s’était attaché à mon côté gauche les interrompait quelquefois pour me recommander d’en agir honnêtement avec eux ; parce que des Esprits de notre Globe présents à notre conversation y mêlaient des choses qui ne seraient pas de leur goût. Il me dit ensuite qu’il n’avait pas compris ce que les Anges m’avaient dit ; mais qu’il en aurait l’intelligence sitôt qu’il s’attacherait à mon oreille gauche ; alors il me parla d’une voix qui n’était pas aigre comme auparavant, mais telle qu’elle est ordinaire aux autres Esprits.

81. Je parlai ensuite aux Anges de ce qu’il y avait de remarquable sur notre Terre, particulièrement de l’imprimerie, de la sainte écriture, des livres qui contenaient la doctrine de l’Église puisée dans l’écriture, et des différences qui étaient résultées des diverses interprétations qu’on avait données aux textes. J’ajoutai que tout cela, au moyen de l’imprimerie, était entre les mains de tous les hommes qui voulaient se procurer ces livres : ils témoignèrent leur étonnement de ce qu’on pouvait divulguer ces choses par l’impression et par l’écriture ordinaire.

82. On me fit voir ensuite la préparation que l’on donne aux Esprits de la Terre de Jupiter pour en faire des Anges du Ciel. Des chars, auxquels sont attelés des chevaux éclatants et brillants de lumière, les portent aux Cieux, comme l’écriture nous dit que de semblables y enlevèrent Élie. Le fait apparaît ainsi pour montrer qu’ils ont été instruits des vérités du Ciel, et qu’ils ont reçu la préparation préalable pour y être admis ; car le char signifie la doctrine de l’Église, et les chevaux brillants et éclatants comme le feu annoncent un entendement éclairé. N. 2760, 5321, 8215, 2761-62, 3217, 8029, 8446-48, 8381.

83. Le Ciel où ils sont portés se montre à la droite de leur Terre, et séparé de celui des Anges de notre Terre. Les Anges de ce Ciel-là paraissent être vêtus d’un bleu éclatant parsemé d’étoiles d’or ; parce qu’ils aimaient cette couleur de préférence aux autres pendant qu’ils vivaient hommes sur leur Terre, et par la raison surtout que cette couleur correspond au bon de l’amour qui domine en eux. N. 9868.

84. Un crâne entier apparut, mais je n’en vis que la partie osseuse supérieure ; on me dit que ceux de la Terre de Jupiter à qui il en apparaît de tels, reconnaissent que c’est un signe qui leur annonce qu’ils mourront dans l’année ; qu’ils doivent donc s’y préparer. Ils ne sont point effrayés de la mort, parce qu’ils savent qu’ils ne quittent cette vie-ci que pour en commencer une qui ne finira point ; qu’ils passeront de cette vie au Ciel : aussi ne disent-ils pas que mourir est mourir ou cesser de vivre ; mais que mourir est le même qu’être célifié : ils ne regrettent que de laisser sur la Terre leur femme, leurs enfants et leurs parents. Ceux qui ont aimé leur femme d’un amour vraiment conjugal, et qui ont pris le soin qu’ils doivent comme père à leurs enfants, ne meurent pas de maladie, mais paisiblement comme s’ils s’endormaient, et passent ainsi de ce Monde au Ciel. La vie des hommes de la Terre de Jupiter est ordinairement de trente de nos années. Dieu y a pourvu ainsi afin que les hommes ne se multiplient pas sur cette Terre au-delà du nombre qu’elle peut nourrir. Une autre raison est que ceux qui parviennent au-delà de trente ans ne veulent plus se laisser conduire par les Anges et par les Esprits, comme le font volontiers ceux qui n’ont pas atteint cet âge ; c’est aussi pourquoi les Anges se portent rarement vers ceux qui l’ont passé. Ils parviennent à la puberté et à un âge mûr beaucoup plus tôt qu’on n’y parvient sur notre Globe ; c’est pourquoi ils se marient dans la première fleur de la jeunesse ; ce qui les porte à aimer véritablement leur femme et à donner tous leurs soins à leurs enfants ; les autres plaisirs sont bien pour eux des plaisirs, mais comme des délices qui s’arrêtent à l’extérieur et ne satisfont pas l’esprit.

 

 

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De la Planète de Mars et de ses habitants.

 

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85. Les Esprits de la Terre de Mars sont les meilleurs entre tous les Esprits des Terres que le Soleil de ce Monde éclaire ; car la plupart des hommes de celle de Mars sont des hommes tout célestes, et ressemblent à ceux des nôtres qui composèrent la plus ancienne Église sur notre Globe. N. 607, 895, 920, 1110-24, 2896, 4493. On les représente la face dans le Ciel et le corps dans le Monde des Esprits ; et leurs Anges sont représentés la face tournée vers le Seigneur, et le corps au Ciel.

86. Dans l’idée des Anges et des Esprits la Planète de Mars se montre constamment à gauche en avant, à quelque distance, à la hauteur de la poitrine, et hors de la sphère où sont les Esprits de notre Terre. Les Esprits de chaque Terre sont séparés de ceux des autres Globes, parce que chaque Terre représente une région particulière dans le Ciel appelé le très grand homme. C’est pourquoi ces terres ont chacune leur position particulière et relative ; et cette différence de situation fait que l’une est à droite, l’autre à gauche à une distance plus ou moins grande. N. 5 ci-devant.

87. Les Esprits venaient à moi de leur Terre, et se collaient à ma tempe gauche d’où ils me parlaient sans que je les comprisse ; je n’avais auparavant rien senti de si tendre et de si doux ; c’était comme un souffle léger qui affectait à peine ma tempe gauche et la partie supérieure de l’oreille au même côté ; il passait de là à l’œil, et ineffablement à ma droite, descendait ensuite surtout de l’œil gauche aux lèvres, se glissait dans ma bouche, et remontait par le canal Eustachien au cerveau : quand ce souffle y fut parvenu, je compris ce qu’ils me disaient, et je pus leur répondre. Je m’aperçus que mes lèvres étaient mues pendant qu’ils me parlaient, ma langue éprouvait aussi un petit mouvement par la correspondance du parler intérieur avec l’extérieur. Celui-ci se fait par l’articulation du son qui se porte à la membrane extérieure de l’oreille, et de là par les fibres et les membranes intérieures de l’oreille qui en sont affectées jusqu’au cerveau.

J’ai reconnu par-là que le parler des habitants de Mars diffère de celui des habitants de notre Terre ; qu’il n’est pas bruyant et sonore comme le nôtre, mais doux et bas, s’insinuant par la vue et dans l’ouïe par le chemin le plus court : qu’il est conséquemment plus parfait, plus net et plus plein d’idées de la pensée, et approchant davantage du parler des Anges et des Esprits. L’affection même qui s’exprime par les paroles se représente en même temps sur le visage, et la pensée actuelle dans les yeux ; car chez eux la pensée et la parole, l’affection et la physionomie ne sont jamais en contradiction ; parce qu’ils regardent comme une action détestable de parler contre sa pensée et contre son affection, et de masquer sa physionomie pour tromper ; aussi ignore-t-on parmi eux ce que c’est que l’hypocrisie, la feinte, le dol et la fourberie.

Les différentes conversations que j’ai eues avec quelques-uns des plus anciens hommes qui ont existé sur notre Globe m’ont convaincu qu’ils parlaient et s’exprimaient alors dans le goût et la manière des habitants de la Planète de Mars. Pour le prouver, je vais rapporter ce qu’ils m’ont dit : On me fit sentir, par une impression que je ne saurais décrire, quel était le parler de ceux qui composaient alors l’Église. Voyez les renvois du N. 85. « où l’on trouvera que la prononciation ou modification de l’air pour former les paroles n’était pas articulée et manifestée par un son aussi élevé qu’il l’est aujourd’hui parmi nous ; que la respiration externe y avait moins de part que l’interne, conséquemment que c’était un langage des pensées. On m’apprit aussi quelle est la respiration interne ; elle se portait du nombril vers le cœur, et sortait par les lèvres sans bruit, lorsqu’on parlait. Elle n’entrait pas par la voie extérieure de l’oreille, pour aller frapper ce que nous nommons le tympan de l’oreille ; elle s’insinuait par la voie interne connue sous le nom du canal ou tube Eustachien. On me fit voir que par cette manière de s’exprimer, on rendait mieux ses idées et ses pensées qu’on ne peut le faire par l’articulation des sons et d’une voie sonore, qui s’exécute également au moyen de la respiration ; mais d’une respiration externe, puisque dans la voix tout se fait par la respiration ; que la respiration interne étant plus parfaite, plus applicable et plus analogue aux idées et à la pensée, le parler qui en résulte doit être aussi plus parfait ; d’autant mieux qu’ils aidaient à l’expression par un léger mouvement des lèvres, et par des changements dans la physionomie qui y correspond. En effet, comme ils étaient des hommes tout célestes, leurs pensées, leurs idées, leurs affections se manifestaient tant dans leurs yeux que sur leur physionomie, comme dans un miroir : la face présentait la forme et les yeux la lumière ; et il ne leur était guère possible de montrer une physionomie autre que celle de la véritable image de la pensée ; c’est pourquoi ils furent favorisés du commerce avec les Anges. »

Les Anges et les Esprits ont une sorte de respiration. N. 3884-93. Celle des Esprits de Mars me fut communiquée, et j’observai qu’elle partait de la partie du thorax la plus voisine du nombril, montait par la poitrine jusqu’à la bouche comme un souffle imperceptible ; d’où je pus conclure, ainsi que de plusieurs autres expériences, qu’ils étaient doués d’un génie céleste, et qu’ils ressemblaient en cela aux hommes de notre Terre qui composèrent la première et la plus ancienne Église.

88. On m’a fait connaître que les Esprits de Mars représentent dans le très grand homme le milieu entre l’entendement et la volonté, et conséquemment la pensée que l’affection enfante ; et les plus parfaits d’entre eux représentent l’affection mère de la pensée ; que c’est la raison pour laquelle la face ou physionomie est toujours d’accord avec leur pensée, et qu’ils ne peuvent pas feindre ou masquer leur visage. C’est aussi pourquoi représentant dans le très grand homme le milieu dont nous avons parlé, la partie mitoyenne entre le cerveau et le cervelet leur correspond ; car dans tous ceux chez lesquels le cerveau et le cervelet ou l’intellect et la volonté sont unis quant aux opérations spirituelles, la face ne fait pour ainsi dire qu’un avec la pensée, dont elle est l’image, de manière que par elle on juge de l’affection même, et de cette affection on passe, en considérant l’état des yeux, aux pensées ordinaires qu’elle produit : c’est pourquoi je m’aperçus très sensiblement, pendant que ces Esprits étaient chez moi, que la partie antérieure de ma tête se portait vers l’occiput, et que le cerveau se rapprochait du cervelet. Chez nos premiers pères la pensée ne démentant jamais la physionomie, ils recevaient l’influence du cervelet ; quand les hommes eurent commencé à mettre sur leur visage le masque trompeur de la feinte, cette influence partit du cerveau. N. 4325-28.

89. Un jour que les Esprits de Mars s’étaient logés dans la sphère de mon homme intérieur, des Esprits de notre Terre voulaient aussi s’y glisser ; mais ils devinrent comme insensés, parce qu’ils ne se convenaient pas ; par la raison que ceux de notre Globe représentent le sens extérieur, et que leurs idées se portaient vers eux-mêmes ou vers les objets terrestres, tandis que celles des Esprits de Mars tendaient au Ciel et aux objets spirituels, ainsi qu’au bien-être du prochain. Sur ces entrefaites, des Esprits angéliques de Mars se présentèrent, la communication cessa et les Esprits de notre Terre se retirèrent.

90. Ces Esprits angéliques me donnèrent des connaissances sur les habitants de leur Globe ; ils ne sont pas, me dirent-ils, réunis sous un gouvernement tel que ceux que nous nommons un Empire, une Monarchie, une République ou autre gouvernement de cette espèce ; ils vivent séparément en sociétés les unes plus nombreuses que les autres, et forment ces sociétés sur l’accord et la convenance des Esprits entre eux ; le choix n’est pas pour eux difficile à faire, puisqu’ils jugent des personnes sur leur parler et sur leur physionomie ; ils ne s’y trompent pas, et une fois choisies, tous ceux de la société sont bons amis. Ces associations sont d’autant plus agréables et satisfaisantes que le bon accord y règne. On s’y entretient des affaires qui concernent la société, et surtout des choses célestes ; car la plupart communiquent avec les Anges du Ciel. Si quelqu’un d’entre eux vient à se déranger dans sa façon de penser ou dans sa conduite, on fait divorce avec lui, on le laisse seul errer partout où bon lui semble, et vivre misérablement hors de la société ; car on ne se soucie plus de lui. Il est cependant des sociétés où l’on tente divers moyens pour les rappeler à eux-mêmes et les amener à résipiscence ; mais quand on voit qu’on travaille en vain, ils font avec eux un divorce absolu. Ils donnent toute leur attention pour empêcher que l’ambition de dominer ou de s’approprier le bien d’autrui ne se glisse dans l’esprit de quelqu’un d’eux ; parce qu’après avoir établi son empire sur une société, il ne tarderait pas à ambitionner de dominer sur deux, puis sur trois, et ainsi sur toutes les autres successivement. Chacun vit content de ce qu’il possède et de l’honneur qu’on lui rend, parce qu’il a la droiture et la justice présentes à l’esprit, et l’amour envers son prochain dans le cœur. Le désordre ferait bientôt disparaître la satisfaction et la tranquillité qui règnent chez eux, s’ils ne coupaient court promptement aux funestes effets de l’amour de soi-même et de l’amour des choses du Monde, en bannissant de leurs sociétés ceux qui sont les esclaves de ces amours désordonnés. Car ce sont ces amours qui ont formé les Empires et les Royaumes, parmi lesquels il en est peu qui ne veuillent s’agrandir aux dépens des autres, parce que peu aiment la justice et l’équité, et moins encore qui fassent le bien par principe d’amour pour le prochain ; mais seulement par la crainte des punitions décernées par la loi, ou par la crainte de perdre sa réputation, son honneur ou sa fortune.

91. Les habitants de Mars reconnaissent et adorent notre Seigneur, comme Dieu unique qui gouverne le Ciel et l’Univers ; qu’il les conduit, et que tout bien vient de lui comme de son unique source ; qu’il apparaît sur leur Terre. Je dis à ces Esprits angéliques que les Chrétiens de notre Globe savent aussi qu’il régit tout dans l’Univers, ainsi que dans le Ciel, comme il est écrit dans l’Écriture : Tout pouvoir m’a été donné dans le Ciel et sur la Terre, Matth. 18 : 18, mais que quelques-uns ne le croient pas comme le font les habitants de Mars. Ils ajoutèrent que non seulement ils étaient persuadés que tout bien vient de lui, mais que d’eux-mêmes ils ne sont que souillure infernale et diabolique ; que le Seigneur les purifie, les tire de l’Enfer, et prend un soin continuel d’eux. Une fois que je nommais le Seigneur en leur présence, sur-le-champ ils s’humilièrent si sincèrement et si profondément qu’on ne peut le dire. Dans cet état ils pensaient que d’eux-mêmes ils étaient dans l’Enfer ; et, comme tels, indignes de tourner leurs faces vers le Seigneur, qui est la sainteté même ; ils étaient comme hors d’eux-mêmes, et demeurèrent à genoux jusqu’à ce qu’ils se sentirent relevés par le Seigneur, comme s’il les retirait de l’Enfer : alors ils s’aperçurent qu’ils avaient reçu le bien, et que leurs cœurs embrasés de son amour étaient ravis de joie et de satisfaction. En s’humiliant ainsi, ils ne lèvent pas la face vers le Seigneur, parce qu’ils n’osent le regarder. Les autres Esprits qui étaient autour de moi disaient qu’ils n’avaient jamais vu une humiliation semblable.

92. Quelques-uns de ces Esprits de Mars étaient surpris de ce que tant d’Esprits infernaux étaient autour de moi, et de ce qu’ils me parlaient ; il me fut dit de leur répondre qu’on le leur permettait pour que je pusse apprendre ce qu’ils sont, pourquoi ils sont dans les Enfers, et que leur état est conforme à leur vie : que j’en avais connus plusieurs d’entre eux avant leur mort, et que quelques-uns avaient été élevés dans les hauts rangs et constitués dans les dignités de notre Monde ; mais qu’ils n’avaient eu à cœur que les choses terrestres : que d’ailleurs je n’avais rien à craindre de leur part, quelque méchants qu’ils puissent être, parce qu’ils ne pouvaient me faire aucun mal, étant sous la protection continuelle du Seigneur.

93. On me mit devant les yeux non un habitant réel de la Terre de Mars, mais son image ou ressemblance ; la face en était pareille à celle des hommes de notre Globe, excepté que la partie inférieure en était noire, non par la barbe, car il n’en avait pas ; mais cette couleur noire produisait à l’œil a peu près le même effet, parce qu’elle s’étendait jusque sous le bas des oreilles. La partie supérieure tirait sur un jaune approchant de celui que l’on voit sur le visage des hommes de notre Terre dont la peau n’est pas d’un beau blanc. On me dit que les habitants de la Terre de Mars se nourrissent de légumes, et surtout de fruits, mais particulièrement d’un certain fruit rond qui croît sur leur Globe. Leurs habits sont tissus des fibres de l’écorce de quelques arbres, que leur consistance rend propres à cet effet, en les collant les unes aux autres, au moyen d’une gomme qui se trouve chez eux. Ils ajoutèrent qu’ils savaient composer des feux liquides pour suppléer, le soir et la nuit, au défaut de la lumière du jour.

