Le Christ à Québec

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

VALDOMBRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I

 

Le grand Léon Bloy 1, que ne connaît certainement pas Duplessis, ni aucun de ses ministres, si catholique soit-il ; Léon Bloy, dans un moment d’excellente humeur, lançait à toute la France, en décembre 1892, ce formidable conseil : « Je demande l’érection au sommet de la tour Eiffel, d’une colossale Croix en or massif, du poids de plusieurs dizaine de millions de francs, aux frais de la ville de Paris. »

Inutile de vous dire que les politiciens au cœur de roche jugèrent cette demande comme un symptôme éclatant de délire fébrile et que le pauvre Léon Bloy faillit terminer son existence aux petites maisons.

Pourtant, le souhait du grand écrivain catholique ne me paraît pas ridicule. L’auteur du Désespéré, du Sang du pauvre et de tant de chefs-d’œuvre pouvait se permettre de créer un dernier poème qui l’honore et qui restera comme un témoignage brûlant, et fort embarrassant pour plusieurs, de son catholicisme absolu et d’absolu.

Bloy était un catholique. Il n’avait rien du politicien. Il était catholique et pas autre chose. Je comprends qu’un ministre de Duplessis et un boucher, tel ce William Tremblay, que je me représente toujours les mains pleines de sang, l’eût traité de haut et s’en serait moqué devant ses électeurs, mais Bloy se nourrissait du pain éternel et de la doctrine de Jésus, et cela lui suffisait.

Qui dira l’horreur que le suffrage universel inspirait au pamphlétaire chrétien ? À tel point que Bloy allait se réfugier au Danemark ou en Hollande lorsque apparaissaient à l’horizon le plus lointain les diaboliques élections.

C’est certain que le Mendiant ingrat n’eût pas été un bon électeur de M. Duplessis, ni de M. Tremblay, ni non plus de ce cher Albini Paquette qui vous prend des airs de sainte-nitouche lorsqu’il parle de son rôle de ministre... de la Couronne. Jolie couronne ! Édouard VIII en sait quelque chose et vient de nous le démontrer d’une façon très amusante et donjuanesque. Soyons sérieux.

Quand on possède, comme moi, Léon Bloy, presque par cœur, on s’explique qu’il ait affiché son catholicisme et qu’il ait forcé les mufles à s’agenouiller dans la poussière. Mais quand on a passé une partie de sa vie à tripoter le suffrage universel et à se nourrir de politicaillerie, il paraît ridicule et même très imprudent, vous en conviendrez, de mêler le catholicisme à des choses aussi profanes et aussi basses.

C’est pourtant ce qu’a fait Duplessis qui devait trouver des imitateurs dans quelques autres spécimens de son entourage.

Le moment est venu de montrer nos politiciens tels qu’ils sont. C’est une besogne qu’un Saint-Simon 2 exécuterait beaucoup mieux que je ne saurais le faire, mais j’ai promis d’aller au bout de ma tâche et je peux assurer mes lecteurs que je m’y rendrai.

Je recevais encore hier une lettre éclatante de franchise et d’esprit de la part d’un prêtre qui, il n’y a pas si longtemps, se montrait fort sympathique à la cause de L’UNION NATIONALE. Entre autres choses agréables, ce brave curé me disait : « Je suis ravi de tout le pamphlet. C’est ça, et il fallait « vous » pour écrire ça ! Dieu vous soutiendra. Continuez ce beau travail. »

De pareilles paroles d’encouragement ne sont pas faites pour modérer mon ardeur, ma foi et mon langage. Avec cela, je peux me passer de l’existence si intelligente que mènent les ministres. Et de leurs salaires. Du reste, le moment n’est pas loin peut-être où notre papier-monnaie n’aura plus aucune valeur sur les marchés du monde, tandis que les nombreuses lettres que je reçois tous les jours garderont leur prix d’or.

Je demande à mes lecteurs de me pardonner cette parenthèse. Si on s’imagine trouver dans mes pamphlets des leçons de style et des modèles de composition littéraire, on se trompe grandement. Je ne polirai pas mes phrases. J’ai assez d’être poli. La vie est trop courte pour que je la passe à mesurer mes périodes et à compter les syllabes. J’abandonne ce labeur à des sorbonnards fonctionnaires qui ont du temps et de l’esprit à perdre, N’est-ce pas Rivarol 3 qui disait : « C’est un grand avantage de n’avoir rien fait mais il ne faut pas en abuser ? »

N’est-ce pas le cas des gros fonctionnaires et de la plupart de nos jolis ministres démocrates ?

