À un jeune poète disparu

 

(ALFRED LEFOURNIER)

 

 

Ami, dont nous aimions la force et la douceur,

En vain tu disparais : aïeuls, parents et sœur

                Te voient vivant dans leur mémoire.

Ils te voient ; et, les yeux de larmes ruisselants,

Ils évoquent entre eux tes vertus, tes talents

                Qu’attendait peut-être la gloire !

 

Et nous aussi, jeune homme au cœur doux et fervent,

Nous qui t’avons connu, nous reverrons souvent

                Tes yeux, ton front lourd de pensée ;

Nous entendrons souvent, nous qui t’avons aimé,

L’accent, tendre parfois et parfois enflammé,

                Dont vibrait ta voix cadencée.

 

Nous reverrons briller, comme un sacré flambeau,

Cet instinct qui guidait vers le Vrai, vers le Beau,

                Ta jeunesse riche en promesse ;

Et des cœurs, que la vie a plus ou moins bronzés,

Rediront, attendris, tes beaux vers baptisés

                Dans le Jourdain et le Permesse.

 

Ô toi que le destin a pris, ô jeune ami,

Dés l’aurore, avant l’heure, et qui t’es endormi

                Calme dans la paix étoilée,

Reçois, au nom de tous, mon tendre et long adieu,

Toi qui nous as quittés pour retourner à Dieu,

                Vaillant esprit, flamme envolée !

 

 

 

Paul BLIER.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1893.

 

 

 

 

 

 

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