Une madone

 

 

À Bologne, au Musée, au-dessus d’une porte,

On peut voir un tableau non signé, de n’importe

Quel vieux maître naïf dont les noms sont perdus.

C’est simplement la Vierge avec l’enfant Jésus,

Mais regardez ! Marie a de grands yeux célestes,

Lourds d’amour. Dans la paix du site aux plans agrestes,

Sa tête fine et calme est d’un contour si pur,

Que des anges ailés descendent de l’azur

Pour la voir et la mettre à l’ombre de leurs ailes.

Elle doit ressembler aux jeunes demoiselles

Qui venaient, vers l’an mille ou douze cent, s’asseoir

À leur balcon doré, sous l’étoile du soir,

Tandis qu’on leur chantait sur des airs de cantique.

Des vers très amoureux, très doux et très mystiques.

Jésus est blond, frisé, souriant et tout nu.

Il vous regarde ainsi qu’un visage connu,

Et de sa lèvre rose il cherche la mamelle.

Une grâce un peu roide, où la bonté se mêle,

Sort de ce vieux tableau tout jauni par les ans ;

Il s’harmonise en tons fanés, mais caressants,

Comme une fleur qu’on trouve en un vieil Évangile,

Toute pâle et charmante en sa pâleur fragile.

À contempler ses traits chastement familiers,

On sent ce qu’éprouvaient jadis les chevaliers

Et les pages rêveurs. Sous le regard limpide

De cette Vierge au front maternel et candide,

Le cœur, divinement ému, n’est pas troublé ;

Mais il aspire au grand amour immaculé,

Idéal, éternel, dont conservent la marque

Les extatiques chants de Dante et de Pétrarque.

 

 

 

Émile BLÉMONT, Poèmes d’Italie.

 

 

 

 

 

 

 

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