Inspiration

 

À MON AMI LÉONTIE.

 

 

                                         I

 

Où volez-vous, accords de ma lyre plaintive,

Que ma tremblante main fait éclore en rêvant ;

Vers des bords inconnus à mon âme captive,

                Fuyez-vous sur l’aile du vent ?

 

Et vous, balbutiements que m’arrache l’extase,

Vague aspiration vers les lieux éternels,

Fougueux élancements dont l’étreinte m’embrase,

                Comme la flamme des autels,

 

Où courez-vous ainsi quand la brise vous berce ?

Suivez-vous dans les bois le vol de l’oisillon

Quand aux vents des beaux soirs mon souffle vous disperse

                 Comme les graines au sillon ?

 

Suivez-vous l’aquilon dans sa course lointaine ?

Passez-vous nos cités, nos fertiles guérets,

Des coteaux aux vallons, des vallons à la plaine,

                De la plaine aux forêts ?

 

Peut-être sur la grève où la vague se brise,

Se brise en déroulant ses remous écumeux,

La feuille vous conduit sur l’aile de la brise

                À ses folâtres jeux ?......

 

Quelle main vous recueille ô perles de ma lyre !

Parez-vous la beauté qui soupire d’amour ;

Trésors de mon printemps que berce le zéphyre,

                Mourez-vous en un jour ?

 

Comme l’encens, béni par la main du lévite,

Monte en nue odorante au dôme du saint lieu :

Soupirs, gémissements de mon sein qui palpite,

                Montez-vous vers mon Dieu ?

 

.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

 

Silence ! ô mon esprit, ton hymne sait sa route,

Qu’il suive l’aquilon, qu’il meure avec la nuit,

Que le zéphyr l’emporte ou que le flot l’écoute,

                C’est Dieu qui le conduit !

 

 

                                         II

 

Sur vos ailes de flamme, emportez-moi, doux rêves !

Charmez mon cœur lassé des terrestres soucis ;

Déroulez le ciel bleu, les flots, les blanches grèves

                À mes yeux éclaircis.

 

Venez guider mes pas vers l’oasis lointaine ;

Que mon front s’illumine aux célestes clartés,

Que je hume à grands flots, loin des bruits de l’arène

                Les saintes voluptés !

 

Laissez, laissez la coupe à ma lèvre tremblante,

Encor ! encor ! longtemps ! toujours laissez-la moi !

Mon sein bondit d’angoisse, oh ! ma tête est brûlante !

.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

                Seigneur ! serait-ce toi ?

 

M’inspires-tu, mon Dieu ! quand ma voix se ranime,

En mon âme attentive, est-ce toi que j’entends ?

Au jour de la tempête, est-ce ta main sublime

                Que du ciel tu me tends ?

 

La nuit, est-ce un rayon de ta splendeur divine

Qui caresse mon front de veilles abattu ;

Ces échos assoupis qui heurtent ma poitrine

                Homme, les comprends-tu ?

 

Dissipe-toi, nuage où s’égare ma vue !

Éveille-toi, mon âme à l’appel de ton Dieu !

Fuis ! brise tes liens, jette à la terre nue

                Un éternel adieu !

 

Abandonne la rive et l’onde limoneuse

Où bouillonne à grand bruit la tourbe des humains,

Ne souille pas ta robe, à la foule haineuse

                Ne livre pas les mains.

 

Ferme l’oreille aux cris du monde qui t’appelle,

Au ciel rejoins la source où murmure la paix ;

Mon âme baigne-toi ! que son onde immortelle

                Te retrempe à jamais !

 

Puis, riche de parfums, emplis ma solitude

Que le luth ruisselant d’accords mélodieux

Sache, imprégné des flots de la béatitude,

                Me raconter les cieux.

 

 

 

A. BARDIN.

 

Paru dans La Tribune lyrique populaire en 1861.

 

 

 

 

 

 

 

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