La cathédrale de Port-Saïd

dédiée à Marie Reine du monde

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

M.-F. WITVOËT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ACTION de l’homme, quand elle s’unit à l’action de Dieu, participe à l’acte de la Rédemption. Le Tout-Puissant accorde alors et ordonne à celui qu’il a choisi pour accomplir une œuvre déterminée, d’accepter la gloire féconde d’une activité qu’Il unit à la sienne. « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » Mais – (répond l’âme fidèle) – « Je peux tout en Celui qui me fortifie ». – Et celle-ci voit alors les obstacles qui semblaient les plus insurmontables se transformer en moyens, les êtres qui paraissaient les moins désignés pour aider à la réalisation de « l’Idée », en devenir les protagonistes les plus zélés, et un jour – (le jour fixé par Dieu) – on se trouve devant l’œuvre accomplie ; et quand cette œuvre est une cathédrale, on s’incline pieusement devant cette tâche sublime, ainsi réalisée.

Comme Dieu lui-même, la Vierge Marie si intiment liée aux Mystère divins, choisit les êtres qui doivent La faire connaître, aimer, tout particulièrement, et les sites où elle veut être honorée : apparitions, miracles, sanctuaires dédiés à son nom vénéré, tout est prévu dans l’ordre divin. Heureuses les âmes qui ont été désignées pour accomplir l’Œuvre sublime du Créateur.

C’est ainsi qu’au centre de cette Babel qu’est la ville de Port-Saïd, où se mêlent tant de civilisations différentes – porte largement ouverte entre l’Orient et l’Occident – on vit, il y a plus de quinze ans déjà, s’élever face à la Méditerranée une cathédrale toute rose, baignant dans la lumière ardente du soleil égyptien.

Dédié à Marie Reine du Monde, cet hymne de pierres proclame du haut de ses tours aux lignes harmonieuses la Royauté Universelle de la Mère du Christ...

La Providence avait choisi cette ville et cette plage blonde pour qu’on y vénère la Mère de l’humanité, au bord de ce Canal de Suez artère mondiale qui relie les cinq parties du monde...

Quand, sur le pont de son navire, le voyageur ou le marin qui rentre au pays ou celui qui vient de le quitter pour de lointaines contrées, regarde cette tour qui monte dans le ciel d’azur, il se sent en sécurité, en pays ami ; il sait que cette Reine qu’on vénère dans ces murs bénis le conduira à sa destination, et dans le rayonnement de sa royauté et de son amour, il oublie les périls et les souffrances qu’il a endurés ou qu’il rencontrera peut-être, dans cet Inconnu vers lequel il navigue.

Marins et soldats, vous qui partez ainsi pour de dangereuses missions, vous qui allez planter le drapeau de votre pays dans des terres inconnues, missionnaires qui portez au loin la parole d’Amour et de Paix, regardez ce « Signe dans le ciel », c’est Marie Reine du Monde qui vous bénit avec une tendresse toute maternelle...

Port-Saïd, Port-Heureux (c’est la traduction même de son nom), Port du Salut où l’Étoile de la Mer vous a conduits sains et saufs. – Port-Glorieux, puisqu’Elle y brille de tout son éclat de Reine. – Port-Saïd, cité de la Vierge.

Terre d’Égypte que foulèrent les tribus d’Israël qui travaillaient pour les riches Pharaons, terre qui connut la puissance d’Alexandre, la gloire spirituelle d’un Origène, d’un Cyrille, d’un Tertullien.

C’est sur ce sol même, à quelques milles de ce qui fut la Thébaïde toute sillonnée de couvents, peuplée par tant de saints, de saintes, tant d’âmes vouées à Dieu, que la voix de pierre d’une cathédrale devait affirmer les droits de Marie sur le monde.

Est-il une église qui soit ainsi dédiée à cette royauté universelle de la Très Sainte Vierge ? Quelques historiens veulent que l’Église de Rome connue sous le nom de Sancta Maria in Cosmedin tire sa dénomination du mot « cosmos » – monde – et puisse s’interpréter comme une reconnaissance des droits de Marie sur l’Univers ; c’est une des plus anciennes églises de la Ville Éternelle.

