La religion chrétienne

 

ODE

 

 

La nuit cesse ; les saints Oracles

Ouvrent leurs plus sombres replis.

Que de jours féconds en miracles !

Que de Mystères éclaircis !

Dans leurs antres sourds, les Sibylles

N’ont plus que des fureurs stériles,

La Guerre a fui dans les Enfers.

Réjouis-toi, Sion captive ;

Le temps promis enfin arrive ;

Ton Dieu naît pour briser tes fers.

 

De la puissance qu’il déploie,

Vois déjà le fruit précieux.

L’enfer abandonne sa proie.

Les Aveugles ouvrent leurs yeux.

Ses bienfaits sur tous se répandent ;

Avec les Sourds qui les entendent,

Par lui discourent les Muets.

De la Nature Roi suprême,

Il parle : à l’instant la Mort même

Suspend ses homicides traits.

 

Mais quoi ? malgré tant de miracles,

Les Juifs conspirent son trépas :

Il meurt. Quels horribles spectacles

Font déplorer leurs attentats !

Le Soleil pâlit et s’égare ;

La nuit de l’Univers s’empare ;

Le Ciel perd son éclat serein ;

La Mer s’émeut, s’enfle, écumante,

Et la Terre vomit, tremblante.

Les Morts que recèle son sein.

 

Victime d’une Ville ingrate.

Tout manifeste ta Grandeur :

Que ta puissance encore éclate ;

Du trépas montre-toi vainqueur.

Triomphe des Juifs infidèles.

De leurs dociles Sentinelles

Je vois ton Sépulcre couvert.

C’en est fait ; tu viens de paraître :

La Mort a reconnu son Maître ;

Et le Tombeau s’est entr’ouvert.

 

Frémis, Sion ; de ton audace

N’espère pas l’impunité :

Crains la prophétique menace

D’un Dieu justement irrité.

Déjà les Légions Romaines

Bordent tes murailles hautaines ;

Sur toi leurs corps sont réunis.

Ah ! Sion, qu’es-tu devenue ?

De ta puissance disparue

En vain l’on cherche les débris.

 

Allez, restes d’un Peuple impie ;

Allez errer dans cent climats :

Qu’à jamais votre race expie

Vos sacrilèges attentats.

Votre aveuglement volontaire

A de la divine colère

Attiré sur vous tous les traits :

À des Nations moins traîtresses

Dieu va prodiguer ses largesses

Dont vous ont privés vos forfaits.

 

Dans quels ténébreux précipices

Les Hommes sont-ils engloutis ?

Hélas ! les plus infâmes vices

Sont ou consacrés, ou permis.

L’Adultère, l’affreux Inceste,

Ont leurs Temples et leurs Autels.

De cette unit déplorable,

Quelle lumière secourable

Pourra retirer les Mortels ?

 

Montrez-vous, Enfants du Tonnerre ;

Et tels que le Soleil vainqueur,

Vous chasserez loin de la Terre

Tous les nuages de l’Erreur.

Vous paraissez : le crime expire ;

Déjà tout reconnaît l’Empire ;

Du seul vrai Dieu, Dieu des Vertus :

Les Idoles sont renversées ;

Je les vois tomber fracassées.

Et leurs vains autels abattus....

 

Mais quelles tempêtes s’élèvent !

Chrétiens, hélas ! je crains pour vous.

Les Enfers irrités soulèvent,

Arment mille tyrans jaloux.

Leur fureur sur vous se déchaîne.

Je frémis : quelle horreur soudaine

Frappe mes esprits égarés ?

Partout la Terre ensanglantée,

Offre à la vue épouvantée

Des membres épars, déchirés.

 

Cédez, Martyrs. Non, de la rage

Vous rendez l’effort impuissant :

Vous expirez avec courage ;

Vous triomphez en expirant.

De votre sang, source féconde,

Je vois, pour le bonheur du Monde,

Sortir un peuple de Chrétiens.

La Croix partout est arborée ;

Votre mémoire est consacrée

Et vos tyrans sont nos soutiens.

 

Règne, Religion Chrétienne :

La dignité de ton Auteur,

Ton progrès, ta Morale saine,

Tout nous annonce ta Grandeur.

Seule digne de nos hommages,

Oui, l’Univers dans tous les âges,

Suivra ta sainte et douce Loi.

Sur le penchant de ta ruine,

Tu verras une main divine

S’armer et combattre pour toi.

 

 

 

Catherine BERNARD.

 

Recueilli dans Femmes-poètes de la France,

anthologie par H. Blanvalet, 1856.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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