94. J’ai vu une flamme très belle, variée de pourpre et d’un blanc rougeâtre, ces couleurs avaient le plus grand éclat : elle s’attacha à une main, d’abord dessus, ensuite sur la paume, et se glissait tout autour ; cela dura quelque temps : la main environnée de cette flamme s’éloigna un peu et s’arrêta à quelque distance, et la flamme conserva son éclat ; la main sembla se perdre dans ce brillant, et la flamme changer en un oiseau de mêmes couleurs toujours très vives ; mais elles changèrent, et cet oiseau se montra plein de vie : il voltigea par ci par là, ensuite autour de ma tête ; puis il s’en fut dans un cabinet étroit, qui avait l’air d’une antichambre ; à mesure qu’il volait, il parut perdre ses forces, enfin la vie, et devint un oiseau de pierre, d’abord couleur de perles, ensuite obscure ; dans cet état, quoique privé de vie, il volait. Pendant qu’il voltigeait autour de ma tête, et plein de vie, je vis un Esprit grimper le long de mon côté jusqu’à la hauteur de ma poitrine, faisant son possible pour saisir cet oiseau ; il était si beau que les Esprits qui m’entouraient, en empêchant l’autre de s’en emparer, avaient tous la vue fixée sur ce bel oiseau. L’Esprit qui était monté le long de moi leur persuada fermement que le Seigneur était dans ce volatile, et lui faisait faire tous ces mouvements : quoique la plupart n’en crussent rien, ils cessèrent cependant de s’opposer à son désir ; il le saisit en effet ; mais comme le Ciel fit alors sentir son influence, il ne put le retenir, et lui rendit la liberté. Cela fait, les Esprits qui étaient autour de moi et avaient observé tous ces changements arrivés à ce bel oiseau, en raisonnèrent fort longtemps entre eux, et conclurent qu’il devait y avoir quelque chose de céleste dans cette vision ; ils savaient que la flamme signifie l’amour céleste et ses affections ; que la main à laquelle la flamme était attachée marque la vie et sa puissance ; que le changement des couleurs est l’emblème des variations dans l’état de la vie quant à la sagesse et à l’intelligence ; ils savaient aussi que l’oiseau signifie le même, à la différence près qu’il est le signe de l’amour spirituel et de ses émanations ; or (l’amour céleste est l’amour pour Dieu, et l’amour spirituel est la charité envers le prochain, N. 85) les changements arrivés dans les couleurs et dans la vie de l’oiseau jusqu’à ce qu’il devînt pierre signifient encore les changements qui arrivent dans la vie spirituelle respectivement à l’intelligence. Ils n’ignoraient pas que les Esprits qui des pieds montent le long du corps jusqu’à la hauteur de la poitrine, sont fortement persuadés qu’ils sont agréables aux yeux de la Divinité, et pensent que toutes leurs actions, même mauvaises, sont conformes à la volonté du Seigneur. Cette connaissance les laissa cependant encore incertains sur ce que signifiait cette vision : mais le Ciel dissipa cette incertitude, en leur apprenant qu’elle était relative aux habitants de la Planète de Mars ; que l’amour céleste, dont un grand nombre sont embrasés, était représenté par la flamme qui était adhérente à la main ; et que l’oiseau, tant qu’il conserva la beauté de ses couleurs et la vigueur de sa vie, était l’image de leur amour spirituel : que le même oiseau privé de vie, devenu pierre et sa couleur obscure, représentait ceux de ces habitants qui avaient cessé de pratiquer le bien pour faire le mal, et se croient encore dans les bonnes grâces du Seigneur ; l’Esprit qui était monté à la hauteur de ma poitrine et voulait prendre l’oiseau était un second emblème de ces habitants.

95. L’oiseau devenu pierre représentait aussi les habitants de la Terre de Mars qui, de la vie active, des affections et des pensées, passent à la vie inactive que nous appelons de quiétude. J’en ai ouï raconter ceci : un Esprit s’étant placé sur ma tête me parla sur cet état, mais sur le ton d’une personne endormie ; il me dit beaucoup de choses, mais avec toute la prudence et l’attention dont on est capable dans un état de veille. Il me donna à entendre qu’il était un de ces députés des sociétés célestes, que l’on nomme sujets. N. 4403, 5856, 5983-89. J’en ai déjà parlé. Il ne dit en effet rien que de vrai, et si on lui suggérait le contraire, il ne le mettait pas au jour. Je l’interrogeai sur son état actuel ; c’est, me dit-il, un état de paix et de tranquillité, et je n’ai aucune inquiétude sur l’avenir ; d’ailleurs je me comporte de façon que je suis en communication avec le Ciel. On m’a appris que de tels êtres représentent le sinus longitudinal dans le très grand homme, c’est-à-dire, cet interstice qui se trouve entre les deux hémisphères qui constituent le cerveau ; il ne souffre aucune altération des commotions que peuvent éprouver ces deux hémisphères. Pendant que cet Esprit me parlait, d’autres vinrent se placer sur le devant de ma tête ; se trouvant alors comme gêné, il se rangea sur le côté. Ces nouveaux venus conversaient entre eux, mais les Esprits qui étaient autour de moi, ni moi, ne comprenions rien de ce qu’ils disaient. Des Anges m’apprirent qu’ils appartenaient à la Terre de Mars, et savaient s’exprimer entre eux d’une manière inintelligible aux autres. J’en fus d’autant plus étonné que je savais que la langue commune à tous les Esprits est celle des pensées produites en conséquence des idées que fournissent les affections, filles de l’amour, et que cette langue tient lieu de mots et s’entend très bien dans le Monde spirituel. On me dit que ces Esprits de Mars présentaient les images de leurs idées par certains mouvements des lèvres, et par un arrangement des traits de leurs visages connus entre eux et inconnus aux autres, et qu’ils ont l’adresse d’en soustraire à l’instant les images de leurs pensées, avec l’attention la plus scrupuleuse de ne rien manifester de leur affection ; parce que si on apercevait la moindre trace de celle-ci, on connaîtrait bientôt les pensées qu’elle enfante. On ajouta que les habitants de Mars qui faisaient consister la vie céleste dans les seules connaissances, et non dans la vie de l’amour, s’étaient fait ce langage, dont tous cependant n’usaient pas, et que devenus purs Esprits après la mort, ils l’employaient encore.

Ce sont ceux que l’oiseau devenu pierre représentait plus spécialement ; car par ces combinaisons des traits du visage, ces mouvements étudiés des lèvres, la suppression de l’image de l’affection et de la pensée, former un langage de tout cela, c’est lui ôter la vie, c’est en faire un simulacre, ou un masque, et s’y assimiler par degrés. Ils croient donc que les autres Esprits ne comprennent rien à ce langage, mais ils ne sauraient se cacher aux Anges, parce qu’on ne peut soustraire l’affection et la pensée à leurs yeux : on le leur prouva par l’expérience. Je me rappelai, et cela par l’inspiration des Anges au fait de leur langage, que les Esprits malins de notre Terre ne rougissent pas de honte quand ils molestent les autres ; ces Esprits de Mars s’en aperçurent, et, dans leur étonnement, ils avouèrent que c’était là l’objet de leur entretien. Les Anges me mirent également au fait de ce que ces Esprits pensaient et disaient, malgré tous les soins qu’ils apportaient à se cacher.

Ces Esprits firent ensuite descendre leur influence sur mon visage, où je la sentis descendre comme de très menus ruisseaux de pluie, signe qu’ils n’avaient pas l’affection pour le bon et pour le vrai, car les cannelures sont l’image de ce défaut. Ils me dirent alors très intelligiblement que les habitants de leur Globe parlaient ce langage entre eux. On leur dit qu’ils avaient tort, parce qu’ils fermaient ainsi leur intérieur pour se livrer entièrement à l’extérieur, qui par là était privé de la vie pour laquelle il a été fait ; et surtout parce que c’est faire injure à la sincérité et à la franchise, qualités essentielles à l’honnête homme. Ceux qui ont l’âme sincère et le cœur franc seraient bien fâchés de penser et de parler devant qui que ce soit d’une manière capable de faire prendre le change à ceux qui les entendent ; mais ceux qui affectent un langage inintelligible à leurs auditeurs, jugent de ceux-ci d’après eux-mêmes, pensent mal d’eux, et très bien sur leur propre compte : l’habitude prend de fortes racines, et on vient au point de penser mal, de juger mal de l’Église et des vérités qu’elle enseigne, du Ciel et du Seigneur même.

On me dit encore que ceux qui sont curieux d’acquérir des connaissances pour une autre fin que celle de les employer à se bien conduire, se rapportent, dans le très grand homme, à la membrane qui tapisse le crâne intérieurement ; que ceux qui se sont formé l’habitude de parler autrement que l’affection et la pensée ne le dictent, correspondent à la même membrane, mais devenue osseuse, parce que leur vie ne participe pas de la vie spirituelle.

96. À l’occasion de ceux dont l’oiseau devenu pierre est le symbole, comme n’ayant que des connaissances sans aucune vie animée par l’amour, conséquemment aucune vie spirituelle, je dirai, par forme d’appendice, que la vie spirituelle ne se trouve proprement que dans ceux dont le cœur est embrasé par l’amour des choses célestes, et qui y puisent toutes les connaissances ; parce que cet amour renferme toutes les connaissances qui y sont relatives. Jugeons-en tant par les animaux qui restent sur la Terre, que par les oiseaux que nous appelons les animaux du Ciel, parce qu’ils s’élèvent dans les airs ; ils ont toutes les connaissances nécessaires et relatives à ce qu’ils affectionnent. Leur amour les porte à chercher et à choisir la nourriture qui leur est convenable, à se loger en sûreté, à propager leurs espèces, à nourrir et élever leurs petits avec tout le soin dont ils sont capables, quelques-uns à se pourvoir de provisions qu’ils ne trouveraient pas pendant la saison de l’hiver ; ils ont donc toute la science et les connaissances qui leur sont nécessaires ; cet amour les leur influe comme dans un vase propre et dispose à les recevoir ; ces animaux en sont même doués au point d’exciter l’étonnement et l’admiration des hommes qui se piquent de science et des connaissances les plus étendues. Cette science est innée chez eux, et nous l’avons nommé instinct ; mais elle n’est que l’effet de l’amour naturel qui constitue leur vie. Si l’homme était constamment animé de l’amour qui lui est propre et qui le distingue des bêtes, c’est-à-dire de l’amour céleste, ou ce qui est le même, de l’amour pour Dieu et de l’amour envers le prochain, qui sont inséparables et n’en font qu’un, l’homme aurait alors toute la science requise, l’intelligence même de tout et la véritable sagesse, parce qu’elles dériveraient du Ciel sur ces deux amours comme émanées du Seigneur, source et principe de toutes les connaissances. Mais comme l’homme naît pour se perfectionner, et qu’en naissant il apporte avec lui l’amour de soi-même et l’amour des choses terrestres, il naît dans les ténèbres de l’ignorance, d’où il ne peut sortir qu’en les dissipant par la lumière divine qui éclaire son entendement, et y introduit la sagesse ; or cela ne peut se faire qu’en le purgeant de l’amour de soi-même et de l’amour du Monde qui en ferment l’entrée, et qui y occupent la place destinée à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain, qui ne peuvent y loger en même temps avec leurs ennemis les plus irréconciliables. L’homme livré à ces deux ennemis de Dieu et de lui-même n’a d’autre lumière pour se conduire que la fausse lueur de la sagesse humaine, qui le fait trébucher presqu’à chaque pas quand il la prend pour guide, et qui l’enfonce de plus en plus dans les ténèbres au lieu de l’en tirer. On peut se convaincre que l’amour céleste est seul le principe de l’intelligence et de la sagesse, par l’exemple que nous présentent ceux qui sont animés de l’amour de Dieu et de celui du prochain dans ce Monde-ci, puisqu’arrivés dans le Ciel ils savent tant de choses ignorées des hommes, et ont des connaissances auxquelles la sagesse humaine ne peut les conduire ; ils voient dans ce séjour de la félicité ce que l’imagination n’a jamais pu se figurer ; ils pensent et parlent des choses que l’œil n’a jamais vues, dont l’oreille n’a jamais entendu faire le récit, et qui sont tellement au-dessus de la portée de l’esprit de l’homme vivant sur Terre, qu’elles sont ineffables : et c’est l’amour qui y conduit, et qui en donne la connaissance.

 

 

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De la Terre ou Planète de Saturne.

 

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97. LES Esprits de cette Terre se montrent, ainsi qu’elle se voit en avant à une grande distance, vers la hauteur des genoux. Lorsqu’on jette les yeux de ce côté-là, on y voit une grande quantité de ces Esprits, tant à la droite qu’à la gauche. Je leur ai parlé, et ils m’ont fait connaître qu’ils ont la probité et la modestie en partage ; et que comme ils s’estiment peu, c’est la raison qui les fait paraître petits dans l’autre vie.

98. Par la même raison ils sont très humbles dans l’exercice de leur culte, qu’ils rendent au Seigneur, qui leur apparaît de temps à autre sous forme angélique, par conséquent sous la forme humaine ; alors sa Divinité éclate sur sa face, et fait impression sur l’esprit. Parvenus à un âge mûr, les habitants ont commerce avec les Esprits, et ceux-ci les instruisent tant sur ce qui regarde le Seigneur que sur le culte qu’ils doivent lui rendre, et sur les règles de conduite qu’ils doivent suivre. Lorsque quelques Esprits cherchent à les séduire, à leur faire perdre la foi au Seigneur, et à les déranger dans la régularité de leur conduite, ils répondent qu’ils préfèrent de mourir ; et on leur voit une espèce de poignard en main, dont ils menacent de se donner la mort : quand on leur en demande la raison, c’est, disent-ils, qu’ils aiment mieux mourir que de s’éloigner du Seigneur. Les Esprits de notre Terre les badinent, les raillent à ce sujet, et vont quelquefois jusqu’à des reproches offensants ; ils répondent qu’en effet ils n’ont pas un dessein réel de se tuer ; mais qu’ils montrent au moins leur façon de penser, qui est de mourir plutôt que de se séparer du Seigneur à qui seul appartient notre vie, et qui seul a droit de nous l’ôter.

99. Les Esprits de notre Globe vont quelquefois leur demander quel Dieu ils adorent. Vous déraisonnez non seulement de nous faire une telle question, répondent-ils, mais bien plus encore de ce que vous ne dites pas que le Seigneur est le Dieu unique, qui régit tout l’Univers, ainsi que le Ciel, par lequel il gouverne tout.

100. Ils disent que quelques-uns d’entre eux donnent le nom de Seigneur à la grande lumière qui éclaire la nuit ; mais qu’ils ne les souffrent pas parmi eux. Cette lumière nocturne est ce que nous nommons la ceinture ou l’anneau qui, à quelque distance, environne cette Planète ; elle vient aussi des Lunes ou Satellites de Saturne.

101. Ils m’ont raconté que des Esprits viennent par troupes les visiter souvent, pour leur demander ce qui se passe chez eux, et qu’ils ont l’adresse de le leur faire dire. Ils n’ont tort, ajoutaient-ils, qu’en ce qu’ils ne s’en informent que pour satisfaire l’envie qu’ils ont de tout savoir, et non pour en faire un bon usage. On leur apprit que ces Esprits appartenaient au Globe de Mercure, situé le plus près du Soleil.

102. Les habitants et les Esprits de Saturne correspondent au sens moyen entre l’homme spirituel et l’homme naturel dans le très grand homme, mais surtout à celui qui s’éloigne du naturel et s’approche du spirituel ; c’est pourquoi ces Esprits paraissent tantôt s’élever au Ciel, tantôt descendre ; car le sens spirituel appartient au Ciel, et le sens naturel au-dessous. Les Esprits de notre Terre correspondant au sens naturel et corporel dans le très grand homme, l’expérience m’a montré combien l’homme naturel qui n’a pas la foi animée par la charité est opposé à l’homme spirituel.

Je vis venir de loin des Esprits de la Terre de Saturne ; des Esprits de notre Globe les abordèrent en insensés, et commencèrent à leur tenir des discours indignes contre la foi et contre le Seigneur ; ils poussèrent l’impertinence jusqu’aux invectives, au point même de vouloir les maltraiter ; ceux de Saturne n’en furent pas intimidés, quoique les autres fussent au milieu d’eux ; ils étaient effectivement en sûreté, et ils demeurèrent tranquilles. À peine ceux de notre Terre se trouvèrent-ils dans la compagnie de ceux de Saturne, qu’ils se sentirent tourmentés par un défaut de respiration, et par des angoisses, qui leur firent prendre le parti de se sauver, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, et disparurent. Il fut aisé de juger par là quelle est la folie d’un homme naturel privé du spirituel, lorsqu’il entre dans l’atmosphère de celui-ci. Celui-là n’a qu’une sagesse mondaine, alors il ne croit que ce que ses sens lui présentent, et comme ses sens sont trompeurs, il donne toujours dans le faux, s’il n’est éclairé et redressé par une influence lumineuse du Ciel. Voilà pourquoi les choses spirituelles sont si peu de leur goût qu’ils ont même de la répugnance à en entendre parler, et qu’ils tombent en démence lorsqu’ils se trouvent dans une atmosphère spirituelle. Il n’en est pas tout à fait de même des hommes encore vivants sur la Terre ; les choses spirituelles se présentent quelquefois naturellement à leur esprit ; ils les en chassent, ou ils ne prêtent aucune attention quand on leur en parle, ou ils les tournent en dérision. Ce fait prouve encore que l’homme naturel ne peut par lui-même devenir spirituel ; mais que s’il a la foi, et vit spirituellement, l’homme spirituel influe sur l’homme naturel, et le fait penser spirituellement ; car le Monde spirituel influe sur le Monde naturel, et non celui-ci sur celui-là. N. 3219, 5119, 5259, 5427-28, 5477, 6372. L’influence du naturel sur l’intérieur de l’homme n’a point de réalité ; elle n’existe qu’en apparence, et cette apparence est trompeuse. N. 3721.