C’est pour proclamer plus clairement ce témoignage de l’antiquité qu’une cathédrale s’élève à Port-Saïd à la gloire mondiale de la Très Sainte Vierge.

Bâtie dans le style romano-byzantin, selon les plans de Monsieur Jean Hulot (Premier Prix de Rome, architecte officiel du Gouvernement Français pour la conservation des monuments historiques et des bâtiments civils, architecte de la Basilique de Montmartre), – travail de pierres roses et jaunes crème de Fayed (carrières ouvertes dans le Vicariat même du Canal) –, la bâtisse présente des lignes gracieuses qui varient et se développent en arabesques inattendues selon la position que l’on prend pour les regarder.

Ses petites tourelles qui accostent le pignon de façade et de l’abside, les hautes fenêtres de la nef, surmontées de leurs ornements de briques rouges dans leur cadre de pierre, la Croix robuste et élégante du pignon sud, tous ses contours forment un ensemble harmonieux de grâce.

Selon les heures du jour et la position du soleil (ce grand artiste égyptien !) le rose très tendre se fond ou s’accuse dans les replis jaunis presque blancs des enjolivements des corniches.

Ses chapelles absidiales et les deux chapelles latérales semblent arc-bouter le déambulatoire qui lui-même accoste le haut de l’abside aux petits toits de tuile plus foncés. Toutes ces rayonnantes teintes chantent si bien sous le beau ciel d’Orient ! Et quand les grands oiseaux qui sillonnent le ciel, passent en vrombissant au-dessus de la cathédrale, ils peuvent lire en lettres de prières sur les versants du toit la douce Salutation Angélique « l’Ave Maria » ! Et les pilotes aviateurs, disparaissant au-dessus des vagues moirées ou suivant le ruban bleu du Canal vers les sables désertiques, emportent sur leurs ailes la bénédiction mariale.

Franchissons le large portail qui s’ouvre majestueusement sur la route de la plage, face à la mer très bleue. Un cri d’émerveillement jaillit du cœur.

Fidèles aux principes d’harmonie et de sincérité architecturales, les artistes qui ont établi les plans de l’édifice ont voulu que cet ensemble si doux des deux couleurs rose et jaune crème, couleurs de désert, de la pierre de Fayed, se retrouve dans l’intérieur, quoique plus nettement tranché.

Aucune description ne peut donner une impression réelle de la lumière à l’intérieur de la cathédrale. Les fenêtres de la grande nef sont ornées, dans leurs cloîtres, de verres bleus à trois nuances, le sanctuaire et les chapelles latérales ont des verres jaunes d’or, également nuancés triplement.

Sous l’effet de la lumière et l’intensité plus moins grande du soleil, l’ensemble se teinte de bleu subtil, mauve comme un léger nuage d’encens ; ce bleu se fondant avec le rose des pierres, donne une ambiance mystérieuse enveloppante ; clarté tamisée qui vous invite à la prière et au recueillement après la lumière crue du dehors.

On se sent imprégné de cette luminosité étrange, comme flottant dans une irréalité de rêve ; en levant les yeux vers le sanctuaire, la féerie change : une lumière d’or s’y répand, faisant ressortir les moindres détails, fouillant les replis de la longue robe blanche de la Vierge au globe d’or.

Les yeux sont inondés de ces rayons d’or qui se répandent dans l’abside ; cette partie de l’édifice reçoit ainsi la lumière du matin du côté de l’Évangile, du midi dans son centre et l’après-midi du côté de l’Épître : autant de pensées d’amour du Divin qui rayonne sa royale lumière sur la Vierge, Reine du monde.

Parler d’éclairage artificiel dans un pays où les jours sombres sont si rares pourrait étonner ; et pourtant quel bel ensemble, tout différent de l’autre, mais également harmonieux et artistiquement conçu, ces lumières en partie directes, en parties indirectes, descendant des voûtes en faisceaux qui baignent la nef et les bas-côtés ; pas de lumière crue qui blesse la vue ; pas de lustres ; un éclairage très tamisé, surtout du côté du sanctuaire ; refuge de paix, de confiance, très doux comme les bras d’une mère tenant son enfant sur son cœur... ; lumière diffuse dans laquelle on marche, dans laquelle on s’agenouille, dans laquelle on prie... On prie dans ce temple de la douceur, foyer du Plus Bel Amour, dans l’unité, la sublimité et l’harmonie, dans l’humilité et le silence.