Pardon ! Duplessis a fait quelque chose. Il a fait accrocher un crucifix au mur de la salle des parlementeurs.

 

 

II

 

Me voici maintenant à parler du Christ à Québec. Je demande à mes lecteurs de rester calmes et de me lire avec la plus grande attention, car il s’agit du Christ et il s’agit (je ne voudrais pas proférer un blasphème) du premier-ministre de la province de Québec.

En premier lieu, je dirai que je ne doute pas un moment de la bonne foi aussi bien que du catholicisme sincère de M. Duplessis et de la plupart des bienheureux qui l’entourent. Mais je trouve horrible, et seul, un Bossuet 4 pourrait l’exprimer avec l’étonnement de son génie, que M. Duplessis ait attendu si longtemps avant que de rappeler à Taschereau son devoir et avant que de signaler au monde que nous sommes un peuple français et catholique. Et parce que notre Président du conseil se spécialise dans les dilemmes d’enfant d’école, je vais lui en poser un. Ca le distraira entre deux lettres ou entre deux repas. Voici : ou le Christ avait sa place toute désignée dans l’enceinte parlementaire, et M. Duplessis, lorsqu’il était chef de l’opposition, se devait d’exiger la présence d’un crucifix ; ou le Christ n’a plus sa raison d’être dans le Québec et pourquoi M. Duplessis prend-il la peine de l’accrocher au mur ?

Cet avocat de province me renverse. Je lui demanderai simplement de faire preuve d’un peu de logique dans ses actes et d’un peu d’idée de suite dans sa doctrine. Car, à la fin des fins, il est désespérant de se voir mener par un tel homme de loi. Qui lui rendra un peu de ce bon sens que j’admirais, il y a deux ans à peine ?

Le mois dernier, j’avais le courage d’écrire en réponse au crucifix du gouvernement national « que le Christ on le porte dans son cœur ». Et c’est vrai. Et il ne se trouvera pas un catholique dans toute la province de Québec pour me contredire. Seulement, on ne devrait pas jouer les Tartuffes au moment si pathétique, où des milliers d’ouvriers crèvent de faim en songeant au paradis ou à... l’enfer.

Ah ! mes bons petits frères, M. Duplessis veut montrer son catholicisme. Eh bien ! je vais lui en parler du catholicisme. Ce sera plus embarrassant pour lui que pour moi.

Je lui dirai d’abord que le crucifix accroché au mur d’une assemblée législative, où l’on n’a jamais légiféré autrement que dans le sens de leurrer et d’égorger le pauvre peuple ; je lui dirai que son crucifix me paraît « bon marché ». Un peuple franchement catholique, c’est-à-dire détaché des biens terrestres et capable encore de sortir ses piastres, que le terrible Papini appelait « l’excrément du démon », pourrait faire davantage. En face des provinces protestantes, M. Duplessis aurait dû témoigner pour Jésus et faire preuve d’un catholicisme plus vrai, plus ardent et plus sincère. Que n’a-t-il imposé une contribution directe d’un dollar à tout citoyen français et catholique de la province de Québec pour « l’érection d’une croix colossale en or massif du poids de deux millions de dollars ? » Je suis sérieux.

Quand on est profondément catholique, et quand, davantage, on s’est servi de la religion pour arriver à ses fins, il y a deux croix qui s’imposent sur le globe terrestre : la simple croix de bois, celle-là même, si auguste, sur laquelle expira le Sauveur du monde, et dont on retrouve la copie en miniature dans les huttes des bûcherons les plus humbles ; puis, il y a la croix d’or, immense, colossale, vengeresse, écrasante, que tous les catholiques doivent payer de leurs piastres, de leur sang et de leur amour.

Duplessis n’a pas voulu y mettre le prix. Il s’est contenté d’un crucifix pas trop cher, évitant ainsi les reproches de ses électeurs, qu’il faut toujours soigner et qui comptent pour le moins, en « pleine période électorale », autant que Jésus.

