En Bretagne

 

 

Elle ne s’étend pas comme un manteau qui tombe,

En Bretagne, la nuit ne vient pas du ciel clair,

Elle monte du sol où se condense l’air,

Des champs emprisonnés, de la grève et la combe.

 

Des rivières suivant le reflux de la mer,

Laissant fuir en son cours les rubans de leur onde,

Et mêlant leur douceur avec le sel amer,

Et leur flot paresseux à la vague profonde.

 

De l’ossuaire ancien, près du cloître béant ;

Des calvaires dressés en branches étagées :

En haut Notre-Seigneur, Sainte-Marie et Jean,

Puis Madeleine et Pierre, et plus bas des rangées

 

D’apôtres, de soldats, toute la Passion

Émue et figurée en petites images,

Où ne manquent l’étable ou l’Annonciation,

Ni les bergers, montrant le chemin aux rois Mages,

 

Ni Judas qui trahit d’un baiser le Sauveur,

Chacun portant l’emblème ou sculptant le symbole,

Véronique et le voile, et l’Ange avec sa fleur,

Le bon Samaritain selon la parabole.

 

La nuit vient du granit qui fait les chemins bleus,

Des tombes dont le deuil est visible à leurs pierres ;

Elle vient du passé chrétien ou fabuleux

Émergeant de la lande et des hautes bruyères.

 

 

 

Julia ALLARD-DAUDET.

 

Extrait de Reflets sur le sable et sur l'eau.

 

 

 

 

 

 

 

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