Écoutez l’histoire de la cathédrale et vous verrez une fois de plus que le Maître Souverain fixe une heure à ses divins vouloirs qui doivent s’exécuter sur la terre et deviennent une réalité quand l’heure de Dieu est venue.

Au bord de tous les Océans, sur toutes les côtes du monde habité, à espaces plus ou moins éloignés, s’élèvent ces temples de lumières dédiés à Notre-Dame. Tels des phares rayonnants, ils indiquent aux humains livrés aux hasards de la vie, quelle route il faut suivre...

C’est sur une de ces pointes baignée par les flots que Dieu envoya en 1926, Monseigneur Dreyer, le premier Vicaire Apostolique du Canal de Suez.

L’attention de Monseigneur Dreyer avait été attirée, dès son installation dans la villa toute blanche entourée de verdure qu’est l’Évêché du Vicariat du Canal de Suez, par un terrain vague situé juste en face de l’Évêché et donnant sur la mer.

Mais Monseigneur Dreyer n’était pas le premier à jeter son dévolu sur l’emplacement rêvé. Les Sœurs, les Filles de la Charité, avaient déjà pensé à cet espace de terre pour y construire un établissement de charité comme elles en ont partout dans le monde. Elles y avaient jeté vingt ans auparavant des médailles miraculeuses, pour garder à Marie un terrain si heureusement situé !

Le Fils de Saint François d’Assise et les Dames de la rue du Bac eurent tôt fait d’unir leurs espérances et leurs prières. En novembre 1928, Monseigneur Dreyer commençait les démarches auprès du Gouvernement égyptien pour acheter ce terrain déjà béni. Un an après, le Roi Fouad Ier en autorisait la vente. Entre-temps Monseigneur Dreyer ayant été appelé à une plus haute charge, Monseigneur Ange-Marie Hiral, franciscain comme son prédécesseur, avait pris sa succession, par son Sacre, le 19 mai 1929.

Le 24 novembre 1932, l’autorisation de construire une église était accordée. Le 27 novembre 1933, à l’occasion de la fête de la Manifestation de Marie, à Sainte Catherine Labouré, le contrat de construction fut signé avec l’entreprise J. J. Alberti.

Le 11 février 1934, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, profitant d’une courte éclaircie dans une journée toute orageuse, (quand il pleut en Égypte, il pleut !) – la première pierre était bénite par Monseigneur Hiral.

Le chemin tracé par Dieu est semé de mystères, mais aussi d’obstacles ! et Monseigneur Hiral en commençant cet œuvre n’ignorait pas les mille difficultés qu’il allait rencontrer ! – Son Excellence voyait grand et beau ! car rien n’est trop vaste ni trop magnifique pour Marie, Reine du Monde ! D’ailleurs une belle ligne n’est pas plus chère qu’une ligne défectueuse. Monseigneur désirait que tous les fèdes puissent contribuer et ainsi avoir leur part à la construction du Sanctuaire de Marie ; des souscriptions étaient ouvertes. Les enfants eux-mêmes devaient y contribuer. Dieu veillait... Il se servit d’une pauvre enfant qui, sur son lit de douleur, eut l’idée du « millième de Notre-Dame ». Il s’agissait d’une simple carte composée de 50 cases. À chaque millième reçu, on perçait un de ces carrés ; quand la carte était remplie (soit cinq piastres) 1, on rendait la carte à l’œuvre. Des milliers de ces cartons furent ainsi distribués et ces modestes piastres ainsi accumulées finissaient par faire une petite somme qui avait son importance ! D’autres ingénieux moyens furent employés. Il n’en fallut pas moins en arriver à un emprunt qui, réparti en 25 ans, a permis de conduire l’œuvre à bonne fin.

