GÉRARD LECLERC

 

 

 

Pourquoi veut-on
tuer l’Église ?

 

 

 

 

FAYARD

1996

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Les médias qui s’attaquent à l’Église catholique, par le biais de diverses " affaires ", se distinguent trop souvent par le caractère extrêmement superficiel de leurs analyses. Dans cet ouvrage, elles seront traitées de manière approfondie.

Eugen Drewermann a quitté la planète judéo-chrétienne pour en rejoindre une autre, proche de l’" écologie profonde ", renouant avec le vieux paganisme et se distinguant par un farouche antihumanisme.

Jacques Duquesne, qui prétend restituer le Jésus véritable de l’histoire, n’aboutit qu’à dessiner un personnage tout à fait conventionnel. Le Jésus de l’Évangile a tout de même une autre dimension.

Jacques Gaillot, qui a voulu donner – grâce aux médias – l’image d’un évêque et d’une Église réconciliée avec la modernité, n’a réussi qu’à entrer dans le cadre stéréotypé sur mesure d’un épiscopat hors institution, sans dogmes et aux exigences floues.

Dans une quatrième partie, l’auteur aborde de front les objections et les attaques dont le pape Jean-Paul II est régulièrement la cible à propos de ses positions morales. En approfondissant la pensée du pape et en interrogeant la grande tradition doctrinale de l’Église, il prend en flagrant délit d’incompréhension et d’incompétence quelques-unes des grandes plumes de la presse française.

Ainsi, dans sa conclusion, peut-il s’interroger sur la responsabilité des médias et leur aptitude à comprendre les problèmes religieux.

Gérard Leclerc fut pendant très longtemps journaliste au Quotidien de Paris. En tant que critique, il s’intéresse plus particulièrement à l’évolution des idées contemporaines. Aujourd’hui, il collabore à différents périodiques dont Le Figaro et France Catholique. Il a publié La Bataille de l’École (Denoël, 1985), L’Église catholique: crise et renouveau (Denoël, 1986) et Jean-Paul II, le Résistant (Bartillat, 1996).

 

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

Les Évêques de France et le marxisme : Histoire d’une connivence, Jean Bourdarias, 1991.

L’Église populaire et théologie de libération, C.E.L.A.M., présentation de Jean Bourdarias, traduit de l’espagnol, 1988.

Histoire de l’Église du Christ, Daniel-Rops, 6 tomes, 1948-1965.

Pourquoi l’Église ?, Luigi Giussani, 1994.

L’" Affaire Gaillot " : Documents (1983-1995), Élie Maréchal, 1995.

L’Église, Œcuménisme et Politique, Joseph Ratzinger, traduit de l’italien, 1987.

Appelés à la communion : comprendre l’Église aujourd’hui, Joseph Ratzinger, traduit de l’allemand, 1993.

Le Corps de l’Église : Études sur une Église, une, sainte, catholique et apostolique, Michel Sales, 1989.

AUX ÉDITIONS LE SARMENT-FAYARD

J’aime mon Église, André Manaranche, collection " Lumière Vérité ", 1992.

Aimer l’Église, collection " Ce que dit le Pape ", n° 18, 1995.

 

 

À mon père

Remerciements
à Frédéric Aimard,
à Jean Mollière
et au Père Bernard Bro
pour leur amical et efficace soutien
tout au long de la préparation de ce livre.

 

 

AVERTISSEMENT

Pourquoi veut-on tuer l’Église ? Un tel titre peut paraître dur. Accusatoire, sûr de lui-même. L’interrogation porte sur le " pourquoi ", nullement sur le point de savoir si on veut – réellement – tuer l’Église. Pourtant, les motifs qui ont inspiré la rédaction de ce livre sont assez différents de ceux qui inspirent généralement les pamphlétaires. Il s’agissait d’abord d’essayer de comprendre, si possible en profondeur, la nature des offensives à répétition dont l’Église a été l’objet ces derniers mois dans les médias. C’est un fait. Les " affaires " se succèdent, toujours menées avec la même rapidité, la même assurance, donnant tort, presque par système, à l’Église catholique contre laquelle on emploie, comme à plaisir, les moyens de déstabilisation dont on use généralement contre les hommes politiques. Pourtant, il existe une différence de fond entre les affaires politiques et les affaires religieuses – du moins celles qui seront examinées ici. S’en prendre à l’Église, ce n’est pas seulement s’en prendre à des personnes qui sont en situation de responsabilité, comme le pape Jean-Paul II, c’est viser une doctrine, une tradition. C’est, quoi qu’on veuille, s’engager dans des débats philosophiques, religieux, éthiques pour y contredire l’Église. Le paradoxe, pourtant, réside dans ce fait que les médias répugnent généralement à aborder des questions complexes qui exigent le recours à toute une culture, à des discussions très spécialisées. Néanmoins, leurs critiques sont d’autant plus péremptoires qu’elles sautent à pieds joints sur ce qui devrait être l’objet du débat. La volonté première de cet essai consiste, de façon obstinée, à traiter par priorité ce que les médias en général – il y a des exceptions – négligent.