Je veux croire que le chef de l’Exécutif ne pense pas comme moi. Son intelligence de faiseur de lois et de calembours ne va pas en profondeur et je le regrette pour lui. S’il savait comme je lui veux du bien et davantage le bien de mes compatriotes ! Ne comprendra-t-il jamais que SON crucifix masque une horreur que pas un chenapan sur la terre n’oserait qualifier ?

Tout le clergé sait ce que je veux dire.

 

 

III

 

Maintenant, la dégoûtation !

Voici un gouvernement qui se croit « national » et qui a braillé pendant des semaines sur les tribunes publiques son catholicisme de kermesse et de bazar. Notre malheureux peuple, qui ne voit pas plus loin que son nez, s’est laissé grisé par le parfum de ces encens. Lorsqu’il sortira de son cauchemar, il comprendra la puissance diabolique de la parole. Il sera trop tard.

Voici un parti « national » qui se dit catholique et qui gouverne comme s’il eut été à l’école d’un Lénine, d’un Karl Marx ou d’un Staline J’en veux comme seul exemple cette loi maudite des Pensions de vieillesse qui déshonore notre terre française, que le grand Jacques Cartier avait marquée du signe de la Croix.

Qu’on ne vienne pas parler devant moi de notre catholicisme. Nous sommes un troupeau de païens. Nous nous conduisons comme tels. Si on avait la décence au moins de ne pas se couvrir d’hypocrisie. Quelle misère !

Je dois pourtant m’adresser à M. Taschereau. Je me demande pourquoi cet homme, que l’on croyait d’acier, ait fini par casser net devant les cris sauvages du peuple et devant la fourberie de certains politicailleurs qui réclamaient la « pension de vieillesse ». Il n’avait pas à s’aplatir devant l’adversaire. Jusque-là, il s’était conduit comme un chrétien, refusant de signer une pareille loi qui pue le communisme et qui vient des profondeurs de l’enfer pour servir la maîtresse Avarice.

Pourquoi Taschereau a-t-il cédé ? L’occasion était belle pour lui de « tomber » par amour d’un principe. C’était d’en appeler au peuple. La loi gardait son importance et il n’y avait pas de temps à perdre. M. Taschereau, pour répondre au désir de la populaille et de la racaille en même temps qu’à l’appétit vorace de ses adversaires, fit adopter la loi de commande. Il a voulu servir le peuple et, en retour, le peuple l’a étranglé. Je ne connais pas de fin plus lamentable.

Dans quinze ans, dans dix ans, lorsqu’on aura ruiné notre province avec les extravagances que va provoquer la pension de vieillesse, vous verrez les orateurs à gages d’un nouveau parti « national », venir jurer en face de toutes les Croix, qu’ils abhorrent cette loi maudite. Et ils en accuseront Taschereau, par-delà la tombe, d’en être le père et l’infâme inspirateur. Bien oui, puisque ce fut à sa demande, au Parlement, qu’on adopta cette reculade de... vieillesse et qu’elle se retrouve en blanc et en noir dans les statuts sacrés de notre édifiante province. Le temps n’effacera plus cette horreur. Quant aux beaux discours des partisans de M. Duplessis, ils se perdront dans la poussière des bibliothèques et du Temps ! Encore une fois, Alexandre Taschereau portera la faute des autres. Dans des heures plus difficiles, l’ancien premier-ministre avait montré plus de caractère, de sagesse et de prudence.

Affolé par le suffrage universel, habitué à satisfaire toutes les fantaisies et toutes les volontés des masses, il se laissa attendrir, il tomba dans les compromissions, il signa sa condamnation et sa propre mort.

Malgré des erreurs de tactique et d’administration, je tiens à déclarer que M. Taschereau méritait une autre fin. Au crépuscule d’une carrière laborieuse, et que tant de lois sociales et chrétiennes ne déshonorent point, il pouvait mourir en beauté et mourir en grandeur. Il préféra ramper devant la souveraineté d’un peuple qui ne sait ni lire ni écrire. Quelle tragédie !

 

 

IV

 

Mais tout le monde sait que Duplessis, et lui seul, a voulu la pension de vieillesse. Il a prêché cette doctrine, au coin des carrefours et dans les rues les plus boueuses. Qu’il ait été appuyé par un Paul Gouin, distrait et rêveur, par un Philippon, que l’amour du peuple canadien-français, aveuglait peut-être, par un Grégoire, à l’affût des évènements et de son goût prononcé pour la dévotion... économique ; qu’il ait été appuyé, dis-je, par celui-ci ou par celui-là, M. Duplessis n’en doit pas moins porter seul la responsabilité de cet acte, car c’est lui qui était chef de l’Union nationale, c’est lui qui a porté la bataille sur ce terrain-là et c’est lui et sa doctrine qu’un peuple malheureux et ignorant devait élire.