103. Les Esprits de la Terre de Saturne m’ont appris que ses habitants y vivent par familles séparées les unes des autres ; le mari avec sa femme et ses enfants seulement ; car lorsqu’un enfant se marie, il quitte la maison paternelle, et ne la fréquente plus ; c’est pourquoi les Esprits de cette Terre se montrent deux à deux. La nourriture et les vêtements leur causent peu de soucis ; ils se contentent de fruits et de légumes, et ne se couvrent que d’une tunique grossière pour se garantir du froid. Ils sont fort peu attachés à cette vie, parce qu’ils sont persuadés qu’ils vivront encore après leur mort, pour servir le Seigneur ; c’est pourquoi ils se contentent d’éloigner d’eux les cadavres, et de les couvrir de branches et de feuilles d’arbres, au lieu de les inhumer.

104. Je leur demandai ce que c’était que cet anneau lumineux qui nous paraît élevé sur l’horizon de leur Terre, et changer quelquefois de position ; nous ne le voyons pas sous la forme d’un anneau, me répondirent-ils, mais comme quelque chose de très blanc au Ciel, qui change de situation.

 

 

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De la Planète de Vénus.

 

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105. DANS l’idée des Esprits, la Planète de Vénus paraît située à gauche un peu en arrière, à quelque distance de notre Terre. J’ai dit dans l’idée des Esprits, car ils ne voient ni le Soleil ni aucune des Planètes de notre Monde en réalité ; ils ont seulement l’idée de leur existence et de leurs positions respectives. Suivant cette idée, le Soleil leur paraît être un corps obscur, ainsi que les Planètes, mais des corps placés dans une position fixe et non errante dans l’espace. N. 42, ci-devant.

106. Deux sortes d’hommes et de caractères opposés habitent la Planète de Vénus ; les uns sont doux et humains, les autres cruels et féroces ; ceux-ci en occupent une partie, ceux-là l’autre. Mais on saura que l’état de leur vie les fait paraître situés ainsi, car c’est l’état de vie qui y constitue l’apparence de l’espace et des distances.

107. Quelques-uns des Esprits doux vinrent à moi, et je les vis posés sur ma tête ; ils me dirent entre autres choses, qu’étant hommes dans leur Monde, ils avaient reconnu le Seigneur, et le reconnaissaient encore mieux aujourd’hui pour leur unique Dieu ; qu’ils l’avaient vu sur leur Terre, et me le représentèrent tel qu’ils l’avaient vu. Ces Esprits correspondent dans le très grand homme à la mémoire des êtres matériels, et avec celle des objets spirituels, à laquelle correspondent aussi les Esprits de Mercure ; aussi ceux-ci sympathisent très bien avec ceux-là ; c’est pourquoi lorsqu’ils se trouvèrent ensemble chez moi, leur influence causa un changement ou mouvement très sensible dans mon cerveau. N. 43.

108. Je n’ai pas eu de relation avec les Esprits féroces de Vénus : ce que j’en sais, je l’ai appris des Anges. Ils se plaisent à la rapine, et surtout à en vivre. On me communiqua le plaisir qu’ils y trouvent ; et je m’aperçus qu’il est très grand. L’histoire nous apprend qu’il s’est trouvé sur notre Terre des hommes de cette espèce : tels furent les habitants de la Terre de Canaan, I. Sam. 30 : 16, et quelques-uns parmi les Juifs et les Israélites du temps de David même : ils faisaient des incursions chez leurs voisins tous les ans, et après les avoir dépouillés, ils trouvaient une grande satisfaction à contempler les dépouilles, et les employaient à se préparer des repas copieux. On m’a assuré que la plupart de ces habitants sont d’une taille si gigantesque, que celle des hommes de notre terre ne passe pas leur nombril ; qu’ils sont si stupides qu’ils ne pensent qu’à leurs troupeaux et autres choses terrestres sans avoir le moindre souci sur ce qui concerne le Ciel et la vie éternelle.

109. Lorsqu’après leur mort ils arrivent dans le Monde des Esprits, ils y sont infectés par les méchants. L’Enfer où ils sont n’a pas de communication avec les Enfers où sont relégués les Esprits de notre Terre, parce qu’ils ont un tout autre génie et un caractère bien différent ; aussi le mal et le faux dont ils sont coupables sont d’un autre genre.

110. Ceux d’entre eux dont on peut espérer le salut sont déposés dans des lieux ravagés, et qui ne présentent que la désolation ; et on les y laisse jusqu’à ce que le chagrin qu’ils ont de s’y voir les ait réduit au dernier désespoir, parce qu’on ne saurait autrement surmonter le mal et le faux qui les dominent. Parvenus à ce point, ils s’écrient qu’ils sont des bêtes, qu’ils sont pétris de haines et d’abominations, et qu’ils sont damnés ; on le leur pardonne, comme des cris du désespoir, et Dieu le modère, pour qu’ils ne se répandent pas en reproches et en invectives au-delà des bornes fixées. Quand ils ont souffert tout ce qu’ils peuvent souffrir, leurs corps étant comme morts, ils ne s’en soucient plus, et on les prépare au salut. On m’a dit que plusieurs d’entre eux avant de mourir avaient cru en un certain Créateur de toutes choses, mais sans avoir eu l’idée d’un médiateur ; que pour les disposer au salut, on leur apprend que le Seigneur est le seul et unique Dieu, le seul Sauveur et le seul Médiateur. J’en ai vu enlever quelques-uns au Ciel, après qu’ils eurent éprouvé les souffrances dont j’ai parlé ; lorsqu’ils y furent admis, ils montrèrent une si grande joie que j’en fus ému jusqu’aux larmes.

 

 

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Des Esprits et des habitants de la Lune.

 

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111. QUELQUES Esprits de la Lune se montrèrent au-dessus de ma tête, et j’entendis des voix qui imitaient le bruit roulant du tonnerre après l’éclat de la foudre : je m’imaginai que c’était une troupe très nombreuse d’Esprits qui savaient l’art de produire un tel bruit. Des Esprits plus simples qui étaient chez moi se moquaient d’eux ; j’en fus très étonné : je découvris bientôt qu’ils riaient et les tournaient en dérision, parce qu’ils en avaient vu le petit nombre, et la petitesse de leur taille ; que ces Esprits leur avaient d’abord imprimé de la frayeur, quoi qu’ils n’en eussent cependant rien à craindre. Pour se montrer tels qu’ils étaient, ils descendirent, et je fus très surpris de les voir l’un sur le dos de l’autre, et s’approcher ainsi de moi deux à deux. Leur visage n’était point désagréable, mais un peu plus allongé que celui des autres Esprits ; leur taille était celle d’un enfant de sept ans, mais ayant un corps plus formé et plus robuste ; ils ressemblaient à des Nains : les Anges me dirent qu’ils étaient du nombre des Esprits de la Lune. Celui qui était porté par un autre vint se coller sous mon bras gauche, et me dit qu’ils parlent toujours en faisant un bruit de tonnerre ; qu’ils effrayent par ce moyen les Esprits qui voudraient leur nuire, les mettent en fuite, et qu’eux vont ainsi en sûreté partout où ils veulent. Pour m’en convaincre, il s’éloigna de moi, fut joindre les autres que je voyais, et fit ce bruit de tonnerre en parlant. Ils me firent ensuite voir que leur voix partait de l’abdomen, ou du ventre, et sortait par la bouche avec force comme un vent rejeté par l’estomac. Je reconnus en effet que les habitants de la Lune poussaient la voix du ventre et non des poumons, comme le font les hommes des autres Terres, parce que la Lune n’est pas plongée dans une atmosphère semblable à celle dont les autres Terres sont environnées. On m’a aussi appris que les Esprits de la Lune correspondent et représentent dans le très grand homme le cartilage nommé Xiphoïde ou scutiforme, auquel les côtes sont annexées, et duquel descend ce que nous appelons le Fascia alba, qui est le point d’appui des muscles du ventre.

112. Les Anges et les Esprits savent que les satellites de Jupiter et ceux de Saturne sont habités par des hommes, parce que ce sont des Terres, et qu’il y a des hommes sur toutes les Terres ; car les Terres ont été faites pour l’homme : il n’est point d’homme de bon sens et d’une raison un peu éclairée qui ne voie que l’homme a été la fin que Dieu s’est proposé dans la création de l’Univers, pour que le genre humain fût ensuite la pépinière et le séminaire du Ciel.

 

 

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Pourquoi le Seigneur a voulu s’incarner sur notre Terre

et non sur une autre.

 

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113. J’AI appris du Ciel même pourquoi le Seigneur a daigné s’incarner sur notre Terre et non sur une autre ; il y a eu plusieurs motifs : le premier, parce qu’on a pu en écrire l’histoire, et la divulguer par toute la Terre, en conserver la mémoire à la postérité, et montrer par là dans tous les temps à venir que Dieu s’est fait homme, et que dans l’autre vie même on en fut également instruit.

114. Il n’y a pas à douter que le motif ci-devant rapporté ne soit le principal, car l’Écriture Sainte est le verbe ou la parole de Dieu et la vérité divine même ; elle apprend à l’homme qu’il existe un Dieu, un Ciel, un Enfer, et une autre vie après celle-ci. Elle donne des règles de conduite, et enseigne ce que chacun doit croire pour gagner le Ciel et y vivre heureux à perpétuité. Sans l’Écriture révélée, l’homme de notre Terre eût ignoré tout cela, et cependant il a été créé dans cette vue. N. 8944, 10318-20.

115. Le Verbe révélé a pu y être couché par écrit, parce que l’art d’écrire est connu sur notre Terre dès les temps les plus reculés ; d’abord sur de l’écorce, ensuite sur des peaux ou parchemins, puis sur le papier, et enfin se répand partout facilement au moyen de l’impression. Dieu a pourvu à tout cela particulièrement à cause de l’Écriture Sainte.

116. Elle a pu être connue par ce moyen dans tout notre Monde, parce qu’il y a un commerce établi entre toutes les nations, soit par Mer, soit par Terre, et que par là le Verbe révélé a pu être transporté d’une nation chez une autre, et y faire connaître les vérités qui y sont contenues.

117. Elle a pu être conservée pour en donner connaissance à la postérité, conséquemment des milliers de milliers d’années, et s’est conservée en effet.

118. Elle a manifesté l’incarnation de Dieu, objet principal de la parole révélée ; car personne ne peut croire en Dieu et l’aimer s’il ne conçoit pas qu’il existe sous une forme ; c’est pourquoi ceux qui le déclarent invisible, sans forme ou figure aucune, et incompréhensible en perdent bientôt l’idée ; leur pensée se porte sur ce qu’on appelle la Nature, sans la connaître davantage, et en viennent au point de ne pas croire qu’il existe un Dieu ; c’est pour cela qu’il a plu à Dieu de s’incarner, et de consigner la vérité du fait dans l’Écriture Sainte, non seulement pour que ce fait vînt à la connaissance des hommes de notre Terre, mais à celle des Anges et des Esprits, qui peuvent le notifier aux habitants de toutes les Terres de l’Univers. N. 2049, 2595-98, 260-03, 2661, 2863, 3263.

119. La parole révélée dont le Seigneur a gratifié notre Globe par le Ciel, forme l’union du Ciel avec la Terre ; c’est pour cette raison que tout ce qui est consigné sous le sens littéral de l’Écriture correspond aux choses divines du Ciel ; et que dans le sens intime ou caché sous celui de la lettre, il est question du Seigneur, de son règne sur le Ciel et sur l’Univers, de son amour, de la foi en lui et par lui, de la vie en lui et dont il est le principe unique ; tout cela devient manifeste aux Anges dans le Ciel, quand on le lit ou qu’on le prêche sur la Terre ; car alors les Anges entendent l’Écriture Sainte dans le sens spirituel lors même que l’homme ne l’entend que dans le sens naturel que présente la lettre. N. 1769-72, 1887, 2143, 2333. Cependant c’est cette parole qui lie le Ciel à la Terre ; parce qu’elle a été révélée en y employant les choses terrestres et naturelles correspondantes aux célestes, et comme signes et emblèmes de celles-ci, afin d’en donner connaissance aux hommes. N. 2310, 2495, 9212-16, 9357, 10375, 1404-09, 1540, 1619, 1659, 1783, 1873, 2249, 2523, 9357.

120. Les Esprits et les Anges enseignent de bouche les vérités divines aux habitants des autres Terres de l’Univers, comme nous l’avons dit ci-devant ; mais comme cela se fait à chaque famille, et que chaque famille vit séparée des autres, les instructions qu’une reçoit y restent concentrées ; il faut que la même révélation y soit renouvelée, sans quoi elle s’y éteindrait insensiblement ; au lieu qu’étant consignées par écrit, comme elle l’est sur notre Terre, elle s’y conservera à perpétuité.

121. On saura que le Seigneur reconnaît pour siens tous les hommes de quelque Terre de l’Univers que ce soit, dès qu’ils reconnaissent et adorent Dieu sous figure humaine. Comme le Seigneur se montre à eux sous la forme Angélique, qui est celle de l’homme, lorsque les Esprits et les Anges de notre Globe disent à ceux des autres Terres que le Seigneur s’est fait homme parmi nous, ils n’ont pas de peine à croire le fait, et s’en réjouissent.

122. Ajoutons à ces motifs que les habitants et les Esprits de notre Globe représentent dans le très grand homme le sens naturel et extérieur ; que ce sens est le terme ou but où tendent et se terminent tout ce qui est consigné dans la parole révélée de relatif à l’intérieur de l’homme et à la conduite qu’il doit tenir pour vivre de la vie spirituelle : il en est de même des vérités divines énoncées littéralement dans l’Écriture, laquelle par cette raison a été révélée et écrite sur notre Terre préférablement aux autres. N. 8783, 9430-33, 9824, 10044, 10436. Comme le Seigneur est lui-même la Parole ou le Verbe, et le premier comme le dernier objet proposé dans la révélation de la parole, il a voulu naître homme sur notre Globe pour y certifier par son incarnation les vérités qui y ont été révélées sur son compte ; c’est pourquoi il est dit dans l’Évangile qu’à sa mort tout ce que l’Écriture a annoncé de lui comme homme fut alors accompli ; preuve nouvelle qu’il en était l’objet et la fin. Le même Évangile (Jean chap. I.) a dit : Avant le commencement des choses le Verbe, ou la Parole était, le Verbe était dans Dieu, et Dieu était le Verbe : il était dans Dieu, et c’est par lui que tout a été fait, rien de ce qui a été fait ne l’a été sans lui.... Et le Verbe s’est fait chair ; il a habité et vécu avec nous ; et nous avons vu sa gloire, et telle qu’elle convient au fils unique engendré par le père, rempli de grâce et de vérité... Personne n’a vu Dieu ; mais nous l’avons vu dans le fils unique qui est aujourd’hui dans le sein du père. C’est pourquoi quand Philippe demanda à Jésus-Christ notre Seigneur de leur faire voir le père, il lui répondit : Je suis depuis si longtemps avec vous tous, et vous ne me connaissez pas encore, Philippe ? Qui me voit, voit le père. Ne croyez-vous pas que je suis dans le père, et que le père est en moi ? Ne prenez pas ce que je vous dis comme venant de moi homme, c’est le père qui est en moi qui vous parle ; c’est lui qui opère les prodiges que je fais. Croyez-moi donc, croyez que je suis dans le père, et que le père est en moi : si vous ne m’en croyez pas sur ma parole, croyez-le sur le témoignage de mes œuvres. Ibid. 14 : 8, et suiv. Il leur avait dit plus d’une fois : le père et moi ne faisons qu’un. Le Verbe est le Seigneur même, quant aux vérités divines qui y sont consignées, car c’est lui qui a révélé ces vérités ; c’est un mystère que peu de personnes conçoivent. N. 2859, 4692, 5075, 9987, 2803, 2884, 5272, 7835.

 

 

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Des Terres dans le Firmament.

 

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123. CEUX qui sont au Ciel peuvent converser avec les Anges et avec les Esprits des Terres, non seulement éclairées par notre Soleil, mais avec ceux qui appartiennent aux autres Globes de l’Univers ; ils peuvent même communiquer avec ceux des hommes qui les habitent dont l’intérieur est ouvert, et par là capables d’entendre ce que les Anges et les Esprits leur disent. Il en est de même des hommes de notre Monde à qui Dieu fait la grâce de converser avec les Anges et avec les Esprits. L’homme est Esprit, quant à son âme ; le corps qu’il traîne sur la Terre ne lui est utile que pour les fonctions naturelles et terrestres auxquelles il est destiné, dans cette sphère mondaine, qui est la dernière. La faveur de parler avec les Anges et les Esprits n’est accordée qu’à ceux que leur foi et leur amour pour Dieu et envers le prochain les y disposent ; parce que la foi animée par les œuvres, et cet amour qu’ils tiennent du Seigneur, les unit à lui, et les met à l’abri des insultes des Esprits infernaux : ceux des hommes dont l’entrée de l’âme n’est pas ouverte à la lumière céleste ne sauraient jouir de ce privilège, faute d’être unis au Seigneur. Voilà la vraie raison pour laquelle il y a si peu d’hommes à qui Dieu fait la grâce de converser avec les Anges et avec les Esprits ; preuve manifeste de cela, c’est qu’à peine s’en trouve-t-il quelques-uns aujourd’hui de persuadés qu’il existe des Anges et des Esprits, encore moins qu’il y en ait dans chaque homme ; qu’ils forment le lien qui unit l’homme avec le Ciel, et par celui-ci avec le Seigneur ; enfin quand le corps de l’homme meurt, son Esprit ou son âme lui survit sous forme humaine.

