Nouvelles glanes

 

 

Pour m’être un seul instant trop approché de vous,

Et, sans palme, Seigneur ! m’être mis à genoux

              Sur les degrés de votre trône ;

Pour avoir balancé dans mes indignes mains,

Rempli de mes soupirs l’encensoir de vos saints,

              Sans porter au front leur couronne,

 

Le vide tout à coup s’est ouvert sous mes pas,

Et j'ai perdu le sens des choses d’ici-bas

              Qu’il me faut traverser encore !

Imprudent voyageur qui, devant son coursier,

Dans le désert a vu s’effacer le sentier

              Sous le sable qui le dévore !

 

La nuit, ses astres d’or, son silence, ou les bruits

Par sa lyre d’ébène en accords réunis

              Chantant au loin dans les campagnes,

Le jour, et tous les flots de vie et de couleur

Qu’il épanche aux épis, à la grappe, à la fleur,

              Au front des bois et des montagnes,

 

Étalent vainement leur sereine beauté ;

Sans entendre ni voir, je passe dégoûté

              Devant ces merveilleux spectacles,

Explorant toute cime et toute profondeur,

Vous cherchant dans les cieux, vous cherchant dans mon cœur,

              Fouillant dans tous les tabernacles !

 

Mon esprit ne sait plus qu’un seul mot, votre nom ;

Une voix seule éclaire et charme ma raison,

              La vôtre, ô mystérieux Verbe !

Et les cris des humains, tristes ou triomphants,

Me semblent les clameurs d’une troupe d’enfants

              Qui se disputent un brin d’herbe !

 

Immuable lumière ! inextinguible ardeur !

Mon œil audacieux a de votre splendeur

              Gardé l’ineffaçable empreinte ;

Ramené sur la terre, il s’aperçoit trop tard

Que rien ne pourra plus attirer le regard

              Qui profane votre arche sainte !

 

Je reconnais ma faute à la punition ;

Elle est grande, Seigneur ! mais mon affliction

              Peut-être encore la dépasse !

Cet insolent mépris des choses d’ici-bas,

Y mettrait-on un siècle, on ne compterait pas

              Tous les pleurs amers qu’il amasse

 

Au plus secret du cœur de ceux qui devant vous,

Sans palmes, ont tenté de se mettre à genoux

              Sur les degrés de votre trône,

Et balancé trop haut dans leurs indignes mains,

Rempli de leurs soupirs, l’encensoir de vos saints,

              Sans porter au front leur couronne !

 

 

 

Louise BERTIN.

 

 

 

 

 

 

 

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