Le réduit du poète

 

 

L’hirondelle a le nid qui l’appelle aux beaux jours,

Et l’abeille a la ruche où la porte son aile.

En hiver, le poète a le réduit fidèle

Où, pâle et doux, songeur, plein de jeunes amours,

 

Il attend que les bois revêtent leurs atours,

Pour s’enfuir, inquiet comme une tourterelle,

Sous les rameaux ombreux où croît la fleur nouvelle.

Oh ! c’est un monde entier, le plus cher des séjours,

 

Que ce discret asile où rentrent ses pensées,

Comme un farouche essaim de colombes rosées,

Joyeuses, et chantant de belles strophes d’or,

 

Jetant parmi l’azur de fraîches mélodies,

Et repliant en paix leurs ailes attiédies

Avant de s’essayer dans un nouvel essor !

 

 

 

Frédéric BATAILLE,

Le pinson de la mansarde, 1875.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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