Notre maître, l’abbé Groulx

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

VALDOMBRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je crois que dans un demi-siècle, l’œuvre de l’abbé Lionel Groulx respirera encore. J’estime qu’un tel monument ne peut pas périr. L’abbé Groulx restera. Non pas à cause de sa personnalité qui est, à elle seule, un enseignement ; non pas parce qu’il nous a révélés à nous-mêmes ; non pas parce qu’il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, mais bien parce que son œuvre se distingue par la qualité supérieure de la composition, par l’expression très française, par l’érudition et par le mouvement. Il n’y a que lui. Je ne vois que lui, capable d’écrire dix volumes d’histoire sans se répéter, sans tomber dans les digressions inutiles et sans abrutir toute une colonie.

N’ayant pas l’habitude de flagorner qui que ce soit, je dirai tout de suite que l’œuvre romanesque de l’abbé Groulx me tombe sur les nerfs et m’arrache des jurons que nos féministes ne priseraient pas beaucoup. Il y a quinze ans, et pour me rendre insupportable aux yeux d’Olivar Asselin, j’ai dit franchement ce que je pensais du trop fameux roman l’Appel de la race. J’ai toujours eu les romans à thèse en horreur et je n’ai pas manqué l’occasion de malmener notre romancier patriote au sujet de son appel désespéré, qui aurait pu servir à un essai magistral, si l’auteur eut consenti à n’écouter que les grandes voix de l’histoire au lieu de celles du sentimentalisme et d’un romanesque fort usé depuis Bazin et Barrès.

Je ne goûte guère non plus certains tracts sur les questions sociales, que l’abbé Groulx s’empresse de signer afin de ne pas déplaire à nos sociétés de dévotion ou de patrioterie. Franchement, on abuse de la bonté de cet écrivain qui pourrait employer un temps fort précieux à des œuvres plus utiles, à des œuvres qui s’imposent, si on ne veut pas que le peuple canadien-français croupisse dans une ignorance et dans un avachissement dont on parlera encore dans l’Éternité.

Mais l’œuvre historique de l’abbé Groulx, voilà l’exégèse qui nous grandit, voilà la fresque lumineuse qui écrase de tout son poids et de toutes ses couleurs le monde de nos lettres imitées et serviles.

Cette œuvre de notre historien, j’accepte de la défendre, et dans cette œuvre, son dernier livre, Notre maître, le passé 1].

 

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Le volume, que je viens de relire, est le deuxième d’une série et renferme des conférences, des études et des articles, parus pour la plupart dans des journaux et des revues de doctrine ou de combat. Mais de l’abbé Groulx, c’est toujours de l’inédit, tant ses ouvrages sont vivants et nerveux. Il est bien le seul écrivain chez nous qu’on puisse relire, réimprimé. Cela compte dans une bourgade où le premier huron venu (huron ou huronne) ramasse dans un beau volume, qu’admireront les membres de la famille, les élucubrations semées un peu partout dans les feuilles de diverses couleurs et les bulletins paroissiaux.

En lisant Notre maître, le passé, j’ai eu l’impression de me trouver en face d’un vrai patriote, d’un homme de sentiments vifs, infiniment sympathique, plein d’amour à l’endroit de la terre française, et apparu, semble-t-il, dans notre temps, pour nous enseigner qu’au-dessus de l’économie politique, qu’au-dessus de l’existence présente, qu’au-dessus même de la patrie, il y a l’histoire.

L’histoire ! Pour l’abbé Groulx, c’est le peuple même. C’est une voix qui se fait entendre jusqu’au fond du cœur le plus humble et le plus caché. Un homme peut quitter son pays ; il mourra peut-être en exil, mais il restera attaché à l’histoire. Notre maître, c’est le passé.

Jamais encore, dans le pauvre pays de Québec, un écrivain n’avait eu le courage de fixer avec une telle force la mystique de l’histoire.

