Le rouet

 

 

Au logis solitaire où jadis se jouait

Mainte jeunesse folle autour de la grand’tante,

J’ai songé longuement à la chère impotente,

Dans l’ombre qu’un rayon de lumière trouait.

 

Rien n’était dérangé. Je t’ai vu, vieux rouet

Qu’elle aimait tant mouvoir de sa pauvre main lente

Et qui la consolais de ta voix vigilante,

Ta douce voix d’ami que le temps enrouait.

 

Tu dormais d’un sommeil profond, comme l’horloge,

Auprès du fauteuil vide où la poussière loge

Et dont les deux grands bras ont l’air de supplier...

 

Et, dans la pièce morne où le silence clame,

Où, pèlerin fervent, j’étais venu prier,

J’ai senti que la morte avait laissé son âme.

 

 

Lucien BAZIN.

 

Paru dans L’Année poétique en 1906.

 

 

 

 

 

 

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