Prière

 

 

Aucun écho, Seigneur, ne répond à nos plaintes

Et la terre promise est loin de notre mât.

Pourquoi laisser monter nos doutes et nos craintes,

Pourquoi ce long silence et cet anonymat ?

 

Nos doigts tendus vers Toi ne trouvent que le vide,

Pourquoi ce triste exil, pourquoi cet abandon ?

Pourquoi ne pas glisser à notre oreille avide

Le souffle qu’elle attend d’espoir et de pardon ?

 

Pour mériter la vie et pour sauver notre âme,

Et pour donner un sens à la marche à tâtons,

Il suffirait, mon Dieu, d’une si faible flamme

Dans cette fièvre obscure où nous nous débattons.

 

Succomberons-nous tous sous le dur anathème ?

De quel crime oublié portons-nous le fardeau ?

Nos lèvres diraient mieux et plus vite « je t’aime »

Si tu leur apprenais ces mots dès le berceau.

 

Titubante, épelant en tremblant sa prière,

Jour après jour, siècle après siècle, dans la nuit,

La triste humanité marche vers ta lumière

Et la clarté, toujours, devant elle s’enfuit.

 

Quel que soit son orgueil et quel que soit son crime,

Quel que soit le péché de l’homme, inexpié,

Seigneur, de ce coupable et de cette victime,

Un jour, un jour prochain, n’auras-tu pas pitié ?

 

 

 

Gaston BOURGEOIS,

Au bout du vent,

Éditions Revue moderne,

1959.

 

 

 

 

 

 

 

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