Les astres

 

 

Certain derviche, au ciel ayant levé les yeux,

contemplait l’océan divin tout plein de perles.

Les étoiles, bijoux étincelants du monde,

par leur éclat faisaient la nuit semblable au jour.

On eût dit que les astres, arrêtés dans leur course,

adressaient la parole aux êtres de la terre :

Disant : « Ô négligents, reprenez conscience,

ouvrez les yeux un soir sur cette majesté. »

Le derviche, éperdu d’amour à ce spectacle,

fit couler de ses yeux des perles, des étoiles...

« Ô Seigneur, si tel est le toit de la prison

où tu nous tiens captifs, si sa splendeur égale

Les pagodes de Chine et les jardins fleuris,

que doit être celui de l’arche où tu résides ?...

Qui sait pourquoi ces porte-couronnes célestes

autour de notre argile tournent fidèlement ?

Qui sait pourquoi cette inlassable rotation

de ces milliers de sceaux dorés dans les neuf sphères ?

Pourquoi tous ces plongeurs au sein de cette mer ?

Pourquoi tous ces danseurs, et quelle est la musique ?

Ronde sans un faux-pas, ordre sans un murmure,

jamais ils ne trébuchent ni ne se découragent...

Jusqu’à quand ces jongleurs manieront-ils les dés ?

Jusqu’à quand joueront-ils le jeu des neuf écrins 1 ?

Des milliers de fois ils ont fait leur circuit

sans qu’aucun prît jamais d’avance ou de retard.

Art difficile et merveilleuse habileté,

que mon esprit se ronge à vouloir pénétrer.

Aucun, fût-ce un instant, n’abandonne la course,

saisi du désespoir de n’en pas voir la fin.

Le cœur plein de désir ils tournent humblement,

ils tournent sans jamais un moment de repos.

Ils sont les pèlerins silencieux sur la route,

ils sont les voyageurs à la langue coupée.

Leur mouvement pareil à celui du compas

est de leur créateur une quête éperdue.

Et ils ne sont ni de sang-froid ni dans l’ivresse,

et leur état n’est ni le sommeil ni la veille.

Et nuit et jour ils vont, car ils auront au cœur

jusqu’à la fin des temps le désir du Seigneur.

Tu dors paisiblement, eux marchent sur Sa voie

et baisent la poussière du seuil de Sa présence.

 

 

 

ATTÂR.

 

Traduit du persan par G. Lazard.

 

Recueilli dans Dieu et ses poètes, par Pierre Haïat,

Desclée de Brouwer, 1987.

 

 

 

 

 

1. Les neuf écrins : les neuf cieux entourant la terre selon l’astronomie médiévale, c’est-à-dire les sphères des sept astres mobiles, celle des étoiles fixes et celle qui enveloppe l’univers. (N.d.T.)

 

 

 

 

 

 

 

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