La procession des étoiles

 

 

Souvent, par les belles nuits claires

Où les astres clignent des yeux,

Je songe aux contes séculaires

Que nous ont légués nos aïeux ;

Je cherche au fond de ma mémoire

Une vieille, très vieille histoire

Qu’on m’a conté au temps jadis ;

Et c’était, si je me rappelle,

Une légende étrange et belle,

Où l’on parlait du Paradis.

 

Elle racontait, cette histoire,

En termes doux comme le miel,

Une procession de gloire

Qui se fait la nuit de Noël ;

Ce n’est pas une foule humaine,

Faisant onduler dans la plaine

Des cierges qui tremblent au vent ;

Mais les morts, vêtus de longs voiles,

Tenant dans leurs mains des étoiles,

Qui viennent adorer l’Enfant.

 

Couverts de suaires de neige,

Dans la nuit ils glissent sans bruit ;

Ils descendent, en blanc cortège,

Ouïr la messe de minuit.

C’est une procession d’âmes,

Dont chacune porte des flammes,

Car, en passant, elles ont pris

Les étoiles, cierges mystiques,

Qu’on voit depuis les jours antiques,

Brûler au reposoir des nuits.

 

Le roi Daniel ouvre la marche

Avec son chariot de feu ;

Il est grand comme un patriarche

Et barbu comme le Bon Dieu ;

Ensuite, l’étoile des Mages,

Comme on la voit dans les images,

Et les trois Rois marchent de front,

Qui, comme autrefois, vont encore

Offrir à l’Enfant qu’on adore

Les plus belles choses qu’ils ont.

 

Et puis, après les Rois splendides,

Voici l’étoile du Berger

Avec les pastoureaux timides

Dont le bagage est plus léger ;

Voici la Croix du Sud en flamme,

Et la chaise de Notre-Dame,

Avec des anges très fervents ;

Et puis le Chemin de Saint Jacques,

Fleuri comme un autel à Pâques,

Où marchent des âmes d’enfants.

 

Puis, il en vient d’autres encore,

D’ici, de là-bas, de partout,

Qui portent des noms qu’on ignore,

Et qui s’en vont on ne sait où.

Il en est de blanches, de bleues,

Qui viennent de cent mille lieues

Et qui disparaissent bientôt ;

Même les étoiles filantes

Passent, pauvres lueurs tremblantes,

Emportant des âmes là-haut.

 

Et lorsque la messe est finie,

Tous ces pèlerins qui sont là,

Auprès de la crèche bénie,

Retournent au ciel. Et voilà,

Autant que j’en ai souvenance,

La légende de mon enfance

Qu’on m’a contée au temps jadis.

À peine je me la rappelle... –

– C’était une histoire très belle

Où l’on parlait du Paradis.

 

 

 

Henri ALLORGE,

La Splendeur douloureuse.

 

 

 

 

 

 

 

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