Benedicite

 

 

BÉNISSEZ, ô mon Dieu, toutes ces simples choses,

Où mon cœur attentif s’est livré ce matin :

La miche d’aujourd’hui sur l’assiette à fleurs roses,

Et, dans les blés, là-bas, notre pain de demain ;

 

Sur la nappe aux plis nets qui fleure la lessive,

L’ocre du plat de terre, un doux reflet d’étain,

Les gobelets luisants où le soleil s’avive,

Et ce bouquet mêlé de lavande et de thym.

 

Que le signe de croix vous consacre cette heure

Où nous partagerons ce que vous nous donnez :

Notre bonheur, notre repas, notre demeure,

Les douze coups joyeux à l’horloge sonnés.

 

De ces humbles moments, si je vous les dédie,

Vous vous tenez tout près. Je puis apercevoir

L’ombre, sur notre toit, du toit de Béthanie

Où vous veniez jadis vous reposer le soir.

 

N’ai-je pas imité les apprêts de la Cène :

L’herbe amère et l’agneau. Ne puis-je pas voir là,

Dans la cruche de grès et la corbeille pleine,

Les pains multipliés et le vin de Cana ?

 

Et comme chez Zachée, au milieu de la table,

Parmi nous, tous les jours, n’êtes-vous pas assis.

Puisque – nos doigts traçant votre signe adorable –

Tous ensemble, debout, vous nous avez bénis ?

 

Et puisqu’à notre porte, appelant à voix basse,

Si le pauvre frappait en votre nom, Seigneur,

Nous lui ferions l’accueil qu’on fait à Dieu qui passe :

Et la meilleure part, et la place d’honneur.

 

                                    * * *

 

Bénissez, ô mon Dieu, ce bonheur simple et sage

Dont vous êtes l’Ami, le Maître et le Gardien.

Bénissez les fruits mûrs, l’eau fraîche et le laitage,

La paix de chaque jour, le pain quotidien.

 

 

 

ARIELLE.

 

Paru dans Le Noël en 1934.

 

 

 

 

 

 

 

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