Le passé ! Que serions-nous sans lui ? Je vous le demande. Le progrès qui nous étouffe, toutes nos inventions modernes, notre vie fiévreuse à la poursuite d’un matérialisme dégoûtant, nos livres, nos journaux, nos belles écoles, qu’est-ce que tout cela auprès des origines de la Nouvelle-France, qu’est-ce que tout cela en regard des misères, de la patience, du travail bien fait des premiers colons, nos pères ? Où serions-nous, et plus grave interrogation, que serions-nous si les ancêtres n’avaient pas eu la fierté de tenir et parfois de lever le poing sur le conquérant ? S’ils avaient été lâches, indécis et avachis comme le sont la plupart des soi-disant patriotes et des soi-disant politiques d’aujourd’hui, il y a longtemps que la province de Québec serait rayée de la carte du Canada.

Des ennemis de tout ce qui est français (et ces ennemis ne peuvent être autres que des Anglais, même des Anglais polis, surtout les Anglais polis) ; des ennemis prennent grand plaisir à rappeler la ruse du Normand et la ruse des premiers défricheurs canadiens-français. Je ne le conteste pas. Mais il en fallait de la ruse dans ce temps-là pour faire face à la misère, pour lutter contre des soldats armés jusqu’aux dents, pour tenir et, à la fin, triompher. De cette ruse qui peut conduire le faible ou le vaincu jusqu’à son ennemi, alors qu’il lui cassera la gueule, j’en suis. Mais de la ruse qui caractérise le plus grand nombre de nos politicailleurs, toujours prêts à s’aplatir devant l’argent, devant la force, cette ruse, je l’exècre et je la maudis avec toute la violence de ma mémoire héréditaire, je veux parler de ce sang, longtemps contenu, longtemps refoulé mais qui finit toujours par bondir dans un éclatement de veines et d’orgueil.

Exemple : 1837 !

 

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Le voilà bien le sujet de scandale, que vous attendez depuis longtemps, extrêmement dangereux, je le sais, mais qui paralyse sur place les poltrons. 1837 ! On ne doit pas rappeler à nos enfants cette page vengeresse d’un siècle qui fut grand. Forçons notre maître, le Passé, à courber la tête. Taisons-nous. Tâchons à ne pas voir l’ombre, que projettent sur le mur de l’histoire, des corps de patriotes, se balançant au bout d’une corde.

Eh bien ! non ! Eh bien ! non ! Nous ne ramperons pas devant la race dominante. Levons la tête. C’est le passé qui nous l’enseigne. C’est l’abbé Groulx qui nous le demande avec toute son intelligence et avec tout son cœur.

L’auteur de Notre maître, le passé n’a pas craint de rappeler dans une éloquence de mesure et de raison le grand mouvement, le seul mouvement révolutionnaire duquel nous sortons tous. Il consacre à l’insurrection de 1837 près de quatre-vingts pages et l’examine sous bien des aspects dans quatre-vingts pages. C’est ce qu’on appelle savoir écrire l’histoire.

Au cours d’un interviou, paru dans l’Action Nationale de juin 1936, le directeur, M. Arthur Laurendeau, a posé des questions précises à l’abbé Groulx au sujet des rebelles de « 37 ». L’historien se devait de ne pas faillir à son devoir de grand patriote et de répondre avec franchise. Je félicite les éditeurs d’avoir reproduit dans Notre maître, le passé cette heure palpitante qui reste à elle seule une parfaite leçon et qui ouvre toute grande la porte sur la fierté de notre histoire.

C’est ici que je retrouve l’écrivain consciencieux, le Canadien-français qui fait honneur à un peuple qui n’a pas encore accepté de mourir. Écoutez-le, je vous en prie, écoutez-le, c’est à vous qu’il s’adresse, c’est à moi, c’est à la jeunesse vaillante d’aujourd’hui, c’est aux battus d’hier, c’est à nous tous, écoutez-le :

 

Et pendant qu’on laisse croupir les fils du sol dans leurs réserves, les politiciens impériaux et coloniaux emplissent le pays, à pleins bateaux, de miséreux et de contagieux (le choléra de 1832). Pour activer ce mouvement, le gouvernement de Londres vendait en 1833, par-dessus la tête de notre parlement, 847,661 acres de terre dans les cantons de l’Est, à la British American Land Company.

 

Après avoir enlevé les meilleures terres aux Canadiens-français, on leur ferma les portes du gouvernement civil. Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis. Tous les postes de commande, aussi bien que les hauts postes dans le fonctionnarisme, étaient réservés aux Anglais. Cependant, il y avait 500,000 habitants d’origine française contre 75,000 d’origine anglo-saxonne.