Le titre du livre s’est imposé d’abord pour des raisons de fond. Les sujets abordés à propos de l’œuvre d’Eugen Drewermann, du Jésus de Jacques Duquesne, de l’aventure de Jacques Gaillot, et de la contestation de l’enseignement de Jean-Paul II sont d’une gravité qui frappe quiconque y réfléchit un peu sérieusement. Impossible dans ces conditions d’esquiver l’intuition que c’est à l’Église, dans son essence même, que l’on en veut. Les quatre dossiers qui sont examinés ici conduisent tous à la même conclusion. L’Église est attaquée, parce qu’on récuse ses convictions centrales. Deux mille ans d’histoire lui ont donné une certaine habitude des agressions, et elle en a connu de sévères avec les totalitarismes de ce siècle qui ont eu le dessein de la tuer. L’originalité des agressions actuelles tient au contexte de la société libérale. Les coups qui sont portés contre une institution religieuse en régime de liberté s’inscrivent heureusement dans un espace de débat où la riposte est possible. L’auteur a donc voulu jouer largement de cette possibilité de débat, en allant jusqu’au bout du défi qui s’offrait à lui. Après avoir présenté son analyse de chacun des quatre dossiers, il n’a pu s’empêcher de poser en conclusion le problème de la responsabilité des médias dans le traitement de l’information religieuse.

Il y a toujours une curieuse contradiction de la part d’un journaliste à exercer son acribie à l’encontre d’un système dont il fait, peu ou prou, partie. C’est peut-être qu’au-delà du système l’information demeure l’affaire d’hommes de bonne volonté, capables de surmonter les défauts – fussent-ils structurels – de la machine médiatique. C’est pourquoi j’aimerais que les aspects les plus polémiques et les plus rugueux de ces pages ne découragent pas une libre et généreuse controverse. Cela dit à l’adresse de tous mes collègues, sans oublier tous ceux qui font les frais de ma critique.

Peut-être convient-il, pour ceux qui ne désirent pas entrer directement dans la problématique du titre, dans l’espèce d’interprétation " psychanalytique " que je propose, de différer carrément la lecture d’une introduction qui trouve plus, de l’avis de quelques-uns de mes premiers lecteurs, sa justification au terme du parcours. Commencer par les dossiers, c’est, en effet, une démarche plus positive que je conseillerai à ceux qui craignent d’aborder le livre par un choc frontal. Ceux qui ont une certaine habitude de la démarche de maîtres, comme Léon Bloy ou Georges Bernanos, supporteront l’épreuve plus aisément.

G.L.

 

 

TABLE DES MATIÈRES

Avertissement

Introduction : P
OURQUOI VEUT-ON TUER L’ÉGLISE ?

Processus et instinct de mort
L’Église, le Royaume et l’histoire
Augustin, Newman, Kolakowski

Chapitre premier : E
UGEN DREWERMANN. LA RÉGRESSION PRÉBIBLIQUE
Le tournant initial
De l’ambiguïté à la dérive
Jung plutôt que Freud
Une autre démarche religieuse : le mythe contre l’histoire
Contre la singularité de l’évènement chrétien
Maurice Clavel : la conversion contre la dépression
Qui a le mieux compris Kierkegaard ?
Clavel dénonce par avance le " compromis névrotique " de Drewermann
Contre le Père, la Loi et l’institution
Entre Mychkine et Bernanos
La rupture
Devant l’archevêque de Paderborn
Historie et Geschichte
Les yeux de la foi
Exégèse symbolique ?
Euthanasie au cœur de l’enseignement biblique
L’invention de l’histoire selon Henri de Lubac
L’entretien au Spiegel
L’homme et l’animal
Réincarnation du Verbe !
L’anthropocentrisme comme cause de tous nos maux
Déchoir l’homme de ses prétentions
Idolâtrie de la nature et haine de l’homme
La christologie et Teilhard de Chardin

Chapitre II : J
ACQUES DUQUESNE. UN JÉSUS PLAUSIBLEMENT CORRECT
Le mythe et le théologoumène
Quelle est donc cette science ?
Bultmann et Drewermann
L’originalité de l’Écriture sainte
La cohérence du corpus biblique
Le sens spirituel et les évènements
Une biographie ?
L’erreur initiale
L’Annonciation : un non-évènement ?
La conception virginale est-elle mythique ?
Le christianisme et la chair
La théologie du Minuit, chrétiens
La tragédie du salut du monde
La montée du drame
Le Fils d’homme dans Daniel
Le Serviteur souffrant d’Isaïe
La Cène et l’entrée dans la Passion
L’Eucharistie
Gethsémani
Jésus ne savait ni le jour ni l’heure, mais il savait qu’il allait vers la Passion
La Pâque
La rémission des péchés
La Résurrection
Que peut nous dire l’" histoire " ?
Le Jésus de Jean Guitton
Hans Küng : l’histoire sans la théologie
Jésus sans son mystère
Henri-Irénée Marrou : le combat de l’historien
Une méthode d’esquive
" Qui dites-vous que je suis ? "
La parabole du Dieu qui pardonne
Plausiblement correct ?
L’Église mise hors jeu