À moins d’être un tardigrade, on sait que la loi de pension de vieillesse s’inspire d’un principe essentiellement communiste. Je reconnais que M. Duplessis aussi bien que ses ministres, dont le génie m’écrase d’abrutissement, n’ont pas le temps de lire des livres sérieux et de se renseigner sur la politique communiste. Je me demande même s’ils ont déjà entendu parler de Lénine ? Là-dessus, l’ingénieur et grand voyer Leduc (que j’aurai l’honneur de vous présenter bientôt) pourrait peut-être les instruire. Pourquoi le président du Conseil et ses élèves si dociles iraient-ils s’abrutir à feuilleter le « Retour de l’U.R.S.S. » que vient de signer André Gide 5 ? Ils n’ont pas trop de temps à plastronner dans les réceptions et les banquets, où l’on boit du Pommard (décidément, ils ne sont pas morts nos farceurs de la démocratie) de boire, dis-je, du bon vin et autre chose itou à la santé d’un peuple en guénilles qui attend toujours la réalisation des promesses des grands jours.

La vie est trop brève et l’entendement de nos politiciens trop court pour que j’entreprenne de les instruire complètement sur le communisme, démontrant par la suite, en quoi, la pension de vieillesse est une loi qui en découle directement.

Toutefois, je leur ferai l’honneur de croire qu’ils comprendront ce que je vais exposer ici le plus simplement possible.

Le communisme s’oppose avec violence à l’individualisme, en ce sens qu’il permet à l’État de s’ingérer dans les affaires privées, et les plus intimes et les plus chères, sous prétexte d’en faire bénéficier la communauté. Périsse l’individu pourvu que la nation triomphe. C’est la base de toute la doctrine stalinienne.

La politique libérale (je ne veux pas parler de la politique « rouge » qu’on nous a servie chez nous depuis tant d’années) mais le vrai libéralisme, qui garde pour but ultime le perfectionnement de l’individu, lui permettant d’utiliser ses propres facultés à son profit personnel, à condition que la masse n’en souffre pas ; ce libéralisme, dis-je, reste le plus redoutable ennemi du communisme.

En Russie soviétique, Lénine prit le soin de soustraire les vieillards à la société et de les entretenir. D’un seul coup, il brisait le lien familial et détruisait de fond en comble l’ordre établi. De là à obliger tout citoyen au travail, depuis l’âge de dix-huit ans jusqu’à soixante-cinq ans, il n’y avait qu’un pas à franchir. Staline le franchit avec la brutalité et le cynisme révoltant que l’on sait. Le peuple est devenu l’outil servile de l’État. Il est en même temps producteur de travail et de richesses, et c’est l’État qui force les individus à employer et à sacrifier leurs talents au bénéfice des masses prolétariennes.

Dieu a donné des commandements formels aux hommes. Un petit politicailleur ne saurait les transgresser, surtout dans un pays catholique.

« Tu honoreras tes père et mère afin de vivre longuement. » Des hauteurs du Sinaï, c’est un commandement qui nous fut transmis de siècle en siècle et qui a servi plus que tout autre, peut-être, à la grandeur de l’ordre établi et d’une civilisation française, de laquelle nous sortons tous.

Un homme, qui a reçu le souffle de vie et qui a mangé le pain si péniblement gagné par son père, doit avoir assez de fierté et assez de cœur pour ne pas livrer l’auteur de ses jours aux mains de l’État et d’une poigné de fonctionnaires abrutis. Des païens peuvent agir de la sorte mais non pas des hommes élevés dans la doctrine de Jésus et qui se disent catholiques.

Il n’y a pas longtemps, un paysan venait me voir. Il me dit : « Je voudrais mettre mon vieux père su la pension de vieillesse. »

J’aurais voulu qu’un Duplessis ou un pâle Paquette fût témoin de l’indignation que souleva en moi cette demande. Car jugez de l’avenir d’un petit peuple, si les paysans en sont rendus à se faire vivre par l’État et à lui confier leurs affaires personnelles !

