Agar

 

 

Sara, la légitime, a chassé l’étrangère.

La servante féconde erre sous le grand ciel,

Et distille en son cœur qui bouillonne le fiel

Qu’elle verse en pleurant dans l’âme aventurière

 

Du fils de l’abandon, assis sur une pierre.

C’est ainsi que pleura la mère d’Ismaël ;

C’est ainsi que grandit dans le faux Israël

Une haine farouche, inoubliable, altière.

 

Et quand l’ange appela la délaissée Agar,

De l’enfant du désert s’anima le regard,

Et, d’une voix superbe, au messager divin

 

Il jeta comme un cri cette injure suprême :

« Laisse-nous, Dieu d’Abram, seuls avec notre faim,

Seuls avec les lions, moins cruels que toi-même ! »

 

 

 

Frédéric BATAILLE,

Le pinson de la mansarde, 1875.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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