À Marie

 

À MONSIEUR EUGÈNE BELLAMY

À MONSIEUR CHARLES LE BONNOIS

qui s’étaient chargés des détails de la Cérémonie funèbre.

RECONNAISSANCE SANS BORNES

 

 

Sonnez, sonnez, ô cloches funéraires,

Le glas funèbre et vos accents diffus,

La tombe s’ouvre et grave en ma mémoire

Le souvenir de celle qui n’est plus !

 

Elle naquit dans un simple village,

Et quelques mois le chaume l’abrita ;

Bientôt après, la leçon douce et sage

D’une mère chérie, au bien la disposa.

 

Elle unissait, hélas ! ma pauvre fille,

Elle unissait l’esprit à la candeur,

Elle était tout pour sa chère famille,

Par elle seule, ils goûtaient le bonheur.

 

Bonne envers tous, aux pauvres secourable,

Cœur franc, naïf ; du savoir sans apprêt,

Joignant toujours l’utile à l’agréable,

Elle eût formé l’être le plus parfait.

 

Pour elle ici demain on donnait une fête,

À tous elle aurait fait un gracieux accueil.

À l’aspect du plaisir, succède la tempête,

Et la robe de bal est changée en linceul.

 

Par un fléau cruel, en trois jours moissonnée,

Dans mes bras s’éteignit la plus pure des fleurs,

Et bientôt, devenu substance inanimée,

Je n’eus plus qu’un cadavre à baigner de mes pleurs.

 

« Mon doux Mémé, je vais quitter la vie,

Embrassons-nous, dit-elle, une dernière fois,

À tes bras protecteurs, je vais être ravie,

Hélas ! il faut de Dieu respecter les arrêts.

 

Par tes soins incessants à la vertu formée,

Tu confirmas en moi l’existence de Dieu,

Ordonne qu’ici même, en temple transformée,

Cette chambre ait l’aspect d’un autel d’un saint lieu.

 

Que la religion édifiante et sainte

M’ouvre, en te consolant, le séjour éternel,

Du courage, Mémé, ne pousse aucune plainte,

Je vais avec espoir aller t’attendre au Ciel. »

 

Puis, en se recueillant, elle fait sa prière,

Le Prêtre la bénit !... Alors en souriant,

Elle entrouvre ses bras, elle embrasse sa mère

Avec calme, lui dicte ainsi son testament :

 

« Si tu me le permets, je veux donner à Laure

Le peu d’argent par mes soins amassés,

Attends... Attends... Je veux... Je donne encore,

À toi... ma chèvre... puis... à Dieu, c’est assez. »

 

Dès cet instant, sa poitrine serrée

Repousse l’air qui lui sert d’aliment,

Son œil s’éteint et sa langue est glacée,

Tout est fini, pensée et sentiment.

 

Spectacle déchirant, une mère éperdue,

Un père, un frère en pleurs, lamentent leurs adieux,

Une fille, une sœur, pour toujours est perdue,

Elle vient d’échapper à leurs impuissants vœux.

 

C’en est donc fait, ô mère infortunée,

Il t’est ravi le fruit de tes amours,

Pour toujours à présent sur la terre isolée,

Les larmes, les chagrins abreuveront tes jours.

 

Courage encor ! Courage, achevez votre tâche,

Ô parents accablés, entourez d’un linceul

Les restes déchirants de la brebis sans tache,

À vos jours de bonheur va succéder le deuil.

 

Tout à coup dans les airs, la tempête s’élève,

La nature en tombant va rentrer au chaos,

Un vent impétueux fracasse, brise, enlève,

Un tumulte effrayant fait mugir les échos.

 

Un frère, des amis, vont au dernier asile,

Te conduire, ô ma fille, et bravant le danger,

Déposer en saint lieu ta dépouille fragile

Et convertir la terre en lugubre verger.

 

Les autans furieux redoublent leur ravage,

Ils vont tout transformer en décombres volants,

Culbutent les chevaux, brisent le sarcophage,

Le tonnerre gronde, l’eau verse ses torrents.

 

Cependant ils arrivent, et le pieux convoi

Adresse au Tout-Puissant sa fervente prière,

Et la terre bénie retombe avec effroi

Sur ce cœur innocent renfermé dans la bière.

 

Repose en paix, ô ma fille, ô Marie,

Ange de la candeur, ange de la bonté,

Pour ton bonheur ici, j’aurais donné ma vie,

Mais pour toi ce bonheur est dans l’éternité.

 

Je vous implore, ô Vierge immaculée,

Intercédez pour elle dans les Cieux,

Elle aima Dieu, vous en fûtes aimée,

Par Jésus-Christ accédez à mes vœux.

 

 

 

Pierre-François-Henri BÉNARD,

Pensées et méditations poétiques de Van d’Ast,

1863.

 

 

 

 

 

 

 

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