L’Angélus lyrique

 

 

Très haut, le promontoire, aux murailles moroses,

                Monte dans le décor

De tous les feux de pourpre et de tous les tons roses

                D’un crépuscule d’or.

 

Du flot qui roule au large, on n’entend plus la houle ;

                Et le fleuve puissant,

Avec la majesté des grands calmes, refoule

                La mer qui redescend.

 

Or, voici qu’un son grave a frappé le silence,

                Et qu’au branle profond

Du dôme épiscopal, de distance en distance,

                Un long branle répond.

 

Une à une, à l’instant, seconde par seconde,

                S’envolent d’autres voix,

D’autres sons cadencés dévalent à la ronde,

                Dévalent à la fois.

 

C’est le bronze royal des tours de la prière

                Qui s’ébranle et s’émeut,

Et chante, tout rugueux de rouille et de poussière,

                Du plus divin qu’il peut.

 

La tombe même écoute, et l’ancien baptistère,

                Comme au tressaillement

Des grandes orgues, songe avec plus de mystère

                Et d’émerveillement.

 

Oh ! le miraculeux angélus qui pénètre

                Jusqu’au gîte des morts,

Et, plus riche de sens, fait partout reconnaître

                Les lyriques accords !

 

Tout un passé de gloire et de chevalerie

                Salue, en même temps,

La Dame, en ses manoirs, et, dans le ciel, Marie,

                Depuis trois fois cent ans !

 

Québec, sans faire offense à la Vierge, à l’Archange,

                Québec se ressouvient ;

De l’une et à l’autre Dame, il offre en sa louange

                La part qui lui revient.

 

Et l’écho du vieux fleuve et des vieilles murailles

                Répète à l’infini :

Que le fruit immortel de vos chastes entrailles,

                À jamais soit béni !

 

 

 

 

Nérée BEAUCHEMIN, Patrie intime.

 

Paru dans Notre-Dame de Lyre :

L’hommage des poètes canadiens-français,

anthologie réalisée par Sœur Paul-Émile

et éditée par les Sœurs grises de la Croix,

à Ottawa, en 1939.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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