Nos pères, en 1837, n’avaient pas à lutter contre des chimères et un délire de la persécution, mais contre des faits et une réalité affolante. Peu de peuples opprimés, à leur place, eussent longtemps résisté. Ils ont prié, ils ont espéré, ils ont tenu.

Et l’abbé Groulx, avec le calme qui le caractérise, lorsqu’il traite de sujets aussi graves, de porter un jugement qui fera réfléchir nos anglophiles :

 

On parle des excès des patriotes. Si l’on mettait en regard les excès, les provocations des autres. Si l’on prenait la peine de lire les abominations, les articles méprisants publiés presque chaque jour par la Montreal Gazette, le Herald, par exemple, et qui visaient à humilier tout un peuple.

 

Et l’historien de poser, en même temps qu’un principe, cette interrogation foudroyante qui veut être le cri, non pas d’un seul cœur, mais de toute une nation :

 

Et dites-moi si ce n’est pas là ce qu’on appelle être gouverné contre soi-même, et si jamais peuple au monde, attaché à la vie, a pu subir un tel régime sans révolte ?

 

Voilà comment doit parler un homme qui se tient debout et qui porte dans ses veines autre chose que de l’eau de vaisselle.

Qu’elles sont pleines de sens, de lumière et de réconfort ces pages écrites en marge de 1837 ! Tous nos gouvernants devraient les copier dans un carnet et lorsqu’ils se trouveront sur le point de faiblir, de s’aplatir et de s’avachir devant la race dominante ou devant la force, quelle qu’elle soit, qu’ils s’empressent, alors, d’ouvrir le carnet à la bonne page. Je vous assure que le coup de fouet qu’ils recevront en pleine figure les forcera à lever la tête et à suivre le chemin, si douloureusement tracé par les patriotes tout en larmes et en révolte de Saint-Eustache ou de Saint-Charles.

 

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Oh ! je sais que les milliers de trembleurs canadiens-français, ceux-là même qui trouvent que nous négligeons l’enseignement de l’anglais dans nos écoles, je sais qu’ils vont se scandaliser du langage de l’abbé Groulx, ne manquant pas de dire, qu’il exagère.

Je l’ai écrit ici même, dans le premier numéro de mes pamphlets, « chaque fois qu’un homme dit une vérité, une vérité qui fait mal, on ne manque pas de répéter qu’il exagère ».

L’abbé Groulx n’échappera pas à la règle ou mieux à la vindicte des lâches. Et tant mieux pour lui. C’est son plus beau titre de gloire. Il exagère !

Mais afin de confondre les ennemis éternels de tout sentiment noble, élevé et terrible, je dirai tout de suite que l’abbé Groulx n’exagère pas du tout, que même il modère l’élan de son style, que souvent il fait le sacrifice d’une belle prose violente par crainte d’allumer quelque incendie révolutionnaire. Du reste, pour ceux qui savent lire et qui ont médité d’autres volumes d’histoire que ceux trempés dans l’eau de rose, on admettra que l’exagération ne peut résider ailleurs que dans l’expression et dans le style même. Ce qui nous porte à croire que des écrivains comme Vallès, d’Aurevilly, Hello, Bloy, Daudet, Péguy, Bernanos, exagèrent, c’est à cause d’un style rutilant, tout soleil et tout feu, d’une richesse inexprimable et d’une originalité à faire mourir de peur les millions de modérés qui rampent sur le globe.

Dévoré par la flamme d’une musique intérieure, entraîné par sa sensibilité d’artiste, toujours prêt à défendre sa petite patrie, il arrive que l’abbé Groulx trouve des accents qui rendent un son humain et un son prolongé, qui lui valent, en certains milieux, l’anathème de « Poète ». Mais la poésie n’est-elle pas la lumière même, la poésie n’est-elle pas la certitude dans ce qu’elle garde de plus profond et de plus sensible à l’entendement humain ? Je n’entreprendrai pas d’expliquer une vérité aussi élémentaire à un conciliateur comme Bourassa, qui n’a jamais rien lu, au point de vue purement littéraire, autre chose que du Veuillot ou du Pierre l’Ermite. Mais je m’adresse à des lecteurs intelligents et je sais qu’ils m’ont compris.

