Poème à la nuit

 

 

La nuit n’a pas d’ombre.

L’horizon est sans voile.

Phébé nous transporte au-delà du mystère.

Un peuple d’étoiles au bleu firmament...

Et que de beautés encore !

Vraiment, nous ne méritons guère ce décor !

Du moins, si le monde ne devait plus se plaindre...

Hélas ! quand le ciel prodigue sa candeur,

quand les anges nous convient à leurs chants,

des masses anonymes transpirent la jouissance,

des cœurs sans amour profanent l’existence !

Mais je vois beaucoup d’âmes s’éloigner de la boue :

L’homme en détresse que le sort a brisé,

le solitaire qui n’a plus d’espérance,

enfin, qui pleure va quitter l’amertume.

La misère, l’angoisse, rien n’est indicible.

Nul bruit ne persiste car un miracle se précise...

Au berceau de Jésus on s’empresse d’adorer.

 

Auteur de la vie, sublime innocence,

avant que mes forces devant toi se raniment,

je veux écrire pour procurer ta gloire...

Je voudrais qu’un malade puisse écouter ma voix,

que le pauvre sans courage se compare à tes langes,

qu’un destin trop hardi fasse tomber sa grandeur.

Je voudrais qu’un superbe se mesure au néant.

Qu’un malade puisse écouter ma voix...

 

– Pourquoi pleurer sur la flamme qui t’épure ?

Tu es l’homme aux desseins magnanimes !

Dans tes veines, coule le sang des vainqueurs.

Sur ton corps, le Christ a posé sa douleur.

Par toi, sont créées des lumières.

Le chevet du malade est un autel ;

mais soyons dignes de cette valeur !

On blesse le ciel par la tristesse !

Espère et bénis le Seigneur.

Sois fort, sois soumis, lutte pour grandir.

Que le pauvre sans courage se compare à l’enfant.

 

– Le sort est inexorable :

à tes côtés, un monde se nourrit dans la joie...

toi, tu pleures ; on t’oblige à mendier !

On vit dans les concerts, tu dors à l’étoile !

Pourtant, ne soit pas jaloux...

« Bienheureux les pauvres, ils possèderont la terre. »

L’homme n’est pas plus grand que son Dieu...

Un Dieu qui naît dans une crèche,

cependant, l’univers se déplace pour le voir et l’aimer.

Pauvres, ne lui ressembles-tu pas ?

Qu’un destin trop hardi fasse tomber sa grandeur.

 

– Pourquoi cet or, ces biens multiples ?

Pour mourir, faudrait-il qu’on soit riche ?

La coupe ruisselante qui verse le bien-être

fut peut-être modelée par un cœur en épreuve...

Homme sans honneur, dépourvu de tendresse,

Tu abuses d’un déboire pour cueillir tes blasons.

Quand tu devrais procurer des jours heureux,

tu passes outre la souffrance, permets l’esclavage !

Le sang de tes proches n’a rien qui t’émeuve.

Sépulcre fermé aux clameurs de la vie !

 

Qu’un superbe se mesure au néant :

– L’homme cherche sa voie sans pouvoir la trouver...

Mais lorsqu’il croit détenir la renommée,

il se dresse un piédestal pour dominer les humbles.

– Cendre orgueilleuse, poussière immonde –.

Il conquiert par la force des valeurs inouïes.

Il accapare le repos et la joie des justes.

Mais son prestige cruel crée l’adversaire.

 

Suivent les luttes inhumaines où se brise l’ambition.

Tant d’efforts pour finir au tombeau !

Quel prodige pour oublier les cieux !

Pourtant, en dépit de ces crimes,

il est un Dieu qui se livre au pardon ;

un Dieu d’amour et d’oubli.

Ce soir, dans le cloître ou les églises,

on viendra le prier...

Du berger solennel on a perçu l’hommage.

Son chant nous transporte où la terre s’agenouille,

où l’espérance et l’amour triomphent dans la foi.

 

 

Eddy BOUDREAU, Vers le triomphe, 1950.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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