Présentation à Notre Dame

 

 

Notre Dame, voyez ! Tout le peuple de France

S’agglomère à vos pieds pour chanter l’Espérance.

Venus de près, de loin, de tous les horizons,

Vos enfants, en tremblant, ont laissé leurs maisons,

Leurs champs où le blé lève, où la glèbe luisante

Reflète un peu de ciel, où l’avenir les hante

Par son incertitude et son morbide ennui,

Puis, prosternés vers vous, ils chantent aujourd’hui !

Que chantent-ils, sinon les merveilleux cantiques

Que leurs pères chantaient aux dates héroïques

Où la France forgeait sa résurrection

Dans l’immense creuset de la réflexion ?

Vous les connaissez tous, ils sont toujours les mêmes ;

Les aïeux, les enfants, les deux âges extrêmes

Se joignent dans le temps de votre éternité.

Les chants d’à présent vont où d’autres ont monté.

Vous connaissez aussi les chantres anonymes

Tendus vers vous, du plus profond de leurs abîmes ;

Ils sont tous de chez nous, Jean, Pierre, Paul, Léon,

Provençaux, Bourguignons, de Paris, de Lyon ;

Le paysan ridé, sous sa moustache grise

Tient captif un soupir quand son regard se grise

De la claire étendue ; et, près de lui, tout bas,

Le marin chante, à part, un hymne, presque un glas ;

Voici le forgeron dont l’enclume sonore

Comme le coq voisin s’éveille dès l’aurore,

Voici le menuisier qui porte son rabot,

L’infirme, boitillant sur son pauvre pied bot,

Le maçon, le forain, l’employé de la gare,

La ménagère, un sac au bras, et qui s’effare

Dans ce grand flot mouvant des êtres assemblés

Qui courbent leurs fronts lourds comme penchent les blés.

Écoutez leurs accents, Notre Dame de Grâce,

Reine de France qui déployez dans l’espace

Les couleurs du drapeau dans l’ombre descendu

Par les funestes mains de ceux qui l’ont vendu ;

Faites renaître au jour ses plis invulnérables,

Donnez-lui la vigueur des houx et des érables

Et la pérennité des esprits invaincus.

Par l’effort valeureux et les grands jours vécus,

Par tout notre passé de fortune et de gloire

Que clame vers le ciel la trompe de l’Histoire,

Par ce peuple à genoux qui vous est présenté,

Notre Dame de France, ô Dame de Bonté,

Rendez à notre sol avec l’indépendance

Sa joie, et son honneur, et sa ferme puissance,

L’héroïque vertu frondeuse de son sang

Qui trace pour toujours son nom, éblouissant !

 

 

                                                  9 Décembre 1943.

 

 

 

Jean AUBERT,

Espoir au dehors, 1946.

 

 

 

 

 

 

 

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