La charité

 

 

Les méchants m’ont vanté leurs mensonges frivoles ;

          Moi, je n’aime que les paroles.

          De l’éternelle Vérité.

          Plein du feu divin qui m’inspire,

          Je consacre aujourd’hui ma lyre

          À la céleste Charité.

 

En vain je parlerais le langage des Anges,

          En vain, mon Dieu, de tes louanges

          Je remplirais tout l’univers :

          Sans amour, ma gloire n’égale.

          Que la gloire de la cymbale

          Qui d’un vain bruit frappe les airs.

 

Que sert à mon esprit de percer les abîmes

          Des mystères les plus sublimes,

          Et de lire dans l’avenir ?

          Sans amour, ma science est vaine

          Comme le songe dont à peine

          Il reste un léger souvenir.

 

Que me sert que ma foi transporte les montagnes,

          Que dans les arides campagnes

          Les torrents naissent sous mes pas,

          Ou que, ranimant la poussière,

          Elle rende aux morts la lumière,

          Si l’amour ne l’animé pas ?

 

Que je vois de Vertus qui brillent sur ta trace,

          Charité, fille de la Grâce !

          Avec toi marche la Douceur,

          Que suit avec un air affable

          La Patience, inséparable

          De la Paix, son aimable sœur.

 

Tel que l’astre du jour emporte les ténèbres,

          De la Nuit compagnes funèbres,

          Telle tu chassée d’un coup d’œil

          L’Envie, aux humains si fatale,

          Et toute la troupe infernale

          Des Vices, enfants de l’Orgueil.

 

Libre d’ambition, simple et sans artifice,

          Autant que tu hais l’injustice,

          Autant la vérité te plaît.

          Que peut la colère farouche

          Sur un cœur que jamais ne touché

          Le soin de son propre intérêt ?

 

Aux faiblesses d’autrui, loin d’être inexorable,

          Toujours d’un voile favorable

          Tu t’efforces de les couvrir.

          Quel triomphe manque à ta gloire ?

          L’amour fait tout vaincre, tout croire,

          Tout espérer et tout souffrir.

 

Un jour, Dieu cessera d’inspirer des oracles,

          Le don des langues, des miracles ;

          La science aura son déclin ;

          L’amour, la Charité divine,

          Éternelle en son origine,

          Ne connaîtra jamais de fin.

 

 

ANONYME.

 

Recueilli dans Choix de poésies

ou Recueil de morceaux propres à orner la mémoire

et à former le cœur, 1826.

 

 

 

 

 

 

 

www.biblisem.net