Tous ceux qui connaissent l’abbé Groulx, qui méditent son œuvre depuis vingt ans, admettent sans parti pris que l’auteur de Notre maître, le passé et de tant d’ouvrages qui grandissent la nation canadienne-française, poursuit une méthode scrupuleuse qui témoigne hautement de son amour de la vérité. Le moindre fait n’échappe pas à sa vue pénétrante. Il va au fond des choses. Il descend dans la terre du passé. Il fouille et nous revient les mains chargées de trésors. Et dans une langue claire, il nous cingle de formules d’un raccourci saisissant. Des études comme le Dossier de Dollard, les « Patriotes » de 1837 et le clergé suffisent à démontrer que notre historien (je dis « notre » parce que je n’en vois pas d’autres), n’use des textes qu’après les avoir scrupuleusement contrôlés. En cela, il reste le disciple de Fustel de Coulanges, et l’on conviendra avec moi (n’en déplaise à certains poux d’écritoire, je peux parfois avoir raison) ; l’on conviendra, dis-je, que c’est là la plus haute école de morale et d’histoire qui ait jamais ébranlé le monde moderne. Fustel de Coulanges, c’est la conscience faite homme

Il n’existe pas de questions ou de faits historiques qui ne rencontrent en même temps des adversaires a des défenseurs. Où se trouve alors la vérité ? Qui a raison ? Celui-là seul qui contrôlera rigoureusement les textes et qui ne fera à l’imagination ou à sa sensibilité d’artiste que la part dont il a besoin pour parfaire une peinture vivante. C’est bien là toute la puissance aussi bien que tout l’art d’un abbé Groulx.

Qu’on me cite dans la littérature canadienne un autre historien qui ait réussi à créer de la vie avec des textes incontestables, et disons le mot, avec un peu de poussière du temps. Pas même Garneau qui possédait, toutefois, un sens assez aigu de la poésie de l’histoire. L’abbé Groulx est seul. Il règne. Il domine

 

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À le lire d’un peu près, on voit bien qu’il vit de la vie des premiers colons, des coureurs de bois, des missionnaires et des paysans. Avec quelle prédilection, avec quel attachement au sol, ce terrien ne se penche-t-il pas sur ces années de misères et d’héroïsme ! Et c’est pour lui une véritable résurrection d’où s’élève son spiritualisme. Des hommes respirent devant lui. Il les voit, cause avec eux et nous transmet ensuite ses impressions qui découlent naturellement des faits et des textes qu’il a étudiés.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais je dirai que les héros de notre histoire, tels que présentés et dépeints par l’abbé Groulx, sont aussi vivants, aussi humains et aussi vrais que les personnages des romans de Balzac. Si ce n’est pas là atteindre la vérité, j’aimerais à savoir ce que c’est.

 

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Je me demande ce que l’on doit admirer le plus dans ce beau livre où l’auteur étudie des sujets forts différents, et peut-être les plus difficiles au point de vue historique, à cause des recherches patientes qu’ils nécessitaient, sans compter que les documents essentiels font souvent défaut, encore que l’abbé Groulx finisse toujours par mettre la main sur un « papier » qui nous apporte infailliblement la lumière ?

Pourtant, je n’accepte pas les yeux fermés tout ce que l’historien veut bien me conter et me raconter. Et parce que je n’ai pas l’habitude de cacher ma franchise, je déclare tout de suite ne pas partager son opinion sur le grand Papineau. Le faux révolutionnaire de « 37 » ne fut qu’un tribun débraillé et lâcheur. Une fois l’incendie allumé dans le Bas-Canada, Papineau se devait d’y mourir. Il s’est sauvé. Et c’est depuis ce temps-là qu’on se sauve. Papineau nous a diminués aux yeux des Anglais. Diminués ? Il nous a tués. Il n’y a pas d’arguments, si subtils, qui tiennent devant le fait. Je ne m’explique pas qu’un historien à l’esprit clair comme l’abbé Groulx se donne la peine de poser son regard, ne fut-ce qu’un instant, sur un Papineau aux idées confuses, qui devaient le conduire irrémédiablement au défaitisme le plus grossier. Je veux bien croire avec lui que « l’idole est restée debout dans l’esprit du peuple » mais de ces idoles, de plâtre il y en a trop dans les annales de chez nous et notre patriotisme peut s’en passer. Quand viendra le temps de marquer notre survivance et notre fierté nationale, il nous faudra autre chose que des paroles grandiloquentes et des lâchages systématiques.

