Hymne au Surhumain

 

 

Nobles femmes, vous qui souffrez dans le silence

Et dardez vos regards émus vers l'Orient,

Espérant le héros familier, qui s'élance,

Le front tout traversé de ronce et souriant,

 

Votre attente et votre angoisse, longtemps trompées,

Rempliront l'univers de leur farouche appel ;

Et, je vous le promets, au flambeau des épées,

Vous le verrez surgir, l'homme surnaturel !

 

Il ne cherchera pas les gloires de ce monde,

Il est peut-être là, tout près de vous, charmant,

Accoudé dans les fleurs, et seul, tête profonde,

Tendre cœur magnifique et simple, infiniment.

 

Il ne s'en ira point quêter, aux portes viles,

L'encens et la rumeur, car son orgueil divin

Ne tend vers vos hochets que des bras malhabiles ;

Et, s'il est ivre, ce n'est pas de votre vin...

 

Fortune monstrueuse et destinée amère !

Les roses et les lis qui parfument son corps

Ne vous font respirer, ô femme, que l'austère

Dédain de votre chair et de vos plaisirs morts.

 

Mais pour vous il viendra, voyantes, prophétesses,

Amoureuses que le dégoût rongea de pleurs ;

Il viendra réaliser toutes les promesses,

En prenant pour lui seul vos sublimes douleurs...

 

Il posera sa main sur votre front aride,

Et de vous jaillira l'hymne des temps futurs,

Nu ainsi qu'un enfant et comme un roi splendide,

Car l'Archange a sonné vers Dieu ; les temps sont mûrs !

 

Autour de lui, plus douces que les bayadères

Et plus clémentes que les saintes d'autrefois,

Vous serez les rayons tremblants de ses mystères

Et le grand flot d'amour ruisselant de sa croix...

 

 

 

Jules BOIS.

 

Paru dans Les Annales politiques

et littéraires en 1908.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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