124. Comme aujourd’hui, parmi les Chrétiens mêmes, un très grand nombre ne croient pas à la vie future, sont très peu instruits sur ce qui concerne le Ciel, et ne croient guère que le Seigneur est l’unique Dieu du Ciel et de l’Univers, il a trouvé bon d’ouvrir mon intérieur à sa lumière divine, afin que je puisse être dans le Ciel avec les Anges, parler avec eux, y voir les choses admirables et surprenantes qui s’y passent, et même en faire la description, en même temps que je suis en corps sur la Terre avec les hommes. Dieu m’a fait cette grâce afin que désormais on ne soit plus fondé à dire : Qui est venu du Ciel à nous pour nous dire ce qu’il est et ce qui s’y passe ? Je sais que ceux qui, sinon de bouche, au moins intérieurement, nient l’existence du Ciel, de l’Enfer, et la vie future, se confirmeront dans leur opinion, et nieront les vérités que j’avance ; il serait plus aisé de blanchir le plumage du corbeau que de persuader ces hommes qui ont renoncé à la foi, car ils opinent toujours pour la négative sur ces matières-là. J’écris donc non pour eux, mais pour le petit nombre de gens sensés, et impartiaux, qui ont le bonheur d’avoir encore un reste de foi, un peu d’amour pour le bon et pour le vrai, ainsi qu’un amour bien entendu pour eux-mêmes, et pour la félicité à laquelle ils aspirent ; pour que les autres n’en perdent cependant pas tout le fruit, il m’a été permis de rapporter des choses qui plaisent à tout le monde, qui satisfont la curiosité des personnes désireuses d’acquérir de nouvelles connaissances ; telles sont celles des Terres du Firmament.

125. Quand on ignore les Arcanes du Ciel, on se persuadera difficilement qu’un homme puisse voir des Terres si éloignées, et rapporter d’après l’expérience de ses sens des choses certaines sur ce qui les concerne : mais qu’on sache que les espaces, les distances et les changements des lieux qui se font sur la surface de notre Monde ne sont, dans leur origine et principe, que des changements d’état de notre âme, et que conséquemment à ces changements, on peut, comme les Anges et les Esprits, être transporté d’un lieu à un autre, d’un globe à un autre globe, fût-il à l’extrémité de l’Univers, avec une apparence si frappante qu’on la prend pour la réalité. N. 1273-77, 1377, 3356, 5606, 10734. Cela peut arriver à un homme quant à son esprit, quoique son corps ne change pas de place. J’en ai l’expérience par moi-même, puisqu’il a plu à la divine miséricorde de me faire converser avec les Esprits comme l’un d’entre eux, et en même temps comme homme naturel avec les hommes de notre Terre. Un homme habitué à ne juger de tout que par les sens ne concevra guère comment cela peut se faire, parce qu’il est dans ce qu’il appelle l’espace et dans le temps, et qu’il mesure ses pas sur la connaissance qu’il a de l’un et de l’autre.

126. D’après les observations de cette quantité prodigieuse d’Astres, il n’est pas difficile de se persuader qu’il y a plus d’un Monde ou Terre dans l’Univers, et il est notoire à tous les savants que chaque Astre ou Étoile fixe est immobile dans sa place, comme notre Soleil l’est dans la sienne ; que le grand éloignement seul fait paraître ces Astres de la grandeur d’une étoile ordinaire : conséquemment que de même que notre Soleil est environné de planètes, qui sont des Globes terrestres, que la distance ne nous permet pas de voir comme tels, la lumière qui les éclaire étant trop faible à nos yeux à cause du grand éloignement ; de même ces Astres ont aussi des Planètes qui font leurs mouvements autour d’eux.

À quel autre usage en effet un Ciel ou Firmament si vaste et parsemé de tant d’Astres, puisque l’homme comme pépinière des Anges est la fin que Dieu s’est proposée dans la création de l’Univers ? Que serait le genre humain pris sur un seul globe pour peupler l’immensité du Ciel angélique, fait par un Créateur infini ? Des millions, des milliards de milliards de Terres ne suffiraient même pas, fussent-elles couvertes d’hommes à perpétuité. On a fait le calcul, que s’il existait 1,000,000 de globes terrestres dans l’Univers, et sur chaque globe 300,000,000 d’hommes et 200 générations dans le terme de 6000 ans ; et qu’à chaque homme ou Esprit on assigne trois aunes cubiques de terrain à occuper, la quantité de tant d’hommes ou Esprits réunie en une somme totale, ne couvrirait pas seulement la millième partie de la surface de notre globe, peut-être même de celle d’un des Satellites de Jupiter ou de Saturne, qui présentent chacun une étendue si petite à nos yeux, que comparée à celle de l’Univers elle devient invisible. Qu’est-ce que tout cela, si l’on considère le Créateur à qui son immensité ne trouverait pas assez d’un Univers même rempli de globes terrestres habités par des hommes ? J’ai conversé là-dessus avec les Anges ; ils ont la même idée que nous à l’égard du petit nombre d’hommes qui composent le genre humain considéré respectivement à l’infinité du Créateur. Ils m’ont dit que ne jugeant pas sur aucune idée de l’espace, mais sur celles des différents états de l’homme intérieur, des Terres au nombre de tant de milliards qu’on pourrait supposer, ne seraient encore que comme rien respectivement à l’immensité du Seigneur. Quoi qu’il en soit, nous allons parler des Terres astrales d’après notre propre expérience ; et l’on aura par là la preuve que j’y ai été transporté en effet quant à mon esprit, sans que mon corps ait changé de place.

 

 

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De la première Terre du Firmament, de ses Esprits et de ses habitants, d’après mes yeux et mes oreilles.

 

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127. LE Seigneur m’a fait conduire par ses Anges à une certaine Terre du Firmament, laquelle il me fut permis de considérer, et de converser avec ses Esprits, mais non avec ses habitants. Tous les hommes de quelque Terre qu’ils soient deviennent Esprits après leur mort, et restent près de la Terre où ils avaient vécu en corps et en âme. Ces Esprits, en quittant leur enveloppe terrestre, emportent avec eux toutes leurs pensées, les actions de leur vie précédente, et les traces de tout ce qu’ils ont vu ou entendu tracé dans leur mémoire ; ils sont donc en état d’en faire le récit, N. 2476-86. Ce sont eux qui m’ont donné des connaissances sur les habitants de leurs Terres. On observera ici qu’être conduit aux Terres du Ciel astral ne doit pas s’entendre d’y être mené en corps et en âme, mais seulement en esprit ; et cela s’opère par les changements de manière d’être de l’âme ou de la vie intérieure, changements qui produisent spirituellement le même effet que les changements de lieux quant au corps. Les approches dans ce cas-là sont relatives aux ressemblances et convenances actuelles de la vie ; parce que la ressemblance et la convenance rapproche et unit, et la dissemblance éloigne et désunit. Cette explication montre ou donne à entendre comment l’Esprit se transporte, s’approche et aborde des lieux à quelque distance qu’ils soient, tandis que le corps reste dans la même place. Il n’appartient qu’à Dieu de pouvoir conduire ainsi par des changements d’états l’esprit de l’homme hors du Monde auquel il est attaché, et de les disposer par ces changements successifs, de façon qu’il se trouve dans un état convenable et semblable à l’état de ceux auxquels il est mené ; alors il y aura direction continue, départ, progression jusqu’au but, avant et arrière, comme cela se fait à l’égard d’un homme vivant dans ce que nous appelons l’espace. Les personnes qui ne pensent et ne jugent que par les sens extérieurs, ne concevant pas qu’il y ait des progressions sans espace sensible, ne croiront pas que cela se soit fait, ou puisse même se faire comme je l’ai dit ; mais qu’elles se replient sur leur intérieur et fassent abstraction des sens extérieurs, ou les abandonnent au sommeil pour laisser agir l’esprit dans toute sa liberté, elles reconnaîtront bientôt que dans les idées ou images de la pensée intérieure il n’y a ni temps ni espace, mais seulement quelque chose qui y supplée et en tient lieu. Qu’un habitant de Paris pense être à Pékin, et y converser avec un ami, y a-t-il dans son idée quoi que ce soit qui le rappelle à la distance qui sépare ces deux villes, ou au temps qu’il eût fallu pour que son corps eût accompagné son esprit dans un si long voyage ? Mais savoir qu’on est à Paris, et penser qu’on converse avec un ami actuellement à Pékin, sont deux états ou deux manières d’être successives de l’esprit, le corps ne changeant cependant pas de lieu. Tout homme qui fera ces réflexions n’aura pas de peine à se persuader que ce que j’ai dit soit possible. C’est donc aux gens sensés que j’ai parlé jusqu’à présent, et que je parlerai dans la suite ; parce que je les crois curieux d’acquérir les connaissances dont le Seigneur à daigné me favoriser.

128. Étant en pleine veille, le Seigneur me conduisit, quant à mon esprit, par le ministère de ses Anges, sur une Terre de l’Univers ; quelques Esprits de notre Globe m’accompagnèrent. La marche se dirigea à ma droite, et dura deux heures. Sur les extrémités du Monde éclairé par notre Soleil, je vis une nuée blanche et opaque, et au delà une fumée qui s’élevait d’une grande ouverture : il y avait un abyme qui séparait notre Monde de quelques Terres du Firmament, et j’aperçus cette fumée de très loin. Je fus transporté au delà de ce gouffre dans lequel je vis des Esprits ayant figure humaine (car tous les Esprits se montrent sous cette forme, et sont vraiment hommes). Je les entendis converser entre eux ; mais on ne me dit ni qui ils étaient, ni de quelle Terre ils étaient venus : un seul me parla et me dit : il y a des Gardes préposées pour nous empêcher de passer de ce Monde dans un autre sans une permission expresse. J’en eus la preuve aussitôt ; car cette permission n’ayant pas été donnée aux Esprits qui m’accompagnaient, lorsqu’ils se présentèrent pour passer au delà du gouffre, ils s’écrièrent : nous périssons : ils parurent en effet être dans l’état d’un homme agonisant, qui lutte contre la mort : ils ne traversèrent pas cet abyme, parce que la fumée qui en exhalait les enveloppait et leur causait des douleurs vives, lorsqu’ils en approchaient.

129. Après avoir été transporté au-delà de cet abyme, j’arrivai enfin dans un lieu où des Esprits descendirent et me parlèrent : je reconnus à leur génie et leur langage qu’ils n’appartenaient pas à notre Terre, et eux-mêmes s’aperçurent que j’étais étranger.

130. Nous parlâmes d’abord de diverses choses, et je leur demandai ensuite quel Dieu ils adoraient ; un certain Ange, me dirent-ils, qui se montre à nous comme un homme divin, car il est tout resplendissant de lumière ; il nous instruit sur ce que nous devons faire. Nous savons que le très grand Dieu est dans le Soleil du Ciel angélique, qu’il apparaît à son Ange et non à nous-mêmes ; il est trop grand pour que nous osions l’adorer. J’ai appris que cet Ange est une société angélique que le Seigneur a commis pour leur montrer la voie de la justice et de l’équité ; c’est pourquoi ils sont éclairés par une flamme en faucille qui répand une lumière jaune ; parce qu’ils n’adorent pas le Seigneur, et que leur lumière ne vient pas du Soleil du Ciel, mais d’une société angélique ; car lorsque le Seigneur commet ainsi une société, elle présente une semblable lumière aux Esprits qui sont dans une région inférieure. J’ai vu cette société au-dessus de ces Esprits : j’ai vu la flamme jaune et la lumière qu’elle répand.

131. Ces Esprits étaient modestes et un peu simples ; ils pensaient néanmoins assez bien. J’ai jugé de leur intelligence par la lumière qui les éclaire, parce que dans le Ciel l’intelligence est proportionnée à la lumière qu’on y reçoit, et que le vrai divin procédant du Seigneur en tant que Soleil est cette lumière, à la faveur de laquelle les Anges voient et comprennent. N. 1117, 1521-33, 1619, 1632, 1053, 1521, 3195, 2776, 3138, 1524, 3138, etc.

132. On m’apprit que ces Esprits représentent une partie de la rate dans le très grand homme ; et j’en eus la preuve par l’effet sensible que l’influence de ces Esprits produisait dans moi sur ce viscère, pendant qu’ils me parlaient.

133. Je leur demandai quel était le Soleil qui éclaire leur Globe ; il nous paraît enflammé, me dirent-ils ; et quand je leur représentai la grandeur du nôtre, ils me répondirent que le leur ne leur paraît pas plus grand qu’une étoile ; les Anges m’apprirent que ce Soleil n’est en effet qu’une étoile de moyenne grandeur. Ces Esprits ajoutèrent que de leur Terre ils voient le Firmament, dans lequel ils observent une étoile plus grande que les autres du côté de l’Occident : les Anges me dirent que cette étoile n’est autre que notre Soleil.

134. Enfin mes regards se portèrent sur la Terre de ces Esprits, et j’y vis des prairies, des forêts dont les arbres étaient en feuilles, et des brebis. Des hommes s’y présentèrent ensuite à ma vue, vêtus à peu près comme les paysans de l’Europe. J’y remarquai un homme avec sa femme ; l’un et l’autre me parurent d’une belle taille et d’un maintien décent ; mais je fus très étonné de voir cet homme aller et venir d’un air de grandeur et d’un pas fastueux, tandis que sa femme marchait naturellement comme une femme du peuple. Les Anges me dirent que tel est l’usage sur cette Terre, parce que cette démarche de l’homme est dans l’idée des habitants un signe de bonté, qui les fait aimer : leurs lois leur défendent la pluralité des femmes. Celle que j’ai vue portait sur la poitrine un large vêtement, fait de manière qu’elle pouvait y passer les bras, s’en couvrir tout entière et marcher. Elle pouvait également s’en dépouiller avec facilité : relevé par le bas et appliqué comme je l’ai vu, il ressemblait assez aux pièces de corps que les femmes de notre Terre portent sur la poitrine. L’homme était vêtu de même ; sa femme lui remit celui qu’elle portait ainsi plié ; il en déplia le bas, l’appliqua sur son dos, d’où il descendait jusqu’aux pieds comme une robe longue, et marcha. Il n’est pas nécessaire, je pense, de faire observer que je n’ai pas vu tout cela par les yeux de mon corps ; je l’ai dit : c’est des yeux de mon homme intérieur ; car lorsque le Seigneur le veut, un Esprit peut voir les objets terrestres et matériels, et aucun Esprit ne peut le faire si Dieu ne lui en donne la faculté.

135. Je sais bien qu’on doutera qu’il soit possible à un homme de voir par les yeux de son esprit ce qui est et ce qui se passe sur une Terre aussi éloignée de lui ; c’est pourquoi je vais dire comment cela se fait. Que l’on se rappelle ce que j’ai dit ; que les distances dans l’autre vie ne sont pas de même nature que celles que nous observons sur notre globe ; et que celles-là sont relatives à l’état intérieur de chacun, et se règlent en conformité. Ceux dont l’état intérieur est semblable sont dans la même société et dans le même lieu : la ressemblance de cet état constitue la présence, et la dissemblance établit l’éloignement. Ainsi le Seigneur m’ayant mis dans un état semblable à celui des Esprits et à celui des habitants de cette Terre astrale, je me trouvai présent à eux, et eux à moi, et je leur parlai : d’où l’on doit conclure que dans le Monde des Esprits les Terres ne sont pas éloignées entre elles par des distances réelles et matérielles, comme elles le sont dans ce Monde-ci ; et que les distances spirituelles se mesurent sur l’état de vie des Esprits et des habitants de ces Terres-là : l’état de vie s’entend de l’état des affections relatives à l’amour et à la foi qui les enfantent. Expliquons à présent comment un Esprit peut voir les objets terrestres, ou comment un homme peut les voir par les yeux de son âme.

Les Anges et tous les êtres spirituels ne peuvent par eux-mêmes voir aucun objet matériel, car la lumière solaire qui nous les manifeste est pour eux ce que sont pour nos yeux les plus épaisses ténèbres, où ce qu’est la lumière pour un aveugle ; l’homme ne peut aussi, par les yeux de son corps, voir rien de ce qui est dans le Monde spirituel, par la raison que la lumière céleste est pour eux l’obscurité même ; mais quand il plaît au Seigneur, les Anges et les Esprits voient par les yeux corporels de l’homme, comme notre Esprit voit par nos yeux. Dieu n’accorde cette grâce qu’à ceux à qui il fait celle de converser avec les Anges et les Esprits, et d’être avec eux. Ils ont vu par mes yeux les objets de ce Monde-ci aussi clairement que je les voyais moi-même ; et ils ont entendu par mes oreilles ce que m’ont dit les hommes qui conversaient avec moi. Il leur est même quelquefois arrivé de voir par mes yeux des amis encore vivants sur la Terre qu’ils avaient eus avant de mourir, et ce n’était pas sans un grand étonnement de leur part ; ils ont vu leurs maris, leurs enfants, et voulaient le leur dire, par ma bouche, afin de les instruire sur leur état dans l’autre vie ; mais il me fut défendu de le leur révéler, parce qu’ils auraient répondu ou pensé que j’étais insensé, et que ce que je leur aurais dit partait d’un délire de mon esprit ; car je savais que quand ils auraient avoué de bouche qu’il y a des Esprits, que les morts sont ressuscités, et sont avec les Esprits, que l’homme peut les voir et les entendre, leur cœur aurait démenti leur bouche.