En octobre 1934, Son Éminence le Cardinal Mac Rory, Archevêque d’Armach, Primat d’Irlande et Légat du Pape au Congrès Eucharistique de Melbourne, qui était en route pour l’Australie, bénit la chapelle provisoire, installée dans la future sacristie.

Ainsi 100 ans après les apparitions de la rue du Bac, Catherine Labouré, du haut du Ciel, voyait son vœu le plus cher réalisé. Ne disait-elle pas, avant de mourir : « Qu’il sera beau d’entendre dire : Marie est la Reine de l’Univers ! »

Fidèle à la description de la voyante, Monseigneur Ange-Marie Hiral voulut que la statue de la Vierge qui domine le maître-autel, soit la Vierge au globe d’or, représentée dans la majesté et la plénitude de l’âge. Selon l’interprétation de la Vierge elle-même donnée à la voyante : « Ce globe, c’est le monde, c’est la France ; c’est chaque personne en particulier. »

Ce globe ! c’est l’Univers, c’est l’ensemble de tout ce que le Dieu créateur a fait sortir du néant, c’est la pensée d’Amour du Tout-Puissant dont Marie est la fleur la plus pure, la plus suave.

La statue en beau marbre de Carrare est l’œuvre de la Maison belge Billaux-Grossé (Bruxelles), travail d’art de toute beauté. L’artiste a suivi toutes les indications données par la voyante de la chapelle de la rue du Bac, affirmant la virginale et maternelle royauté de Marie. C’est la Reine forte et puissante, d’une grâce parfaite ; un léger relèvement de la tête et des yeux accompagne l’offrande du monde au Créateur ; le grand voile couvre la tête et tombe sur les épaules jusqu’aux pieds ; les mains légèrement avancées portant le globe d’or, surmonté d’une croix. C’est en 1935, le 21 avril, Saint Jour de Pâques que la statue fut bénite devant une foule ardente et recueillie.

Catherine Labouré devait voir sa mission réalisée dans ses moindres détails, grâce à l’imagination féconde et au tempérament d’artiste particuliers à Monseigneur Hiral.

La voûte du chœur demandait une décoration : là encore Dieu allait venir en aide à Monseigneur et mettre sur sa route une grande artiste : Madame Frémont, qui, par la magie de la peinture et profitant de la forme architecturale de la voûte de l’abside et de l’arc triomphal réalisa l’idée d’un monde résumé.

Madame Frémont, des Beaux-Arts de Paris, Femme de Lettres, grande artiste, est une intrépide voyageuse qui ne recule devant aucune difficulté lorsqu’il faut aller chercher au loin, au prix de mille sacrifices, un joli site, une œuvre artistique oubliée, un rayon de beauté qu’elle fixe sur la toile.

En septembre 1934, Madame Frémont, au retour d’un saint pèlerinage au Sinaï, s’arrêtait à Port-Saïd pour voir la cathédrale en construction ; elle s’extasia devant l’arc triomphal et la voûte du sanctuaire qui venaient d’être dégagés de leurs échafaudages et elle s’écria : « Quelles magnifiques surfaces pour peindre là quelque chose de merveilleux ! Permettez-moi de vous peindre çà. »

De retour à Paris, travaillant sur une maquette au 20e de grandeur, elle prépara son sujet. Bravant toutes les impossibilités, elle revint à Port-Saïd par le bateau qui amenait le Cardinal Dougherty qui, Légat du Pape, devait bénir solennellement la cathédrale. C’était le 11 janvier 1937. On vit, juchée sur des échafaudages très hauts dans la voûte, cette artiste parisienne au travail, sous ce ciel d’Orient si riche en coloris et en nuances. Aidée d’un collaborateur, Monsieur Charles Plessard, elle termina une partie de son œuvre : le monde des Anges, retourna à Paris, pour revenir seule le printemps suivant et entreprendre la partie principale de l’œuvre. Hélas ! la guerre ne lui permit pas de donner les dernières touches à son travail et il fallut attendre avril 1947 pour revoir – avec quelle joie – cette fidèle collaboratrice, la poitrine décorée de la Légion d’Honneur, toujours souriante, courageuse, active. Elle termina le tout le 2 juillet 1947, le jour de la fête de la Visitation, après huit ans d’interruption.

