Contemplation

 

 

                                            Au Chevalier Alphonse Talbot

 

 

« Quand les mères s’en vont on n’aime plus la vie. »

Quand l’héroïsme et la gloire ont germé des poèmes,

ce fut sur les bords du berceau,

là où surgit le mystère,

là où jaillissent les plus beaux thèmes ;

ce fut au rythme monotone qui berce l’innocence.

Berceau, soupir d’amour !

Prélude de richesse et d’espoir....

Comme c’est peu d’évoquer ton empire !

Je voudrais pouvoir exalter ta mission,

car c’est toi, le destin, toi les bleus horizons...

 

Courbée comme devant l’ostensoir,

la mère contemple, interroge la vie,

une vie qui se meut tel un frêle roseau...

À la joie de participer aux œuvres sublimes,

elle oublie l’amertume et l’angoisse...

Pour toute cette fragilité,

elle ne prévoit guère les luttes,

les déboires, les sombres destinées !

Elle s’attache à son berceau,

l’objet où s’avèrent des promesses...

Elle lit dans les yeux de sa chair ;

elle voit la grandeur qui fait place au néant ;

elle soupçonne le triomphe,

pressent des conquêtes...

Son amour lui révèle une aube de majesté,

un matin glorieux, un souffle de royauté.

Centre minuscule où se forment des héros,

des apôtres, des martyrs, des noms immortels...

Prêtre ou soldat épris d’idéal ;

laboureur infatigable, l’homme bronzé de terroir...

Mère, as-tu songé au devoir qui t’incombe ?

L’humanité compte sur toi pour étaler ses droits...

Pour que la terre consente à la vie,

elle a besoin de ton sang !

Il faut ta chair pour triompher de la haine.

Par ton dévouement on érige des clochers...

Ton rôle est sublime, sache le comprendre

et voir l’auréole qui nimbe ton labeur.

Pour toi, par toi, le monde sera vainqueur...

Sans toi se meurt la beauté.

Sur ton front sont peints la noblesse,

l’ardeur et l’amour, la foi, la tendresse...

 

Un fol égoïsme a supprimé les berceaux...

Pourquoi ce banal dénouement ?

Décidément, le plaisir a supplanté l’épreuve ;

le devoir qui suscite des combats

effraie les humains...

Pourtant, aux grandes libertés succèdent les défaites...

Aucune grande chose n’eut de grand commencement.

L’œuvre infrangible s’enfante dans les pleurs.

« Le froment naît du sol qu’on déchire. »

Les plus belles fleurs ont poussé sur des tombes...

Le monument s’élève sur des ruines.

Les martyrs ont consolidé la foi.

Partout il y a des luttes,

partout il y a des croix !

Un monde nouveau doit restaurer la terre...

Une élite s’impose aux mœurs qui vacillent...

Mère chrétienne, c’est toi qui porteras la palme...

À toi, si tu veux, de simplifier les choses.

Au travail, à l’infortune,

sache opposer la vaillance.

Sans toi, il n’est plus d’espérance.

« Quand les mères s’en vont on n’aime plus la vie » ;

Tout son charme s’éteint quand s’éteignent leurs yeux...

 

 

 

Eddy BOUDREAU, Vers le triomphe, 1950.

 

 

 

 

 

 

 

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