Dès que le Seigneur eut ouvert ma vue intérieure, et que ceux qui étaient de purs Esprits de l’autre vie eurent vu par mes yeux ce Monde-ci et les choses qui y sont, ils en furent tellement saisis d’étonnement qu’ils s’écrièrent : c’est le miracle des miracles, et ressentirent une nouvelle joie, et de ce que Dieu par ce moyen avait établi une communication du Ciel avec la Terre ; cette joie dura plusieurs mois, mais l’habitude fit disparaître l’étonnement, ainsi que la joie. On m’a assuré que chez les hommes à qui le Seigneur n’a pas ainsi ouvert la vue intérieure, les Anges ne voient ni notre Monde, ni ce qu’il contient, mais seulement les affections et les pensées de leur hôte. Cela prouve que l’homme a été créé de manière que vivant homme sur la Terre, il peut vivre en même temps dans le Ciel avec les Anges, et les Anges ainsi que les Esprits sur la Terre avec les hommes pendant qu’ils sont dans l’autre vie, de façon que le Ciel et la terre se trouveraient ensemble dans l’homme, et ne seraient qu’un, pour que les hommes sussent ce qu’il y a dans le Ciel, et les Anges ce qu’il y a sur la Terre ; et qu’en mourant, l’homme passerait simplement du Royaume du Seigneur sur Terre, au Royaume du Seigneur dans le Ciel, non comme dans deux Royaumes différents, mais celui-là même où l’homme vivait étant encore corporel ; mais l’homme, en se rendant terrestre au point où il l’est, s’est fermé le Ciel.

136. Enfin je parlai aux Esprits de ce Globe astral de beaucoup de choses qui concernent le nôtre, et surtout des sciences qu’on y cultive, et qui sont inconnues aux hommes des autres Terres ; telles que l’Astronomie, la Géométrie, la Mécanique, la Physique, la Chimie, l’Optique, la Médecine, la Philosophie ; je leur parlai aussi des Arts inconnus ailleurs, comme de construire des navires, de fondre les métaux, de l’Écriture, de l’imprimerie, et de la facilité que ces arts donnaient pour communiquer avec les Nations éloignées, de conserver l’histoire des faits et des pensées à la postérité pendant des milliers d’années et davantage ; que c’est ce qui nous a conservé les révélations du Seigneur consignées dans l’Écriture Sainte, ce qui les rend fiables et permanentes parmi nous.

137. On me montra enfin l’Enfer destiné aux méchants hommes de cette Terre-là ; le hideux des figures monstrueuses de ceux qui y étaient me causa un si grand effroi que je n’oserais en faire la description. Dans leur nombre se trouvaient des Magiciennes qui exercent des Arts diaboliques ; elles me parurent vêtues de vert ; leur aspect faisait horreur.

 

 

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De la seconde Terre astrale.

 

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138. DE là je fus transporté sur un autre Globe astral encore plus éloigné de notre Terre que n’est le précédent. J’ai jugé que cet éloignement était plus grand, parce que je fus deux jours pour y arriver : cette Terre était à gauche, la première était à droite. Comme dans le Monde spirituel l’éloignement ne se mesure pas sur la distance des lieux, mais par la différence de l’État des Esprits, je jugeai par la durée du chemin, qui fut de deux jours, que l’état des Esprits et celui de l’intérieur des habitants de cette seconde Terre différaient proportionnellement à cette durée de deux jours de l’état des Esprits de notre Terre. Ces changements qui se firent à cet effet dans mon intérieur se firent sentir à moi de manière que je pus en observer la succession avant mon arrivée ; et j’étais, je le répète, en pleine veille.

139. Je ne vis pas cette Terre dès mon abord, mais bien des Esprits qui lui appartenaient ; car, comme je l’ai dit, les Esprits d’une Terre se montrent autour d’elle, et y demeurent pour les raisons que j’ai rapportées. Je vis ceux-ci fort élevés au dessus de ma tête, et attentifs à mon arrivée. Il est bon d’observer ici que ceux qui, dans l’autre vie, sont élevés, peuvent voir ceux qui sont au dessous ; que plus ils sont élevés, plus le champ de leur vue s’agrandit, et qu’ils peuvent non seulement voir ceux qui sont plus bas, mais encore converser avec eux. Ces Esprits observèrent que je n’appartenais pas à leur Terre, et que je venais de loin. Ils me firent diverses questions auxquelles je répondis ; je leur dis entre autres choses de quelle Terre j’étais et ce que c’était que notre Globe ; je leur parlai ensuite des autres, ainsi que des Esprits de celle de Mercure, qui se plaisent à les parcourir pour meubler leur mémoire de nouvelles connaissances ; alors les Esprits de cette seconde Terre me dirent qu’ils avaient reçu leur visite.

140. Des Anges de notre Terre m’ont dit que les Esprits et les habitants de cette seconde terre astrale correspondent à la prunelle de l’œil dans le très grand homme ; que c’est par cette raison qu’on les voit très élevés, et qu’ils ont la vue très perçante ; c’est pourquoi je les comparai à des Aigles, qui volent très haut et voient de très loin. La comparaison leur déplut, parce qu’ils pensèrent que je les avais comparés à cet oiseau à cause qu’il vit de rapine, et conséquemment je les réputais méchants : j’adoucis leur colère en leur expliquant mon intention.

141. Leur ayant demandé quel Dieu ils adorent ; un Dieu visible et invisible, me répondirent-ils, Dieu visible sous forme humaine, et Dieu invisible sous quelque forme que ce soit. Sur ce qu’ils m’en ont dit, et sur leurs idées qui m’ont été communiquées, je conclus que leur Dieu visible est notre Seigneur même ; aussi lui donnent-ils comme nous le nom de Seigneur. Sur notre terre, lui dis-je alors, on adore aussi Dieu visible et Dieu invisible ; on y appelle Dieu invisible le père ; et Dieu visible le fils ; mais que l’un est le même que l’autre, et ne sont qu’un, comme le fils nous l’a enseigné, en disant que qui que ce soit n’a vu le père, mais que le père est en lui et lui dans le père ; conséquemment que l’un et l’autre ne sont qu’une même personne. Jean Chap. 5 : 37. Chap. 10 : 30. Chap. 14. 7. 9. 10. 11.

142. Je vis ensuite au dessous de ces Esprits d’autres Esprits de la même terre, je leur parlai et les reconnus pour des idolâtres ; car ils rendaient leur culte à une pierre figurée en homme, mais fort mal. On observera à ce sujet que tous ceux qui arrivent dans l’autre vie y continuent un culte semblable à celui qu’ils exerçaient avant de mourir, et que les instructions qu’ils y reçoivent le leur font abandonner peu à peu. La raison en est que tout culte habituel prend tellement racine dans l’intérieur de l’homme qu’on ne peut l’y détruire que successivement. Je leur représentai qu’on ne doit pas adorer un mort, mais un vivant ; nous savons, dirent-ils, que Dieu a vie et que la pierre n’en a pas ; mais que cette pierre par sa forme humaine les fait penser au Dieu vivant ; qu’une telle figure leur est nécessaire pour se former l’idée de Dieu invisible. Il me fut ordonné de leur répondre qu’ils pouvaient s’en former l’idée en la fixant sur le Seigneur qui est le Dieu visible sous forme humaine, puisqu’il est le même que le Dieu invisible, et ne fait qu’un même Dieu devenu visible dans sa personne sous la forme humaine ; que par ce moyen l’homme peut s’unir à Dieu invisible par la pensée et l’affection, conséquemment par la foi et par l’amour, en s’unissant ainsi au Seigneur, la chose ne pouvant se faire d’une autre manière.

143. Je demandai aux Esprits d’en haut si les hommes de leur Terre sont gouvernés par des hommes sous les titres et qualités d’Empereurs, Rois ou Princes. Ils me dirent qu’ils ignorent ce que c’est qu’un Empire ou un Royaume, ou une Principauté ; qu’ils sont distingués en nations, ces nations en familles, qui vivent séparément ; mais en vivant ainsi séparément, leur dis-je, vivez-vous tranquilles et en sûreté ? Très en sûreté, répondirent-ils, parce que chaque famille vit contente de son sort, sans envier celui d’une autre, ni rien de ce qui lui appartient ; ils témoignèrent même quelque chagrin de ce que je leur avais fait ces questions, parce que c’était comme les taxer d’être capables de nuire à leurs voisins, ou de les en soupçonner, en se précautionnant contre l’insulte et la rapine : qu’avons-nous besoin de plus, ajoutèrent-ils, que du vêtement et de la nourriture ?

144. Quant à la surface de leur Globe, ils me dirent qu’il y avait des prairies, des forêts, des parterres de fleurs, des vergers couverts d’arbres fruitiers ; des lacs poissonneux ; des oiseaux de couleur bleue mêlée de plumes couleur d’or, de grands et de petits animaux de diverses espèces ; que quelques-uns de ceux-ci avaient une bosse sur le dos ; qu’ils ne mangent cependant que la chair des poissons, les fruits et les légumes. Ils ajoutèrent qu’ils ne logeaient pas dans ces maisons construites de pierres ou de terre et de bois, mais dans des bosquets, où ils se pratiquaient des cases entre les branches pour se mettre à l’abri de la pluie et de l’ardeur du Soleil.

145. Ce Soleil, qui ne nous paraît être qu’une étoile ordinaire, se montre à eux comme un feu gros comme la tête d’un homme. Cette étoile est, au dire des Anges, une étoile de la moindre grandeur, située prés de l’Équateur.

146. J’ai vu des Esprits de cette Terre dans le même état des hommes qui l’habitent. Leur visage ne différait guère de celui des hommes de notre globe : leurs yeux étaient petits ainsi que leur nez : comme ils s’aperçurent que je les trouvais un peu difformes, ils me dirent que de petits yeux et un petit nez étaient réputés des traits de beauté parmi eux. Une figure de leurs femmes se présenta à moi vêtue d’une robe sur laquelle étaient peintes des roses de couleurs différentes. Je demandai quelle était la matière de ces robes : nous la tirons, dirent-ils, des plantes qui nous fournissent des fibres desquelles nous faisons un tissu après en avoir réunis plusieurs, que nous imbibons d’une eau glutineuse pour leur donner de la consistance et de la solidité ; et nous employons différents sucs d’herbes pour les colorer. Pour les filer ils se tiennent assis sur un siège, ils entortillent ces fibres avec les doigts des pieds, les tirent à eux, et leur donnent la forme de fil avec les mains.

147. Ils m’assurèrent que chaque homme n’avait qu’une seule femme, et qu’elle lui donne jusqu’à dix et quinze enfants ; qu’il se trouve parmi eux quelques prostituées ; mais qu’après leur mort elles deviennent des Magiciennes condamnées aux Enfers.

 

 

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De la troisième Terre astrale.

 

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148. DES Esprits se montrèrent à moi un peu dans l’éloignement ; ils ne s’approchaient pas à cause des Esprits de notre Globe qui étaient autour de moi ; je jugeai par là qu’ils étaient d’une autre Terre, et l’on me dit ensuite qu’ils appartenaient à un autre globe, que l’on ne me désigna pas. Ils ne voulaient pas venir à moi, parce que, bien différents de ceux de notre Terre, ils ne s’occupaient ni de leur corps ni des objets terrestres et matériels ; je fis éloigner quelques Esprits de notre Terre ; les autres s’approchèrent un peu plus près, et me parlèrent. Alors je sentis une certaine anxiété occasionnée par le choc des atmosphères ; car des atmosphères spirituelles environnent chaque Esprit et chaque société d’Esprits. N. 64. Comme ils émanent des affections et des pensées que ces affections font naître ; quand les affections ne sont pas les mêmes, les atmosphères diffèrent, et le choc de l’un contre l’autre cause de l’anxiété. Les Esprits de notre globe me dirent qu’ils n’osaient approcher des autres, parce qu’ils éprouvaient cette même anxiété, lorsqu’ils étaient près d’eux ; et qu’il leur semblait avoir les pieds et les mains liées avec des serpents, dont ils ne pouvaient se débarrasser que par l’éloignement. La raison en est que les Esprits de notre globe correspondent au sens externe dans le très grand homme, et que dans l’autre vie ce sens externe est représenté par des serpents. N. 195-97, 6398, 6949.

149. Les Esprits de cette troisième Terre ne paraissent pas sous figure humaine aux yeux des autres ; mais sous l’apparence de nuées un peu obscures, où l’on aperçoit quelque chose d’humain de couleur blanche : ils me dirent que tout leur intérieur est blanc, et que lorsqu’ils deviennent Anges, cette espèce de noir se change en un très beau bleu ; et ils m’en donnèrent la preuve. Je leur demandai si, lorsqu’ils vivaient en hommes sur leur globe, ils faisaient aussi peu de cas de leur corps et des choses matérielles ; ils me répondirent que les hommes de leur Terre oubliaient presque leur corps pour ne s’occuper que de l’esprit qui y était comme enfermé, parce qu’ils savaient très bien que leur corps se détruirait, et que leur Esprit vivrait à perpétuité. Plusieurs d’entre nos hommes, ajoutèrent-ils, sont d’opinion que leur esprit exista de toute éternité, et qu’il fut uni au corps au moment de sa conception ; mais qu’ils voient à présent qu’il n’en est pas ainsi, et qu’ils se repentent d’avoir été jadis dans cette erreur.

150. Voulez-vous, leur dis-je, voir par mes yeux quelques objets de notre Terre ? N. 135. Non, répondirent-ils, nous ne le pouvons ni ne le voulons, parce que nous n’y verrions que des choses terrestres et matérielles, dont nous éloignons de nous les idées autant que nous le pouvons. On leur mit cependant devant les yeux des palais magnifiques tels que ceux de nos Rois ; et on peut le faire si parfaitement devant les Esprits qu’on les croirait réels. Ces Esprits en dédaignèrent la vue, disant que c’était des simulacres de marbre ; qu’il y en avait sur leur globe de bien plus superbes, à l’usage du culte divin ; mais qu’ils étaient construits de bois et non de pierres. – Ce sont cependant là des choses terrestres. – Non, elles sont célestes, car lorsque nous les regardons, elles portent nos idées vers le Ciel, où nous pensons que nous en verrons de semblables après la mort.

151. Ces Esprits représentèrent ensuite les maisons consacrées à leur culte aux Esprits de notre globe, qui avouèrent n’avoir rien vu de plus magnifique ; les ayant vues aussi, je puis en faire la description. Pour les construire ils ne coupent pas les arbres : ils les plantent jeunes et en disposent les plans, de manière qu’en coupant et arrangeant les branches, elles s’entrelacent en croissant ; elles forment un portique, une nef et des côtés bornés par les arbres qui tiennent lieu de murailles ; des branches entrelacées forment le pavé ou sol, et d’autres courbées et artistement entrelacées dans le haut composent le toit en forme de voûte : ils disposent aussi des branches au moyen desquelles on monte jusqu’au haut et on descend comme sur les marches d’un escalier. Ils y font des décorations en dedans et en dehors en ajustant les petits rameaux et leurs feuilles pour qu’il en résulte diverses figures agréables à la vue : il y a des bois entiers arrangés en temples de cette sorte. J’avoue n’en avoir vu que les dehors, mais ces Esprits me dirent qu’on pratiquait des ouvertures d’espace en espace pour tenir lieu de fenêtres et y donner entrée à la lumière ; qu’on adaptait des cristaux dans ces ouvertures qui, en transmettant les rayons de lumière, les colorent de manière à représenter des arcs-en-ciel sur le mur opposé : la couleur bleue et l’orangée sont celles qui leur plaisent le plus. Telle est leur Architecture ; et ils préfèrent ces maisons ou temples de Dieu aux palais les plus superbes des Rois et des Princes de notre globe.

152. Ils me dirent que les habitants de leur Terre se logent dans des maisons ou cases qui n’ont de hauteur que le rez-de-chaussée ; parce que les maisons basses conviennent aux hommes comme habitants de la Terre, et que les bâtiments élevés doivent être réservés pour le culte de Dieu qui est au Ciel. On me fit voir aussi ces cases : elles sont oblongues : un lit règne tout le long de la muraille, et l’un y dort après l’autre ; le fond vis-à-vis l’entrée est formé en demi-cercle ; la table pour les repas y est placée un peu en avant ; le foyer est derrière, et la lumière qu’il répand à l’aide du bois qu’on y met éclaire toute la case. On n’y brûle pas du bois, pour que sa flamme produise cet effet ; on y place simplement un bois si lumineux que sa lumière équivaut au moins à celle du bois embrasé : sur le soir ce bois a l’éclat du charbon allumé.

153. Ils vivent chaque famille séparément, et ne s’assemblent que pour exercer leur culte ; ceux qui les instruisent le font en allant çà et là dans le Temple de Dieu, et les auditeurs sont aux ailes ou bas-côtés : on peut juger de la joie, du contentement et de la satisfaction qui y règnent par la beauté de l’édifice, et par le culte qu’ils y rendent à la Divinité.

154. Ils reconnaissent Dieu comme ayant une forme humaine, conséquemment notre Seigneur ; car tous ceux qui adorent le Dieu de l’Univers sous la forme humaine sont reçus de lui comme siens, et il les conduit : les autres ne peuvent l’être, puisqu’ils ne peuvent en avoir d’idée que celle qui est contradictoire d’un être qui, n’ayant ni forme ni figure, n’est pas une substance ; et que celle qui n’est pas substance n’est rien.

Ces Esprits me dirent que les habitants de leur Terre ont aussi un commerce immédiat avec les Anges, et avec les Esprits qui leur enseignent ce qui concerne le Ciel et les choses spirituelles : ils ont d’autant plus de dispositions à se laisser conduire par le Seigneur, que leurs affections et leurs pensées les portent à dédaigner les objets terrestres et matériels pour appliquer leur esprit aux spirituels. Quelle conduite tient-on envers les méchants, leur demandai-je ? – Chez nous il n’est pas permis de l’être ; si quelqu’un pense et se conduit mal, un certain Esprit le réprimande, et le menace de mort s’il ne se corrige pas ; en effet, s’il persévère dans le mal, il meurt par défaillance : tel est le moyen employé pour préserver de la contagion des méchants. Ils m’envoyèrent un de ces Esprits correcteurs, qui me parla, comme ils leur parlent, et m’insinua une douleur dans la région du ventre, en me disant : voilà ce que je fais à ceux qui pensent ou agissent mal, et je leur annonce une mort certaine s’ils y persistent. Ces Esprits m’assurèrent aussi que sur leur Terre on punit très sévèrement les profanateurs des choses saintes : et qu’avant l’arrivée de l’Esprit correcteur, ils ont une vision dans laquelle une large gueule de lion ouverte leur apparaît comme disposée à leur engloutir la tête et la séparer du corps, ce qui les effraie terriblement : ils donnent le nom de Diable à l’Esprit correcteur.

