Les tombes

 

 

À mon pays natal reviendrai-je jamais ?

Je ne sais pas où Dieu voudra que je repose.

Et la mort m’a frôlé si souvent que je n’ose

Espérer m’endormir près de ceux que j’aimais.

 

Un jour, on m’étendra dans un champ triste et nu,

Dans un alignement de fosses anonymes,

Ou bien seul, loin de tout, – et j’irai dans l’abîme

Sans avoir près de moi ceux qui m’avaient connu.

 

Autour de leur église et près de leur maison,

Qu’ils sont heureux, les morts, dans leur terre natale ;

Ils connaissent les pas qui sonnent sur les dalles,

Ils connaissent les voix chantant les oraisons.

 

Ils ne sont jamais seuls, même la nuit : près d’eux,

Pâlissant doucement alors que le soir tombe,

Sur sa croix de douleur, Christ reste avec leurs tombes

Ils dorment confiants sous le regard de Dieu.

 

Et tous, en s’unissant dans un rêve immortel,

Ils voient déjà le Jour de la Toute Lumière

Où ce Christ, qui reçut leur première prière,

Fermant les bras sur eux, leur donnera le ciel.

 

 

(Près du front ; Verdun, mars 1916.)

 

 

 

Adolphe BOSCHOT.

 

Recueilli dans Poètes de la famille au XXe siècle, Casterman.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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