Le temps
Le temps comme les vagues et comme le nuage, – fuit sans espoir de retour ; – À moins que d’être fou soyons prudents et sages – et profitons en chaque jour.
Car le temps est pressé ! il chemine comme un tourbillon – et s’évanouit comme l’éclair. – Il a été, puis il est encore ; vers le néant, il s’incline – et revit aussitôt qu’il finit !
Le temps est le passé ; l’avenir qui n’est rien encore, – Le présent qui naît et meurt... – C’est l’heure qui vient de sonner, qui sonnera tout à l’heure – et qui disparaît dans l’oubli.
Le temps est un soupir, la parole qu’emporte, – le souffle de la brise ; – un sombre tourbillon qui ouvre la porte aux fléaux – et nous couche au fond du tombeau.
Et dans sa course, il étreint et renverse peuples et empires, – qu’il y en a gisant sur le sol ! – Et personne ne pénétrera ce terrible mystère – qui jette la peur dans les âmes.
Et tant que le monde sera monde, il en sera toujours ainsi. – Facteur invisible et puissant, – il sèmera en passant à travers les siècles – une abondance de joies et de douleurs.
Problème que la science et la philosophie – ne pourront jamais définir ! – Car pour exister, le temps a besoin du passé qui dort – et du présent qui va finir.
De l’avenir qui pointe dans la brume, – et qui passe aussitôt arrivé ! – Étrange mouvement qui charrie, silencieux, – les souvenirs éteints !
C’est Dieu qui l’a créé ! S’il le peut, qu’il l’explique – le savant orgueilleux ! – Au temps qui moissonne tout, allons ! allons ! qu’il réplique ! – mais le problème est épineux.
L’expliquer sans la foi, c’est tenter l’Impossible ! – Ce qui est caché dans les cieux – nul cerveau, fût-il double et triple, ne l’expliquera comme il faut.
Mais le chrétien, lui, sait et croit que ce n’est qu’un passage – qui mène vers l’éternité ; – et faire du temps, un bon, utile usage, – conduit à la félicité.
Or donc ! celui qui l’emploie bien sera un jour victorieux – et bienheureux sera toujours !... – Éternellement, il contemplera la gloire de Dieu : – là-haut, dans le ciel, il n’y a plus de temps !...
L. BARD.
Paru dans la Revue du Midi en 1888.