Invocation à Marie

 

(À l’époque du Choléra.)

 

 

    Quoe est ista quoe progreditur quasi

Aurora rutilans ?...

                            Cant., Cant.

 

 

    Quelle est cette beauté, cette Vierge immortelle

Qui s’offre à mes regards au lever du matin ?

Fraîche comme l’aurore et brillante comme elle,

Sur son front radieux la couronne étincelle ;

La lune est sous ses pieds, le sceptre dans sa main.

 

    Joignant à la splendeur une grâce modeste,

Elle enivre mon âme, elle éblouit mes yeux :

Tout est suave en elle, ineffable, céleste ;

Tout annonce aux humains, tout à mon cœur atteste

Qu’elle est la Fille sainte et la Reine des Cieux !

 

    À l’aspect imprévu d’une telle merveille,

J’interroge mes sens que je crois égarés :

Peut-être, dis-je, hélas ! que mon esprit sommeille...

Mais ne pouvant douter que j’admire et je veille,

Ma prière s’exhale en ces mots inspirés :

 

     « Salut, Vierge féconde, ô divine Marie !

« Pleine de majesté, de grâce, de douceur ;

« Des anges, des mortels, Reine auguste et chérie !

« Que ta bouche, à nos vœux, que ta bouche sourie

« Intercédant pour nous auprès du Rédempteur !

 

     « Salut, temple d’amour, sublime créature,

« De toutes les vertus mystérieux miroir ;

« Colombe de Sion qui naquis belle et pure

« Et portas dans ton sein le Dieu de la nature !

« Sois, après lui, l’objet de mon plus doux espoir ?

 

     « Des célestes parvis tu descends vers la terre

« Sur les ailes d’azur des brûlants séraphins ;

« Tu viens calmer les maux, soulager la misère

« D’un peuple qui t’invoque et te nomme sa mère,

« Et qui t’a confié sa gloire et ses destins !

 

     « Détourne le fléau qui pèse sur nos têtes

« Et moissonne à l’envi les enfants, les vieillards !...

« Il ne peut avancer si, d’un mot, tu l’arrêtes...

« Oui, ce mot, plus puissant que le bruit des tempêtes,

« Oppose à ses fureurs d’invincibles remparts.

 

     « Ouvre-nous donc tes bras, et sois notre refuge

« Au milieu des dangers qui menacent nos jours !...

« Ah ! comment échapper à cet affreux déluge,

« Si ton cœur maternel ne fléchit notre juge,

« Si tu ne viens, enfin, nous prêter ton secours ?...

 

     « Souviens-toi que jadis tu connus la souffrance ;

« Qu’aucun mortel jamais ne te réclame en vain ;

« Que tu veilles, des cieux, sur notre belle France ;

« Qu’elle a fondé sur toi sa plus ferme espérance

« En invoquant l’appui de ton nom souverain !

 

     « Étoile de la mer, brille au sein des nuages ;

« Calme l’effort des vents et le courroux des flots ;

« Conduis-nous, sans péril, aux célestes rivages

« Où nous pourrons, enfin, braver tous les orages,

« Et goûter les douceurs de l’éternel repos ! »

 

 

 

 

Adrien BEUQUE,

L’écho du sanctuaire, 1836.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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