Les fils de la Vierge

 

 

Les blancs fils de la Vierge, étincelants des pleurs

Que, dans leur longue course, y posa la rosée,

Voyageant dans les airs, s’arrêtent sur les fleurs

Ouvertes, les couvrant d’une robe irisée.

 

Ils passent lentement, venant on ne sait d’où,

Ces fils grêles et blancs arrachés aux étoiles,

Ou peut-être tombés du fuseau d’un hibou

Alors que la nuit claire a replié ses voiles.

 

Tournez, fuseaux légers, tournez ces fils sacrés

Qui courent dans l’éther ; ainsi que l’hécatombe

D’un céleste combat, dans les glaïeuls dorés

Et dans les lys sans tache ils vont chercher leur tombe.

 

Invisibles fuseaux, que de divines mains

Font virer sans repos aux plaines de l’espace,

Pour épandre vos fils parmi tous les chemins,

Virez et que jamais votre ardeur ne se lasse.

 

Fils sacrés dérobés au rouet du Destin,

M’apportez-vous la mort, m’apportez-vous la vie,

Vous qui passez muets dans l’aube du matin,

En essuyant les pleurs de l’aurore ravie ?

 

Posez-vous sur les fleurs embaumant mon sentier,

Couvrez, d’un voile blanc, mes erreurs et mes fanges,

Et, pendant que la rose est encore au rosier,

J’accorderai ma lyre aux notes des mésanges.

 

 

 

Auguste BERTOUT.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1897.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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