Agar dans le désert de Bersabée

 

 

14. Abraham se leva donc dès le point du jour ; il prit du pain

       et un vaisseau plein d’eau qu’il donna à Agar et qu’il lui mit

       sur les épaules. Il lui donna son fils et la renvoya.

       Elle, étant sortie, errait dans les solitudes de Bersabée.

15. Et l’eau qui était dans le vaisseau ayant manqué,

       elle laissa son fils couché sous un des arbres.

16. Elle s’éloigna de lui d’un trait d’arc, et s’assit vis-à-vis

       en disant : « Je ne verrai point mourir mon enfant. »

       Elle jeta de grands cris et se mit à pleurer.

17. Or, Dieu écouta la voix de l’enfant ; et un ange de

       Dieu appela Agar du ciel, et lui dit : « Agar,

       qu’avez-vous ? ne craignez point, car Dieu

       a écouté la voix de l’enfant.

18. « Levez-vous, prenez l’enfant, et ayez-en soin sans vous

       décourager : car je le rendrai père d’un grand peuple. »

19. Dieu lui ouvrit les yeux et ayant aperçu un puits,

       elle s’y en alla, y remplit d’eau son vaisseau,

       et en donna à boire à l’enfant.

20. Dieu fut avec cet enfant qui devint grand,

       demeura dans les déserts,

       et fut habile à tirer de l’arc.

                              (GENÈSE, CH. XXI. )

 

 

 

« La force m’abandonne... En ce désert brûlant.

             « Deux fois j’ai vu l’aurore...

         « Et demain le soleil levant

         « M’y reverra peut-être encore !

« Ah ! je succombe ! et toi... tu pleures, pauvre enfant !

« Un ciel de feu... partout un horizon de sable !

« Mon fils ! mon Ismaël !... la fatigue t’accable,

« Sous l’ardeur du midi tes beaux yeux bien-aimés

                 « Se sont fermés !

 

 

                                            I.

 

             « Dors, ma jeune espérance !

         « Près de moi, dors, mon tendre amour !

             « Contre les feux du jour

         « Je garde ta frêle existence...

         « Du sol natal nous sommes loin,

         « Si loin, hélas ! que la détresse

             « N’aura que la tendresse

             « De mon cœur pour témoin !

 

 

                                           II.

 

             « Ineffable puissance !

         « Divin mystère ! ô doux sommeil !

             « Bercez jusqu’au réveil,

         « Bercez sa première souffrance !

         « Esprits du ciel ! beaux rêves d’or,

         « Et vous, parfums, brise embaumée,

             « Bercez ma fleur aimée,

             « Bercez l’enfant qui dort !

        .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

        .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

« Ah ! toi-même, Sara, tu serais désarmée !

    « Si tu voyais son morne accablement.

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« Que dis-je !... il ne dort pas... il pâlit ! Dieu puissant !

« Il se meurt !... ah ! pitié pour une pauvre mère !...

« Pas d’ombre... pas d’eau... rien... pas un fruit salutaire !

             « Je n’ai plus que mon sang ;

             « Ah ! prends-le, qu’à l’instant

             « La triste Agar périsse,

« Mais épargne à son cœur le trop cruel supplice

         « De voir expirer son enfant ! !

        .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

        .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

 

« Je t’implore à genoux, Seigneur, mon divin maître !

    « Prends en pitié l’angoisse de mon cœur !

         « Cet enfant... l’as-tu laissé naître,

« Pour que sa mère, ici, le vît mourir, Seigneur ?

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« Mais quels accents divins !... quelle douce harmonie

« Retentit dans les airs et calme mon tourment...

« Une source apparaît... que cette eau soit bénie !

« Merci, Dieu d’Abraham, tu sauves mon enfant !

 

             « Debout, fils de l’Égyptienne !

             « Que la main de Dieu te soutienne,

« Sa présence rayonne entre nous et le ciel !

« Debout ! ô fils de l’esclave qu’on chasse !

« L’Éternel a parlé : multipliant sa race,

« Il plantera sa tente en face d’Israël ! »

 

 

Gaston d’ALBANO, Les femmes de la sainte Bible,

harmonies sacrées (poésie et musique), tome Ier, s. d.

 

 

 

 

 

 

 

 

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