Comment Madame Frémont comprit-elle ce « monde » dont Marie est la Reine ? Il fallait penser à réaliser un résumé de l’Univers, réunir les grandes lignes de la création, car rien n’échappe à l’empire de Marie. Et l’on vit bientôt avec émerveillement, dans une voûte étoilée au-dessus du maître-autel de lignes sobres, des mondes graviter dans l’espace, chacun selon la voie que le Créateur lui a tracée. « Les cieux ne racontent-ils pas la gloire de Dieu et le firmament n’annonce-t-il pas les œuvres de ses mains ? » La Vierge Marie n’ignorait aucune des vérités sur les merveilles du monde et sous cette voûte de la cathédrale de Port-Saïd. Elle contemple cette réduction de la création qu’Elle aime et qu’Elle protège.

Monde matériel, monde angélique, monde des Saints.

Tout au sommet et au centre, la Trinité représentée par trois cercles égaux entrelacés, figurant à la fois l’unité de nature et la trinité des Personnes. Chacun des cercles est peint des sept couleurs de l’arc-en-ciel, autre symbole par l’unité des couleurs qui est le blanc et la trinité par les trois couleurs fondamentales : rouge, jaune et bleu s’épanouissant en couleurs complémentaires forment un ensemble de nuances du plus bel effet, les couleurs de l’arc-en-ciel.

Au-dessus de la Trinité ainsi conçue, les quatre animaux décrits par la Sainte Écriture adorent le Seul Adorable. Ils figurent également les quatre Évangélistes. Encadrant cet ensemble central, les signes du Zodiaque, – chacun représenté par sa figure, par son graphique et par le groupe d’étoiles qui composent la constellation – se placent si naturellement qu’on n’a aucune impression de surcharge ; au contraire, ils ressortent clairement, chacun racontant son histoire, sa légende. Et au milieu de ces mondes, se détachant comme autant de petits feux, les constellations, grandes planètes ou petites étoiles, ayant chacune son nom, son « monde » ; et sans doute ce n’est pas tout ce que le ciel nous montre, mais que nos pauvres yeux ne savent pas distinguer !

Et au centre de tout cela, la Croix, la Sainte Croix qui apparaîtra quand le Rédempteur viendra pour juger l’Univers. Au pied, très en profondeur, l’arbre Paradis terrestre, l’arbre de la chute, sur lequel se détache la Croix, arbre de la Rédemption.

Mais la Royauté de Marie ne s’exerce pas seulement sur l’immensité des espaces ; elle règne sur êtres raisonnables, créés pour aimer, connaître et servir leur Créateur : monde des Saints parmi lesquels on distingue Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste, Saint Pierre et Saint Paul et les Princes et Chefs de l’Église ; tout près d’eux et jouant avec leurs couronnes et leurs palmes, les Saints Innocents.

Du haut de ce Ciel étoilé, recevant toute la plénitude de l’Esprit-Créateur, unis étroitement à ces âmes de Saints, de Patriarches, de Prophètes, ensemble choisis, ensemble créés, graciés, rachetés, ensemble appelés et admis à la gloire de Dieu, on a l’impression d’être soulevés de terre, arrachés aux lourdeurs de ce monde et mêlés à cette multitude de Fils et de Filles de Jésus-Christ, qui ne font qu’un en Lui, et le refrain « In Christo Jesu », 164 fois répété par l’Apôtre, en indiquant puissamment la véracité, semble s’inscrire en lettres de lumières parmi ces personnages de la Sainte Histoire, ces Apôtres, ces contemporains de Jésus que la palette de l’admirable artiste a fait « vivre » si totalement devant nous.