– Fils ingrat ! lui crachai-je à la face, va vivre en Russie. Sortez !

Et il sortit.

Devant une pareille horreur politique, quel tremblement d’indignation doit secouer nos pères jusque dans l’éternité des tombeaux, nos pères qui ont tant peiné, qui ont tant lutté pour le maintien intégral de l’ordre établi. Ils étaient catholiques eux, non pas seulement en apparence. Ils avaient des principes et savaient les faire respecter. Et parce que leurs pères les avaient nourris, ils ne refusèrent pas à leurs pères, au moment venu, le morceau de pain marqué d’une Croix.

Je lisais, l’autre soir, la mort du père Goriot, telle que Balzac 6 l’a créée de ses mains honorables et de son terrible génie.

Le vieux est sur le point d’expirer. Et dans un cauchemar, où tout le passé revient comme en des flots de lumière, il appelle ses deux filles qu’il a tant aimées et qui l’abandonnent maintenant et qui refusent de le voir.

Le père Goriot gémit : « Mes filles ! mes filles ! Je veux les voir. Envoyez-les chercher par la gendarmerie, de force ! la justice est pour moi, la nature, le Code civil ! Je proteste. »

Puis, soudain, le vieillard jette au monde cette apostrophe qui restera comme l’une des paroles les plus éloquentes et les plus poignantes qu’un génie ait jamais trouvée : « La patrie périra si les pères sont foulés aux pieds ! »

 

 

V

 

En 1934, il y avait à l’Assemblé législative un homme merveilleusement doué, du nom d’Athanase David. Il a fait servir son verbe et ses connaissances précisément contre la pension de vieillesse. J’ai son discours sous les yeux. J’y lis deux paragraphes :

« Père et mère honoreras... Mon honorable ami de Hull a cité le commandement qui fait une obligation aux enfants d’honorer père et mère. Il aurait pu ajouter, car je sais que son attention y fut attirée plus d’une fois, que c’est le seul commandement de Dieu qui promet, même en ce monde, une récompense à celui qui l’observe.

« En vertu du commandement, les enfants d’âge mur, doivent donner à leurs parents vieillis ce que, eux, jeunes, ont obtenu. Ce principe fut incorporé dans le code Napoléon aux articles 203 et 205, puis il fut reproduit dans notre code civil aux articles 165 et 166. »

David n’aurait-il trouvé que ces paroles chrétiennes au cours de sa carrière brillante, parfois mouvementée, souvent stérile, qu’il restera l’un des politiques les plus honorables et les plus intelligents et les plus dignes qui aient jamais respiré sous le ciel du Québec.

Je passe sous silence toute la partie de son excellent cours qui a trait à l’exposé de la loi fédérale et des sommes que la province de Québec était tenue de verser au gouvernement central, lors même qu’elle ne profitait pas des soi-disant avantages offerts par la loi des pensions de vieillesse.

Je passe sous silence la maudite question d’argent parce que je m’adresse à des lecteurs catholiques et parce que je tiens à les respecter. J’en reste au principe ; j’en reste à la morale.

Serons-nous toujours un peuple d’avares et d’avachis ? Est-ce que nous plaçons l’argent au-dessus des commandements de Dieu et des enseignements de l’Église ? Sommes-nous prêts à vendre le Christ pour trente deniers ? Pourquoi tant faire la guerre aux Juifs si nous sommes nous-mêmes des Judas ?

Ce sont là, je le sais, des vérités dures à dire mais, je me demande où nous irons, si pas un homme dans notre pays catholique n’a le courage de se lever et de parler en pleine lumière ?

Des politicailleurs, d’un régime plus pourri que jamais, ont su flatter les bas instincts du peuple et satisfaire ses plus viles passions, entre autres, son amour désordonné de l’argent.

On a dit aux masses laborieuses : « Voyez ! La province de Québec est obligée de contribuer en argent à la loi fédérale de pension de vieillesse et nous n’en retirons pas un sou. »

Alors, le peuple chrétien vota pour Duplessis, le peuple chrétien vota pour l’argent ! ! !

Je songe qu’il valait mieux sacrifier en pure perte quelques centaines de milliers de dollars par année et faire respecter un principe et suivre à la lettre le commandement formel de Dieu plutôt que d’imiter les autres provinces protestantes du Dominion et jusqu’à l’Alberta, où grouillent, au moment où j’écris ces douceurs, près de 60,000 communistes qui n’attendent que le moment favorable de couper les lignes de communications et de faire sauter les trains, où se trouveront peut-être plusieurs vieillards, si chers au socialisme d’État.