Je me demande encore pourquoi notre historien si sérieux daigne descendre jusqu’à parler du Papineau de Robert Rumilly. On laisse ces divertissements de vieillard à des grands hommes comme Henri Bourassa. Surtout, surtout faire imprimer sur beau papier chamois que « Rumilly s’intéresse à notre passé, qu’il nous donne une grande leçon ». Ouais ! On verra ça dans quelques instants, alors que je présenterai à mes lecteurs notre biographe en gros, le plus grand farceur de la littérature actuelle, qui a traversé l’Atlantique pour venir montrer aux Canayens jusqu’à quel point un Français peut être bête quand il s’en donne la peine.

 

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Mais on ne me connaît pas, si on s’imagine que je vais mettre ici un point final à un article que j’aurais voulu plus élaboré et un peu plus violent.

J’éprouve le besoin extrême de citer une page de l’abbé Groulx qui renferme, selon moi, toutes les qualités de l’historien, de l’écrivain et du patriote. De l’homme qui n’a pas peur des mots et qui va dire clairement ce qu’il pense. Voici ce passage tiré de la conférence, prononcée au Monument national, le 29 octobre 1935 à l’occasion du 4e centenaire de la découverte de Montréal par Jacques Cartier. C’est quelque chose d’inouï, de fantastique et d’unique dans toute notre littérature. Écoutez bien :

 

Pauvre peuple ! Que n’est-il possible, ce soir, de faire passer, sur son front penché et blasé, un peu du vent qui soufflait dans les vergues de l’Émerillon et de la Grande Hermine, vent enivrant et large comme le rêve des forts ! Et comme j’aurais envie de lui dire : Comment donc es-tu devenu ce que tu es ? Serait-ce que t’auraient manqué les forces saines ? Je ne sache pas que le vieux, que l’éternel catholicisme, aurait perdu de sa vitalité, ni le génie national de sa vigueur. Mais toi, leur as-tu assez demandé les lois de ta vie ? Et n’aurais-tu écouté que les bons bergers ? Ta vie, voilà soixante ans qu’on la fait tourner autour d’une boîte à scrutin. Et pourtant avant d’être ceci qui est petit : une tourbe de partisans politiciens, tu es ceci qui est grand : une race d’hommes, une race de Français et de catholiques. Puisque ton avoir culturel est ta première richesse après la foi et que le national est un des primats de ta vie, qu’attends-tu pour en faire une des idées gouvernantes de ta vie ? Puisque peuple de race et de raison française, tu as exigé, pour le rester, l’autonomie de sa province, qu’attends-tu pour être un peuple français dans un pays français, pour bâtir ta vie intellectuelle, économique, politique, sur le national ? Cesserons-nous enfin d’habiter une maison bâtie à côté de ses pilotis.

Et j’aurais bien envie de lui dire encore : veux-tu te ressaisir ? Un peuple peut toujours se refaire en ses fils. Eh bien ! change l’atmosphère de tes écoles. Elle change. Change-la encore davantage. N’endure pas que tes enfants soient élevés dans un patriotisme larvé, qu’on dresse leur foi contre leur patriotisme, quand, au-dessus de leur tête se joue une partie suprême.

 

Vous avez bien compris ; « Quand, au-dessus de notre tête se joue une partie suprême » ?

C’est notre maître, l’abbé Groulx, qui parle. Un conseil venu de si haut fera sûrement trembler nos patriotards et nos pirates de la politique, mais il ne tombera pas dans une terre stérile.

Le passé, c’est nous-mêmes. Tenons-nous prêts.

 

 

VALDOMBRE.

 

Paru dans Les Pamphlets

de Valdombre en 1936.

 

 

 

 

 

 

 



1 Édité par la Librairie Granger Frères Limitée, Montréal. Prix : $1. Je note avec infiniment de plaisir que cette honorable maison canadienne-française n’édite pas beaucoup d’ouvrages, mais qu’elle supplée à la quantité par la qualité.

 

 

 

 

 

 

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