Chapitre III : J
ACQUES GAILLOT. MONSEIGNEUR DES MÉDIAS
L’énigme des origines chrétiennes
Clément de Rome et la succession apostolique
Ignace d’Antioche, l’évêque et l’Eucharistie
Irénée de Lyon : l’exemple de l’Église de Rome
De La Tradition apostolique à Vatican II
Jacques Gaillot, évêque d’Évreux
Une continuité depuis le Ve siècle
Regards sur une vie
Un lieu protégé, vraiment ?
L’Algérie et Vatican II
Retour au concile
Les pressentiments du Père de Lubac
Jacques Gaillot se fait accusateur
L’originalité de l’enseignement conciliaire et l’ombre de Newman
Dimensions de la crise conciliaire
Clavel et Mai 68
Nous avons perdu un monde !
Althusser et l’" effet retard " du marxisme dans l’Église
Une blessure qui fait toujours mal
La querelle de l’héritage conciliaire
Le Renouveau charismatique et le retour du religieux
La " conversion " d’un évêque
Le pacifisme : un néo-christianisme ?
Propulsé dans l’opinion publique
Évêque globe-trotter
Contre l’école catholique
L’affaire Kazantzakis-Scorsese
Qui défigure Jésus ?
L’engrenage des médias
Régis Debray et l’inversion de l’institution
Un prélat bénisseur
Lui et Gai Pied
Le minimum acceptable
" Au nom des principes, on peut semer la mort "
Une psychologie dépassée
L’épreuve où son épiscopat devient fictif
La nécessaire problématisation de l’histoire
Modernité et pensée " fractale "
La confusion des langues
Fidélité et infidélités
Épiscopat et surépiscopat
La liberté de l’Église comme institution sui generis

Chapitre IV : J
EAN-PAUL II. INCERTITUDE OU " SPLENDEUR DE LA VÉRITÉ "
Veritatis Splendor comme axe d’une vraie discussion
L’Église s’adresse à la liberté de chacun
La morale : définition minimale
Kant en question
Un texte fondamentaliste ?
Au départ, l’Écriture sainte
Les commandements sont destinés à des hommes libres
Le raisonnable et l’obligation
Mérites de la réaction post-kantienne
Exclure Dieu du jeu ?
Une liberté inaliénable
" Théonomie participée "
Une morale naturelle ?
Une morale rationnelle
Morale et sciences humaines
L’interprétation " archéologique " de la conscience morale
Pour sortir des impasses archéologiques et rationalistes
Une morale de la création ?
La question du corps
" Dieu a créé l’homme le moins possible "
La contradiction de la modernité : liberté absolue et déterminisme écrasant
La liberté supérieure où l’homme respire vraiment
Reconsidérer tout depuis le sommet
La Lettre d’or de Guillaume de Saint Thierry
La nature humaine, c’est la tripartition humaine
Accéder au Je et au Tu
Saint Thomas d’Aquin et la création
La priorité de l’acte d’exister
Les urgences de Veritatis Splendor
Quand Jean-François Kahn fait la leçon à Jean-Paul II
Une morale de la construction de soi
Supériorité des vertus
La Croix et le bonheur des hommes
Loi morale et loi civile
Le rôle de la loi civile est " différent "
Un réalisme pratique
La question de l’avortement
L’État libéral et l’éthique de discussion
La théorie de la justice de Rawls
Habermas et le débat pluraliste
La distinction du spirituel et du temporel
L’intervention de l’Église dans le débat public
Une seule tristesse : ne pas être des saints
La divine enfance

Conclusion : P
ROPOS INTEMPESTIFS SUR LES MÉDIAS ET L’INSTINCT DE MORT
Liberté d’information et inculture religieuse
Des tics de langage
Blasphèmes et fous de Dieu
Une Église sans immunité
La dérive de l’information religieuse
La logique du dysfonctionnement médiatique
Le fond du débat et l’exploitation médiatique
Retour à Drewermann
Une torpille contre l’Église
Bernanos et Balthasar inhumains ?
Le véritable débat : un désaccord sur l’homme
Le meilleur des mondes
L’apostasie, stade suprême du ressentiment
Dieu immédiat
Le refus du rapport à la vérité
Vérité tribale et totalitarisme
L’antipape et la dispersion sectaire
Un moderne nommé Augustin
Communiquer, c’est ne pas trahir
La communication selon Lucien Sfez
La religion facile d’accès est le piège d’une politique de la communication
Modernité et idolâtrie
Golias entre le Canard et le Corbeau
La dérive de Témoignage chrétien
La névrose du groupe Malesherbes
" S’arc-bouter à un âge révolu "
Pourquoi veut-on tuer l’Église ?

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