Cette dernière phrase un peu trop longue mais pleine de sens, je la livre à la méditation d’un grand catholique comme Duplessis et de ses suiveurs en économie communiste.

 

 

VI

 

Un nommé Raynault vient d’être élu maire de la ville de Montréal, une ville catholique et canadienne-française.

Ce Raynault (et c’est important à savoir) est un des chefs de l’Union Nationale. Élu maire de Montréal, il deviendra le bras droit de Duplessis ou je me trompe beaucoup.

Ce Raynault est catholique. Et ce fut sans doute pour montrer sa bonne foi ou sa foi bonne ou sa foi passable qu’il s’entoura, durant sa campagne, de grands catholiques. Que la vie est amusante !

Camillien Houde, avec la bonne humeur qui ne manque jamais de le caractériser tout le long d’une bataille de gueules, reprocha amèrement à son adversaire Raynault de laisser « son père et sa mère retirer une pension de vieillesse ».

J’aurais cru que l’Adhémar à Maurice aurait eu au moins la décence et l’esprit de se taire. Pas du tout. Il brailla devant le peuple que « M. Houde avait insulté son père et sa mère. » Seule, cette sentimentalerie, au dernier moment de la bataille, valut à Raynault, d’un seul coup, pas moins de 25,000 votes. Ça, c’est de la haute politique. Les Canayens sont si bons pour leurs parents !

N’empêche que le génial député de l’Assomption se vit forcé d’admettre publiquement « que son père et que sa mère (que je respecte mais que je ne suis pas tenu d’adorer à cause d’un principe communiste) retirent une pension de vieillesse ».

La province de Québec le jugera là-dessus, lui et le parti « national ».

Un dernier mot.

Je suis pauvre et des milliers de Canadiens français sont comme moi. Mais nous avons assez de cœur et assez de fierté de caractère pour ne pas faire vivre nos vieux parents par l’État, c’est-à-dire par les autres.

Que M. Duplessis raccroche maintenant son crucifix. Je n’ai plus rien à ajouter si ce n’est que toute la province sait à quoi s’en tenir sur le catholicisme si pur et si peu extérieur du gouvernement national.

 

 

VALDOMBRE.

 

Paru dans Les Pamphlets

de Valdombre en 1936.

 

 

 

 

 

 



1 Note pour M. Duplessis et ses ministres. – Bloy, le plus grand écrivain français catholique, mort de misère, par amour du Christ et de la Vérité, en novembre 1917. Contre Maurice Duplessis dans Trois-Rivières, il aurait perdu son dépôt.

2 Note pour M. Duplessis et ses ministres. – Saint-Simon, écrivain français qui a stigmatisé les politiques et les femmes galantes de son temps. Ses Mémoires vivront toujours dans la mémoire des hommes. Pauvre Saint-Simon ! Le gros et spirituel Tremblay en aurait fait une bouchée dans le comté de Maisonneuve.

3 Note pour M. Duplessis et ses ministres. – Rivarol avait beaucoup d’esprit, peut-être pas autant que Duplessis, mais il en avait. Ses bons mots vivront plus longtemps que le gouvernement national. Contre un Oscar Drouin, il aurait perdu son dépôt dans Québec-Est.

4 Note pour M. Duplessis et ses ministres. – Bossuet fut l’Aigle de Meaux. Le prosateur et l’orateur le plus éloquent de tous les siècles. Sous le règne de l’Union nationale et auprès d’un Albini Paquette, l’Aigle de Meaux aurait l’air d’un moineau de gouttière.

5 Note pour des lecteurs instruits et intelligents. – Gide arrive de Russie désillusionné et désespéré. Il n’aurait jamais cru que le communisme fût une Porte aussi étroite.

6 Note pour M. Duplessis et ses ministres. – Balzac, le plus grand romancier de toutes les littératures. Une espèce de fou aux yeux des politicailleurs d’aujourd’hui. Candidat à la mairie de Montréal, il n’aurait pas récolté dix votes, tandis que des génies comme Raynault et le grand braillard d’Auger, succombent de gloire sous le poids de 50,000 votes. Grandeur de la démocratie et de la civilisation !

 

 

 

 

 

 

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