Dédicace aux Sépulcres

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Georges BERNANOS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aurais souhaité dédier ce livre

AUX MORTS ENFIN RECONCILIÉS

DE LA GUERRE D’ESPAGNE

 

mais

 

je crois le moment venu pour moi de ménager l’Avenir,

de me réconcilier avec les Vrais, les Puissants, les Purs

TOUS LES SÉPULCRES

 

 

AINSI DONC

j’offre humblement ces pages

 

Aux budgets de la Propagande Totalitaire qui préparent

aujourd’hui et assureront demain le triomphe

du Pays Réel et de ses Chefs.

 

Aux Généraux français qui entreront les premiers à Paris,

Lyon et Marseille, préalablement écrasés sous les bombes

de la glorieuse Aviation Légionnaire.

 

Aux Espagnols, Allemands, Italiens, Japonais, Berbères et

Nègres de la future Armée de l’Ordre.

 

Aux Dénonciateurs des mauvais pauvres, aux futurs bourreaux

de deux millions de Français incorrigibles.

 

Aux Services d’Épuration de l’Arrière.

 

À ceux des Cardinaux, Archevêques, Évêques français,

approbateurs de l’Épiscopat espagnol,

qui accepteront de signer demain la nouvelle Lettre Collective

et béniront la Croisade.

 

Aux deux hommes d’inégal génie

qui se partageront le mérite

d’avoir apporté aux intelligences et aux consciences timorées

les apaisements nécessaires

en vue des grandes purifications par le fer et par le feu,

 

au Cardinal Baudrillart, à M. Charles Maurras

– de l’Académie française –

 

 

Et enfin

de tout mon cœur, avec une joyeuse gratitude,

 

À l’anonyme Imbécile de droite ou de gauche

qui me cassera la tête

pour que je n’assiste pas, vivant,

à la Démission de l’Église de Dieu – prédite par N.D. de la

Salette – et au déshonneur de mon Pays.

 

 

 

Georges BERNANOS.

 

 

 

 

 

L’extraordinaire page de Bernanos que voici, devait servir de dédicace à Nous autres Français et fut retirée avant l’impression parce qu’on en jugea les prophéties invraisemblables. Elle fut rédigée à Vassouras, Brésil, en avril 1939. Le texte nous en a été aimablement communiqué par le Dr. Jean Bénier, ami de Bernanos, qui était avec lui au Brésil et qui en a conservé le manuscrit de premier jet.

(Note de la Rédaction de la revue Esprit

dans le numéro d’août-septembre 1952.)

 

 

 

 

 

 

 

 

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