PAUL JOHNSON

 

LE GRAND MENSONGE
DES INTELLECTUELS
Vices privés et vertus publiques

 

Traduit de l’anglais par Anick Sinet

 

 

ROBERT LAFFONT

1993

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Pourquoi se pencher sur la vie privée des intellectuels qui ont marqué et leur siècle et le nôtre ? N’est-ce pas leur vie publique qui, seule, devrait attirer notre attention ? Ce serait vrai, nous dit Paul Johnson si, dans l’intimité, ceux qui prétendent diriger nos comportements n’avaient autant de mal à appliquer leurs propres principes.

Marx ne cesse de proclamer le caractère " scientifique " de son œuvre. Mais alors pourquoi triche-t-il avec les chiffres et les textes sinon pour soutenir une argumentation souvent bien fragile ? Tolstoï reste dans les esprits comme l’un des plus sincères partisans de l’abolition de l’esclavage dans la Russie de la fin du siècle passé. Lorsque la mesure est enfin prise par le tsar, il dénonce pourtant une décision " inique et arbitraire " !

Au fil de cet essai érudit, l’auteur n’épargne personne. Ni Rousseau – père indigne comme chacun sait –, ni Sartre – théoricien de la liberté conjugale et de la " franchise ", mais compagnon dissimulateur qui aime finalement les vaudevilles à l’ancienne –, ni Russell – cet apôtre "fanatique" de la paix –, ni Brecht – en révolte contre tous les pouvoirs, sauf contre celui de l’Allemagne de l’Est qui achète sa conscience en lui confiant la direction d’un prestigieux théâtre...

Ce livre serait-il un réquisitoire ? Hélas, dans ce procès du grand mensonge des intellectuels qu’instruit l’auteur, ce sont les déclarations mêmes des accusés qui sont leurs plus redoutables témoins à charge !

Professeur et journaliste, Paul Johnson est l’une des principales figures de la vie intellectuelle des britannique. Il a publié une Histoire des Juifs et chez Robert Laffont Une histoire du monde moderne.

 

AVANT-PROPOS

Depuis deux cents ans, l’influence des intellectuels n’a cessé de croître. L’essor de l’intellectuel laïque est un trait essentiel du monde moderne et, dans l’Histoire, un phénomène nouveau. Dans leurs précédentes incarnations, les intellectuels – prêtres, scribes ou prophètes –s’étaient attribué d’emblée le rôle de guides de la société. Mais les innovations morales et idéologiques de ces gardiens de cultures hiératiques, primitives ou évoluées, étaient limitées par une autorité extérieure et l’héritage de la tradition. Ils n’étaient pas, ne pouvaient être, des esprits libres ou des aventuriers de la pensée.

Avec le déclin du pouvoir clérical, le XVIIIe siècle vit émerger un nouveau type de mentor. L’intellectuel laïque pouvait être déiste, sceptique ou athée. Mais à l’exemple de tout pontife ou prêtre, il s’empressa d’expliquer au genre humain comment mener ses affaires. Il proclama pour commencer sa dévotion particulière aux intérêts de l’humanité et son devoir évangélique de les favoriser grâce à son enseignement. Ne se sentant lié à aucune religion révélée, il appliqua à cette tâche une approche beaucoup plus radicale que ses prédécesseurs. La sagesse collective du passé, l’héritage de la religion, les prescriptions de l’expérience ancestrale étaient faits pour être observés de façon sélective ou rejetés en bloc : au sens commun de chacun d’en décider. Pour la première fois dans l’histoire humaine, avec une confiance, une audace grandissantes, des hommes se prétendirent capables de diagnostiquer les maux de la société, de les guérir à l’aide de leur propre intelligence et, mieux encore, d’améliorer le comportement des êtres humains. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils n’étaient plus les serviteurs et les interprètes des dieux, mais leurs substituts. Leur héros fut Prométhée, qui vola le feu céleste et l’apporta sur terre.

Les nouveaux intellectuels laïques – c’est un de leurs traits marquants – enquêtèrent avec délectation sur la religion et ses protagonistes puis les soumirent à une critique minutieuse : les religions s’étaient-elles révélées bénéfiques ou nuisibles pour l’humanité ? Ces papes, ces pasteurs, dans quelle mesure avaient-ils vécu selon leurs préceptes de pureté, de vérité, de charité et de bonté ? Et les verdicts tombèrent, sévères, sur les Églises et le clergé.

À présent, après deux siècles de déclin de la religion au cours desquels le rôle des intellectuels n’a cessé de grandir, jusqu’à modeler nos attitudes et nos institutions, il est temps d’enquêter sur leur conduite, à la fois publique et privée. Je me suis attaché surtout au crédit moral et au discernement qu’il convient d’accorder aux intellectuels qui prétendirent enseigner aux hommes comment se comporter. Quelle fut leur vie personnelle ? Se sont-ils conduits avec loyauté en famille, avec leurs amis, leurs collaborateurs ? Étaient-ils honnêtes dans leur vie sexuelle, leurs affaires d’argent ? Disaient-ils, écrivaient-ils la vérité ? Dans quelle mesure leurs propres systèmes avaient-ils résisté à l’épreuve du temps et de la pratique ?

 

 

SOMMAIRE

1. Jean-Jacques Rousseau, un fou intéressant

2. Shelley ou le tyran de la poésie

3. Un génial imposteur : Marx

4. Ibsen, le misanthrope égoïste

5. Tolstoï, prophète et pécheur

6. Ernest Hemingway ou l’amour des bas-fonds

7. Brecht, un cœur de glace

8. Un pacifiste fanatique : Bertrand Russell

9. Jean-Paul Sartre, " une petite boule de fourrure et d’encre "

10. Edmund Wilson, un tison arraché au feu

11. La conscience trouble de Victor Gollancz

12. La déroute de la raison : Orwell, Connolly, Mailer et les autres

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