Sommeil

 

 

J’offre au Sommeil qui vient ma fatigue et mon rêve

Et mes actives mains qui se reposeront ;

Dans le dernier rayon de ce jour qui s’achève,

Les regards de mes yeux, les pensers de mon front ;

 

Mes cheveux détendus en coiffure sévère

D’éventail qui se ferme ou de vague au repos ;

Mon souffle où les chansons eurent la voix légère

Et qu’émut le refrain des fragiles pipeaux ;

 

Le chapelet où tient ma tranquille prière,

Dans le suc hyalin de ses grains transparents ;

L’aiguille et les ciseaux de tâche coutumière

Et la plume et le dé, précieux et différents.

 

J’offre encor mon sommeil que hante l’autre vie,

À ceux aimés qui s’endormirent avant moi

Pour ne plus retrouver la lumière ravie,

Et dont le souvenir est fait de mon émoi,

 

Afin, s’il se pouvait, les revoir dans un songe,

Bien plus beaux qu’ils n’étaient en leurs jours révolus,

Ou que Dieu me rejoigne à ceux qui ne sont plus,

S’il veut que mon sommeil confiant se prolonge !

 

 

 

Julia ALLARD-DAUDET.

 

Extrait de Au bord des terrasses.

 

 

 

 

 

 

 

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