L’esprit des eaux

 

 

                                    Aimez-vous les uns les autres.

                                                                  JÉSUS.

 

 

Dès le matin, loin des yeux de leur mère,

Heureux de respirer l’air pur et sain des champs,

              Deux beaux petits enfants

              Sur le rivage solitaire,

De l’angillon allaient, venaient gais et dispos,

              Quand, d’une touffe de roseaux,

                    L’esprit des eaux

Sortit rose et mignon avec un frais sourire.

 

Il se recueille, il chante, – et ses doigts gracieux,

Font vibrer doucement les cordes de sa lyre.

 

Mais ces petits jaloux l’attirant auprès d’eux,

Lui dirent : – Pourquoi donc sortant de ton repaire,

                  Viens-tu chanter ici ?

              Damné, va-t’en, et ne crois pas ainsi

              D’un Dieu vengeur éviter la colère,

              Et supprimer le juste arrêt.

Alors, jetant sa lyre, il plonge et disparaît.

 

Plus tard, nos promeneurs rentrant à la chaumière,

              Racontent à leur mère

              Ce qu’ils ont fait là-bas.

Mais grondeuse elle dit : – Retournez sur vos pas !

Allez, et rassurez ce pauvre esprit qui souffre

              Maintenant par vous.

Allez, et dites-lui que Dieu nous aime tous.

Ils partent, et bientôt trouvent au fond d’un gouffre

          L’esprit des eaux triste et songeur.

Reviens, lui disent-ils, sur ce bord enchanteur !

                  Reviens, espère ;

                  Car notre mère

              A dit : le Tout-Puissant

Est juste, – il ne punit jamais que le méchant.

              Oh ! viens, tu seras notre frère ;

              Et puisque Dieu nous aime tous,

Écoutons sa parole : – Aimons-nous, aimons-nous.

                  Lui, reprenant sa lyre

                  Et retrouvant sa voix,

                  Chante, comme autrefois,

Un air simple et naïf que le bonheur inspire.

 

 

                                                                       Jura.

 

 

Casimir BLONDEAU.

 

Paru dans Les voix poétiques en 1868.

 

 

 

 

 

 

 

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