Nuit d’espérance

 

 

                                                                    Aux employés de la

                                                                    Cie. Hubert Moisan

 

 

La joie va transpercer la vie.

La paix va descendre sur les hommes.

Une paix surnaturelle

partie des cimes enneigées.

La pureté des étoiles, la beauté du ciel,

vont susciter des cantiques.

Les campaniles enverront jusqu’aux anges,

diverses symphonies...

Le bonheur transportera des foules :

humbles travailleurs,

bourgeois sans orgueil,

citadins, villageois...

Sous la neige des campagnes,

parmi les soupirs de l’hiver,

un rythme évolue :

des paysans chargés de labeur,

fouettés par la brise véhémente,

cheminent vers un clocher de village.

La nuit est sereine, vivifiante ;

pleine d’une mélopée rurale.

Il y a, dans les cœurs, une très vieille poésie.

Nuit de mystère qui triomphe du sommeil,

Nuit de splendeur qui déçoit l’habitude.

Des crinières de fumée s’échelonnent,

vacillent, se dispersent...

Nos clochers resplendissent.

La joie se devine aux croisées lumineuses.

Les cloches s’ébranlent pour convoquer la prière...

L’heure est divine :

on célèbre dans la nuit l’apparition d’un DIEU.

 

Vivent les belles coutumes de chez nous !

Vive le berceau de la race canadienne !

Quelles traditions de vigueur et de foi !

Canada, jamais l’effort satanique

ne pourra vaincre ton destin...

Malgré le fer, malgré l’épée,

tu peux te relever invulnérable et plus grand.

Nouvelle France, nous te chérissons.

Cité de Champlain, nous aimons ta devise :

« Je me souviens. »

Souviens-toi des beautés de ton ciel...

Conserve en ton sang le prestige de ta voix...

Donne à la vie le courage et l’espoir.

En cette nuit de silence

quand vont prier tes enfants,

nous voulons qu’il se pose sur ta bannière,

ce sceau d’une immortelle grandeur.

 

Noël ! Cri d’espérance !

Chant d’allégresse, jour de félicité...

Le monde, à ta voix, s’anime et frémit.

Pas de souffrance que ta nuit ne console,

pas d’amertume que ta joie ne supprime.

Et les âmes dévastées reviennent à la prière.

Sur l’humble Crèche aux mystiques attraits,

s’émeuvent des regards extasiés de mystère...

Le calme est agreste, l’heure est sublime.

Les chœurs ont chanté, les humains répondent :

le riche devient généreux,

le pauvre chérit sa misère,

le malade s’incline devant la croix,

l’incroyant se prête à l’Hostie.

Noël ! Cri d’espérance !

Chant d’allégresse, jour de félicité.

 

Nuit des enfants, porteuse de rires et de joies.

La nostalgie m’empêche d’évoquer tes surprises !

Mais je puis dire aux petits de mon siècle,

qu’ils sont les héros de la fête.

Pour eux les grandes joies.

Pour eux les délires.

Vivants poèmes de fraîcheur et de pureté.

Préludes des plus nobles sentiments...

« Laissez venir à moi les petits enfants. »

Oui, allez à Jésus ! Il vous aime encore.

Toujours, il écartera les hommes pour vous rejoindre.

Dans vos grands yeux de ciel,

je vois s’accumuler des doutes,

mais persister le triomphe.

Devant la bassesse, votre courage domine ;

en face des laideurs, votre beauté nous gagne.

Notre vingtième siècle vous contemple

pour conserver sa valeur,

pour refaire des énergies lassées.

Grandissez au cœur de la patrie canadienne.

Que le ciel bénisse nos foyers...

Aux petits de chez nous, que l’Enfant-Jésus donne

l’héroïsme de nos pères,

la gloire de nos aïeux !

 

 

Eddy BOUDREAU, Vers le triomphe, 1950.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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