Ô, ma douce Hongrie...

 

 

Ô, ma douce Hongrie, mon pays tant aimé,

Qui tiens le bouclier de la chrétienté,

Teinte de sang païen, brandis ta bonne épée :

École de vaillance, il me faut te quitter !

 

Preux d’Eger, braves preux et miroir des confins,

Tous les pays vantent vos prouesses, sans fin,

Comparant vos hauts faits aux exploits des Anciens :

Je vous confie à Dieu : qu’il veille à vos destins !

 

Vous-mêmes, destriers aux ailes d’éperviers,

Portant les jeunes preux à leurs combats guerriers,

Permettant le repli, plus souvent d’attaquer :

Que Dieu vous garde aussi et vous donne santé !

 

Beaux harnais rutilants, dont les preux sont si fiers,

Ajustements nouveaux, parures militaires,

Martiale vigueur qui dompte l’adversaire,

Que Dieu soit avec vous, je n’en ai rien à faire.

 

Les gars dont j’ai pris soin et que je crois revoir,

Ceux dont je fis des preux au cours de mon histoire,

De leur bon souvenir me suivent, je veux croire :

Mes bienfaits de mon nom leur gardent la mémoire !

 

Théâtre des exploits, grands champs silencieux,

Monts, vallées et forêts, rochers mystérieux,

Pour l’embuscade et la bataille, meilleurs lieux :

Que Dieu vous garde aussi qui gardez tant de preux.

 

Adieu, mes vrais parents, adieu, mes bons amis,

Qui ressentez de mon départ l’amer ennui,

Mes larmes ont coulé de mes yeux qui n’oublient :

Que Dieu porte sur vous son regard infini !

 

Vierges, aussi au beau front d’ange radieux,

Femmes allègres qui tuez avec vos yeux,

En m’offrant tour à tour ou l’enfer ou les cieux :

Que l’amour vous demeure, ainsi que le Bon Dieu !

 

Comme à toi-même, ô mon ennemie adorable,

Qui fus à mon égard, infidèle, implacable

De mon mérite qui .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . 

.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

 

Et vous tous, mes maudits poèmes importuns,

Qui ne m’avez causé que soucis et chagrins,

Consumez-vous, au feu, lentement, un par un,

Pour vous, chers bons à rien, c’est l’unique chemin !

 

 

 

Bálint BALASSI.

 

Traduction de László Pődör.

Adaptation d’Anne-Marie de Backer.

 

Recueilli dans Pages choisies de la littérature hongroise,

des origines au milieu du XVIIIe siècle,

Corvina Kiadó, Budapest, 1981.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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