S’échelonnant à travers les siècles, les Saints Martyrs, depuis Saint Étienne et Saint Laurent l’un portant les pierres qui l’ont lapidé, l’autre le gril sur lequel il fut brûlé, jusqu’à ces deux enfants nègres de l’Uganda qui furent brûlés vifs au siècle dernier, tous chantent la grandeur d’une mort glorieuse. Les femmes, elles non plus, ne reculaient pas devant le martyre : Romaines, martyres de l’Afrique du Nord, d’Égypte, et tant d’autres, les grandes sacrifiées, leçons vivantes d’héroïsme et de total abandon en Dieu. Viennent près d’elles et comme portées par leur ferveur de ces martyres, Saintes Claire et Agnès d’Assise, Sainte Thérèse d’Avila, Sainte Catherine de Sienne, et au sommet Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus patronne des Missions ; elles sont si vivantes qu’on a l’impression qu’elles vont descendre du Ciel pour bénir.

Et voici les Reines, ces nobles dames couronnées, offrant toutes ces gloires passagères dont elles sont vêtues à leur « Reine », ceinte d’une toute autre couronne, celle que Dieu lui destinait de toute éternité.

Glorieuse cité du Dieu vivant ! ce Ciel de la Cathédrale de Port-Saïd, Jérusalem céleste, où sont groupées toutes les âmes qui ont été à Dieu, à Jésus, de par sa sanglante et éternelle médiation : Ciel glorieux dans lequel communient ces âmes de tous les âges, de toutes les races, de tous les pays, sous le regard maternellement miséricordieux de Marie, Reine du Monde, au bord de ce Canal de Suez point de ralliement d’un monde.

Pour que l’impression de « vie » soit totale, il fallait faire évoluer ces personnages dans leur cadre : curieusement situés entre les fenêtres, les grands Sanctuaires du monde rappellent les scènes de l’antique Loi et de la nouvelle, le Sinaï dans toute sa majesté, Nazareth dans le secret mystère de l’Incarnation, Bethléem dans toute la tendresse de la Naissance, le Thabor dans toute sa gloire, le Calvaire dans toute l’universalité de la Rédemption, Rome le centre de la chrétienté.

Les sanctuaires de Marie choisis entre tant d’autres : N.-D. du Puy, N.-D. de la Garde, N.-D. de Fourvière, N.-D. de Lourdes, N.-D. de la Salette, N.-D. des Anges de l’Alverne. Demeures sacrées, refuges assurés. Et ainsi attirée vers les Voûtes éternelles, notre âme, un moment délivrée, respire les délices de l’air du Ciel et la prière monte comme une fumée d’encens.

 

            « Ô Saints du ciel qui de loin me voyez,

            N’êtes-vous pas, hélas ! apitoyés,

            Vous qui portez dans vos âmes nouvelles

            Tous les parfums de la perfection

            Et les soupirs des adorations

            Poussant vers Dieu leurs vagues éternelles.

            

            Ô Vierge, reprenez votre Fils en vos bras ;

            Ne l’abandonnez plus aux ombres du trépas.

            Offrez sa gloire au Père, où vit toute Justice.

            Mieux que moi, vous direz que son cœur fut percé,

            Mieux que moi vous savez que son sang fut versé

            Pour que notre bonheur naisse de son supplice.

            

                         « Poèmes sur la messe : René Fernandat.»

 

Mais il faut s’arracher à cette contemplation ; cependant le « ciel » de la Cathédrale ne nous a pas livré tous ses secrets... En sortant du chœur, un monde d’Anges nous apparaît se développant sur l’Arc triomphal.

Certes, ils n’y sont pas tous, car Saint Jean nous dit bien dans l’Apocalypse qu’ils sont des milliers de milliers. Et le Ciel de la Cathédrale ne peut hélas pas les contenir tous ! Mais on reconnaît les trois Archanges de nos Saints Livres, des délégués des neuf chœurs des Anges ; à droite l’Ange qui sonnera de la trompette au Jugement dernier, alors les morts ressusciteront et chacun connaîtra la juste sanction de sa vie...

Un autre Ange attire nos regards ; il est courbé en avant et tient dans ses mains croisées sur sa poitrine les épis et le raisin ; c’est l’Ange de la Reconnaissance qui remercie ainsi Dieu de son plus grand bienfait : l’Eucharistie. Il faudrait les nommer tous.