155. Sur le désir que ces Esprits me témoignèrent avoir d’apprendre la manière dont la révélation des vérités célestes se faisait sur notre Terre, je leur dis que ce n’était pas par le commerce immédiat des Anges et des Esprits, mais par la lecture d’un livre où elles sont consignées, et par les instructions publiques et particulières que l’on donne aux hommes sur ces vérités, d’après le livre appelé l’Écriture sainte, ou la parole de Dieu, qui les contient ; que ce livre, au moyen de l’imprimerie, peut être multiplié autant qu’on veut, conséquemment lu et compris, et servir de règle pour la conduite dans la vie : ils ne furent pas peu surpris de ce que l’art d’imprimer était inconnu sur les autres Terres ; mais ils concevaient, disaient-ils, que ce moyen était devenu nécessaire pour donner connaissance des vérités divines et spirituelles aux hommes de notre Globe, qui ne s’occupent ordinairement que des objets sensibles et terrestres ; qu’il serait même périlleux pour eux d’avoir un commerce immédiat avec les Anges et avec les Esprits.

156. Ces Esprits se montrent élevés à la hauteur du sommet de la tête, vers la droite : tous les Esprits sont reconnus par la situation où ils se placent respectivement aux parties qui constituent le corps humain, parce que le Ciel, considéré dans son tout, correspond à tous les viscères et autres parties du corps de l’homme. Les Esprits de cette troisième terre astrale se placèrent au niveau de la Tête, parce qu’ils correspondent avec l’intérieur et non avec l’extérieur de l’homme. Leur action ou influence affecte sensiblement le genou gauche avec les parties attenantes, tant supérieures qu’inférieures ; ce qui est un signe qu’ils correspondent à l’union du naturel et du céleste.

 

 

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De la quatrième Terre astrale.

 

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157. AU moyen des changements de l’état de mon âme, je fus transporté sur une autre Terre du Firmament ; car, comme je l’ai dit, un Esprit ne se transporte d’un lieu à un autre que par ces changements d’état, qui lui paraissent être un transport réel d’un lieu à un lieu différent, ce que nous appelons un voyage. Ces changements furent dix heures à s’opérer pour rendre l’état de mon intérieur égal à celui de la vie des habitants et des Esprits de cette Terre-là. Je fus porté vers l’Orient un peu à gauche ; il me semblait que je m’élevais du plan horizontal, et j’observais clairement que j’avançais en m’élevant toujours, jusqu’à ce que ceux que je venais de quitter disparurent entièrement de ma vue : pendant le voyage je m’entretenais avec les Esprits qui m’accompagnaient. De ce nombre était un Esprit qui, pendant qu’il vivait homme sur la Terre, était un Prélat Prédicateur, qui a laissé des écrits très pathétiques : mes compagnons le regardaient comme plus Chrétien de cœur que les autres ; car dans ce Monde-ci on juge des hommes sur leurs sermons et sur leurs écrits, et non sur leur conduite, si on ne la connaît pas ; et si on y remarque quelque irrégularité, on est porté à l’indulgence, et on les excuse ; parce que la bonne idée qu’on s’est formée d’une personne couvre tout.

158. Lorsque je m’aperçus que j’étais au Firmament, j’entendis des Esprits qui conversaient auprès d’une Terre, que je vis ensuite. Je fus à eux, et après un dialogue assez court entre eux et moi, ils me dirent qu’ils voyaient quelquefois chez eux des Étrangers, qui leur parlaient de Dieu, et brouillaient leurs idées à cet égard. Ils me montrèrent la route par laquelle ces étrangers arrivaient, et j’en inférai que ces étrangers venaient de notre Terre : en quoi, leur dis-je, jettent-ils de la confusion dans vos idées sur la Divinité ? En ce qu’ils nous disent, répondirent-ils, qu’il faut croire en un Dieu distingué en trois personnes réellement distinctes, qu’ils appellent cependant un et même Dieu ; et lorsqu’ils analysent l’idée de leurs pensées sur cet objet, elle leur présente un Trine non continu, mais séparé, et aux yeux de quelques-uns comme trois personnes qui conversent en elles, dont deux parlent et la troisième écoute, et peut se séparer d’elles ; ils donnent cependant le nom de Dieu à chaque personne, quoiqu’ils aient une autre idée de chacune, et qu’ils assurent néanmoins qu’il n’y a qu’un Dieu, et que ces trois n’en sont qu’un : ils se plaignaient donc de ce que de tels raisonnements jetaient du trouble dans leurs idées, en voulant leur insinuer de croire en trois et de dire qu’il n’y en a qu’un ; quoiqu’il faut toujours dire ce qu’on pense, et penser comme on parle. Je demandai alors à l’Esprit autrefois Prélat et grand Prédicateur quelle était son idée et son sentiment sur un Dieu unique et sur les trois personnes distinctes qui le constituaient ; il représenta trois Dieux n’en faisant qu’un par continu : mais il disait que ce Trine unique est invisible parce qu’il est Dieu ; mais de la façon dont il les présentait, on voyait bien que le Père était seul l’objet de son idée, et que le Seigneur n’y était pas compris ; que celle qu’il croyait avoir d’un Dieu invisible n’était en effet qu’une image calquée sur celle de la Nature dans ses principes ; d’où il résultait que l’intime de la Nature était son Dieu ; qu’il n’était donc pas éloigné de reconnaître la Nature pour le Dieu unique. Il faut observer que dans l’autre vie l’idée qu’un Esprit a de quelque objet que ce soit, le lui représente au naturel, et que cette idée est l’image sur laquelle dans l’examen qu’on en fait, on juge de la perception et de la pensée que les Esprits ont de ce qui concerne la foi ; que celles dont Dieu est l’objet, étant les plus essentielles, sont aussi celles qui attirent plus l’attention de l’examinateur ; parce que si l’idée est conforme à la vérité, l’union se fait avec la Divinité, et par là même avec le Ciel.

J’adressai ensuite la même question aux Esprits de cette quatrième Terre ; ils me répondirent qu’ils ne concevaient pas un Dieu invisible ; mais bien un Dieu visible sous forme humaine ; que non seulement la perception intime ou le bon sens le leur apprend ; mais qu’ils en sont convaincus, parce qu’il s’est montré à eux, et qu’ils l’ont vu sous cette forme. Ils ajoutèrent que s’ils voulaient en croire aux Étrangers qui leur disent avoir l’idée d’un Dieu invisible, ils ne pourraient jamais penser à un Dieu privé de toutes formes, parce qu’il est impossible de s’en former l’idée. Alors il me fut inspiré de leur dire qu’ils avaient raison d’avoir l’idée de Dieu modelée sur la forme humaine ; que plusieurs sur notre Terre pensaient comme eux à cet égard, surtout lorsqu’il s’agissait du Seigneur ; que nos anciens pères en avaient eu la même idée ; je leur rapportai pour preuve ce que l’Écriture Sainte nous raconte que Dieu se montra sous cette forme à Abraham, à Loth, à Gédéon, à Manoach et son Épouse ; qu’il leur parla ; qu’ils le virent tel, le reconnurent pour le Créateur de l’Univers, et le nommèrent Jéhovah, sur la perception intérieure ou idée qu’ils en avaient ; mais que cette perception s’est perdue dans le Monde chrétien, où elle ne se trouve plus que dans ceux qui ont conservé la simplicité de cœur, ainsi que la foi.

159. Avant cet exposé, ces Esprits rangeaient ceux qui m’accompagnaient dans la classe des étrangers qui voulaient jeter la confusion dans leur idée d’un Dieu en y entant celle de trois ; mais mon exposé les ravit de joie, et ils dirent que Dieu-même, qu’ils appelèrent alors le Seigneur, nous avait envoyés à eux pour les instruire sur lui-même ; qu’ils ne voulaient plus recevoir d’étrangers qui jetteraient le trouble parmi eux en leur parlant de trois personnes distinctes dans un Dieu ; parce qu’ils savent que Dieu est un, conséquemment la Divinité une, et non un unanime composé de trois, à moins qu’on ne veuille penser de Dieu comme d’un Ange, dans lequel il y a un principe intérieur et invisible de vie, qui lui donne la faculté de penser et de se perfectionner en sagesse, et un extérieur visible sous forme humaine par lequel il voit, agit, et duquel émane un procédant de vie, qui est une sphère d’amour et de foi : car de chaque Ange et de chaque Esprit procède une Sphère ou Atmosphère de vie, auquel on le reconnaît à une certaine distance. N. 64. Que quant au Seigneur, le procédant de vie est sa Divinité même, qui constitue et remplit les Cieux ; parce qu’il procède de sa propre essence de vie, d’amour et de foi ; nous ne saurions, ajoutèrent-ils, concevoir autrement un Trine qui en même temps ne soit qu’Un. Je leur dis ensuite par inspiration que cette idée de Trois et d’Une dans le même s’accorde parfaitement avec celle que les Anges ont du Seigneur ; que c’est ce qu’il nous a révélé et enseigné sur lui-même en nous disant que le Père et lui ne sont qu’un ; que le Père est en lui, et lui dans le Père ; que qui le voit, voit le Père ; que celui qui croit en lui, croit au Père et le connaît ; que le Paraclet ou Consolateur, qu’il a nommé l’Esprit de Vérité et le Saint-Esprit, procède de lui, ce qui fait entendre que le Consolateur est la Divinité procédante de lui. Or cette idée de Trois dans Un ensemble, ou de trois unis et identifiés dans un, est très d’accord et convient parfaitement à l’essence inséparable de l’existence de vie du Seigneur lorsqu’il vivait homme sur la Terre : son Être ou essence vitale était sa Divinité, puisqu’il fut conçu de Jéhovah ; comme l’Être de vie de tout ce qui a vie est ce qu’il tient de son Père, ce que nous nommons Âme ; l’existence de vie ou vivante est ce que nous appelons le Corps ; l’âme et le corps unis constituent un homme ; on peut comparer l’un et l’autre, à cause de leur ressemblance ou rapport, à ce que nous appelons tendance et acte, ou vouloir et faire ; car l’acte est la tendance en action, où deux ne sont qu’un. Dans l’homme cette tendance à l’acte est à la volonté, et la volonté agissante s’appelle acte ou action. Le corps est l’instrument par lequel et avec lequel la volonté agit comme principal agent ; or l’instrument et l’agent principal considérés quant à l’action ne sont qu’un, comme l’âme et le corps ne sont qu’un homme ; aussi ne sépare-t-on pas l’action de l’âme de l’action du corps quand l’homme agit, parce que c’est la même action résultée de deux réduites à une, et fondues intimement ensemble ; c’est pourquoi on dit : un tel a fait telle chose, et non la volonté et le corps d’un tel ont fait telle action.

Voilà l’idée que dans le Ciel les Anges ont de l’âme et du corps ; ce qui leur apprend que le Seigneur a divinisé son humanité par l’union de la Divinité qui était en lui, qui lui tenait lieu d’âme reçue du Père, qui n’était qu’un avec lui. Le dogme de la foi reçue dans tout le Monde chrétien sur cet article est très conforme à cette idée, puisqu’il nous dit : Quoique le Christ soit Dieu et homme, ils ne sont néanmoins pas deux, mais un Christ ; bien plus, il est un et une personne unique ; parce que comme le corps et l’âme ne sont qu’un homme, de même Dieu et homme est un Christ : ce sont les propres termes du Symbole Athanasien reçu dans tout le Christianisme. Cette union de la Divinité et de l’humanité dans le Seigneur n’étant qu’un Christ dans lui, il est ressuscité non seulement quant à son âme, mais aussi quant à son corps qu’il avait glorifié par cette union pendant qu’il était homme sur la Terre, résurrection telle qu’elle ne se fait à l’égard d’aucun autre homme. Il prouva cette résurrection de tout lui-même à ses Disciples quand il se manifesta à eux, et leur dit : Touchez-moi, palpez et voyez, c’est bien moi-même ; car un Esprit n’a pas de la chair et des os comme vous voyez que j’en ai. ()

Les Esprits de cette quatrième Terre comprirent tout cela, car les Esprits angéliques le conçoivent ainsi ; et ceux-là me dirent : au Seigneur seul appartient la puissance dans les Cieux, parce qu’ils sont à lui : Nous le savons comme vous, leur répondis-je ; l’Église de notre Terre nous l’enseigne d’après ce qu’il dit lui-même à ses Disciples avant qu’il montât au Ciel : Toute puissance m’a été donnée dans le Ciel et sur la Terre.

160. Je demandai ensuite aux Esprits de cette quatrième Terre quelques notions sur le globe et sur ses habitants ; car tous les Esprits ont ces connaissances présentes, quand il plaît à Dieu d’ouvrir leur mémoire extérieure sur les choses de cette nature ; ils l’apportent avec eux en mourant, mais elle se ferme ensuite pour n’être ouverte que selon le bon plaisir du Seigneur. Ils me dirent que lorsque le Seigneur le leur permet, ils apparaissent aux habitants de leur Terre, et que leur mémoire reprenant alors son état naturel tel qu’il était avant leur mort, ils parlent aux habitants dont la vue et les oreilles intérieures sont ouvertes pour les voir et les entendre ; dans cet état, ajoutèrent-ils, ces habitants nous prennent pour des hommes ordinaires, et ne s’aperçoivent de leur erreur que lorsque nous disparaissons de leurs yeux, sans qu’ils s’y soient attendus. Le même est arrivé sur notre Terre dans les anciens temps à plusieurs hommes ; Abraham et Sara son épouse, Loth, sa femme, ses filles et les autres habitants de Sodome, Manoach et son épouse, Josué, Marie, Élisabeth, ont vu des Anges et leur ont parlé sans les connaître pour tels ; ils ont aussi apparu aux Prophètes et à d’autres personnes : bien plus, le Seigneur même s’est montré à ses Disciples, et sous un extérieur si semblable aux hommes vivant parmi eux, que ces hommes les ont regardés comme des hommes ordinaires jusqu’au moment que ces Anges ont déclaré ce qu’ils étaient. Aujourd’hui ces apparitions sont très rares, parce qu’elles seraient une preuve coactive de croyance ; que la foi fondée seulement sur les miracles n’est ni solide ni constante, et pourrait devenir suspecte à ceux chez lesquels on voudrait l’introduire par la simple persuasion, fondée sur les révélations consignées dans l’Écriture sainte.

161. L’Esprit jadis Prélat, dont j’ai parlé ci-devant, ne croyait pas alors qu’il existât d’autres Terres que la nôtre, parce qu’il fondait son opinion sur ce que le Seigneur ne s’était incarné que sur notre globe, et qu’il n’y a de salut que par le fils de Dieu. Pour le convaincre de son erreur, Dieu le mit dans l’état où il faut être pour apparaître aux hommes de la Terre tel que l’un d’eux, et fut envoyé sur cette quatrième Terre non seulement pour la voir, mais pour converser avec ses habitants : cette faveur me fut également accordée. N. 135. J’y observai successivement quatre espèces d’hommes, les premiers se montrèrent vêtus ; les seconds nus, ayant une carnation semblable à la nôtre ; la troisième espèce était nue, mais d’une couleur rouge enflammée ; la quatrième était noire.

162. Notre Esprit Prélat étant avec les hommes vêtus, il parut une très belle femme, ayant une robe simple, ajustée décemment, traînante, et dont les manches descendaient jusqu’au poing ; sa tête était couverte de fleurs très joliment arrangées en forme de guirlandes. L’Esprit Prélat se plaisait beaucoup à considérer cette belle fille ; il lui parlait, et lui prenait la main ; alors elle le reconnut pour un Esprit, et pour un Esprit étranger à sa Terre, et s’éloigna de lui. Plusieurs autres femmes se montrèrent à sa droite ; elles faisaient paître des brebis avec leurs agneaux, et les menaient boire à un petit ruisseau qui tirait son eau d’un lac. Elles étaient vêtues comme la précédente, et conduisaient leur troupeaux la houlette à la main : elles dirent qu’en montrant à ces animaux seulement avec la houlette la route qu’ils devaient prendre, ils y allaient aussitôt : ces brebis étaient de la plus grande espèce, et portaient une queue longue et fournie de beaucoup de laine : ces Bergères, même considérées de près, étaient belles. Des hommes parurent aussi ; la couleur de leur teint était semblable à celui de nos Européens, à cela près que le bas de leur face était noir, et que leur nez tirait plus sur un blanc de neige que sur la couleur de chair. Il fallut partir de là, et ce fut un crève-cœur pour l’Esprit jadis Prélat, car la première femme qu’il avoir vue occupait encore toutes ses pensées ; on pouvait facilement en juger par une apparence de son ombre qui se montrait encore au même endroit où il avait parlé à cette beauté.

Il arriva au lieu habité par les hommes non vêtus : ils se promenaient deux à deux, le mari avec la femme, les reins couverts d’une espèce de ceinture en forme de jupon, et la tête environnée d’une sorte de voile. L’Esprit Prélat se sentit, comme dans le Monde, pressé de l’envie de débiter un sermon, et dit en leur présence qu’il voulait leur prêcher le crucifiement du Seigneur : non, non, dirent-ils, nous ne voulons pas vous entendre, parce que nous ne savons pas ce que c’est ; et que nous savons que le Seigneur est vivant : hé bien, répondit-il, je vous prêcherai le Seigneur vivant ; non, répliquèrent-ils, nous trouvons dans votre discours, dans votre manière de parler, quelque chose qui n’est pas céleste ; car vous avez l’air d’un homme qui a de l’amour-propre, qui veut acquérir de la réputation et des honneurs ; votre parler vous décèle, et nous savons bien connaître si le cœur est ou n’est pas d’accord avec la langue ; en conséquence nous ne voulons pas vous écouter : alors il se tut. Dans le Monde ses discours étaient pathétiques au point de faire beaucoup d’impression sur l’esprit et sur le cœur de ses auditeurs ; mais ses discours, ses gestes et son ton étaient étudiés, et le produit de l’art du Monde, et non de l’influence du Ciel.

