La pire douleur

 

 

Parfois je me demande en sondant le mystère

Des profondes douleurs dont je n’ai pu guérir,

À quelle heure as-tu donc, sans en pouvoir mourir,

Vécu ton pire instant, pauvre cœur solitaire ?

 

Ce fut quand un enfant, du Ciel, doux mandataire,

Vint dans mes bras ravis un moment se blottir,

Puis m’échappa soudain... et je le vis partir :

Frêle oiseau s’envolant, trop léger pour la terre.

 

Et de mon désespoir le plus affreux instant,

Me déchirant la chair et me la tourmentant,

Ainsi qu’avec le fer d’une lame acérée,

 

Ce fut lorsque je vis, quand l’enfant s’en allait,

Sur mon sein maternel – douleur démesurée, –

Poindre et couler en vain une goutte de lait.

 

 

 

Madeleine ALORGE.

 

Paru dans Les poètes de la tradition en juillet-août 1938.

 

 

 

 

 

 

 

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