Dans sa chapelle absidale : entre les lampadaires du maître-autel, la statue de Marie se dresse dans toute sa splendeur blanche. Les pierres rares de son collier, ce joyau qui Lui fut offert par le Pape XI, scintillent dans la pénombre. Tout cet univers va se confondre dans la paix, la douceur d’une soirée égyptienne sous le regard vigilant de Marie.

Nous passons sous l’Arc triomphal : une ronde d’hirondelles nous encadre ! Elles ont aussi leur place dans le « Ciel de Notre-Dame ». N’ont-elles pas assisté silencieusement aux premières messes ? Ne sont-elles, elles aussi, créatures et pensées d’Amour du bon Dieu ? Elles se jouent entre les lettres de l’inscription, dictée par la Sainte Voyante de la rue du Bac disant : Qu’il sera beau le jour où on pourra dire : « Marie est la Reine de l’Univers » !

Dans la nef de droite nous passons devant la bannière de Marie Reine du Monde et c’est le cœur étreint par une émotion invincible que nous nous agenouillons devant cette bannière qui, partie de Port-Saïd le 20 octobre 1937, a fait le tour du monde et est revenue le 3 octobre 1947 prendre sa place sous les voûtes de cette cathédrale, accomplissant ainsi la prophétie vieille d’un siècle, de Sainte Catherine Labouré : « Elle sera portée en bannière et fera le tour du monde. » Le vicaire apostolique du canal de Suez, Monseigneur Hiral, a réalisé cette œuvre magnifique, rapprochant de Dieu et mettant ainsi sous la protection de la Vierge Marie toute humanité, petite et immense à la fois, qui, sous le ciel d’Égypte, se tient unie et solidaire.

Depuis le 13 janvier 1937, jour de la bénédiction de la cathédrale, bénédiction donnée par Son Éminence le cardinal Dougherty, archevêque de Philadelphie, légat du pape se rendant au Congrès eucharistique de Manille, depuis ce grand jour qui marque d’un signe lumineux les annales de la ville, que de belles cérémonies, de prières énoncées dans toutes les langues de la création, car chaque jour les bateaux apportent ou ramènent des voyageurs venant de tous les coins du monde qui retrouvent dans cette cathédrale leur Mère tant vénérée.

S. Exc. Monseigneur Hiral a voulu concrétiser cette impression d’unité d’amour marial de tous les peuples, si différents, en ouvrant un musée exclusivement marial, mais contenant tout ce qui a trait au culte de Marie, la montrant ainsi sous un autre aspect : Reine du Monde. Chacun des objets réunis là : livres, statues, images ayant un accent particulier, chacun portant sur ses ailes tout un ensemble de tendances, de coutumes, de paysages, de parfums du « terroir » – prières, litanies, images, exprimant toutes le même amour, la même confiance, le même élan vers Celle qui a donné son Fils tant aimé pour sauver le monde entier !

Dans ses murs, Marie se survit, se continue, se perpétue à travers tout un ensemble de races, de nationalités, toutes engagées à son service, dévouées à sa gloire. Marie à qui toutes les nations ont été données en héritage, Reine du genre humain, c’est auprès de Vous que nous nous réfugions, Vous qui « gardez toutes choses en votre cœur ». – Le temple de lumière et de feu qui Vous est dédié est comme le phare qui éclaire et dirige vers le port et qui, la nuit, Vous enveloppe de ses rayons et nous permet d’éviter les écueils. – Plus la nuit est obscure, plus les brouillards sont denses, plus la route à suivre se fait impraticable et semble s’éloigner, plus la lumière de ce Phare devient brillante et directrice.

Dans l’hymne de la Création qui résonne en une symphonie splendide, le nom de Marie est le thème perpétuel, la note grave et profonde, la note puissante qui donne à cet appel sa beauté et son ampleur divines. Marie ! Marie ! Marie ! Reine du Monde !

 

 

M.-F. WITVOËT.

 

Paru dans la revue Marie en juillet-août 1949.

 

 

 

 

 

 



1 La piastre égyptienne n’est pas le dollar ; elle valait alors 10 cents. (N. de la R.)

 

 

 

 

 

 

 

 

www.biblisem.net