163. Ils dirent qu’ils connaissaient très bien, par l’idée spirituelle qu’ils ont du Mariage, si l’amour conjugal règne entre le mari et la femme, de la nature de ceux d’entre eux qui ne sont pas vêtus ; ils me communiquèrent leur idée à cet égard ; la voici : il doit y avoir entre eux une ressemblance et un accord dans leur intérieur, formés par l’union du bon et du vrai, et de même de l’amour et de la foi : de cette union qui reflue sur le corps, résulte l’amour conjugal ; parce que tout ce qui appartient à l’âme se peint naturellement sur l’extérieur du corps, et manifeste au-dehors l’amour conjugal chez ceux qui s’aiment réciproquement. Cet amour mutuel fait que l’un désire vouloir et penser comme l’autre, et unir leurs esprits comme leurs cœurs. Cette union produit une affection, laquelle sans cesser d’être spirituelle, comme appartenant à l’âme, devient naturelle dans le corps, qui se revêt des sentiments et des sensations qui naissent de l’amour conjugal. L’affection spirituelle propre à l’âme est l’affection pour le bon et pour le vrai, ainsi que pour l’union ; car tout ce qui appartient à l’esprit, ou, ce qui est le même, à l’entendement et à la volonté, se rapporte au bon et au vrai. Ils ajoutèrent encore qu’il ne peut exister un amour vraiment conjugal entre un homme et plusieurs femmes dans le même temps ; parce que le mariage du bon et du vrai, qui appartient à l’âme et lui est subordonné, ne peut exister qu’entre deux personnes.

164. L’Esprit Prélat se transporta de là chez les habitants de cette Terre dont le corps est nu et la peau d’une couleur rouge enflammée : ensuite chez ceux qui l’avaient noire, parmi lesquels les uns sont vêtus, les autres non ; mais ces derniers ne vivent pas avec les autres : un Esprit, en effet, se transporte en un moment d’un lieu à un autre, même fort éloigné ; parce qu’il ne parcourt pas l’espace par une progression de pas qui se succèdent, comme le fait le corps d’un homme mortel, mais simplement par les changements d’état de l’âme.

165. Je parlai ensuite aux Esprits de cette même Terre sur la croyance des habitants de la nôtre au sujet de la Résurrection. Ils ne peuvent concevoir, leur dis-je, que les hommes en mourant passent seulement de cette vie à une autre qui n’aura point de fin ; qu’ils seront encore hommes ayant corps, visage, mains et pieds, et tous les sens extérieurs et intérieurs ; ils conçoivent encore moins qu’ils seront vêtus et logés dans des maisons ; et pourquoi ne le croient-ils pas ? Parce que la plupart sont tellement livrés aux sens de leur corps matériel, qu’ils ne pensent et ne jugent que par eux, et ne pensent pas qu’il puisse exister quelque Être impalpable : parce que peu d’entre eux savent faire dormir les sens externes pour se replier sur leur intérieur, et s’élever par là à la lumière céleste qui éclaire les sens intérieurs et leur manifeste toutes ces choses. Voilà pourquoi ils ne peuvent appliquer à leur âme la même idée qu’ils ont d’un homme, quoiqu’ils ne soient vraiment homme que par l’âme et non par le corps ; et que l’idée qu’ils se font de leur esprit est celle d’une substance aérienne, d’un souffle qui n’a ni forme ni figure, mais quelque chose de vital, qu’ils ne sauraient proprement définir. Cette façon de penser leur a fait naître celle de croire que tous les hommes morts ne ressusciteront qu’à la consommation des siècles ou en fin du Monde, qu’ils appellent le jugement dernier ; qu’alors les corps des hommes réduits en poudre, dispersés çà et là, seront formés derechef de cette même poussière, sans qu’il en manque un seul grain, et seront réunis aux âmes dont la mort les avait séparés. J’ajoutai qu’on tolérait cette croyance, par la raison que ceux qui ne pensent et ne raisonnent que par les sens extérieurs ne sauraient concevoir ni se persuader que leur âme puisse exister et vivre sous forme humaine autrement qu’avec le même corps auquel elle était unie avant la mort ; et que dire que ce corps naturel, terrestre et corruptible ne ressuscitera pas, c’est les obliger à rejeter et à nier la vérité de ce qu’enseigne la doctrine sur la Résurrection et sur la vie éternelle comme incompréhensible. Cette opinion sur la Résurrection a néanmoins cela d’utile qu’elle imprime et conserve l’idée et la croyance d’une nouvelle vie après la mort, et que de cette croyance il résulte qu’un homme malade un peu grièvement commence à détacher son cœur des objets terrestres, pour penser aux spirituels, et à la nouvelle vie dans laquelle il pense qu’il va entrer ; qu’il pense alors et parle du Ciel, et de l’espérance qu’il a de vivre d’abord après son décès, sans avoir égard à l’attente d’un jugement dernier à la fin des siècles, dont il ignore le moment. J’admire, leur dis-je, quand je réfléchis que ceux qui ont la foi oublient ce jugement dernier renvoyé à la fin du Monde, et ne font aucune mention de lui, lorsqu’ils parlent de leurs parents ou amis défunts comme devant vivre encore d’abord après leur mort. S’il s’agit d’un enfant qui meurt, c’est un petit Ange, dit-on, qui va augmenter le nombre des Esprits célestes. Était-ce un homme de probité, qui a mené une vie régulière et pieuse, c’est un Saint qui montera droit au Ciel, recevoir la récompense de sa foi, de son amour pour Dieu et de ses bonnes actions envers le prochain ; c’est un favori de Dieu qui intercédera pour nous auprès de ce père des miséricordes. Est-il question d’un homme souillé de crimes ? En mourant il va à tous les Diables dès l’instant de son décès, et sera précipité dans l’Enfer pour y subir la juste punition de ses forfaits ; j’admire, oui j’admire, et tout homme sensé doit admirer avec moi combien la vérité a de force sur l’esprit des hommes, et comment elle les éclaire et les prémunit même sans qu’ils s’en aperçoivent, contre les fausses impressions qu’on sème dans leur entendement ; mais dès que l’idée d’une résurrection générale, que l’on a implantée dans les Esprits, se présente, elle obscurcit, elle éclipse, elle fait disparaître, au moins pour le moment, la lumière de la vérité ; l’idée du jugement dernier prend la place et y amène avec elle l’idée d’un corps terrestre, matériel et corruptible, qui doit être uni de nouveau à l’âme qui s’en était séparée depuis bien des siècles : ils ignorent donc que tout homme est Esprit quant à son intérieur : que c’est un Esprit qui a vie, qui vit dans le corps indépendamment de cette enveloppe à laquelle il donne une vie telle qu’elle lui convient, et qu’elle n’a pas d’elle-même ; que l’Esprit donne la forme humaine au corps auquel il est uni ; que l’Esprit est donc ce qui constitue proprement l’homme, et dans une forme semblable, mais invisible aux yeux de sa propre enveloppe, et très visible aux yeux des Esprits, parce qu’ils sont des Êtres de même nature que lui : c’est pourquoi quand Dieu ouvre les yeux de l’Esprit d’un homme, ce qui se fait par l’abstraction de la vue d’un corps matériel, il voit les Anges et les Esprits sous la forme humaine comme il voit les hommes ses semblables ; parce qu’ils lui apparaissent toujours sous cette forme : l’écriture sainte nous en rapporte plusieurs exemples. J’ai parlé quelquefois avec des Esprits que j’avais connus hommes avant leur mort, et je leur demandai s’ils seraient bien aises de rentrer dans le corps terrestre dont ils sont séparés, et s’unir à lui comme ils l’étaient avant que de mourir ; la question à peine énoncée, l’idée seule de cette réunion leur fit prendre la fuite, dans l’étonnement que leur causait le souvenir d’avoir cru aveuglément et sans réflexion que cette réunion devait nécessairement avoir lieu.

166. Je vis aussi sur cette Terre-là les logements de ses habitants : ce sont des maisons basses plus longues que larges, percées des deux côtés d’autant de fenêtres qu’il y a de chambres qui en divisent la longueur. Le toit est arrondi dans son sommet, et une porte ou entrée est pratiquée à chaque extrémité. Les murs, m’ont-ils dit, en sont construits de terre, et le toit de gazon ; les fenêtres sont fermées par des treillis de fils de gramen, qui laissent une entrée à la lumière. J’y ai vu encore des enfants, assemblés avec ceux du voisinage, qui se réunissent, dirent-ils, pour former entre eux une société sous les yeux et la protection de leurs parents. J’y vis des champs auxquels les approches de la moisson donnaient une couleur blanchâtre. Ils me montrèrent les grains qui avaient produit cette moisson ; ils ressemblaient à ceux du froment de la Chine ; et les pains qu’ils en préparent sont petits et ont une forme carrée. Je remarquai encore dans les champs, des prés en fleurs ; des arbres portant des fruits semblables aux pommes de grenades ; des arbustes, qui n’étaient pas vignes, mais qui produisaient des baies dont ils préparaient une espèce de vin.

167. Leur Soleil, qui à nos yeux n’est que de la grandeur d’une étoile, paraît une flamme grande en apparence comme le quart du disque de notre Soleil. Leur année est d’environ deux cents jours et quinze heures, considérée respectivement à la mesure des jours sur notre Globe. Cette Terre-là est des plus petites du Firmament, puisqu’elle n’a guère de circonférence que cinq cents milles d’Allemagne ; je détermine cette mesure d’après le dire des Anges, qui en avaient jugé d’après la comparaison faite avec ce qu’ils avaient observé dans ma mémoire, concernant les dimensions de notre Globe ; ils y avaient fait ces observations, parce que dans ces occasions, les idées des Anges étant spirituelles et très au-dessus des idées humaines, ils sont obligés d’avoir recours à la mémoire des hommes, quand il s’agit de mesurer les espaces et les temps ; alors ils jugent au premier coup d’œil du juste rapport qui se trouve entre une distance et une distance, entre un temps et un autre.

 

 

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De la cinquième Terre du Firmament.

 

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168. DOUZE heures, ou peu s’en faut, s’écoulèrent avant que mon Esprit fût transporté par les changements de son état, à la cinquième Terre du Firmament. J’avais encore cette fois-ci des Anges et des Esprits de notre Globe pour compagnons de voyage, et je m’entretenais avec eux sur les choses qui suivent. J’étais porté tantôt en haut tantôt en bas toujours obliquement vers la droite, plage qui, dans l’autre vie, est le Midi ; je voyais des Esprits en deux endroits, et je ne leur parlais que dans un. Il me fut inspiré dans le chemin d’observer combien est immense le Ciel des Anges et des Esprits, et de ce qui n’était pas habité ; ces observations me firent conclure que quand il existerait dans l’Univers un nombre de Terres aussi grand qu’on ne puisse même le soumettre au calcul, chaque Terre beaucoup plus étendue et plus peuplée que n’est la nôtre, et le sera à perpétuité, le Ciel ne pourrait être rempli. Il me fut même aisé de tirer cette conclusion de la comparaison que tout homme peut faire de l’étendue visible de ce que nous appelons la voûte du Ciel avec notre Terre ; cette étendue est si petite, même à nos yeux, qu’elle n’égalerait pas une partie de millions de milliards de milliards de l’étendue du Ciel non habité.

169. Lorsque les Esprits angéliques de cette cinquième Terre nous approchèrent, ils nous demandèrent qui nous étions et ce que nous venions faire chez eux ; nous sommes des voyageurs, dîmes-nous, et nous sommes venus sans aucune mauvaise intention. Ils craignaient que nous ne fussions du nombre de ceux qui étaient venus jeter le trouble et la confusion dans leurs idées sur Dieu, sur la foi et sur les choses célestes ; et ils s’étaient retirés sur cette partie de leur Terre, pour se mettre à l’abri des Esprits voyageurs de cette sorte. Ils sont venus nous parler de trois et d’un dans Dieu, d’un Dieu sans forme aucune, même sans figure humaine ; et nous savons, ajoutèrent-ils, nous concevons qu’il n’y a qu’un Dieu, et qu’il est homme. À ces discours nous reconnûmes que ces Esprits perturbateurs appartenaient à notre Terre ; parce que la plupart d’entre eux conservent encore dans le Monde des Esprits le penchant qu’ils avaient avant la mort pour voir ce qui se passe hors de leur pays, et satisfaire leur curiosité. Sur les informations que nous prîmes sur le compte de ces Esprits voyageurs, nous jugeâmes qu’ils étaient de ces Moines qui courent le Monde à titre de Missionnaires, sous le prétexte spécieux de convertir les Gentils à la foi chrétienne. Vous faites très bien de fuir ces sortes d’Esprits, leur répondîmes-nous ; leur intention n’est pas d’instruire, mais de s’insinuer d’abord dans la bienveillance de ceux à qui ils parlent, de captiver leur entendement et leur cœur, pour se les soumettre comme des Esclaves, et s’enrichir par leur moyen : en outre ils jettent le trouble dans vos idées sur la Divinité, et c’est un motif plus que suffisant pour les fuir. Ils nous prêchaient que nous étions obligés de croire tout ce qu’ils nous disaient, répliquèrent-ils, mais nous les réduisîmes bientôt à un honteux silence, quand nous leur eûmes déclaré que nous ignorions ce que c’est que la foi, ce que c’est que croire, parce que nous sommes convaincus et persuadés que les choses sont comme nous le pensons. Ces Esprits étaient en effet du Royaume céleste, dont tous les habitants ont la perception intérieure des vérités divines qui sont les objets de ce que nous appelons la foi ; car ils sont illuminés directement par le Seigneur. Je reconnus qu’ils appartenaient au Royaume céleste, et non au spirituel, à ce que la lumière qui les éclairait était couleur de flamme rougeâtre, et que celle du Royaume spirituel est blanche. Ceux qui sont du céleste ne répondent que oui, oui, ou non, non, sans autres raisonnements, quand on leur parle des vérités divines. Ce sont eux que le Seigneur avait en vue, lorsqu’il dit à ses Disciples : Contentez-vous de répondre oui, oui, ou non, non, suivant les circonstances, toujours conformément à la vérité ; tout ce que vous direz de plus est superflu, et est un mal. Voilà pourquoi les Esprits de cette Terre-là dirent qu’ils ignoraient ce que c’est que la foi ; ce qu’on entend par croire. Car c’est comme si l’on disait à un homme qui voit clairement des maisons et des arbres, qu’il doit croire que ces maisons et ces arbres existent : ces Esprits angéliques étaient dans le même cas. Nous avons montré la différence des habitants du Royaume céleste et du Royaume spirituel à l’égard de l’étendue des connaissances, dans les Nos 2718, 202, 597, 607, 784, 1121, 1387-98, 337, 2715, 3246, 4448, 9196.

Nous leur dîmes que peu d’hommes sur notre Terre avaient une perception intérieure nette, parce que dans leur jeunesse on leur apprend bien les vérités, mais qu’ils ne les pratiquent pas. L’homme en effet est doué de deux facultés qui constituent l’homme proprement dit, la volonté et l’entendement ; il reçoit dans sa mémoire les vérités qu’on lui enseigne, il en laisse même échapper quelque chose qui va se loger dans l’entendement ; mais ce peu ne pénètre guère jusqu’à la volonté, qui détermine à la pratique. Comme la vue intérieure d’un homme de cette espèce n’est pas illuminée par le Seigneur, parce qu’il la forme à sa lumière, il dit qu’il faut avoir la foi, qu’il faut croire ; il raisonne même à part soi si les choses sont ou ne sont pas comme on les dit, et va jusqu’à soutenir que la vie de l’âme ne peut rien voir là-dedans : mais ils ne pensent et ne parlent ainsi que parce qu’ayant fermé leur entendement à la lumière céleste, ils sont dans les ténèbres, où l’erreur peut leur paraître une vérité, et la vérité une erreur. Quelques-uns sont même tombés dans un si grand aveuglement, qu’ils soutiennent qu’on peut être sauvé sans la pratique de ce qu’enseignent ces vérités qu’ils disent être l’objet de la foi, et que la foi seule suffit pour le salut ; comme si l’homme n’était pas homme par les actions humaines, et qu’il ne fût nécessaire pour lui que de savoir ce qu’il doit croire, sans se mettre en peine d’y conformer sa conduite.

Nous nous entretînmes ensuite avec ces Esprits angéliques sur l’amour de Dieu, sur celui envers le prochain, et sur la régénération. Aimer Dieu, disions-nous, c’est aimer ses préceptes et les observer en vue de lui-même, comme des enfants bien nés aiment un père qui les chérit, et obéissent à ses ordres par la satisfaction, le désir de lui plaire. L’amour envers le prochain ou la charité consiste à vouloir et à faire du bien à son Concitoyen, à sa Patrie, à l’Église, au Royaume du Seigneur, non par amour de soi-même, par ostentation pour la gloire mondaine ou pour la fortune, mais par une véritable affection pour le prochain, et pour le bien en lui-même. Nous dîmes sur la régénération que ceux que le Seigneur éclaire, et qui réduisent les vérités en pratique aussitôt qu’elles leur sont connues, en ont bientôt une connaissance claire et nette ; au lieu que ceux qui les consignent d’abord dans leur mémoire, raisonnent, veulent ensuite agir conformément, sont ceux qui ont la foi, que dans ce dernier cas on appelle conscience et non connaissance. Ces Esprits angéliques dirent : nous le concevons ainsi, et nous voyons ce que c’est que la foi.

