Je regrettais jadis...

 

 

Je regrettais jadis, en voyant dans les fers

Un peuple généreux expier sa noblesse,

Les temps où Némésis, l’implacable déesse,

Sombre et le glaive en main, parcourait l’univers.

 

Pour tant de pleurs versés, pour tant de maux soufferts,

Pour tant de fronts courbés sous le joug qui les blesse,

J’eusse invoqué vingt fois sa fureur vengeresse,

Et déchaîné sans peur tous les dieux des enfers.

 

Je te hais aujourd’hui, divinité farouche !

Je veux à te maudire habituer ma bouche,

Sachant ce que je sais, croyant ce que je crois...

 

Mille prisons, croulant à ta voix dans les flammes,

N’égaleront jamais, pour affranchir les âmes,

Une goutte de sang qui tombe d’une croix !

 

                                                 Poitiers, 29 août 1851.

 

 

Edmond ARNOULD, Sonnets et poèmes, 1861.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

www.biblisem.net