Soyez heureux

 

                         À mes Petits-Fils

 

Chacun va répétant, enfants, que je vous gâte,

            Que vous en souffrirez ;

Et qu’en vous élevant comme des coqs en pâte,

            Aujourd’hui vous rirez

 

Pour mieux pleurer demain. Mais ce beau temps d’enfance,

            Cette aube de vos jours,

Faut-il donc l’assombrir, mettre un pleur de souffrance,

            Dans vos yeux, chers amours ?

 

Hélas ! il viendra seul, il viendra bien trop vite,

            Le temps laborieux,

Le temps du noir souci : jusque-là, que j’évite

            Les larmes en vos yeux !

 

Qui sait ce que la vie a pour vous en réserve ?

            Qui connaît l’avenir ?

Si de quelque chagrin grand’mère vous préserve,

            Vous aurez souvenir.

 

Le rire est aux enfants la gaîté pour leur âge,

            La rosée est aux fleurs.

Évitons aux petits l’ombre d’un seul nuage,

            Chassons pour eux les pleurs.

 

À brebis sans toison Dieu mesure le vent.

            Nous, mesurons de même

Les peines aux petits ; tôt ou tard, trop souvent,

            Elles viendront quand même.

 

L’enfant choyé chez lui prend de bons sentiments,

            Son âme est assouvie ;

Son cœur s’épanouit à l’abri des tourments,

            Ne sachant pas l’envie.

 

Assez d’autres pauvrets, hélas ! sont malheureux,

            Négligés, sans tendresses :

Plus tard, ils garderont souvenir douloureux

            De l’âge des caresses.

 

Soyez donc tout joyeux, mes deux jolis pinsons,

            Grand’mère fait son prêche,

Pour que chacun vous gâte et laisse à vos chansons

            La note pleine et fraîche.

 

Riez ! voici Noël, les bonbons, les joujoux,

            L’arbre avec ses lumières ;

Riez ! mais répétez de votre ton bien doux

            À Jésus vos prières

 

Pour ceux que vous aimez, pour les petits enfants

            Qui n’ont pas votre enfance

Si bénie. Au Seigneur, élevez triomphants

            Votre reconnaissance !

 

 

 

Jane BLANCHON.

 

Paru dans Poésies de l’Académie des muses santones en 1894.

 

 

 

 

 

 

 

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