170. Ces Esprits étaient de la partie septentrionale de leur Terre ; je fus ensuite conduit à ceux de la région occidentale ; et je les trouvai sur leur garde autant que les premiers. Ils me firent connaître la défiance qu’ils avaient de moi, par les questions qui es-tu ? quel es-tu ? tu es un méchant : ils pensaient m’épouvanter et par-là m’empêcher d’aller à eux : je reconnus ensuite qu’ils faisaient le même accueil aux Étrangers inconnus. Je leur répondis : vous dites la vérité ; car chez vous-même il n’y a que mal, puisque tout homme naît tel ; que tout ce qui appartient et vient du propre fond de l’homme, de l’Ange, de l’Esprit, est mal, parce que tout le bien qui est en eux vient du Seigneur, qui seul en est la source.

Ce discours leur ayant fait connaître que ma façon de penser était conforme à la vérité, ils m’admirent dans leur compagnie, et me communiquèrent leur sentiment sur le mal qui est dans l’homme, et sur le bien qui lui vient du Seigneur, ainsi que leur différence. Pour cet effet ils placèrent l’un auprès de l’autre, presque comme deux êtres contigus, cependant séparés, mais comme attachés par un lien, au moyen duquel le bon tenait le mal en respect et bridait ses saillies et ses fougues, pour l’empêcher de se livrer à son penchant ; que par ce moyen le bien tourne et plie le mal à sa volonté, au su du mal même ; voilà comment ils représentaient l’empire du bien sur le mal, et l’état de la liberté. Ils me demandèrent comment le Seigneur se montrait aux Anges de notre Terre ; comme homme duquel émane une atmosphère radieuse, ignée et solaire, qui illumine les Anges, éclaire les Cieux, dont la lumière est la vérité même, et dont la chaleur est le principe de tout bien, l’une et l’autre produite par l’amour divin, qui se manifeste dans les rayons ignés et solaires. Ce Soleil ne se manifeste ainsi qu’aux Anges ; les Esprits étant au-dessous et trop éloignés ne le voient pas tel, parce qu’ils n’ont pas encore autant de dispositions que les Anges à recevoir le bon de l’amour et la vérité de la foi. Cette question de la part des Esprits de cette Terre-là leur fut inspirée par la bonté miséricordieuse du Seigneur, qui, pour remettre l’ordre dans leurs idées où les Esprits malins avaient jeté la confusion, daigna se montrer à ceux-là, et me transporta auprès d’eux pour en être le témoin.

171. Cette apparition se fit de la manière suivante. Une nuée descendit de très haut du côté de l’Orient : à mesure qu’elle s’abaissait, elle devenait claire et lucide de plus en plus, et prit une forme humaine dans une splendeur de couleur de flamme, environnée d’étoiles de la même couleur. Des Esprits accoururent alors vers nous de tous côtés ; mais la séparation des bons et des mauvais s’opéra soudain comme d’elle-même ; les bons se trouvèrent à la droite, les mauvais à la gauche ; ceux-là se trouvèrent rangés suivant les divers degrés de bon qui étaient en eux, afin qu’ils formassent une société céleste ; les mauvais, suivant les degrés du mal qui dominait dans chacun d’eux, et ceux-ci se précipitèrent dans l’Enfer. Je vis ensuite cette splendeur de flamme descendre et pénétrer assez profondément dans le bas de la Terre ; elle se montrait alors tantôt devenue comme diaphane et lucide, ensuite comme opaque, et puis obscure. Les Anges m’expliquèrent ce changement apparent, en me disant qu’il était relatif à la réception du vrai provenu du bon, et à celle du faux enfanté par le mauvais dans ceux qui habitent le bas de la Terre ; mais que ces changements dans la splendeur n’étaient qu’apparents, puisqu’elle était toujours la même. Ils ajoutèrent que le bas de la Terre était habité par des bons et par des méchants ; que ceux-là étaient séparés de ceux-ci, afin que les premiers, conduits et dirigés par le Seigneur, pussent morigéner les derniers : ils ajoutèrent encore que les bons sont enlevés au Ciel chacun à son tour, et que d’autres leur succèdent. Par cette séparation faite au moment de la descente de cette splendeur, tout fut remis dans l’ordre ; car les méchants par différentes ruses s’étaient introduits dans les logements des bons, et les molestaient. La nuée qui parut devenir brillante et diaphane à mesure qu’elle descendait était une société d’Anges, au milieu de laquelle le Seigneur se montra sous la forme humaine. Ceci m’interpréta ces paroles du Seigneur sur le jugement dernier, rapportées dans les Évangiles : le fils de l’homme viendra accompagné des Anges, sur les nuées du Ciel, avec gloire, puissance et majesté.

172. Ces Esprits voyageurs et missionnaires dont j’ai parlé parurent ensuite avec la troupe des Esprits de cette Terre-là qu’ils avaient séduits et trompés, et dont la plupart étaient du nombre des méchants ; ils se montrèrent sur la plage orientale de ce globe, de laquelle ils avaient obligé les bons de se retirer, qui s’étaient réfugiés vers la partie septentrionale : quelques milliers de méchants de cette troupe furent précipités dans les Enfers. M’ayant été permis de converser avec un de ces Esprits missionnaires, je lui demandai ce qu’il était venu faire sur cette Terre-là ? Je suis ici, répondit-il, pour apprendre aux habitants ce qui concerne le Seigneur, le Ciel, l’Enfer, le pouvoir de remettre les péchés, d’en absoudre les hommes, et de leur ouvrir ou fermer à volonté la porte du Ciel. Apprenez-moi donc, lui dis-je, ce que vous savez du Seigneur, des vérités de la foi, de la rémission des péchés, du salut de l’homme, du Ciel et de l’Enfer. Ses discours me convainquirent qu’il en avait quelques notions, mais que les ténèbres où son entendement était plongé sur chaque article l’avaient jeté dans le faux ; qu’il ne lui était resté que la cupidité du lucre et l’amour de dominer qu’il avait contractés dans notre Monde, et qu’il avait portés avec lui dans le Monde des Esprits : on lui dit alors que n’étant venu qu’en vue de satisfaire sa cupidité, et ignorant comme il l’était sur la doctrine, il n’était capable que d’ôter la lumière céleste aux Esprits de l’Enfer, et d’établir la domination infernale sur cette Terre-là, au lieu de celle du Seigneur. Il était en effet très rusé, et très adroit pour séduire, mais inepte en fait des choses qui concernent le Ciel, et comme tel il fut précipité avec les autres dans l’abyme.

173. Les Esprits de ce globe me dirent encore que ces Esprits étrangers missionnaires avaient fait tout leur possible pour les persuader de vivre en société et non séparément ; car les Anges et les Esprits habitent ou séparément ou ensemble dans l’autre vie, comme ils vivaient dans ce Monde-ci. Étant hommes sur leur terre, ces Esprits avaient habité et vécu par familles séparées, chaque famille dans sa maison, une nation sans se mêler avec une autre ; et ne savaient pas ce que c’est que d’habiter en société civile dans un même lieu. On leur apprit donc que ces Esprits étrangers, en faisant tous leurs efforts pour leur persuader de réunir les familles et leurs maisons dans un même endroit, n’avaient d’autre vue que de les assembler ainsi pour établir leur domination, et leur commander avec plus de facilité. Ils répondirent qu’ils ignoraient ce que c’est que la domination et l’empire : je reconnus en effet l’aversion qu’ils avaient pour elle, à ce qu’ayant montré à un de ces Esprits-là qui nous suivait la ville où je fais ma résidence, il s’enfuit aussitôt, et ne reparut plus.

174. Alors je m’entretins sur les dominations avec les Anges qui étaient chez moi ; elles sont de deux sortes ; l’une de l’amour envers le prochain, l’autre de l’amour de soi-même ; nous disions que celle envers le prochain se trouve parmi ceux qui vivent partagés en famille, ou en nations ; et que celle de l’amour de soi-même s’exerce sur ceux qui vivent en familles assemblées pour former ce qu’on appelle une société. Le père de la famille ou de la nation domine sur elle et la gouverne ; sous lui les chefs de familles ; sous les pères des familles les pères ou les chefs de chaque maison ou famille particulière : on appelle père de la nation celui duquel sont issues les familles qui la composent en général ; et les familles considérées séparément, parce qu’elles vivent séparées l’une de l’autre. Dans ces deux cas, l’amour tel que celui d’un père envers ses enfants tient les rênes du gouvernement. Il leur donne des règles de conduite, il s’empresse de leur faire tout le bien qui dépend de lui ; et, autant qu’il le peut, il leur fait part du sien propre : il ne lui vient pas dans l’idée de les subjuguer et de les traiter en domestiques et en esclaves ; il cherche au contraire à se concilier leur amour, pour qu’ils lui obéissent comme des enfants obéissent à un père bien aimé auquel ils seraient fâchés de déplaire. Comme l’amour croît en descendant, celui du père de la nation est à un plus haut degré que celui du père d’une famille particulière, et l’amour ou tendresse de l’aïeul plus grand envers ses petits-enfants que n’est celui de leur propre père. Tel est le régime ou gouvernement dans le Ciel, puisque c’est celui du Seigneur ; car son règne est celui de l’amour divin envers tous les hommes.

Le règne ou la domination de l’amour de soi-même est directement opposé à celui dont nous venons de parler ; il a commencé lorsque l’homme s’est éloigné ou aliéné du Seigneur ; car moins l’homme aime et adore le Seigneur, plus il s’aime, plus il se caresse, plus il aime le Monde et ses folies. De là sont venues les réunions des familles et des nations pour travailler de concert à leur sûreté commune, et par là même à la sûreté de chacune ; c’est ce qui a produit par succession de temps les différentes formes de gouvernements que nous voyons aujourd’hui sur la terre ; parce que à mesure que l’amour de soi-même a pris de nouveaux accroissements, il a augmenté la source des maux de toute espèce, tels que sont les inimitiés, l’envie, la haine, la vengeance, le dol, la fourberie, contre ceux qui opposaient quelque obstacle à la satisfaction de ses désirs. L’homme n’a de son propre fond que le mal, il ne peut produire de lui-même que le mal ; et le mal ne saurait être le réceptacle du bien qui a sa source dans le Ciel ; c’est pourquoi l’amour de soi-même est le père de tous les maux. L’homme hérite de ses pères et mères ce qui lui est propre, et ce propre à lui est l’amour de soi. N. 210-215, 731, 874-75, 987, 1047, 2307-18, 3518, 3701, 3812, 8480, 8550, 10283-86, 10731. Le propre de l’homme est de se préférer à Dieu, et le Monde au Ciel, de faire peu de cas de son prochain, ou de ne l’aimer que pour soi. N. 694, 731, 1317, 5660. On voit par là qu’il est le père de tous les maux qui inondent la terre. N. 1307-21, 1594, 1691, 3413, 7255, 7376, 7480-88. L’inimitié, la haine, la vengeance sont une suite de l’amour de soi-même et du mépris qu’on a pour les autres. N. 6667, 7372-74, 9348, 10742.

L’amour de soi est tel que si on lui lâche la bride, il pousse la folie jusqu’à ambitionner l’empire du Monde entier, et la possession des biens et fortune de tous les hommes ; cela ne lui suffit même pas, car il veut et prétend dominer sur le Ciel même et en disposer à son gré : la Babylone de nos jours en est la preuve. L’amour de soi est donc aussi opposé à l’amour envers le prochain, que le Ciel l’est à l’Enfer.

Néanmoins quelque domination que l’amour de soi-même ait usurpé dans les grandes sociétés que nous avons nommés Empires, Royaumes et de divers autres noms, il n’a pas pu subjuguer tous les Esprits, et on trouve encore dans leurs centres mêmes des âmes embrasées du feu de l’amour divin et de l’amour envers le prochain, mais la domination de ces amours inséparables s’étend sur les seules personnes dans lesquelles la lumière de la vérité de la foi n’est pas obscurcie par les ténèbres de la folie de l’amour de soi-même. Celui-ci, bien entendu et dirigé par le bon sens, se tait bientôt, s’assoupit, ou ne veille que pour tenir l’entrée du cœur ouverte à la lumière céleste, qui y porte avec elle la chaleur vivifiante des deux amours de Dieu et du prochain. Ceux qui dans ce Monde-ci en ont senti la douceur et ont obéi constamment à leurs salutaires impulsions, ont déjà éprouvé les avant-goûts de la félicité, dont ils jouiront dans les sociétés du Ciel, formées en nations, en familles, en maisons distinctes suivant les affinités spirituelles relatives aux degrés du bon de l’amour et du vrai de la foi qui sont en eux. Nous en avons parlé dans le traité des merveilles du Ciel et de l’Enfer. N. 588.

175. Je demandai ensuite aux Esprits de cette terre astrale des notions sur ses habitants, sur le culte qu’ils rendent à Dieu, et sur la révélation de ses vérités éternelles. Ces Esprits me dirent que tous les trente jours un nombre de familles s’assemblent dans un même endroit, où un Prédicateur monté sur une espèce de pupitre, un peu élevé au-dessus du sol de la terre, leur annonce la parole de Dieu, et leur enseigne les vérités divines sur lesquelles les règles de conduite qu’il leur prescrit sont fondées. La révélation de ces vérités se fait par le ministère des Anges, qui se présentent à eux le matin, lorsqu’étant encore entre le sommeil et la veille, les impressions des sens corporels et les soins terrestres n’ont pas encore distrait et intercepté les rayons de la lumière intérieure ; alors les Anges les instruisent des vérités divines, et leur indiquent la voie qu’il faut tenir pour aller au Ciel. Pour les assurer que ce qu’ils ont entendu a été dit par l’organe du Ciel ; ces mêmes Esprits m’ont dit qu’un Ange vêtu de blanc se montre à eux tout près de leur lit, et disparaît presqu’aussitôt : c’est la preuve à laquelle ils distinguent une vision divine de celle qui ne l’est pas ; car dans, ou après celle-ci, l’Ange ne se montre pas ; et ces sortes de visions et d’apparitions arrivent à ceux qui sont chargés d’annoncer la parole de Dieu, et quelquefois à d’autres qui ne sont pas préposés à cet effet.

176. Ils me dirent que les maisons des habitants de leur terre sont basses, construites en bois ; le toit est plat, mais ses bords sont fermés en pente oblique. Le mari et la femme logent dans un appartement, les enfants dans un autre, et les domestiques ont le leur. Leur nourriture consiste à boire de l’eau mêlée avec beaucoup de lait tiré d’une espèce de vaches qui sont vêtues d’une laine semblable à celle des brebis. Les habitants ne sont pas vêtus, et ils ne connaissent pas la honte attachée à la nudité parmi nous ; tant parce que tous sont également nus habituellement, que parce qu’ils ne fréquentent que leur propre famille.

177. Leur soleil paraît à leurs yeux comme une flamme ; et leur année est de deux cents jours, dont chacun équivaut à neuf heures de notre temps ; ils l’avaient calculé ainsi sur la connaissance de la durée des jours sur notre globe, qu’ils avaient puisée chez moi. Le printemps et l’été sont les deux seules saisons qui se succèdent, que l’on éprouve sur leur Terre ; c’est pourquoi les champs sont toujours en fleurs, et les arbres ne sont jamais sans fruits. Cela ne saurait être autrement, puisque leur année n’équivaut guère qu’à 75 jours de notre année ; et que dans une si courte durée le froid ne peut être long, pendant le temps que nous nommons l’hiver, ni la chaleur de trop de durée pendant un été court ; d’où il résulte un printemps presque continuel.

178. À la question que je leur fis sur leurs mariages, ils me répondirent que la fille parvenue à l’âge de la puberté n’a plus la permission de sortir hors de la maison paternelle jusqu’au temps de la conclusion du mariage. Alors on la mène à une maison destinée a cet effet, appelée la maison des noces, où s’assemblent en même temps d’autres filles nubiles, dans laquelle toutes ces filles nubiles, ainsi qu’elles, sont placées derrière une espèce de table en armoiries, ou commode dont la hauteur monte jusqu’à la moitié du corps, de façon qu’on ne voit que la tête, la face et la poitrine nue de ces filles. Les jeunes gens nubiles s’y présentent alors et choisissent chacun la sienne pour en faire leur femme. Lorsque le jeune homme en trouve une qui lui plaît, il lui prend la main ; si elle le suit, il la conduit à la maison préparée pour la noce et en fait sa femme : ils ne peuvent guère se tromper dans leur choix, parce que chez ce peuple-là la physionomie est toujours la vraie image de l’âme ; et ils jugent par elle de la convenance de leur caractère. Afin que dans ces occasions tout se passe avec décence, un vieillard et une femme âgée y sont présents. Il y a plusieurs maisons destinées à cet usage, et des temps marqués pour ces assemblées de jeunes filles ; afin que si les jeunes gens n’en trouvaient aucune de leur goût dans une, ils puissent aller faire leur choix dans une autre ; ceux qui ne s’y rendent pas au temps marqué y vont au terme suivant. Ils ne s’unissent qu’avec une seule femme, parce qu’ils savent que la Polygamie est contraire à l’ordre établi par Dieu même.

 

 

FIN.

 

 

 

 

Emmanuel SWEDENBORG,

Des Terres planétaires et astrales,

nouvelle édition traduite du latin par A. J. P.,

1786.

 

 

 

 

 

 

 



1 Le Traité fut imprimé en 1758. Swedenborg l’avait composé au moins l’année précédente. On peut donc dire qu’il eut commerce avec les Anges et les Esprits dès les années 1744 ou 45 au plus tard.

 

 

 

 

 

 

 

 

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